Legacy, Tome 2- Life
— Winthrop Harbor — petit village du…
Macsen #4
— Winthrop Harbor — petit village du comté de Lake au nord de l’État de l’Illinois. Un coin de paradis propice à la détente et au dépaysement a un peu plus d’une heure de Chicago. C’est là que se trouve la résidence secondaire de Nicole et Robert, dans un bois aux frontières de la ville en bordure du lac Michigan. Ils ont acheté cette maison, il y a des années, à l’époque où mon oncle travaillait dans le domaine de la finance dans le quartier d’affaire de Chicago, le Loop. Il aimait pouvoir nous conduire dans cet endroit pour que nous y passions le week-end en famille. Un rituel que nous répétions presque toutes les semaines. L’hiver, ma cousine Amber et moi-même adorions jouer dans la neige et faire de la luge pendant des heures avant de déguster les bons cookies de Nicole au coin du feu. L’été, Robert nous conduisait sur le lac Michigan à bord de son bateau pour y pêcher. Et même si à cette période de ma vie, je n’étais pas un gamin très expansif, j’aimais nos retraites à Winthrop. À mes yeux, ce coin de nature était comme un havre de paix.
Et de la paix, j’en avais bien besoin.
Je vivais avec Nicole et Robert depuis deux ans, deux longues années que ma famille était morte quand ils ont fait l’acquisition de cette seconde maison et rien en moi n’était tranquille.
Je faisais souvent des cauchemars. À l’école, mes notes étaient en chute libre alors que j’avais toujours été un bon élève. Chaque jour, je me renfermais un peu plus sur moi-même. Mais quand nous arrivions là-bas, je me sentais moins tourmenté. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi. Peut-être parce que je n’avais aucun souvenir avec les miens dans cet endroit et qu’ils cessaient de me hanter une fois sur place.
Aujourd’hui, je ne suis plus cet enfant endeuillé. J’ai combattu mes angoisses, grâce à Laura. Secrètement, j’espère que la conduire à Winthrop aura le met effet sur elle, que ça lui apportera un peu de tranquillité. Je sens combien elle en a besoin. Si j’en suis convaincu depuis un moment, notre conversation ne m’a pas beaucoup éclairé et encore moins rassuré.
Pourquoi fuir de cette façon ? Simplement parce qu’elle est fatiguée ? J’ai quelques difficultés à gober cette excuse !
Laura est douée pour énormément de choses et le mensonge n’en est pas une. Elle se donne du mal pour me faire croire ce qui lui plaît que je sache, mais elle manque de conviction à ses propres bobards. Cependant, j’ai beau ressasser tout ce que nous nous sommes dit ainsi que tout ce qui s’est passé entre nous ces derniers jours et je ne vois pas où ça a capoté ! Elle est fatiguée, c’est indiscutable et je vais réagir sans attendre en veillant à lui faciliter son quotidien. Cependant, je redoute quelque chose de très sérieux et plus j’y pense, plus je crois que le problème ne vient pas de nous, mais d’elle !
Un petit coup d’œil sur le côté m’apprend que ma voisine dort toujours. Je devrais sûrement la laisser se reposer encore un peu, mais c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de glisser ma main dans la sienne.
Totalement subjugué par cette beauté endormie, je murmure :
— Ma Laura...
Je dois mettre le doigt sur ce qui cloche si je ne veux pas la perdre et je prie pour que ces quelques jours l’aident à se livrer à moi.
Je câline doucement la paume de sa main quand elle remue sur son siège. Puis, ce sont ses yeux qui s’ouvrent lentement et se posent sur moi.
— Hé…
— Salut, me dit-elle la voix engourdie par le sommeil.
Mes doigts remontent vers sa joue, sa peau est toute chaude.
— Tu as bien dormi, ma chérie ?
Elle s’étire avec grâce.
— Comme un bébé !
Son intention se porte à l’extérieur. Elle examine les environs à travers le carreau.
— C’est encore loin ?
— Pas vraiment. Une vingtaine de bornes à tout casser !
Elle fronce son immense regard émeraude.
— Rassure-moi, tu sais où on va ? !
Je glousse.
— Non, parce que je n’ai pas envie d’être perdue dans les bois à la nuit tombée…
— Pour une nana qui a grandi à Ploucland, je te trouve un peu froussarde. J’imagine que ça regorge de forêts là-bas !
— Oui, mais ces bois-là, je les connais par cœur ! Ici, ce n’est pas chez moi !
Laura s’approche et s’étire pour embrasser ma joue. Je souris. Puis, alors que je crois qu’elle va s’en aller et rependre place sur son siège, elle pose sa tête sur mon épaule et son épaisse chevelure vient me chatouiller le visage. Je plonge mon nez dans sa tignasse rebelle et inspire longuement son odeur. Ils sentent la noix de coco.
— Je suis si content que tu aies accepté de me laisser te conduire ici. J’avais une telle envie de t’avoir rien qu’à moi.
Laura se tord le cou et jette un coup d’œil sur la banquette arrière. Derrière moi se trouve le siège de Tempérance.
— Je crois, mon cher Docteur Cole, que vous allez devoir me partager avec cette adorable marmotte.
Je sens le rire de Saige sur ma peau.
— Enfin vu qu’elle passe ses journées à dormir, je pense pouvoir t’accorder du temps.
J’ajuste le rétroviseur intérieur jusqu’à y apercevoir notre bébé et effectivement, elle roupille.
— Ce qu’elle est belle ma fille !
— Et tu as vu ces joues ?! Moi, j’ai toujours envie de la manger !
Je ricane.
— Mais elle n’a pas l’air bien installée dans son siège. Ça ne doit pas être très confortable pour dormir.
— Elle a beaucoup grandi depuis qu’elle vit avec nous.
— Oui, c’est vrai. D’ailleurs, je dois changer de voiture et fissa ! Celle-ci était parfaite pour tomber les filles, mais vu que je n’arrive plus à me débarrasser de vous deux, elle n’a plus vraiment d’utilité.
Laura éclate de rire.
— J’imagine qu’avant elle tu devais te prendre veste sur veste.
— Tu n’as pas idée ! m’amusé-je.
— Mon pauvre chéri... Heureusement que tu es riche parce qu’avec ton physique, tu aurais galéré, c’est clair !
— De ton côté, tu as de la chance que je sois un type carrément altruiste sinon tu aurais pu attendre un bail avant qu’un mec vienne te dépoussiérer le…
Je reçois une tape à l’arrière du crâne.
— Hé ! C’est comme ça que tu me remercies ?! m’exclamé-je. Tu me frappes !? Si je ne t’avais pas prise en pitié, tu serais devenue une mangeuse de minou !
Elle me lance l’un de ses regards pleins de défi et je sais déjà que je vais regretter de l’avoir provoquée.
— Et j’aurais été la meilleure dans ce domaine… bien plus que toi…
— Je te demande pardon ?
— Disons que je sois devenue gay, on aurait « chassé » les mêmes proies, non ?
— Et donc ?!
— Je suis certaine que j’aurais été meilleure que toi ! Je n’ai pas ton argent, je n’ai pas ta belle voiture, mais je me serai envoyé plus de nanas que toi et elles auraient adoré ça ! me dit-elle dans un excès d’assurance. Même les filles que tu t’es tapées, je pourrais les avoir si je voulais !
Elle me sort une mimique genre « alors ne me cherche pas ! » à me tordre de rire. Enfin je rigolerais bien, si je ne devais pas lutter contre cette foutue érection qui se réveille dans mon boxer.
Putain, cette nana m’excite tellement et j’ai envie de l’étriper de savoir toujours parfaitement sur quel bouton appuyer pour me faire vriller.
— Tu… tu… rugis-je comme une espèce d’animal sauvage prêt à bondir sur son dîner. Tu vas prendre cher, Ingalls !
Elle lève les yeux au ciel comme si mon avertissement lui paraissait ridicule.
— Tu m’avais déjà dit ça la première fois et…
Elle marque une pause et adopte une position extrêmement sérieuse comme si ce qu’elle avait à m’avouer été d’une grande gravité sans précédent.
— Ne te vexe pas Macsen, continue-elle gentiment avec compassion.
Moi, je suis comme un fou parce que je sais déjà qu’elle va m’achever.
— Ce n’était pas…
Elle fait la moue.
— C’était pas mal, mais vraiment en dessous de ce qu’on peut attendre d’un mec dans ton style…
— Mon style ?
Mais putain, tu es con ou quoi !?! Ferme ta gueule, Cole !!!
— Bah, tu sais, le genre sûr de soi, avec un physique d’apollon et de la tchatche à revendre.
Elle a un mouvement d’épaule.
— Voilà beaucoup de bla-bla pour pas grand-chose, finalement !
— Pas grand-chose !?
Je mets un coup de volant et me gare à l’arrache sur le bas-côté.
— Pas grand-chose ! répété-je comme un dément en retirant ma ceinture de sécurité.
Je pousse la portière et sors en trombe de la voiture dont je fais le tour.
— Macsen...
Elle se marre toujours quand j’ouvre la sienne.
— Je rigolais…
Je passe au-dessus d’elle et défais moi-même sa ceinture.
— Tu apprendras que les meilleures blagues sont les plus courtes !
Une fois que je l’ai libérée, je l’attrape par le poignet et l’attire dehors. Elle tente de me résister.
— Non Mac, attends !
— Tu me cherches, alors assumes, maintenant !
— Mais je plaisantais, se défend-elle alors que je parviens à l’extirper du véhicule.
— Et moi je ne rigole pas avec ça !
Je referme la voiture.
— Entre dans ce bois, Laura !
— Mais la petite ?!
— Elle dort !!!
Je m’apprête à sauter le talus en tenant toujours Laura par le poignet.
— C’est ridicule ! Tu sais parfaitement que tu es de loin le meilleur partenaire que j’ai jamais eu !
Je me fige.
— Mac…
Une main posée sur ma joue, elle tente de m’amadouer.
— Ce n’était rien de plus qu’une blague…
— Tu trouves que c’est un sujet de plaisanterie ? Moi, je te taquine au sujet de Silva, mais toi, tu remets en question le fait que je te satisfasse au lit ! Tu sais qui je suis Laura, que l’homme que j’étais avant n’était qu’une façade pour me protéger, mais que cette assurance était feinte. Alors, je pars dans tous les sens quand tu me dis des trucs pareils, parce que je n’ai jamais tenu une fille comme toi dans mes bras et j’ai peur de ne pas assurer avec toi, même pour le sexe !
— Mac, je suis tellement désolée. Je ne voulais pas te blesser…
J’abaisse le regard. L’affronter est au-dessus de mes forces.
— En tant que femme, je ne me suis jamais sentie aussi épanouie. Je découvre tellement de choses depuis que nous sommes ensemble. Tu es un homme bien, un papa extraordinaire et un amant hors pair. Ne doute plus de toi, s’il te plaît…
Je prends une profonde inspiration et lève les yeux vers elle…
— Ma Laura…
Je cajole sa joue.
— Tu sembles oublier qui tu as en face de toi, Ingalls…, lui dis-je un sourire machiavélique s’étirant d’une part et d’autres de mon visage.
Elle se décompose devant moi.
— Quoi ?
C’est à mon tour de me marrer.
— Tu verrais ta tronche ! C’est à mourir de rire !
— Pauvre con, riposte-t-elle le regard noir.
Je passe devant en la bousculant légèrement au passage.
— Ne défie pas le lion, Ingalls. Tu es une sacrée lionne, je te l’accorde. Le genre carrément redoutable.
Je lui fais un clin d’œil.
— Mais je reste le roi de la jungle, ma beauté.
Je remonte en voiture. Laura demeure dehors un moment en me toisant avec son air de killeuse. Lorsqu’elle décide enfin de revenir à l’intérieur, c’est la mine boudeuse. Je ris de la voir si renfrognée. Je rallume le moteur avant de lui dérober un baiser. Elle bougonne.
— Je t’aime, ma chérie.
Je cherche son regard, mais la bougresse ne se montre pas docile. Je finis par gagner et je me noie dans ses grands yeux de biche.
— Je pense ce que je t’ai dit, Laura. Je jouais, mais je n’en étais pas moins sincère, ma puce. Je n’ai jamais eu une femme comme toi dans mon lit et ça me fout la trouille.
— Vraiment ?
J’acquiesce. Elle presse ses lèvres contre les miennes.
— Moi aussi, j’ai peur parfois…
— Je pense que ça ne prouve qu’une seule chose, Laura.
Elle a pour moi l’un de ses magnifiques sourires qui enchantent mon âme.
— Laquelle ?
— Que nous tenons sincèrement à l’autre ! Ce n’est pas que du sexe, nous avons de réels sentiments. Ça fout les jetons, mais c’est une sensation très agréable aussi.
— Tu sais que je te déteste vraiment, me dit avant de m’embrasser amoureusement.
— Et moi, alors ?!
Elle sourit contre ma bouche. Je recule suffisamment pour la voir.
— Tu la veux ?
— De quoi parles-tu ?
— De ma voiture !
— Hein ?
— J’ai commencé à me renseigner sur la prochaine dont je pourrais faire l’acquisition et j’ai pensé que tu serais contente de récupérer celle-ci.
Je fais la grimace.
— Je ne suis pas tranquille de te voir mettre Tempé dans ton tas de bouts !
— Qu’est-ce que tu reproches à mon pick-up ?
— Laura, la petite maison dans la prairie c’est terminé ! Tu crèches à Chicago, tu dois rouler dans caisse qui a de la gueule !
Elle lève les yeux au ciel. Je lui assène un coup d’épaule.
— Allez, accepte !
Elle soupire.
— Je sais que tu as adoré la conduire l’autre soir, ne mens pas !
— Forcément…
— Laisse-moi t’offrir ma voiture, s’il te plaît. J’ai envie de te faire plaisir.
— Pourquoi ?
— Parce que je t’aime !
Elle enroule ses petits bras fins autour de mon cou.
— Macsen Cole, tu es vraiment le mec le plus agaçant qui soit, mais je suis complètement amoureuse de toi.
— C’est oui ?
— Je ne peux rien te refuser et tu ne peux pas savoir à quel point ça m’énerve !
Je lui mets une pichenette sur le nez.
— Je ne suis pas certain que ce soit malin de me confier un truc pareil, Bébé !
Elle glousse contre moi.
— Baba…
Nos lèvres s’abandonnent et nous nous tournons en direction de l’arrière de la voiture. Tempérance, ses deux billes immenses et bleues grandes ouvertes, nous observe en riant.
— Coucou toi !
— Baba !
Elle frappe dans ses mains.
— Mes petites chéries ont-elles faim ?
— Mammam…
— Je dirais que oui, me répond Laura.
— Je connais un resto sympa à quelques kilomètres de la maison. On va s’arrêter dîner là-bas.
Et je redémarre.
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Saige #5
— Un long soupir — les yeux rivés vers le plafond, je suis lasse de voir les heures défilées sans trouver le sommeil. Deux nuits que nous sommes arrivés dans la résidence secondaire de Nicole et Robert, deux nuits que je ne parviens pas à fermer l’œil. Qu’importe que nous nous soyons éloignés de Chicago, mes problèmes, mes inquiétudes, mes interrogations ont fait le voyage avec nous. La journée, j’arrive à mettre cette affaire de côté. Je me plonge dans mon amour pour Macsen, dans celui que je voue à notre fille et j’oublie tout le reste, mais la nuit... La nuit tout revient me hanter : la maladie, l’identité de ma donneuse, mais surtout le fait que je dissimule tout ça à Macsen depuis de longs mois.
Et j’ignore comment me dépêtrer de mes mensonges ! Ils ont pris une telle proportion...
Les conséquences seront trop graves pour l’équilibre de notre couple et surtout pour son avenir. La vérité ne peut pas éclater sans qu’elle ravage tout ce que nous sommes et ça me rend folle de rage !
J’ai conscience d’être la première fautive dans tout ce qui arrive et je suis la seule à blâmer, c’est évident ! Pourtant, j’en ai après le monde entier. J’avais un plan bien précis en débarquant à Chicago. J’ai choisi, d’une part, parce que Macsen y travaillait et qu’il était important même primordial que je le rencontre. Il fallait que je franchisse cette étape pour avancer dans ma vie, car l’existence de Macsen me mettait au supplice jour après jour. J’avais un besoin (que je ne m’explique toujours pas) de rédemption envers lui. Oui, je voulais qu’il me « pardonne » de vivre à la place de Legacy. Cependant, il n’y avait pas que cette raison pour motiver ma décision. Non, UC est un internat de qualité et mes bons résultats à l’université m’ont ouvert les portes de tous les meilleurs programmes du pays. Je n’avais que l’embarras du choix. J’ai d’abord pensé rester auprès de ma famille, mais la réputation de Macsen en tant que chirurgien a fini de me convaincre de me jeter à l’eau et de venir à Chicago. Quand j’y songe, je me dis que c’était naïf de ma part de croire qu’après lui avoir annoncé qui j’étais, il allait me balancer : « Bon OK ! Tu portes dans ta poitrine le cœur de ma défunte sœur, mais t’inquiètes, je vais t’apprendre le métier… »
Quelle idiote, je suis !
Pour ma défense, il a pris (sans même le savoir) une telle importance dans mon existence et j’ai bêtement cru qu’il vivrait la même chose. Il est le lien qui me relie à ma propre vie et je suis celui vers son passé… Rien que pour ça, il ne pourra jamais ressentir ce que j’éprouve. À mes yeux, il représente l’espoir, celui d’avoir un avenir, de gagner de belles années. Aux siens, je symboliserai la mort, le chagrin et son enfance gâchée.
La lumière du petit boîtier blanc posé sur ma table de chevet se met à clignoter et attire immédiatement mon attention. Mes sombres pensées disparaissent comme le soleil chasse un nuage. Et le soleil n’est nulle autre que ma tendre Tempérance qui paraît s’agiter dans son lit. Heureuse d’avoir une bonne excuse pour me lever, je quitte le lit et marche, sur la pointe des pieds, jusqu’à la chambre voisine où nous avons installé son lit pliant.
La maison de Nicole et Robert est, comme celle qu’ils possèdent à Chicago, grandiose et magnifique. L’extérieur est très atypique et en adéquation avec la nature environnante. C’est un chalet immense et luxueux ; deux caractéristiques qui se retrouvent dans chacune des pièces qu’il compte. Le goût avec lequel il a été décoré est raffiné et justement choisi. Je reconnais bien la patte de Nicole dans tous les meubles et objets qui l’habillent. C’est étrange, mais il y a comme une aura bienveillante et chaleureuse qui entoure ce lieu et c’est très agréable de la ressentir. Ils ont acheté cet endroit pour fuir leur quotidien parfois stressant au cœur de Chicago et ils n’auraient pas pu trouver plus approprié. On comprend en découvrant cette demeure qu’ils aspiraient à la détente et aux moments en famille en l’acquérant. Macsen m’a confié qu’il aimait particulièrement venir ici lorsqu’il était plus jeune et je sais pour quelles raisons maintenant. Si j’ai été subjuguée par la beauté de notre lieu de vacances, j’ai aussi été effrayée par sa taille. Comment ne pas se perdre à travers de toutes ces pièces ?
Mais après deux jours, je suis plus à l’aise. Je retrouve donc aisément mon chemin entre notre chambre à coucher et celle de Tempérance. Sa porte est entrouverte et aucun son indiquant qu’elle est réveillée ne me parvient. J’entre à pas feutrés pour vérifier que ma princesse est bien installée dans son lit, qu’elle ne s’est pas découverte. La trouver étendue sur le dos, tenant contre elle son lapin en peluche me provoque un tendre sourire.
Ma merveilleuse petite fille…
Rassurée, je quitte la pièce avec l’intention de retourner auprès de Macsen, mais une fois devant la porte de notre chambre, je me ravise. À quoi bon tourner et virer dans le lit alors que le sommeil s’en est allé ?
Résignée, je remonte le long corridor jusqu’à l’imposant escalier en bois. Au rez-de-chaussée, je fais une halte par la cuisine où je me sers un grand verre d’eau avant de me rendre au petit salon.
J’aime particulièrement cet endroit, car, d’ici, il y a une vue imprenable sur le jardin enneigé et entouré par cette belle forêt. Le clair de lune baigne l’horizon de sa lumière fantomatique. Mon esprit s’égare dans la contemplation de cette nature endormie… elle…
— Ma Laura…
Mon cœur fait un bond de cabri quand la voix de Macsen vient me chatouiller la joue. Je veux me retourner et l’engueuler de m’avoir fait si peur, mais il m’emprisonne dans ses bras. Je n’ai pas le temps de protester qu’il poursuit :
— Qu’est-ce que tu fais là au milieu de la nuit, ma chérie ?
Je porte une main à mon buste.
— J’attends que mon cœur retrouve sa place dans ma poitrine. Tu m’as fait peur !
— Désolé, ricane-t-il dans mes cheveux. Et avant que je te fasse flipper, tu faisais quoi ?
J’ai un mouvement d’épaule.
— Rien de bien extraordinaire…
— Tu n’arrives pas à dormir ?
— J’ai cru entendre Tempé. Je me suis levée pour vérifier qu’elle allait bien. J’en ai profité pour boire un verre d’eau.
— Mais tu n’es pas remontée…
— Je suis là depuis quelques minutes, je t’assure !
Il me fait pivoter dans ses bras. Je me retrouve face à lui et son regard pénétrant oblige tous mes signaux à passer au rouge. Il va encore me bombarder de questions et je vais devoir faire ce que je déteste par-dessus tout : lui mentir ! Il prend mon visage entre ses mains douces et imposantes.
— Pourquoi te tortures-tu comme ça, Saige ? Je n’arrive pas à saisir.
— Mais tout va…
— Arrête ! me stoppe-t-il un peu sévèrement. Ne me raconte pas de conneries ! Tout ne va pas bien, Laura ! Que tu ne me dises rien de ce qui te bouleverse est une chose, mais que tu me regardes dans les yeux et que tu me mentes en est une autre ! Admets une bonne fois pour toutes que tu as un problème, bon sang !
— Je… je… Macsen...
— Tu ferais déjà un pas dans ma direction si tu le reconnaissais ! Ça me prouverait qu’on avance un peu, mais là, j’ai la sensation de faire du surplace !
Il me relâche et sa façon d’agir trahit une colère latente.
— Pourquoi, Laura ? Pourquoi nous fais-tu ça ?!
Il fait de grands gestes pendant qu’il parle. Moi, je tremble dans mon coin. Je sens la tempête grossir. Je le connais assez pour savoir qu’il n’arrivera pas se contenir bien longtemps. Ce n’est pas dans son tempérament.
— Tout est enfin parfait ! Je suis avec toi !
Son timbre de voix grimpe au rythme de son emportement.
— Ce n’est pas ce que tu désirais ?
— Si, bien sûr…
— Alors, tu me fais quoi, putain ?!
Ça y est, la digue rompt…
— Je ne voulais rien de tout ça, Saige ! Être en couple, devenir père, avoir une vie rangée, c’était tout ce que je souhaitais éviter ! J’ai changé pour Tempé, mais aussi pour toi, pour t’offrir ce que tu mérites ! J’ai tout fait pour être un homme meilleur pour toi !
— Je sais, articulé-je à demi-voix.
— Et c’est ainsi que tu me remercies ?! Tu te refermes sur toi-même, tu ne me laisses plus t’atteindre , t u t’éloignes de moi ! Je suis en train de perdre le contact avec toi !
— Non, je te jure que non !
— Foutaises, braille-t-il alors que tout son corps vibre de fureur. Si tu es là, ton esprit est ailleurs !
Il se frotte le visage, la mine ravagée par le chagrin et l’inquiétude.
— C’est quoi le véritable problème ? Il y a un autre mec ?
Je secoue la tête choquée qu’il puisse envisager sérieusement que je le trompe.
— Tu as peut-être pensé être amoureuse et tu te rends compte que tu as fait une erreur…
— Mac, arrête, pleuré-je.
— C’est Tempé ?
Mes poings se ferment, se serrent quand il évoque la petite. Je sens mes ongles s’enfoncer dans ma chair.
— J’ai conscience que tu es jeune et prendre la responsabilité d’un enfant n’est pas l’idéal à ton âge. Finalement, tu n’es peut-être pas certaine de vouloir faire partie de sa vie ?
— La ferme, hurlé-je en fonçant sur lui, les poings levés.
Tout en moi cède. Mes émotions ne sont plus qu’un volcan en éruption. Ma peine, ma peur, mon amour pour eux, mes craintes et cette rage qui me consument, tout explose ! J’explose ! Et je le frappe ! Je le rudoie aussi durement que mes sentiments m’assaillent. C’est violent, ça ne me ressemble pas et c’est totalement incontrôlable.
— Tais-toi, m’époumoné-je en redoublant de vigueur.
Macsen ne bronche pas. Je crois qu’il me laisse faire, mais à son air désarçonné je devine qu’il ne réalise pas immédiatement ce qui se passe. Quelques secondes lui sont nécessaires pour réagir. Il attrape mes poignets, les maintient contre son torse alors que tout en lui se durcit : son corps, les traits de son visage, son discours…
— Arrête ça !!! Putain, c’est quoi ton problème !?!
— Comment oses -tu !? fulminé-je, en me débattant.
— Comment TOI tu oses !?! Tu as voulu tout ça, bordel de merde !!! Tu m’as obligé à devenir quelqu’un de différent…
— Je ne t’ai jamais forcé à quoi que ce soit !!!
— Il ne fallait pas me laisser tomber amoureux !!! s’écrie-t-il. C’est de ta faute, putain !!!
— Quoi ?
Il abandonne sa prise sur mes bras et me repousse avec virulence.
— Tu ne m’as accordé aucune chance de m’en sortir !
Je le fixe choquée par ce qu’il avance.
— Tu m’s tendu un piège et il s’est refermé sur moi et je n’avais aucune échappatoire !
— Un piège ?! Tu crois que c’est ce que j’ai fait ?
— Non, j’ai pensé que tu voulais me faire découvrir quelque chose de plus vrai, de plus pur, mais surtout de plus fort que tout ce que je n’avais jamais connu. J’en viens à me demander si je ne me suis pas planté !
— C’est complètement absurde !
— Alors, pourquoi je me sens si mal ? Explique-moi pourquoi t’aimer me fait subitement souffrir ? Pourquoi quand je t’ouvre mon cœur, tu me fermes le tien !? Je marche vers toi et tu me fuis !
— Je ne te fuis pas ! Je ne nous fuis pas !
— À quoi ça rime tout ça, dans ce cas ? Ton départ, tes insomnies, tes absences ?
Ma vue se brouille.
— Tu n’es jamais avec moi, Laura !
Il passe lentement ses mains sur son crâne.
— Tu sais pourquoi je t’ai fait l’amour pendant deux jours ?
Je secoue la tête. Mes larmes roulent sur mes joues.
— Parce que c’est le seul moment où je peux me connecter à toi. Le reste du temps, tu essaies de donner le change, mais tu n’y arrives pas !
— Mac...
Je fais un pas vers lui. Il lève ses mains en l’air en signe d’avertissement de ne pas m’approcher.
— Non, Saige, je ne suis pas prêt pour ça !
— Mais…
— J’ai besoin d’être un peu seul !
— Je… je suis tellement désolée…
— On se voit demain, me dit-il avant de marcher en direction de la sortie.
— Macsen attend, sangloté-je.
Je n’ai que le silence de la maison en réponse.
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