Legacy, Tome 2- Life
Le bip régulier du moniteur cardiaque auquel…
Macsen #42
Le bip régulier du moniteur cardiaque auquel est reliée Saige parviendrait presque à me bercer tandis que mon esprit s’est perdu dans la contemplation de ma jolie rousse paisiblement endormie. Mes yeux sont rivés sur sa cage thoracique et examinent avec précision chacun de ses mouvements. Pourquoi mon intérêt est rivé sur sa poitrine ? Ce mouvement indique qu’elle respire, qu’elle vit ! Oui, elle vit, alors qu’il y a quelques heures encore, je pensais l’avoir perdue pour toujours.
J’étais très loin d’ici, à Chicago. Collins m’avait rapporté que Saige venait de refuser sa greffe et l’espace d’une seconde, j’ai cru que je ne le reverrai plus. J’étais si loin d’elle et je n’avais plus aucun espoir de pouvoir lui faire changer d’avis.
Comment a-t-elle pu en arriver à choisir la mort plutôt que la vie ? La vie, c’est nous, moi et Tempérance ! Comment a-t-elle pu nous rejeter de la sorte ? Ça me retourne les tripes de ne plus rien comprendre à cette nana.
Elle était si limpide pour moi, si logique, et, maintenant, j’ai tout ce foutoir dans la tête et j’ignore comment le gérer ! Je l’aime et je sais qu’elle m’aime en retour. Je n’oublie pas qu’elle a toujours agi en pensant nous protéger, moi et la petite. C’est d’ailleurs la seule raison qui explique pourquoi je suis assis à son chevet à la regarder dormir.
Mais que puis-je envisager pour demain ? Comment apprendre à vivre après tous ces mensonges ?
Je me suis livré à Saige, comme jamais je n’avais été capable de le faire, car elle avait réussi à dompter ma confiance, à la gagner, mais comment puis-je encore la placer en elle, en notre histoire maintenant que la vérité a éclaté au grand jour ? Saige représentait l’espoir, la vie et l’amour et, aujourd’hui, elle est la petite fillette de six ans ayant reçu le cœur de ma sœur et je me sens mal de penser ainsi. Je ne veux pas foutre en l’air notre couple pour ce détail somme toute important, mais là, ça devient carrément impossible ! Le choc est trop brutal, la vérité trop douloureuse. Alors, je reste planté là à regarder chacune de ses respirations sans savoir quelle suite donner à notre histoire...
— Bonjour, Docteur Cole.
Je suis tellement absorbé par mes pensées que je n’ai pas senti la présence dans la chambre de Saige. Je balance la tête sur le côté pour identifier qui vient de s’introduire dans la pièce et, comme je le pressentais, il s’agit de Valdez. Je me lève et lui offre une poignée de main.
— Je vous en prie, appelez-moi Macsen.
Il me répond d’un sourire entendu avant de jeter une petite œillade à Saige.
— Ravi de voir qu’elle se repose, c’est le meilleur remède.
— Oui, elle était vraiment fatiguée.
Je lui indique la sortie.
— Pourrions-nous discuter quelques minutes dehors ?
Nous quittons la chambre. Je veille à bien refermer la porte sur notre passage afin que Saige puisse dormir en toute tranquillité.
— Que puis-je pour vous ?
— Écoutez, j’ai conscience d’être trop impliqué auprès de Saige pour que vous me transmettiez toutes les infos sur son état. Jusqu’ici tout me pousse à croire qu’elle s’en sort plutôt bien, mais je n’ai pas accès à ses résultats médicaux et...
Valdez essaie d’intervenir, mais j’avorte sa tentative en poursuivant.
— Je ne vous demande pas de me laisser les consulter, seulement de me dire si le moindre petit détail cloche chez elle.
Le docteur Valdez croise les bras sur son torse et m’observe très sérieusement.
— Je connais votre renommée, Macsen ! Je n’oublie pas que vous êtes un expert dans votre domaine et je peux vous assurer que vous savez tout ce qu’il y a à dire sur l’état de Saige. Je suis respectueux des règles, mais je ne mettrais pas en péril la santé de ma patiente, alors si j’avais le moindre doute, je n’omettrais pas de vous consulter.
— Loin de moi, l’idée de vous vexer, mais...
Il lève les mains en l’air.
— Ce n’est absolument pas le cas et je peux comprendre la délicatesse de votre situation. Vous tenir en retrait doit être pénible alors qu’il s’agit là, de votre domaine de compétences.
— Effectivement !
— Maintenant si vous n’avez pas d’autres questions, je vais vous laisser retourner auprès de Saige.
Je secoue la tête et Valdez tourne les talons. Il fait un pas dans le sens opposé avant que je l’empoigne sans trop de vigueur. Il revient vers moi, me dévisage surpris.
— En fait, il y a peut-être un point sur lequel vous pourriez m’éclairer...
Il s’appuie contre le mur, visiblement attentif.
— Vous connaissez Saige depuis toujours, vous l’avez suivie toute son enfance, vous étiez là pendant et après sa greffe et j’ai besoin de savoir comment elle a vécu tout ça ! Je vous ai dit de quelle manière nous sommes liés, elle et moi, et il est impératif qu’elle m’explique comment elle en est arrivée à tout abandonner dans le seul but de venir faire son internat dans mon hôpital.
— Pour être honnête, je n’ai pas été surpris d’apprendre qu’elle avait entrepris cette démarche pour en découvrir plus sur l’identité de son donneur. Je le suis bien plus quand je vois jusqu’où ça l’a menée.
— J’ai réalisé plusieurs greffes, j’ai rencontré quantité de gens qui, comme elle, doivent apprendre à vivre avec l’organe d’un autre, mais jamais je n’ai vu un patient prendre les choses tellement à cœur.
Je comprends à son air compatissant qu’il sait parfaitement où je veux en venir.
— Le sentiment de culpabilité est normal dans son cas, mais ça ne l’est plus quand il prend de telles proportions, vous n’êtes pas de mon avis ?
Il hausse les épaules.
— Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants qui l’ont guidée jusqu’à vous, mais il me semble évident que Saige a encore des choses à régler avec ça. Je sais qu’elle a suivi une thérapie après sa greffe et que celle-ci a duré un bon moment.
— Sa sœur m’en a parlé. Saige a cessé de voir son psy à son entrée en fac de médecine, mais il n’y a pas que ça. J’ai eu l’occasion de discuter avec elle, avec Tessa également et sa culpabilité ne s’arrête pas à moi ou à ma famille. Elle se sent responsable vis-à-vis de ses proches. Pour elle, toutes les difficultés rencontrées par ses parents sont de sa faute, tout comme le fait que ses frères et sœurs ont eu une enfance peu commune.
Le docteur Valdez se pince les lèvres.
— Comment était-elle pendant ses diverses hospitalisations ?
— C’était une patiente très calme. Elle n’a jamais posé un seul problème.
— La patiente parfaite !
Il fronce les sourcils.
— Où voulez-vous en venir ? Vous pensez que Saige est en détresse psychologie à cause de son enfance, de sa greffe ?
— J’aime ma femme et je veux ce qu’il y a de mieux pour elle, mais je demeure un médecin ! Alors, oui, je ne suis pas psy, mais je n’ai pas besoin de l’être pour comprendre que quelque chose échappe. Saige porte cette culpabilité comme un fardeau, il lui pourrit la vie et lui faire n’importe quoi !
— Comme quoi ?!
— Comme vivre des mois auprès de moi sans me révéler qui elle est ! Comme finir en arrêt cardiaque dans un placard de l’hôpital pour ne pas avoir à me dire qu’elle est malade ! Comme refuser le nouveau cœur qu’elle a reçu !
Valdez ne cache pas son étonnement d’apprendre cela.
— Si son père n’était pas intervenu, elle ne serait plus là !
— J’ignorais tout ça !
— Il y a un problème avec Saige ! Son cœur va visiblement très bien, mais il n’en est pas de même avec sa tête.
— Je vais demander à son psychologue de venir la voir et tenter de se rapprocher d’elle à nouveau. Reprendre sa thérapie pourrait sûrement l’aider. De mon côté, j’essaierai d’aborder le sujet avec elle. Je la connais depuis l’enfance, il est possible qu’elle se confie.
— Je suis totalement impuissant face à elle et ça me rend fou de ne pas réussir à la percer à jour !
— Pourtant personne ne m’a paru aussi lisible que Saige. Je l’ai toujours vue comme une personne épanouie sachant parfaitement ce qu’elle voulait dans la vie.
— Pour tout vous dire, j’avais la même analyse que vous aux premiers abords, mais les récents évènements m’ont contraint à m’interroger sur son état d’esprit.
Le biper du docteur Valdez se met à sonner. Il le consulte.
— Je suis demandé aux urgences. Je dois vous laisser.
— Je comprends !
— Je m’occupe d’entrer en contact avec son psy !
— Merci et bon courage !
Nous partageons une poignée de main cordiale avant qu’il ne s’en aille. Je l’observe disparaître et retourne dans la chambre.
**
— Hé...
Voir Saige tenter péniblement d’ouvrir les yeux m’intime de me pencher vers elle pour la réconforter. Naturellement, mes doigts finissent dans ses cheveux ondulés qui s’étalent sur l’oreiller.
— J’ai dormi longtemps ?
— Un petit moment, oui.
Elle balaie les alentours et s’attarde une seconde sur la fenêtre et plus précisément sur la nuit qui sévit dehors.
— Quelle heure est-il ?
— Pas loin d’une heure du matin.
Même si elle a la tête légèrement tournée sur le côté, je peux la voir lever les yeux au ciel.
— Et tu es encore là !
— Bien sûr !
— Macsen, se lamente-t-elle en revenant vers moi. Ça fait deux nuits que tu dors sur ici. Pourquoi ne rentres-tu pas chez mes parents ? Je vais bien !
Je secoue la tête.
— Je n’ai pas envie de te laisser.
— Même si je sais que Tempé est bien entourée, je préfère que tu sois auprès d’elle. Elle va penser qu’on l’abandonne...
— Tu n’as pas l’impression de dramatiser ?! Elle est parfaitement bien avec ses grands-parents et, toi, tu as besoin de moi à tes côtés ! Enfin, j’ai la faiblesse de le croire…
— Évidemment, je suis heureuse que tu sois là.
Elle glisse sa main dans la mienne.
— Je me sens moins seule quand tu es près de moi, mais il n’y a rien d’agréable à passer ses nuits dans ce vieux fauteuil !
— ça ne peut pas être pire que de m’endormir en te sachant ici sans personne pour te tenir compagnie…
Je porte nos mains jointes à mes lèvres.
— Tu m’as fait peur, Saige, lui avoué-je la voix étranglée d’émoi.
Son regard se voile d’une immense culpabilité. Je regrette immédiatement d’avoir réveillé ça en elle. Mais comment lui dire ce que j’éprouve sans nourrir ce sentiment ?
— Je suis tellement…
La fin de sa phrase s’écrase sur mes lèvres lorsque je l’embrasse.
— Tu n’as pas à t’excuser ! Je veux que tu te reposes, que tu te focalises sur ta guérison et que tu ne penses plus aux derniers jours que nous venons de vivre.
— Pourtant, tu es fâché après moi, je le sais…
— Saige…
— On ne peut pas oublier tout ce qui s’est passé, ce que nous nous sommes dit ou les erreurs que j’ai commises sous prétexte que j’ai subi cette opération. Je te connais Macsen, ce n’est pas dans ton tempérament !
— Ça suffit, Laura ! On est au milieu de la nuit, tu as besoin de repos et je n’ai franchement pas la tête à ça.
Elle se rembrunit devant mon agacement.
— Bébé, dors, je t’en prie. Il faut que tu prennes soin de toi !
Elle a un sourire confus.
— Je t’aime, tu sais...
— Moi aussi, je t’aime, ce n’est pas ça le problème.
— Non, mais tu ignor es comment me gérer moi et mes mensonges !
Je secoue la tête, attristé d’avoir à admettre qu’elle a vu juste.
— Laisse-nous du temps, s’il te plaît.
Tout aussi peinée que moi, elle hoche la tête. Je dépose un baiser sur son front.
— Essaie de te rendormir, maintenant.
— Mais… je…
Je fais les yeux ronds quand je crois qu’elle va encore protester.
— J’ai faim, Mac, m’apprend-elle un peu craintive.
Et sa mimique m’arrache un rire franc et même amusé.
— Ça ! m’exclamé-je en frappant dans mes mains avec enthousiasme. C’est une très bonne chose, Mademoiselle Lane, et je pense pouvoir m’occuper de cette petite fringale.
Son visage s’illumine d’un sourire malicieux.
— Ça serait plus une grosse fringale, tu vois... genre, vraiment énorme !
Je lui offre un nouveau baiser.
— Je vais te dégoter ça ! En attendant…
— Je me repose, j’ai compris, se plaint-elle.
Je l’embrasse et quitte sa chambre, ravi de son appétit retrouvé.
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