Legacy, Tome 2- Life
Encore une journée… Une de plus à…
Saige #45
Encore une journée… Une de plus à être enfermée dans cette maudite chambre d’hôpital. Déjà enfant, c’était un vrai supplice pour moi d’être coincée ici. Même à vingt-cinq ans, je ne suis pas plus patiente qu’à l’époque. Et dire que je suis supposée rester encore deux semaines ! Je vais devenir folle…
Si on considère que l’un des meilleurs cardiologues du pays sera là pour veiller sur moi, Valdez me laisserait peut-être sortir plus tôt… Voilà une piste à explorer !
La porte de ma chambre s’ouvre et chasse le fil de mes pensées. Macsen apparaît sur le seuil. Dans les mains, il tient un sac de voyage.
— Bonjour, Laura !
— Salut !
Il le lève dans ma direction.
— De la part de ta mère ! Il y a des livres, des magasins et des babioles qui pourraient t’être utiles.
Il s’approche et dépose un baiser sur le sommet de ma tête.
— Je t’ai pris ta tablette aussi.
— Merci, mais où est la petite ?
— Kidnappée par ses grands-mères ! Je n’ai rien pu faire…
— Je voulais voir ma fille, me lamenté-je déçue de ne pas tenir mon ange dans mes bras.
— Elles vont nous rejoindre un peu plus tard.
— Mais je m’ennuie moi !
— Je sais, mais je leur ai demandé de ne venir qu’une heure en fin de journée…
— Quoi ?! Mais pourquoi ?
— Tu reçois trop de visites et c’est très fatigant pour toi !
— De quoi tu te mêles, bon sang ?
Je suis littéralement folle de rage de me retrouver bloquée dans ce lit sans la possibilité de voir ma famille pour me changer les idées et passer le temps.
— Crois-tu franchement que t’énerver ainsi soit judicieux ? Je me demande ce qu’est devenue ma brillante interne qui saisit l’importance du repos et du calme dans un cas comme le tien…
— C’est de ta faute si je m e perds pied !
— Bah voyons…
— Tu agis comme un con !
— Si c’est pour ton bien, alors je veux bien être un véritable connard. En attendant, tout le monde a parfaitement compris que tu as besoin d’un maximum de tranquillité pour te reposer et te remettre au plus vite.
La mine boudeuse, les bras croisés sur ma poitrine, je le fustige du regard.
— Forcément, ils te mangent dans la main !
J’avais déjà envie de lui tordre le cou, mais c’est encore pire quand il me lance ce clin d’œil bourré d’arrogance.
— Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse s’ils sont fous de moi ? C’est dû à mon charme naturel, j’imagine…
— Ce qu’il ne faut pas entendre…
Plus sérieusement, il s’assied près de moi et dégage tendrement mes épaules de ma chevelure totalement indisciplinée.
— J’ai un aveu à te faire…
Je fronce les sourcils.
— J’avais un intérêt en leur suggérant de ne pas venir avant ce soir…
— Et lequel ?
— Je voulais passer un moment avec toi…
Sa réponse est confuse, même gênée et c’est très touchant de le voir presque mal à l’aise de me faire cette confidence.
— On n’a pas réellement eu l’occasion de se parler.
Il baisse les yeux, réajuste mon drap.
— Je pensais que c’était trop tôt, qu’il nous fallait un peu de temps avant de crever l’abcès, mais c’est le moment d’éclaircir quelques points, tu ne crois pas ?
Bien sûr qu’on a un millier de choses à régler tous les deux…
Il faut dire que nous n’avons pas été capables de parler posément depuis qu’il a débarqué à River North fou de colère après avoir découvert le plus monstrueux de mes mensonges. Rien n’a été simple entre nous depuis ce jour, surtout pas être dans la même pièce.
S’il y a une légère accalmie, j’ai conscience qu’elle est due à mon opération et la préoccupation de Macsen a pris le pas sur toute cette rancœur qu’il nourrit contre moi. Elle ne l’a pas fait disparaître pour autant. Aussi coupable que je me sente envers lui, je n’oublie pas les mots qu’il a eus pour moi alors que je tentais d’arranger les choses entre nous.
— J’imagine que oui…
— Si tu n’es pas prête à ce que nous mettions de l’ordre dans ce foutoir, je peux attendre...
— Non, ça va ! Je pense qu’il est temps que nous ayons une vraie conversation posée et adulte sans déferlement de colère, car aussi justifiée soit-elle, elle est loin d’être constructive.
Il se pince l’arête du nez.
— Je sais que j’aurais dû te parler de Legacy lors de mon hospitalisation…
Il redresse la tête.
— Tu penses sérieusement que c’est à ce moment-là que tu aurais dû m’apprendre qui tu es ?! Moi, je crois au contraire que tu aurais dû me le dire d’emblée, dès notre première rencontre !
— Je ne pouvais pas te le dire et tu le sais parfaitement !
— Vraiment ?! rebondit-il avec un agacement qu’il tente maladroitement de masquer.
— Dois-je te rappeler quel genre d’homme tu étais à cette période ? As-tu oublié le cauchemar que tu m’as fait vivre lors de mes premiers jours à UC ? Quel moyen avais-je de te faire cet aveu dans de telles circonstances ?
— C’est ainsi que tu justifies ton manque d’honnêteté, tu rejettes la faute sur moi ?! se vexe-t-il.
— Ce n’est absolument pas ce que je cherche à faire ! Je tiens seulement à t’expliquer pourquoi je me suis sentie si mal à l’aise face un homme aussi inabordable que toi !
— Admettons ! Cependant, on a traversé de nombreuses choses entre nous depuis ce jour, non ?! Je t’ai laissé entrer dans ma vie, dans mon intimité et tu as continué à te taire. Pire encore, tu m’as confronté à mon passé, ce même passé qui nous lie l’un à l’autre, et tu ne m’as rien dit !
Il plonge son regard dans le mien. Un de ceux qui me retournent l’estomac tant il est voilé de chagrin, de déception.
— Je n’avais plus jamais parlé d’elle à qui que ce soit, Saige ! Je n’avais plus prononcé son nom, avant cette nuit à la maison. Tu le savais, je te l’ai dit et, toi, tu n’as pas été capable de m’avouer que son cœur battait dans ta poitrine.
— Mac…
— J’ai l’impression que tu es totalement passé à côté de moi, que tu n’as rien compris à ce que le fait de me livrer ainsi pouvait signifier pour moi !
— Je… je hoquette. Si, je le sais…
— Non ! riposte-t-il avec véhémence. Je suis désolé, Saige, mais tu ne le sais pas ! Je ne t’ai pas fait cet aveu, car tu as été gentille et serviable avec moi. Ni parce que je prenais mon pied avec toi. Ni que tu es une mère exceptionnelle pour mon enfant et encore moins parce que tu m’as réconcilié avec moi-même. Non, j’ai partagé cette partie de ma vie avec toi, la peine qui en a découlé pour faire de toi, une partie de moi. Le sentiment que j’ai depuis que tu as débarqué à Chicago, c’est de m’être arraché le cœur, de l’avoir fendu en deux, avant de placer chacun de ces deux morceaux en toi et en Tempérance. Je n’en ai même pas gardé un bout pour moi, car je pensais naïvement qu’ils ne seraient jamais plus en sécurité qu’avec vous deux.
Ne trouvant aucun mot valable à dire alors que Macsen se livre à moi avec tant d’ardeur, j’introduis ma main dans la sienne. Mais il la repousse et se lève. Le front posé contre la vitre, il soupire :
— L’apprendre dans un putain de dossier médical…
Il y a un silence puis je sursaute quand tout à coup, il abat son poing contre la fenêtre.
— J’ai compris tout de suite, m’explique-t-il le timbre étrangement posé, le ton bas. J’ai lu ton dossier et j’ai su immédiatement que cette date n’était pas une coïncidence. Je crois que ce qui m’a fait le plus de mal, c’est que dans ces quelques lignes j’ai trouvé une réponse à cette question que je ne cessais de me poser à ton sujet et c’est ça qui est réellement violent : de l’avoir découverte au milieu de tous tes mensonges !
— Quelle question ?
— Pourquoi toi ? Je n’arrêtais pas de me demander comment une nana telle que toi sortie de nulle part et qui n’a décidément rien de ce que j’attendais d’une femme m’a mis à genoux ?! Pourquoi toi, tu es le premier être sur cette putain de planète à me faire éprouver quelque chose de nouveau, de différent ? Pourquoi je n’étais pas foutu de rester loin de toi alors que je voyais les ravages que tu étais en train de faire sur tout ce que j’étais ?! Pourquoi j’ai laissé tout ça arriver ?!
Ses traits crispés se dissipent subitement. Il plonge les mains dans les poches de son jean et s’intéresse au sol de ma chambre d’hôpital.
— Tu es à moi, Saige… plus que je n’aurais pu l’imaginer avant de comprendre à quel point nous sommes liés tous les deux. Ta vie m’appartient !
Il ose enfin un coup d’œil dans ma direction.
— Je n’insinue pas avoir une espèce de droit sur ton existence à cause de Legacy, mais tu as passé ces dernières années à songer à elle, à ma famille… à moi… Tessa m’a raconté tout ce que tu as traversé depuis que tu sais d’où te vient ce cœur et l’importance que tu m’as accordée dans ta vie sans même me connaître. Tu es à moi, Saige ! Pas sous prétexte que toi et Legacy êtes liées ou que le cœur de ma sœur est resté en toi pendant plus de vingt ans, mais parce que tu m’as voué ta vie à l’instant où tu as su que j’existais.
Les lèvres closes, muette comme une carpe quand mon cœur se serre au fond de moi face au discours de Mac, je l’observe sans un bruit et je pleure… je ne fais que ça…
— Tu m’aimes, Laura, affirme-t-il avec pudeur. Tu m’aimes depuis toujours parce que tu penses que tu m’es redevable de cet amour.
Lorsqu’il se décide enfin à bouger, c’est pour venir s’asseoir à mes côtés. Doucement, il fait disparaître mes larmes. La tête légèrement penchée sur la droite, il me dévisage avec tendresse.
— Mais tu ne me dois rien, ma chérie. Nicole et Robert ont fait ce qu’il fallait à l’époque. Donner le cœur de Legacy était la meilleure des décisions. Ainsi toute cette horrible histoire n’a pas servi à rien ! Mon deuil n’a pas été vain ; il t’a permis de vivre et j’en suis plus fier que je ne pourrais jamais l’être.
— Mac…
Il prend mon visage entre ses mains.
— Si j’étais en colère après toi jusqu’ici, j’ai beaucoup réfléchi à toi, à tout ce qui a pu te passer par la tête. Pas seulement depuis que je te connais, mais bien avant, quand tu as commencé à te poser toutes ces questions et je crois ma Laura qu’il est temps que tu te libères de moi, de tout ce que je représente dans ton passé et je pense que je ne peux plus être ton avenir, c’est impossible…
— Mais Mac...
Je ne peux rien ajouter, ses lèvres recouvrent les miennes.
— Je t’aime, ma Laura, plus que je n’aimerais jamais, mais je veux ce qu’il y a de mieux pour toi et ce n’est pas moi ! Moi, je suis un fantôme de ton passé. Tu t’es raccroché à moi par compassion, parce que tu me voyais comme celui qui avait dû souffrir pour que tu vives, mais tu as survécu, car c’était écrit ainsi. Comme il était écrit que je devais perdre ma famille, que je devais affronter leur mort et apprendre à devenir un homme malgré tout. On a réussi, Saige… Tu es une jeune femme merveilleuse, incroyablement touchante et tu vas vivre encore très longtemps. Moi, j’ai changé grâce à toi ! Aujourd’hui, je suis un bon père pour Tempé et je vais veiller sur elle, lui offrir la vie qu’elle mérite. On a fait tout ce qu’on pouvait faire pour l’autre, mon bébé, mais maintenant, je dois découvrir qui je suis sans toi, et toi aussi !
Je secoue nerveusement la tête. Mes larmes reprennent de plus belle.
— Je t’aime, Mac… Je veux être avec toi…
— Je ferai toujours partie de toi, comme tu feras toujours partie de moi et nous avons notre petite fille en commun, mais je crois qu’on doit se donner de l’espace et que nous avons des choses à régler individuellement…
— Est-ce que tu es vraiment en train de me dire que tout est fini entre nous, Macsen ? lui demandé-je dans un sursaut de courage.
— Je suis en train de faire ce qui me semble le plus juste pour moi, pour toi et surtout pour Tempérance. Elle a besoin de toi, Laura, et je te promets de préserver ça.
Il cherche mon regard alors que je me suis détournée de lui.
— J’ai fait une connerie l’autre jour en t’interdisant de voir la petite et tu as ma parole que je n’agirai plus jamais ainsi. Je veux respecter la place que je t’ai laissé prendre dans sa vie.
— Et qu’en est-il de celle que j’ai dans la tienne, Mac ? Pourquoi tu me rejettes, aujourd’hui ?
Sa main disparaît dans mes cheveux tandis qu’il me ramène auprès de lui. Nos corps s’épousent à merveille. Il plonge son regard au combien sombre dans le mien.
— Tu occuperas toujours la même place au fond de mon cœur, Saige. Toi seule es capable de faire naître ce genre de sentiments en moi, mais il ne s’agit pas de moi là, ma puce. Il s’agit de toi, de ce chemin que tu dois parcourir seule avec toi-même pour comprendre qui tu es et ce que tu désires réellement pour toi. Je crois en ton amour, je sais que tu es sincère quand tu me dis que tu m’aimes, le problème n’est pas là. Aujourd’hui, tu dois être celle que tu es vraiment, Saige et, non, cette petite Lane malade qui croit me devoir je ne sais trop quoi simplement parce qu’elle a vécu grâce au cœur de ma sœur.
Ses yeux me sondent avec un peu plus d’intensité.
— Je ne peux pas être le frère de ta donneuse, comme je refuse que tu sois la receveuse de ma sœur. J’ai besoin d’oublier tout ça, d’apprendre à vivre en sachant que tu existes et que je t’aime. Toi, tu dois accepter que tu as reçu celui un autre être humain sans en porter la moindre culpabilité. Hier, c’était Legacy et tu t’es raccrochée à moi dans un besoin d’être reconnaissante. Maintenant, tu as le cœur d’un étranger qui bat en toi et quand je vois les conséquences que ta première greffe a eues sur toi, je dois avouer que je flippe un peu.
— Cette fois, c’est différent, Mac !
— En quoi ça l’est ?
— Je suis amoureuse de toi et de notre fille. Notre famille suffit à mon bonheur. Je n’ai besoin d’aucune réponse, car je n’ai aucune question. Tout ce que je veux, c’est que tu m’aimes.
— Et c’est le cas, ma Laura. Pour autant, je dois apprendre à vivre par moi-même. Je dois réapprendre à aimer.
Je pleure de plus belle.
— Aimer une autre que moi ?
— Aimer tout simplement, Laura… J’ignore où tout ça me mènera !
Je sanglote dans ses bras.
— Je ne veux que toi, mais j’ai aussi une multitude de questions et je dois en découvrir les réponses avant de penser à mon avenir.
— Et pour y parvenir, tu dois m’abandonner ?
— Je dois me focaliser sur moi, sur ma fille !
— Et après Mac ? Après que tu aies trouvé ce que tu cherches ?
— Après… Je n’ai qu’une certitude à propos de ça, Saige ; je serai un homme bien meilleur après. Un homme que je n’aurais jamais pu être sans ma petite rouquine mal peignée…
J’ai un rire nerveux quand il me sort cette boutade destinée à détendre l’atmosphère entre nous.
— Je ne sais pas, Laura, je nage dans le flou total… Il s’est passé trop de choses, ces derniers temps. Elles m’ont profondément touché et blessé, parfois. J’avance dans le noir pour le moment… Je dois remettre de l’ordre dans tout ça et découvrir de quoi je suis capable maintenant que je sais qui tu es et ce que tu représentes pour moi.
Je lève mes grands yeux trempés vers lui.
— Tu vas t’en aller ? m’informé-je alors que tout mon être tremble de peur, de peine.
Il m’offre un sourire compatissant.
— Dès que tu seras sortie de l’hôpital, oui…
— Mon Dieu, pas ça...
Je me laisse tomber dans ses bras.
— Ne me laisse pas, je t’en prie…
Ses bras forts et rassurants se referment sur moi et me bercent doucement contre son cœur.
— Il faut que je le fasse, Laura. Pour la petite, pour moi, j’ai besoin de me retrouver seul et de comprendre tout ce qui m’est arrivé depuis que tu es entrée dans ma vie…
— Qu’est-ce que je suis supposée faire sans vous ?
— Vis, ma Laura ! Prends ta revanche sur tout ce que tu as enduré depuis ta venue au monde. Profite des tiens. Vous avez du chemin à faire pour vous retrouver. Ta famille t’aime et rien n’est plus important pour eux que de te comprendre. Laisse-leur cette chance ! Je pense que ça te ferait du bien… Et si je peux me permettre un avis…
Je hoche de la tête pour l’inviter à poursuivre.
— Tu devrais retourner voir la psy qui te suivait auparavant. Finis ce travail que tu as commencé sur toi-même afin de pouvoir avancer. Cesse de faire de moi une obsession et laisse cette histoire derrière toi, arrête de vivre en songeant à ce que tu dois ou pas aux autres et pense à toi, à ce que tu souhaites le plus…
— Je sais ce que je désire, Macsen…
Il me fait taire d’un baiser.
— Non, ma puce, la façon dont tu as géré les récents évènements le prouve. Tu as un chemin à trouver, une voie à tracer, tout comme moi.
— Je ne veux pas vivre sans toi…
— Et moi, je suis incapable de rester près de toi…
Je me recule et l’observe l’œil hagard.
— Alors, c’est fini…
— Une partie de notre histoire se termine ici, c’est vrai, mais une autre va voir le jour. Celle où nous devenons les parents de notre fille et où nous vivons en nous concentrant sur elle, sur son avenir. Tu peux faire ça pour elle, Laura ?
J’acquiesce d’un geste de la tête. Je ne peux même pas formuler la moindre réponse, je suis sans voix ! Macsen me congratule d’un sourire amical.
— Vous serez toujours ce qui m’est arrivé de plus beau dans la vie, Saige, qu’importe comment ça se termine…
— Et vous serez toujours ce que je désire le plus au monde, qu’importe ce que tu t’imagines…
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