Mato Grosso
Cochabamba, Bolivie - Mai 1976
Cochabamba, Bolivie
Mai 1976
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? s’offusque-t-il.
– C’est l’argent que te doit le gouverneur pour des trucs que tu as filmés, d’après Santana.
– Je n’ai rien filmé pour le gouverneur. Et puis j’étais salarié du Service cinématographique, je n’ai jamais rien touché en dehors de mon salaire.
– Écoute, je n’en sais rien. Santana m’a dit que tu étais sans le sou au Paraguay et que c’était dangereux.
– Ce sont des conneries. Je n’ai rien demandé à personne et je ne veux pas de cet argent.
Le voyage a duré plus que prévu. Il m’a fallu plus de dix jours pour rejoindre Santa Cruz de la Sierra, mais Paul était inconnu à l’hôtel Astoria. Alors j’ai appelé Cuiabá, où Santana a mis deux jours à retrouver la trace de Paul. Dans un hostel minable de Cochabamba. Il m’a fallu une journée de bus pour le rejoindre.
– Merde, Paul, j’ai fait tout ce chemin pour t’apporter ça. Prends-le, fais-en ce que tu veux mais prends-le, que je puisse rentrer.
– Si tu es si pressé, rentre, je ne te retiens pas, et emporte ce fric avec toi !
Il ne veut rien savoir, alors je décide de rester quelques jours pour essayer de le convaincre. Au moins d’aller jusqu’à La Paz, pour le mettre dans un avion pour la France peut-être. J’appelle Angèle, qui comprend. Non, elle ne s’inquiète pas. Non, elle ne s’ennuie pas. D’ailleurs pour la fin de semaine elle est invitée à une feijoada chez Sebastião. Il y aura tout le monde. Même les Chancel. Santana aussi sera là.
En fait, Paul ne va pas si mal que ça. Il connaît des gens un peu partout. À La Paz, un Français qui veut monter une affaire de cartes postales. Paul est bon photographe et le Français lui propose de s’associer. Alors pendant une semaine encore nous voyageons tous les trois dans les Andes pour faire des photos. Puis Paul accepte enfin d’empocher un peu d’argent. Il en prend la moitié et me laisse l’autre pour mon retour à Cuiabá.
Quand je cherche à prévenir Sebastião pour qu’il envoie son avion me prendre à Corumbá, il ne répond pas. Santana non plus.
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