Mato Grosso

Manook Ian · Chapitre 32 sur 33

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Mato Grosso

Petrópolis - Avril 2006

Petrópolis

 

Avril 2006

 

Haret avait lu toute la nuit ce texte dont il avait été fier et qu’un large public avait aimé. Il avait lu à voix haute, sous la menace de l’arme de Figueiras qui s’était allongé dans la chambre et le surveillait depuis le lit. Avait-il seulement deviné qu’à la fin de la nuit il pleurait en lisant ? Figueiras avait éteint la lumière de sa chambre et Haret comprit qu’il avait encore tout prévu, comme à l’époque. Depuis son lit, son regard prenait le couloir en enfilade et il avait forcé le Français à s’asseoir dans l’axe de la porte pour ne voir de lui que son dos courbé sur sa lecture. Haret s’était persuadé qu’au premier silence la balle chemisée de cuivre qu’il l’avait bien vu cette fois glisser dans le barillet de son arme lui briserait la nuque.

Il avait lu pour Figueiras d’abord, pour ne pas qu’il le tue, pour qu’il l’épargne, la voix éraillée par la peur et le dos noué par l’angoisse. Puis il avait lu pour lui, à voix basse, pour sa propre honte, comme résigné, par abandon. Ce n’est que tard dans la nuit qu’il buta contre l’avant-dernier mot, ne pouvant se résoudre à prononcer le dernier. Deux fois déjà il avait essayé d’interrompre sa lecture, mais l’inspecteur lui avait ordonné de continuer en armant son colt. Cette fois pourtant, il n’entendit rien, pas même un souffle endormi. Il attendit longtemps avant de se retourner, n’osant espérer que Figueiras se soit assoupi.

Il était là dans la pénombre, allongé sur le lit dans son costume blanc, son arme à la main, le bras légèrement écarté du corps, posé sur le dessus-de-lit, les yeux clos, la tête baissée, le menton sur la poitrine. Endormi. Avant de tenter le moindre geste, Haret observa la chambre. Sur la table de nuit il aperçut un verre vide, une carafe et une fiole. Un médicament. L’infirme devait se soigner contre la douleur et les antalgiques, souvent, poussent à l’endormissement. La chance basculait de son côté à nouveau, sa dernière sans doute, à ne pas laisser passer. Il fallait qu’il s’empare de l’arme. Se jeter sur l’infirme par surprise, lui arracher le colt et le frapper avec pour l’empêcher de se relever, ou se glisser jusqu’à lui par ruse et la lui prendre sans le réveiller.

Il chercha à deviner dans quel sommeil Figueiras s’était perdu et retint son souffle pour épier celui de l’infirme. Il sentit son cœur défaillir et un vertige le força à se rasseoir quand il voulut se lever trop vite. Il se retint à la table, se cramponna au dossier de sa chaise, le temps de se relever, et tangua jusqu’à la chambre en se cognant des épaules contre chaque mur. Ses jambes le soutenaient à peine et le trahirent brusquement comme il se penchait au-dessus du lit pour récupérer l’arme. Il perdit l’équilibre et bascula avec horreur sur le corps de Santana, se relevant aussitôt, écœuré par ce contact, pour se réfugier en titubant dans la salle à manger. Figueiras ne s’était pas réveillé sous son poids. Il était mort. Une bouffée d’espoir le prit à la gorge et il se laissa tomber sur sa chaise pour se servir un grand verre d’eau, quand une autre évidence figea son geste et emplit ses yeux d’horreur.

« Lisez, avait ordonné Figueiras d’une voix triste et sans haine, lisez sans vous arrêter. Buvez si vous avez la bouche sèche, mais lisez, sinon je vous tue. » Haret fracassa son verre contre le mur et d’un bras rageur renversa la carafe. Mon Dieu, comment avait-il pu encore une fois tomber dans ce dernier piège ! Ce goût sur la langue, cette pointe d’amertume, ce n’était pas l’aigreur de sa bile ou l’acidité de sa peur. C’était le goût du poison, des mêmes cristaux translucides et inodores que Santana avait dû dissoudre dans l’eau de leurs deux carafes ! Et maintenant il allait quand même mourir, piégé par ce fumier de Figueiras ! Mon Dieu, aidez-moi, pour l’amour du ciel, aidez-moi ! Ça ne pouvait pas se terminer comme ça, ce n’était pas juste, il avait survécu à presque tout, même Figueiras était mort et lui pourrait encore s’en tirer comme à l’époque, échapper à tout, fuir, rentrer en France et revivre hors de ce cauchemar. Et voilà qu’il allait mourir empoisonné par la vengeance d’un homme qui ne serait même plus là pour en jouir !

Il voulut fuir, sortir, appeler à l’aide, ou au moins ne pas mourir ici, mais ses jambes se dérobèrent et il retomba en travers de sa chaise. Ça y est. Oh mon Dieu, ça y est ! Son corps lâchait, ses forces l’abandonnaient et son cerveau s’engluait d’épaisses pensées incohérentes qui l’empêchaient de réfléchir. Dans sa bouche pâteuse sa langue s’épaississait et sa tête, lourde et creuse à la fois, roula soudain sur sa poitrine. C’était donc ainsi qu’on mourait, sans force et sans volonté, étouffé par un corps trop lourd qui n’obéissait plus. Il fallait sortir, ne pas agoniser où Figueiras l’avait voulu, trouver du secours. Il se releva en trébuchant dans les meubles. Il avait l’arme à la main, il forcerait la première voiture ou le premier passant à le conduire à l’hôpital. On pourrait le soigner, il allait s’en sortir.

Il tituba jusqu’à la porte, bousculant les bibelots qui dégringolèrent des étagères et des guéridons en se fracassant sur le parquet. Des photos d’Angèle, de Santana, de Martinho. Il avançait en piétinant le verre brisé comme un homme ivre que le déséquilibre pousse en avant, et quand d’un geste incontrôlé il arracha la moustiquaire pour sortir sur la véranda, il trébucha dans les pieds de Martinho et faillit basculer par-dessus la balustrade.

Le jeune homme était prostré à même le sol, avachi contre le mur comme un ivrogne en coma éthylique.

– Martinho, Martinho, Dieu soit loué vous êtes là. Il faut me conduire à l’hôpital, Martinho… je suis… votre père m’a empoisonné. Je vais mourir, je vous en supplie, aidez-moi, conduisez-moi à l’hôpital…

Mais Martinho ne répondit pas et quand Haret se pencha pour le supplier, il découvrit son visage défait par le chagrin et comprit qu’il avait dû rester là toute la nuit, sur la véranda, à les écouter.

– Martinho… votre père… le poison, je vous en prie, aidez-moi. Il est mort, Martinho, Figueiras est mort. Il s’est suicidé, et moi il m’a empoisonné.

– Donnez-moi cette arme, dit alors le jeune homme.

Il se releva en s’adossant au mur, retrouvant dans une rage subite qui terrifia Haret la force et la vigueur de sa jeunesse.

– Non, je vous en prie, Martinho… ce n’est pas moi… je n’y suis pour rien…

Mais le jeune homme arracha le colt des mains de Haret, incapable de lui résister, et poussa l’écrivain à l’intérieur avec tant de violence qu’il s’assomma et perdit connaissance en s’affalant sur la table.

Quand Haret revint à lui, la nuque prise dans l’étau d’une méchante migraine, le jour pointait déjà à travers les feuillages. Il resta la tête dans ses bras, le temps de bien se convaincre qu’il vivait encore. Il laissa les bruits cotonneux du monde revenir doucement à lui. Il devina des voitures au loin, quelques voix dans un jardin derrière la maison, puis le piaillement des perruches au-dessus du toit lui cisailla les tympans. Il ouvrit des yeux lourds et aveugles comme des calots d’acier et devina la clarté du matin qui baignait la maison où il avait cru mourir. Il écouta son corps, avant d’oser le solliciter, mais quand il se redressa Martinho était là qui le regardait, assis face à lui à l’autre bout de la table, et l’expression de son visage fut comme un coup de poing haineux dans une blessure béante.

Le jeune homme tenait le roman ouvert à la page de la dédicace et l’arme était posée sur la table devant lui. Depuis combien de temps attendait-il ainsi, immobile, qu’Haret se réveille ? Et pourquoi ?

– Ainsi vous aurez réussi à tous les tuer, da Souza, Blanche et aujourd’hui Figueiras !

– Écoutez, Martinho, je suppose que vous avez passé la nuit à nous écouter depuis la véranda, Figueiras et moi, alors vous avez dû comprendre que ni l’un ni l’autre n’avons voulu ce qui est arrivé. Figueiras a fait son métier de flic en s’arrangeant avec l’enquête, et moi j’ai fait mon métier d’écrivain en m’arrangeant avec la vérité.

– Bien sûr que si, vous l’avez voulu. Vous avez tué mon père sans état d’âme, pour posséder ma mère que vous vouliez forcer à vous aimer, et vous n’avez jamais eu aucune compassion pour personne, ni à l’époque de votre crime ni trente ans plus tard en vous en vantant par écrit.

– Je ne m’en vante pas, Martinho, ce roman est une confession…

– Oui, c’est exactement ça, une confession. Cet acte de contrition hypocrite et lâche dont on sait bien qu’il se termine toujours par une absolution contre quelques prières marchandées.

– Vous vous trompez, Martinho. C’était une folie de jeunesse à laquelle j’ai succombé et que j’assume. Si j’avais su qu’Angèle le lirait…

– Blanche ! hurla le jeune homme en brandissant le colt sur Haret. Ma mère s’appelait Blanche !

– Excusez-moi, excusez-moi, implora aussitôt le Français, les mains tendues paumes ouvertes vers Martinho comme si elles pouvaient le protéger des balles, excusez-moi, je ne suis pas bien, je n’ai pas toute ma tête, le poison je suppose…

– Le poison, oui, d’ailleurs le flacon de Véronal est encore sur sa table de nuit, qu’est-ce qui vous retient ? Et ce revolver que vous êtes allé lui prendre des mains après sa mort, je suppose que vous ne l’avez pas porté à votre tempe, n’est-ce pas ? Pourquoi n’avoir pas eu ce courage de vous tuer comme vous avez tué mon père ?

– Parce que je ne veux pas mourir, Martinho ! cria Haret. Le crime de da Souza me poursuit depuis toujours, et c’est vrai que je ne sais pas pourquoi je l’ai commis. Une jalousie abjecte et imbécile, ma jeunesse à l’époque, l’ivresse de ce voyage, je ne sais pas. Et mon désir violent pour votre mère aussi. Je n’avais même pas votre âge, rendez-vous compte, et j’étais si loin de chez moi, et puis tout ce pays de passions et de violences autour de moi ! Mais je vous supplie de croire ce que j’ai écrit. Je suis allé voir Figueiras ce soir-là et je me suis accusé de l’avoir tué. Je vous le jure. Croyez-vous que j’aurais pu quitter le Mato Grosso impuni sans l’aide de Figueiras ? J’étais un jeune prétentieux et lâche et il l’a deviné. Il avait ses raisons d’en vouloir à da Souza. C’était le Brésil d’il y a trente ans, Martinho. Ça n’excuse pas mon geste mais ça l’explique. Quant à mon livre, pas une seconde je n’ai pensé que Figueiras avait pu épouser Blanche. Et encore moins que Blanche attendait un enfant de da Souza. Comment aurais-je pu le savoir ? J’ai fui et je ne suis jamais revenu au Brésil avant d’y être invité par Figueiras. Martinho, je vous supplie de me croire, jamais je n’ai imaginé que Blanche puisse lire mon roman…

– Mais vous l’avez écrit, n’est-ce pas, comme tous ces écrivains, avec l’orgueilleuse prétention que le monde entier le lise !

– Ce n’est pas ce que j’ai voulu, Martinho. Je vous jure que ce n’est pas ce que j’ai voulu.

– De toute façon, peu importe votre roman. Fiction ou récit, confession ou aveu, tout ça n’a plus la moindre importance puisque ceux qui vous ont inspiré en sont tous morts. Je ne vais pas batailler avec vous comme l’a fait Figueiras tout au long de cette nuit pour savoir si vous en êtes coupable ou non. Nous seuls avons survécu à cette histoire, alors vous conviendrez que c’est à l’un de nous qu’il revient d’en finir à présent, n’est-ce pas ?

– Je vous en prie, Martinho ! Vous avez lu ce livre, alors vous savez que nous sommes peut-être unis par un lien plus fort que la colère…

– Que voulez-vous dire ?

– Everaldo et moi étions les amants de votre mère en même temps…

– Quoi ! Vous n’allez quand même pas oser…

– Si, Martinho, je suis peut-être votre père. Je peux l’être en tout cas autant qu’Everaldo pouvait l’être.

– Mais comme osez-vous ! Vous ne méritez décidément pas de survivre à vos bassesses.

Il parlait à voix basse maintenant. Il avait baissé son bras et ne pointait plus l’arme sur Haret. Le chagrin le gagnait et ses yeux pleuraient à nouveau. L’écrivain devina que le jeune homme se désespérait. Il sentit qu’il pourrait presque aller jusqu’à commettre l’irréparable à présent. Martinho était seul, il n’avait plus personne, il pouvait succomber à cette tentation. Il fallait qu’Haret lui parle. Il fallait qu’il trouve les mots pour nourrir son chagrin. Il fallait qu’il enfle son désespoir. Il pouvait le faire. Il avait peut-être encore une chance. Il fallait acculer Martinho à sa propre désespérance. Santana l’avait fait avec lui à l’époque, il pouvait le faire à son tour aujourd’hui. Il devait trouver les mots pour le pousser à perdre pied. Lui parler de sa mère, Blanche, et ne jamais prononcer le nom d’Angèle. De son père sans jamais dire Santana. De leur mort, pas de leur suicide. De sa solitude à lui, de ce chagrin qui le tiendrait toute sa vie. Du vide profond qu’ils laissaient en lui et qui ne se comblerait jamais. S’il réussissait à l’en convaincre, il lui restait encore une chance de s’en sortir. Il fallait que Martinho retourne l’arme contre lui et se tue pour en finir, alors lui aussi en aurait fini avec toute cette histoire et il pourrait quitter cette maison, cette ville, ce pays, toute cette folie, et rentrer chez lui.

Mais au même instant Martinho leva les yeux et vit dans le regard de Haret cette étincelle d’audace désespérée qu’il comprit aussitôt. Un voile de rage ternit son visage. Il leva le bras et pointa l’arme sur l’écrivain qui, en panique, ne pensa plus qu’à des choses stupides. Quels mots pourraient décrire sa mort ? Aurait-il le temps de sentir l’impact ? Le choc l’assommerait-il avant la douleur ? Entendrait-il craquer son crâne et sentirait-il la brûlure du métal traversant la masse molle de son cerveau ?

La confusion pétrifia ses pensées. Où étaient tous ces souvenirs qu’il était supposé revivre en une dernière seconde ? Ses lèvres bredouillaient d’humiliantes suppliques auxquelles il ne croyait pas lui-même. Il plissa les yeux si fort qu’il s’en blessa les paupières et chercha une phrase immortelle pour décrire ce qui allait lui arriver de définitif, des fragments de dialogue pour crier à Martinho de l’épargner, des mots pour un épilogue ridicule.

Quand il entendit claquer le percuteur, il pensa qu’il était mort, s’étonnant de cette distorsion du temps qui ralentissait l’impact et l’épargnait pour quelques millièmes de seconde encore. Et quand il comprit qu’il était vivant, il ouvrit les yeux, hébété, et vit Martinho face à lui, de l’autre côté de la table, le bras fièrement à l’équerre et le canon du revolver encore appuyé contre sa propre tempe. Il fixa Haret longtemps, d’un regard noir de colère et de haine, puis posa le colt sur la table.

– Mon père n’a admiré que deux hommes dans toute sa vie. Le premier, c’était M. Stefan qu’il vient d’imiter dans la mort. Le second, c’était Pimentel Barbosa, un colonisateur utopiste. Mon père vous en a parlé si je vous ai bien entendus cette nuit, et vous vous souvenez sans doute de la devise de cet aventurier humaniste ?

– Oui, murmura Haret.

– Alors dites-la, s’il vous plaît.

– …

– Dites-la, ne me forcez pas à…

– Morrer si necessário for. Matar, nunca.

– Exact, approuva Martinho d’un hochement de tête. « Mourir s’il le faut. Tuer, jamais. »

– Ça ne veut rien dire, Martinho, dit Haret en essayant de se reprendre, et il n’y a aucune noblesse à mourir, ni pour Figueiras, ni pour Zweig, ni pour personne. Et vous vous accommodez facilement d’avoir passé la nuit à écouter votre père se suicider. Vous auriez pu intervenir à n’importe quel moment et nous sauver tous les trois de ce mauvais mélodrame. Vous êtes médecin, n’est-ce pas ? Il fallait bien que ce Véronal vienne de quelque part. Moi je n’étais pas au courant du poison dans les carafes, alors il faut vous résoudre à cette vérité : c’est plus de votre faute que de la mienne si Figueiras est mort cette nuit.

– Mais Figueiras est mort depuis longtemps déjà, depuis la mort de ma mère, et vous avez raison, je lui ai prescrit le poison à sa demande parce qu’il avait décidé de ne plus vivre. J’ai compris cette nuit pourquoi il avait décidé d’attendre, mais je savais qu’il le ferait. Comment le lui reprocher après tout ce que j’ai entendu ?

– Si vous lui avez fourni le poison, comment expliquez-vous que je ne sois pas encore mort ? Vous ne pensez pas que son but, en me faisant venir jusqu’à lui, était de nous voir mourir ensemble ?

– Je n’en sais rien. Peut-être s’est-il trompé dans les doses ou que votre corps réagit différemment du sien. À moins qu’il n’ait tout calculé pour que nous restions seuls tous les deux et que je décide de votre sort, comme le prouverait la dédicace.

– Je vous en prie, Martinho, arrêtons, laissez-moi partir. Vous avez déjà tant perdu alors que vous étiez étranger à tout ça, qu’est-ce qu’une nouvelle mort changerait à ce qui est arrivé ?

– Vous savez ce qu’est la saudade ? demanda Martinho sans répondre.

Les yeux rivés sur l’arme devant lui, la peur perlant sur son front et tétanisait sa mâchoire, Haret bredouilla dans un souffle presque inaudible :

– Oui, une sorte de nostalgie.

– Non, la nostalgie, c’est regretter ce qui n’est plus. C’est bon pour les âmes compassées de votre vieux continent. Pour nous, la saudade, c’est le souvenir heureux de ce qui a été. La saudade, c’est l’âme de notre pays, une force profonde qui d’habitude nous pousse à survivre à tout, à continuer d’espérer. Elle baigne nos chansons, nos romans, nos poèmes. Eh bien vous avez réussi ce triste exploit, en réécrivant nos jours heureux, de tuer en moi jusqu’à cette saudade. De tuer mon âme. Je n’ai plus personne à aimer, je n’ai plus de souvenir des jours heureux parce que vous les avez réécrits en jours de malheurs. Il n’y a rien à espérer de vous…

Il sourit et Haret, qui relevait les yeux pour une ultime supplique, reçut comme un coup fatal l’immense tristesse apaisée de son regard.

Alors Martinho, fils de Blanche et d’Everaldo, enfant de Figueiras, prit l’arme sur la table et la leva à hauteur des yeux du Français.

– Vous savez qu’elle existe vraiment maintenant ?

– Quoi ? bredouilla Haret, le regard rivé sur le métal du canon.

– La Transpantanaire…

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