Mick
Préface
Quand Justin Timberlake raconta sa séparation brutale avec Britney Spears dans « Cry Me a River », Lizzy Jagger s’empressa de montrer le clip à son père.
— Tu vois cette scène dans la vidéo ? Ça s’est réellement passé comme ça.
Mais Mick Jagger savait qu’il était différent des autres stars – ce qui était bon pour les autres ne l’était pas nécessairement pour lui.
— Si je me mettais à raconter ma vie, dans le détail et pour de l’argent, les gens seraient dégoûtés.
Et pourtant, pour les millions de fans qui se sont succédé au fil des générations, la « Jagger Touch » demeure aujourd’hui encore, comme depuis cinquante ans, le summum du chic et du glamour. Au moment où les Stones s’apprêtent à fêter leur demi-siècle de carrière, de nombreux artistes contemporains, tels que Ke$ha, Kanye West et les Black-Eyed Peas rendent hommage à Mick Jagger – le plus saisissant étant peut-être le duo d’Adam Levine des Maroon 5 avec Christina Aguilera dans « Moves like Jagger ». Présenté pour la première fois sur NBC dans l’émission The Voice en juin 2011, le titre s’est retrouvé numéro un des hit-parades. Avec l’aide du clip montrant un Levine filiforme, le torse couvert de tatouages, et une Christina Aguilera en femme fatale, le tout émaillé d’images d’archives de Mick Jagger – la véritable star de la vidéo – « Moves like Jagger » a dominé le paysage musical jusqu’à la fin de l’année.
Mick Jagger est-il un « Jumpin’ Jack Flash » ? Un « Street Fighting Man » ? Un « Midnight Rambler » ? Un homme riche et de goût, comme il l’affirme dans « Sympathy for the Devil » ? Il est tout ça et bien plus encore. Par définition, Mick Jagger est un cas unique, l’une des figures phares de notre époque. Avec ses déhanchements, ses mimiques arrogantes, trublion parfois sinistre, toujours fascinant, voilà cinquante ans qu’il nous coupe le souffle et qu’à l’inverse de ses pairs, il ne s’assagit pas.
Jagger est peut-être le dernier des géants du rock, même si cette description est par trop réductrice. Durant ce demi-siècle où il aura traversé le tumulte des années 60, l’hédonisme des années 70, les boum-boum des années 80, la démesure des années 90 et le grand désert des années 2000, Mick Jagger aura laissé son empreinte plus profondément que nul autre.
Pour les baby-boomers, et ceux qui ont suivi, Mick Jagger a été le reflet facétieux de toutes les modes et tendances de ces cinq décennies. Une fois que les Beatles ont ouvert la voie avec leur rébellion B.C.B.G. proprette, les Stones se sont fait un honneur de se montrer sales, hirsutes et grossiers. La jeunesse descendait dans la rue pour protester contre la guerre du Viêt Nam, et Mick Jagger leur fournissait des hymnes pleins de colère.
Aucun groupe n’a mieux incarné que les Stones le mantra « sex, drugs and rock’n’roll » des années psychédéliques. Et lorsque l’ésotérisme est venu s’ajouter à ce cocktail, Mick n’a pas revêtu la toge d’un moine tibétain, mais l’habit pourpre de Lucifer.
Délaissant son image de voyou bagarreur, Mick devint l’avatar de la mode androgyne, arborant mascara et rouge à lèvres, et se mit à explorer les territoires de sa bisexualité. Puis cette posture se fondit sans heurt dans l’ère disco, lorsque Mick opta pour des combinaisons de satin, les paillettes, alternant hits de dance et sniff de coke.
Le « Just Say No » de Reagan initia une nouvelle métamorphose de Mick Jagger. Mick était désormais père de famille, et un ardent opposant à la drogue. « Normal, dit-il d’un air imperturbable, comme si les trente années précédentes n’avaient jamais existé, je n’ai jamais été très porté sur ces choses. »
Il n’y avait pas que sa bouche qui était démesurée. Tout ce qu’il faisait, à la ville comme à la scène, semblait plus grand, plus fulgurant, plus saisissant. En tant que chanteur des Rolling Stones, il a offert ses déhanchements et sa gestuelle aguicheuse à plus de personnes que quiconque. En 2010, sur les dix plus grandes tournées de l’histoire, les Stones engrangeaient les places un, deux, trois, quatre, cinq et neuf.
Les ventes de disques allaient de pair, évidemment. Deux cent cinquante millions d’albums vendus ! Et les classements annuels placent toujours les Stones comme le plus grand groupe de rock’n’roll de tous les temps. Ce qui, par suite, positionne Mick Jagger comme le plus grand chanteur rock de la planète.
À la ville, Mick ne déméritait pas non plus, menant la vie tumultueuse et tapageuse d’une rock-star. Les scandales et les excès du chanteur faisaient systématiquement la une de la presse people : les maisons luxueuses, les limousines, les jets privés et les yachts, la drogue, les femmes – et parfois les hommes. Mais surtout les femmes, en pagaille.
Dans le même temps, en coulisses, Mick mettait à profit ce qu’il avait appris à la London School of Economics pour faire gagner des millions au groupe, rendant chacun de ses membres immensément riche – dans le cas de Mick, sa fortune finit par s’élever à quatre cents millions de dollars. Il poursuivit également son rêve d’être accepté dans la haute société britannique – une quête fébrile qui, à force d’opiniâtreté, lui valut d’être anobli.
Durant la majeure partie de sa vie, ce trublion attaquant l’ordre établi se trouvait très à l’aise au milieu de l’aristocratie anglaise. C’est là l’une des multiples contradictions du personnage.
Mick est l’écolier de banlieue qui se fit connaître en chantant du blues du Mississippi ; il est le fils d’un austère professeur de gymnastique qui devint le chantre de l’hédonisme ; le gamin des rues ayant le raffinement d’un lord anglais ; l’androgyne aux amours bisexuelles, doublé d’un appétit hétérosexuel insatiable ; le pair de la couronne qui, pendant cinquante ans, s’est forgé l’image planétaire d’un rebelle, le Lothaire des temps modernes dont le lien affectif le plus fort et le plus pérenne demeure son amitié avec un comparse qui prétend toujours ne rien comprendre à sa personnalité : Keith Richards.
Aujourd’hui que les Rolling Stones fêtent leur cinquantième anniversaire, Jagger est l’objet de tous les essais, de toutes les conversations et rumeurs. Et pourtant, contre toute attente, il est parvenu à cultiver ce que toutes les vraies icônes de l’histoire ont en commun : le mythe.
C’est, en définitive, cette force singulière et galvanique de la nature – un être charismatique qui aurait atteint les étoiles avec ou sans les Stones – qui continue de nous passionner et nous ensorceler, cinquante ans plus tard. Les frasques, l’argent, les drames, la musique, la gloire, les drogues, le sexe… le chanteur des Stones est l’incarnation de tout ça, et plus encore. Son nom résume à lui seul une époque de l’humanité. Ecce homo. Ecce Mick Jagger.
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Je suis l’une des meilleures choses qu’ait l’Angleterre.
Moi et la reine.
MICK
Please allow me to introduce myself,
I’m a man of wealth and taste.
SYMPATHY FOR THE DEVIL
Ce petit con est futé.
Je lui reconnais cette qualité.
KEITH RICHARDS
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