Mick
8. Ultime tentative : « Angelina c’est Mick.
8.
Ultime tentative :
« Angelina, c’est Mick. Appelle-moi ! »
Angelina Jolie avait été très claire : elle ne voulait pas jouer le rôle d’une strip-teaseuse dans un clip des Rolling Stones. « Je ne sais pas chanter et je ne sais pas danser, putain ! dit-elle d’un air furieux au réalisateur. Alors qu’est-ce que je fous ici ? » La fille de l’acteur oscarisé Jon Voight venait d’achever sa prestation de Gia dans le film éponyme, où elle prend les traits d’un mannequin maudit, un rôle qui l’avait physiquement et émotionnellement épuisée – et rendue accro de l’héroïne, comme son personnage.
La mère d’Angelina, Marcheline Bertrand, grande fan de Mick Jagger, n’était pas de l’avis de sa fille. Bien que sa fille soit déjà mariée à l’acteur britannique Jonny Lee Miller, du célèbre Trainspotting, et qu’elle ait une liaison avec l’acteur Timothy Hutton, Marche pensait qu’elle avait besoin d’un homme comme Mick. « Marche aimait Mick à la place d’Angie, commente Lauren Taines, une amie de Marcheline. Elle pensait qu’il pourrait lui apprendre beaucoup de choses sur la célébrité et la façon de la gérer. »
Dans l’immédiat, tout ce que souhaitait Angelina, c’était en finir avec ce tournage. À un moment, l’actrice arrachait sa perruque blonde et révélait son crâne nu, rasé pour son rôle dans Gia. Puis, vêtue d’un manteau de fourrure sur un bustier lamé doré, elle dévalait une rue du centre-ville en arrêtant la circulation, Mick à ses trousses.
En dehors de ses évidents attributs physiques et de la célébrité de son père (une star hollywoodienne qui n’avait que quatre ans de plus que Jagger), Angelina Jolie dégageait autre chose – un parfum de danger. De tempérament nerveux, elle jurait comme un charretier et était encline aux humeurs noires et aux accès de colère. Elle était aussi accro aux drogues dures et avait un faible pour les tatouages, les piercings et les pratiques sado-maso (« Une drôle de manière de se purifier »). De son propre aveu, elle s’adonnait à l’automutilation – faisant partie de ces gens qui ont si peu d’estime de soi qu’ils s’infligent de petites entailles aux bras et aux jambes. En tant qu’actrice, elle s’immergeait totalement dans ses personnages, disparaissant parfois plusieurs jours entiers, voire toute une semaine.
Ce que Mick ignorait, c’était la tendance d’Angelina à la dépression et aux idées suicidaires – une maladie aggravée par le sentiment que sa carrière n’avait pas encore pris son envol. Un jour, elle alla jusqu’à contacter un tueur à gages et lui demander combien il prendrait pour mettre fin à ses propres jours. Longtemps après avoir vaincu ces démons, Angelina Jolie avouerait que ce plan morbide était « particulièrement tordu ».
C’était le côté sauvage d’Angelina qui la rendait irrésistible aux yeux de Mick. « Elle me fait un peu peur… j’adore ça. » Encouragé par une Marcheline bien déterminée à marier sa fille lunatique au rocker, Mick pourchassa Angelina de ses ardeurs dès que les caméras cessèrent de tourner. Au début, l’actrice joua l’indifférence et les messages de Jagger s’accumulèrent sur son répondeur. « Angelina, c’est Mick. Peux-tu me rappeler s’il te plaît ? S’il te plaît !… Mademoiselle Jolie, pourquoi ne retournez-vous pas mes appels ?… Angelina, je dois absolument te parler. Appelle-moi ! »
Finalement, elle accepta de passer un peu de temps avec Mick à Palm Beach, profitant d’une pause de la tournée Bridges to Babylon à l’automne. Leur week-end ne fit pas grande impression à Angelina, mais laissa Mick sur sa faim.
Après une autre série d’appels suppliants laissés sans suite, Mick adopta une approche plus indirecte. Il savait qu’Angelina et Jonny Miller s’étaient séparés à l’amiable et que si Miller était pris dans Enigma, un film produit par Jagged Films, Angelina viendrait certainement lui rendre visite sur le plateau.
Lorsque Angelina découvrit les machinations de Mick, elle l’appela et lui sortit un torrent de jurons. D’accord, elle voulait bien le revoir, mais terminés les messages larmoyants sur son répondeur !
Pourtant, les supplications continuèrent, plus désespérées encore. Tains, qui en avait écouté une flopée, les trouvait « ahurissants ». C’était Mick Jagger qui pleurnichait comme ça au téléphone ! « Angie, ajoute Tains, a été très douée pour mettre le bazar dans la tête de Mick. » La romance chaotique entre Mick Jagger et Angelina Jolie hoqueta pendant deux ans encore – mais il restait l’acte III à jouer.
Ces incartades n’écartaient cependant pas le chanteur de l’objectif professionnel qu’il s’était fixé : monter le spectacle le plus époustouflant de tous les temps. Lancée à Toronto le 9 septembre 1997, la tournée Bridges to Babylon s’étala sur un an, avec cent huit concerts et quatre millions cinq cent quatre-vingt mille spectateurs sur quatre continents. Elle rapporta aux Stones trois cent trente-neuf millions de dollars, battant leur propre record de Voodoo Lounge. Cette fois, le grand scénographe Mark Fisher s’inspira de Cecil B. DeMille pour créer une immense scène au décor babylonien. Conformément au thème de la tournée, un pont en porte-à-faux de quarante-cinq mètres, d’une valeur d’un million de dollars, s’élevait du premier rang de l’auditoire pour rejoindre une seconde scène.
Au début, la troupe avait peur que le pont s’effondre sur la tête des spectateurs. « Une personne à la fois ! rappelait Jagger. Et doucement ! » Mais au bout de cinquante concerts, les esprits s’étaient relâchés, au point que tous « se précipitaient en même temps sur le pont en sautant à qui mieux mieux ».
Au moment de monter sur scène à Atlanta, le 9 décembre, Mick laissa un énième message à Angelina, la suppliant de le rappeler. L’appel fut interrompu par Jerry, qui l’appelait de Londres pour lui annoncer la naissance de son sixième enfant. Hall venait de mettre au monde leur quatrième enfant et second fils : Gabriel Luke Beauregard Jagger. Malheureusement, la rencontre entre père et fils attendrait. Les Stones devaient donner un concert à Saint Louis avant que Mick puisse prendre un vol pour rentrer chez lui le 13 décembre et poser les yeux pour la première fois sur le nouveau-né.