Mick

Christopher Andersen · Chapitre 2 sur 45

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Mick

1. « Dis-leur de se la mettre dans le cul ! »

1.

 

« Dis-leur de se la mettre dans le cul ! »

 

Palais de Buckingham,

Vendredi 12 décembre 2003

 

Le prince Charles ajusta les manches de son uniforme d’amiral et s’éclaircit la gorge tout en parcourant la liste des noms. Il en cherchait un en particulier.

— Ah, le voilà ! lança-t-il en pointant son doigt au milieu de la page. Sir Michael Jagger. J’en conclus qu’il sera donc parmi nous cette fois.

— Oui Votre Altesse, répondit le Lord chambellan, dont la charge était de s’assurer que les cérémonies de la journée se déroulent sans anicroche. Pour rien au monde, il ne manquerait à l’appel.

Mick, dans sa volonté d’être anobli, s’était montré cavalier à plusieurs reprises. Il avait repoussé la date de la cérémonie pas moins de dix fois ; il venait même de refuser d’être adoubé deux jours plus tôt, le 10 décembre. Ce jour-là, l’une des rares personnes qui pouvaient lui faire de l’ombre – le joueur de rugby Jonny Wilkinson, qui avait remporté la Coupe du monde avec son équipe – devait être également anobli, et le sexagénaire Mick Jagger n’avait aucune intention de lutter contre un jeune sportif de vingt-quatre ans pour avoir la faveur des projecteurs.

— C’est effectivement difficile à croire, dit le prince de Galles, en secouant la tête. Mick Jagger. Chevalier. C’est sidérant. (Puis, se tournant vers l’huissier de la reine, il ajouta :) C’était trop pour ma mère.

Il n’était pas rare que le prince Charles représente sa mère pour ce genre de cérémonies – en particulier quand elle était souffrante ou retenue. Ce jour-là, elle avait pris de court son fils et toute son équipe en décidant de se faire opérer du genou gauche – une opération qui aurait pu être réalisée n’importe quand et qui n’avait aucun caractère d’urgence. En effet, plus tôt dans la semaine, elle était apparue en pleine forme pour accueillir Wilkinson et ses coéquipiers au palais de Buckingham après le défilé dans Londres avec la coupe mythique.

« Quand la reine a vu le nom de Mick Jagger sur la liste, racontera plus tard un conseiller, il fut évident qu’en aucune manière elle n’assisterait à la cérémonie. Elle s’est donc arrangée pour avoir un autre engagement. »

La reine avait, en privé, critiqué Tony Blair pour s’être battu bec et ongles pour inclure le chanteur parmi la brochette d’humanistes, de scientifiques, de diplomates, d’artistes, de serviteurs de l’État, de sportifs et d’hommes d’affaires, sur la liste biannuelle des personnalités à décorer. La majorités d’entre elles recevaient un simple MBE (Membre de l’Excellentissime ordre de l’Empire britannique), un OBE (Officier de l’Excellentissime ordre de l’Empire britannique), voire un CBE (Commandeur de l’Excellentissime ordre de l’Empire britannique). Chaque année, deux mille cinq cents distinctions royales étaient ainsi octroyées ; même si l’approbation de la reine était nécessaire, elle remettait rarement en personne le titre honorifique.

Mais le titre de chevalier était une toute autre affaire. C’était la plus haute distinction que la reine pouvait attribuer, et elle portait une grande attention à cette poignée d’hommes et de femmes qu’on lui demandait d’anoblir, faisant d’eux des « sir » et des « dames » du royaume. Toutefois, il était très rare que la reine émette une objection, une fois que le gouvernement eut dressé la liste des honorés.

Jagger fut une telle exception. Peu après sa prise de fonction en 1997, Tony Blair proposa de décorer Mick Jagger au rang de chevalier. Le Premier ministre, fan assumé de rock’n’roll et grand maître autoproclamé