Mick

Christopher Andersen · Chapitre 10 sur 45

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Mick

3. Sales, grossiers, toujours la cigarette au bec,

3.

 

Sales, grossiers, toujours la cigarette

 au bec, désagréables – et géniaux

 

« Il était très rieur, très mignon, et très exubérant », raconte Chrissie Shrimpton, une étudiante en gestion de dix-sept ans qui avait le béguin pour Mick depuis la première fois qu’il était monté sur scène au club de Korner à Ealing. Elle se tenait souvent au premier rang. Parfois le regard de Mick se posait sur elle, mais il ne l’avait jamais vraiment remarquée.

Ce soir, toutefois, ce serait différent. Pariant avec son amie qu’elle parviendrait à embrasser Mick, elle monta sur scène entre deux morceaux et lui planta un gros smack. L’intensité du baiser, en retour, la surprit ; l’attitude de Mick était résolument féminine, et elle s’attendait presque à le voir avoir un mouvement de recul. Mais au lieu de ça, elle se retrouva le souffle coupé, ses yeux bleus rivés dans les siens – c’est là qu’elle remarqua que l’un de ses yeux avait des zébrures marron, l’une des nombreuses caractéristiques qui le rendaient « différent de tous les autres ».

Même si Jagger sur scène paraissait un demi-dieu, de près, ce n’était qu’un gamin d’un mètre soixante-treize pesant cinquante-huit kilos, avec une tête disproportionnée pour son corps malingre. Et il avait, en plus, une belle acné.

Tout cela n’avait aucune importance pour la jolie Chrissie, dont la sœur ainée, Jean Shrimpton, était mannequin. Elle sentit le même sex-appeal chez Mick, à l’instar d’Andrew Oldham, un jeune agent ambitieux. « À côté, les Beatles passaient pour des enfants de chœur, raconte Oldham, fils illégitime d’un pilote américain tué pendant la guerre. Dès que j’ai vu Mick sur scène, j’ai senti la force qu’il y avait derrière. Du sexe. À l’état brut. Du sexe et de la magie. »

Oldham, un jeune loup de dix-neuf ans bien décidé à devenir un magnat du rock, avait travaillé brièvement pour les Beatles comme chargé de communication. Plus essentiel, le grand blondinet avait les faveurs de sir Edward Lewis, le président de Decca Records. « Edward avait un fort penchant homo, explique Peter Jones, et Andrew aurait été un trophée de choix pour lui. Il buvait donc littéralement les paroles du bel Andrew, quoi qu’il ait à dire. »

Giorgio Gomelski était parti aux funérailles de son père ce printemps 1963, et Oldham, un contrat de manager en main, passa à l’attaque. Brian Jones négocia pour le groupe. La première doléance de Brian, c’est que Mick, son rival, soit exclu des Rolling Stones. Eric Easton, l’associé de Oldham, était d’accord : « Ce Jagger ne sait pas chanter. » Mais la réponse de Oldham fut sans appel : « Vous êtes tous les deux tombés sur la tête ! »

En revanche, Ian Stewart, le pianiste, ne reçut pas le même soutien. Stu, avec son menton prognathe, ses gros muscles et sa coupe à la brosse n’avait pas le bon look. Il dénotait dans le groupe, au goût de Oldham. Stewart fut donc remercié. Il accepta d’être directeur de tournée et fut autorisé à participer aux enregistrements studio.

Au retour de l’enterrement de son père, Gomelski apprit que les Stones avaient signé avec Andrew Oldham. « Il était furieux et blessé, raconte Peter Jones. Il avait fait tous les sacrifices pour ces garçons. » Jagger ne broncha pas quand Tony Chapman, le batteur, Stu et Gomelski furent éjectés. Pas la moindre parole de regret. « Mick s’en fichait totalement, explique Oldham. Ce n’était qu’un petit croche-pattes dans son ascension vers le sommet. Pour lui, personne n’était irremplaçable. »

Oldham ne perdit pas de temps ; il invita Dick Rowe, le directeur de la maison de disques, à voir le groupe au Crawdaddy. Connu pour être « l’homme qui a raté les Beatles », il ne voulait pas commettre deux fois la même erreur. Rowe signa les Stones et quelques jours plus tard, ils étaient aux Olympic Studios de Londres pour enregistrer leur reprise de « Come On » de Chuck Berry.

Mick n’aimait pas la chanson et ne voulait pas la jouer en public. Après un coup de gueule d’Oldham, il céda. Mais les Stones, à l’unisson, refusèrent les tenues qu’on leur demandait dorénavant de porter – des cols roulés noirs, des pantalons noirs et des bottines noires, ou des manteaux de cuir avec des chemises et des cravates, tout ça noir encore.

Malgré leur désaccord d’être affublés comme des clones des Beatles, Mick et le groupe acceptèrent de porter des vestes pied-de-poule pour chanter en play-back « Come On » dans l’émission musicale Thank Your Lucky Stars sur ITV, le 7 juin 1963, pour la première apparition des Stones à la télévision. Sitôt la séance terminée, Mick arracha sa veste et la jeta à la poubelle. Ses camarades l’imitèrent.

Peu importait. Le « mal » était fait. Malgré ces vêtements relativement classiques, la gestuelle de Mick fit scandale dans toute la Grande-Bretagne, offensant les adultes et excitant leur progéniture. Le père d’un ancien camarade de Mick, fou de rage, alla jusqu’à tirer un coup de fusil dans le téléviseur familial.

Avec Mick en figure centrale à la moue boudeuse, les Rolling Stones firent la couverture de la plupart des magazines pour jeunes du Royaume-Uni. En juillet, « Come On » grimpa dans les hit-parades, atteignant une dix-huitième place honorable, sinon spectaculaire.

Enfin, Mick et Keith purent quitter leur infâme taudis d’Edtih Grove, pour emménager sur Mapesbury Road à West Hampstead. Ils furent rejoints par Andrew Oldham et Chrissie Shrimpton, qui, grâce à Mick, avait obtenu un travail chez Decca Records.

Se pensant toujours le leader du groupe, Brian partit vivre avec sa copine du moment, Linda Lawrence, chez les parents de la jeune fille à Windsor. Oldham, « un commercial de première » et à la fois « un baratineur redoutable » aux yeux de Keith, s’empressa de combler le vide laissé par le départ de Jones.

Ce mois de septembre 1963, Oldham apporta dans sa hotte leur nouveau 45 tours – cadeau des Beatles. Il avait, en effet, coincé Lennon et McCartney qui sortaient d’un taxi, et leur avait dit que les Stones cherchaient désespérément une nouvelle chanson à enregistrer. Le duo venait juste de terminer un morceau qu’il jugeait parfait pour le son brut des Stones et la voix rocailleuse de Mick.

John et Paul remontèrent dans le taxi et foncèrent retrouver les Stones au studio pour leur présenter « I Wanna Be Your Man ». Après que Brian eut ajouté ses slide au bottleneck et Mick ses déhanchés, il était évident que les Stones tenaient là leur prochain succès.

Une semaine plus tard, ils retournèrent la faveur en assurant la première partie du concert des Beatles au Royal Albert Hall, pour chauffer le public à blanc avant la montée sur scène des Quatre Fabuleux. Cette frénésie n’était pas due au hasard. Oldham s’immisçait dans le public chaque soir et poussait des cris de midinette en délire, tant et tant que les vraies filles suivaient le mouvement. Il payait aussi des garçons pour ajouter à l’hystérie ambiante ; ils étaient chargés de bousculer les adolescentes pour s’approcher de la scène. Oldham était l’apôtre « du chiqué, du ramdam, et de l’astuce » qui, selon lui, étaient les trois clés de la réussite dans le monde de la musique.

À cette époque, Jagger et Lennon étaient déjà amis. Mick était impressionné par les talents d’écriture de John et ce dernier admirait la présence et l’animalité de Mick sur scène. Cette relation permit aux deux groupes d’œuvrer de concert pour donner l’illusion d’une compétition féroce entre les deux formations.

À la conférence de presse après le concert au Albert Hall, Mick impressionna l’éditorialiste Keith Altham par son faux accent cockney et ses manières de mauvais garçon. « Ils n’étaient pas issus des classes modestes comme les Beatles, raconte Altham, qui deviendra plus tard leur chargé de communication. Ils venaient de la bourgeoisie et Mick était particulièrement adroit pour jouer l’ex-gamin des rues. »

Oldham s’aperçut bientôt qu’il avait commis une grosse erreur en voulant faire des Stones une version un peu plus rugueuse des Beatles – qui étaient toujours polis, bien élevés et quasiment asexués. Les Stones devaient se positionner à l’opposé des quatre garçons dans le vent, être des anti-Beatles – sales, grossiers, toujours la cigarette au bec, et désagréables. Même s’il n’y avait guère besoin de les forcer beaucoup, Oldham demandait aux membres du groupe de cracher par terre, de mâcher du chewing-gum, de roter, de boire, de jurer, et à la moindre occasion, de souffler leur fumée de cigarette au visage de leurs interviewers. Oldham conçut aussi la fameuse maxime qui deviendra le mantra du groupe : LAISSERIEZ-VOUS VOTRE FILLE ÉPOUSER UN ROLLING STONE ? « À la fin, se vantait Oldham, tous les parents d’Angleterre avaient les Rolling Stones en horreur. »

Mick ne se contenta pas seulement de jouer les anciens prolos. Durant la première tournée des Stones en Angleterre à l’automne 1963 (ils étaient au bas de l’affiche, derrière Bo Diddley, les Everly Brothers et Little Richard), Jagger peaufina son image sexuelle en bousculant l’Angleterre très collet-monté de l’après-guerre. Empruntant quelques tics de maquillages de l’extravagant Little Richard, Mick arborait du mascara et du rouge à lèvres même lorsqu’il n’était pas sur scène. Comme le fit remarquer un musicien de Richard, « Jagger ressemblait à un travesti. Même pour nous, c’était choquant ».

Oldham qui, comme les Stones, aimait les jeans serrés, les cols roulés noirs, les bottes et les lunettes noires, ne se formalisa pas de la dérive vestimentaire de Mick. Oldham, en effet, était souvent plus outrancier encore à la ville qu’à la scène ; ce ne fut donc guère une surprise quand il se mit à mettre du mascara et à se tartiner le visage de fond de teint.

Même Chrissie Shrimpton, qui vivait une relation tumultueuse et parfois violente avec Mick, avait connaissance des rumeurs concernant les penchants sexuels du chanteur. Cela ne l’étonnait pas : « Mick a un esprit très masculin. Il est très dominant et puissant. Mais physiquement, il est très féminin. Même moi, je trouvais qu’il en faisait trop dans l’extravagance. »

Et elle n’était pas la seule à avoir ce jugement. Même si Chrissie voulait croire que l’attitude de Mick n’était qu’une posture, elle commença à avoir des doutes quand Sheila Klein, la future épouse de Oldham, l’attira à l’écart pendant un concert.

— Est-ce que Mick et Andrew couchent ensemble ?

— Pas quand je suis là, en tout cas, répliqua-t-elle, troublée.

La jeune femme découvrit bientôt que les deux hommes dormaient ensemble en l’absence de leurs fiancées. « Je les ai surpris ensemble au lit », raconte-t-elle. Les deux hommes étaient endormis nus… « J’étais si naïve que j’ai trouvé ça innocent et tout mignon. Mais il était évident que Mick était bi, déjà à l’époque. »

Chrissie ne fut pas la seule personne à trouver Mick et Oldham dans les bras l’un de l’autre. La mère d’Oldham découvrit le couple un jour sous la couette et n’était pas « très contente ». En particulier, parce que la mère n’appréciait pas Mick. « Elle préférait Keith, précise la jeune femme, parce qu’il faisait des caresses à ses chiens. »

Quant à ce qui liait les deux hommes, Oldham donnera sa propre analyse : « On avait la même excitation, le même émerveillement devant ces nouveaux territoires que l’on découvrait. On avait l’impression d’ouvrir notre propre chemin dans le monde. »

Paradoxalement, Mick exigeait que tous les membres du groupe passent pour des célibataires. Pour accrocher les fans, pour qu’ils achètent des disques et viennent aux concerts, il fallait qu’ils puissent fantasmer sur les Stones – cela impliquait que les musiciens ne devaient avoir officiellement aucune relation sérieuse.

Jouant les tyrans, Mick mit la pression sur Charlie Watts pour qu’il annule son mariage avec Shirley, sa fiancée de longue date, et ce jusqu’à nouvel ordre. Il demanda aussi à Wyman de ne pas parler de son épouse ni de ses enfants à la presse. Brian, pendant ce temps, fut sommé de passer sous silence le fait que sa petite amie, Linda Lawrence, était enceinte, et qu’il avait, en outre, déjà une ribambelle de rejetons.

Comme les autres femmes des Stones, Chrissie devait rester dans l’ombre pendant que Mick éclatait de rire quand les journalistes lui demandaient s’il avait une petite amie. Il lui promettait en retour, quand le succès des Stones serait assuré des deux côtés de l’Atlantique, qu’il proclamerait officiellement leur union.

En attendant, il ne devait y avoir aucun geste d’affection en public. Durant les interviews, les Stones devaient nier avoir quelque relation solide que ce soit. Les petites amies étaient persona non grata au studio – ordre de Jagger.

« Mick ne respecte pas les femmes, dira Chrissie. Il aime coucher avec elles, mais il a un mépris profond pour elles. » À chaque fois qu’elles croisaient Mick, les petites amies des Stones faisaient le salut Nazi. « Heil Jagger ! » « Ça avait le don de le mettre en rage, explique Chrissie. Mais c’est bien comme ça que nous le vivions. »

Chrissie devait se contenter de rencontres furtives. Le simple fait de se tenir la main dans la rue posait problème. Quand quelqu’un reconnaissait Mick, celui-ci la lâchait aussitôt et s’écartait comme si elle était une étrangère. Après plusieurs mois de ce traitement, le point de non-retour fut atteint, quand, dans une rue de Londres, un groupe de chasseuses d’autographes se matérialisa soudainement. Cette fois, Mick poussa carrément la jeune femme dans le caniveau, pour pouvoir faire le joli-cœur avec les midinettes. Lorsque le dernier autographe fut signé, Mick voulut aller la chercher et écopa d’un coup de genou dans les parties.

Comme c’était prévisible, la loi « no girlfriend » qu’imposait Mick ne fit qu’empirer une situation déjà explosive. « Tous les deux, cela a été très passionnel, dès le début, raconte Chrissie. Tout dans notre relation était intense. » Malgré les efforts de discrétion de Mick, leur histoire tumultueuse était émaillée de disputes devant les hôtels et les restaurants, de portes qui claquent, et de bagarres. Elle frappait souvent Mick, et parfois, Mick le lui rendait bien. « On portait des lunettes de soleil pour dissimuler les yeux au beurre noir confie-t-elle. Et des tonnes de fond de teint pour cacher les bleus ! »

En janvier 1964, les Stones firent une nouvelle tournée en Grande-Bretagne, partageant l’affiche cette fois avec le grand groupe américain les Ronettes. Ronnie Bennett, dont la complainte « Be My Baby » devint un classique de la pop music, avait une liaison avec le très colérique Phil Spector.

Cela n’arrêta pas pour autant Mick. Ronnie le trouvait « sexy, aguicheur, et à croquer ». Toutefois, quand il commença ses avances, Ronnie éconduisit Jagger et, risquant l’ire du terrible Spector, elle eut une liaison avec Keith. Ne se laissant pas démonter, Mick reporta son dévolu sur Estelle, la sœur de Ronnie. Leur histoire dura le temps de la tournée.

Malgré leurs prouesses d’hétérosexuels, tous les membres des Stones essuyaient des quolibets homophobes. Après l’un de leurs concerts avec les Ronettes, les Stones s’arrêtèrent dans une cafétéria. Des touristes américains, à la table voisine, se mirent à les insulter. Mick ignora les « sales pédés » et autres joyeusetés pendant un moment, puis, n’en pouvant plus, il se leva pour aller dire le fond de sa pensée aux malotrus. Quelques secondes plus tard Keith et lui gisaient au sol, bras en croix.

Une autre fois, Jagger et le décorateur Nick Haslam dînaient dans un restaurant sur King’s Road quand un homme se pencha vers Mick et lui demanda, en élevant bien fort la voix pour se faire entendre de toute la salle, s’il était un homme ou une femme.

Un grand silence tomba dans le restaurant. Sans dire un mot, Jagger se leva, baissa son pantalon et montra la preuve de sa masculinité.

Au printemps 1964, à chaque concert, les Stones généraient un chaos sans précédent. Pris d’hystérie, les fans se ruaient sur scène – une marée humaine que le personnel de la sécurité avait bien du mal à contenir. Des bagarres éclataient, des chaises volaient, tandis qu’un escadron d’ambulances attendait dehors pour emporter les dizaines de jeunes filles qui tombaient en pâmoison à la vue de Mick.

Mais Oldham exigeait plus. Si les Stones voulaient détrôner les Beatles, ils devaient prendre exemple sur Lennon et McCartney : écrire leurs propres morceaux. Oldham était convaincu que Mick et Keith avaient des talents cachés de compositeurs, quand il vit comment ils avaient adapté « Not Fade Away » de Buddy Holly. Cette chanson était devenue le troisième succès des Stones, et, de loin, leur plus grosse vente.

Avant cela, ni Mick ni Keith n’avaient songé à composer des chansons. L’idée de vouloir imiter le duo Lennon McCartney leur paraissait « prétentieuse ».

Oldham insista. Il enferma les deux garçons dans une pièce et refusa de les laisser sortir tant qu’ils n’auraient pas pondu un morceau. Ils en sortirent avec deux – que Oldham jugea « absolument horribles ». L’une des deux chansons « Tell me » fut incluse dans leur premier album, sorti par Decca le 17 avril 1964. À la demande de Oldham, il n’y avait aucun nom ou titre sur la pochette, juste une photographie du groupe, assez austère. Du jour au lendemain, l’album fut numéro un des ventes.

Ayant déjà montré qu’il avait le nez creux en affaires, Jagger monta avec Oldham une société indépendante pour gérer les royalties générées par les morceaux composés par des membres du groupe. Il appelèrent leur bébé la Nanker Phelge Music – Nanker, en hommage à la grimace préférée de Brian Jones quand il habitait à Edith Grove, et Phelge en référence à Jimmy Phelge, leur premier colocataire encore plus crasseux qu’eux.

Oldham persuada aussitôt Mick et Keith d’écrire pour un tiers – en la personne d’une jeune femme nommée Adrienne Posta. Pour promouvoir la sortie de son premier 45 tours, Oldham organisa une fête pour célébrer les seize printemps de la jeune fille, le 9 avril, le vendredi saint.

Ce soir-là, la vie sentimentale de Mick allait basculer – un événement sans rapport avec la jeune Adrienne Posta, ni avec Chrissie Shrimpton, à qui il venait pourtant de demander la main…

Marianne Faithfull avait dix-sept ans, et était encore à l’école chez les religieuses quand elle rejoignit la fête, accompagnée de John Dunbar, un étudiant en art de Cambridge. Ils ne connaissaient personne, mais avaient été invités par deux autres convives, Paul McCartney et sa fiancée Jane Asher.

Faithfull était la fille d’une ancienne danseuse étoile, la baronne Eva Sacher-Masoch, et de Glyn Faithfull, professeur de philologie. Ses parents s’étaient séparés quand elle avait sept ans, et la baronne Sacher-Masoch avait tenu à ce qu’elle ait une éducation religieuse, bien que vivant chichement dans une banlieue modeste de Reading. Sachant la voie autodestructrice que la jeune Marianne allait prendre par la suite, le fait qu’un aïeul du côté de sa mère ait donné son nom au masochisme pourrait sembler un signe prémonitoire.

La tuberculose qui l’avait frappée dans son enfance avait modifié à jamais le regard que Marianne portait sur l’existence et lui avait donné une beauté diaphane. Avec son teint de porcelaine, ses grands yeux bleus, ses cheveux blonds et son port aristocratique, elle ne passait pas inaperçue, même au milieu de la foule déchaînée.