Mick
1- « (Je sais) Ce n’est que du rock’n’roll (mais j’aime ça) ».
Il lui répondit en écrivant « (I know) It’s only rock’n’roll (but I like it ) ». 1
Puisque les Stones ne pouvaient séjourner aux États-Unis plus de quatre-vingt-dix jours sans être soumis à l’impôt, le groupe enregistra l’album à Munich. Pour en remettre une couche dans les vexations, Mick interdit à Bianca de pénétrer dans le studio mais demanda à David Bowie de venir faire les chœurs dans « It’s Only Rock’n’Roll (But I Like It) ». Dopé par le clip réalisé par Mickael Lindsay-Hogg où les Stones jouaient en tenue de matelot, l’album s’accrocha onze semaines à la première place des hit-parades.
En retour, Mick se rendit au concert Diamond Dogs de Bowie, au Madison Square Garden, pour acclamer son ami. Lors de la fête après le spectacle au Plaza Hotel, Angie Bowie et Noureïev flirtèrent avec Mick et d’autres invités. Plus tard, tout le monde vit Mick, Bowie et Bette Midler s’esquiver dans une antichambre. Ils y restèrent pendant plus d’une heure. Aux dires des convives, le trio ne fit aucun effort pour être discret. « Ce qu’ils faisaient là-dedans était assez évident, raconte un responsable de maison de disques. On entendait remuer et gémir. Et glousser aussi. » Quand ils sortirent, ils étaient « un peu décoiffés, mais tout sourire ».
Tout le monde n’appréciait pas cette vie. À la mi-décembre, un jour avant de rejoindre ses camarades à Munich pour commencer à travailler sur l’album Black and Blue, Mick Taylor jeta l’éponge. Jadis non-fumeur et buveur uniquement de thé, Taylor avait tant consommé de cocaïne qu’il s’était perforé la cloison nasale. Maintenant qu’il était passé à l’héroïne, Taylor sentait qu’il devait absolument prendre ses distances avec les Stones, s’il ne voulait pas connaître le même sort que Keith Richards et Anita Pallenberg.
Après de multiples auditions pour trouver un remplaçant, Mick s’apprêtait à choisir Wayne Perkins, un musicien originaire d’Alabama, quand quelqu’un lui apprit que The Faces, le groupe de Rod Stewart, venait de se séparer. Depuis longtemps, Mick admirait leur guitariste Ron Wood avec sa crinière noire et son visage émacié.
Ron Wood était à Munich avec les Stones quand il apprit que la police avait perquisitionné sa grande maison de Richmond, dans la banlieue sud de Londres à la recherche de stupéfiants. Au lieu de produits illicites, ils avaient trouvé l’épouse de Wood au lit avec une autre femme. Le scandale médiatique qui s’ensuivit conforta Jagger dans le bien-fondé de son choix. Wood était parfait pour les Stones.
Juste avant que le groupe n’entame sa plus grande tournée (vingt-neuf villes en Occident, suivie d’une boucle par l’Asie et le Moyen-Orient) Mick, en sortant d’un restaurant, heurta une baie vitrée qu’il avait prise pour une porte et se blessa le bras – une entaille de dix-huit centimètres. La photographe Annie Leibovitz, qui devait couvrir la tournée, convainquit le chanteur de la laisser prendre un cliché de la blessure hideuse – ce qu’il accepta à la condition que les photos soient en couleurs.
Après trois mois sur les routes avec les Stones, la photographe fut ébranlée par les scènes dont elle fut témoin, la précipitant dans une existence folle où elle manqua de sombrer. « Les gens parlent toujours de l’âme de celui qui pose, explique-t-elle. Mais le photographe a une âme aussi. Et j’ai failli perdre la mienne. »
Encore une fois, le concert était un pandémonium destiné à choquer les esprits. Au début du show, une « fleur » de métal géante s’ouvrait sur scène pour révéler le groupe qui se trouvait à l’intérieur. Mick, plus apprêté que jamais, semblait bien décidé à faire plus kitsch et sexy encore que Bowie. Et avec Billy Preston, le chanteur et claviériste, les deux hommes s’en donnaient à cœur joie. Ils se tenaient par la taille et se frottaient lascivement l’un contre l’autre.
Le spectacle atteignait son apogée quand un phallus gonflable de plus de dix mètres de long jaillissait du fond de scène. Mick grimpait dessus, le caressait, en entonnant son ode aux groupies aux paroles sans équivoque, « Star, Star ». (Puisque dans les paroles il était fait mention d’une fellation à Steve McQueen, Jagger dut demander l’accord par écrit de l’acteur. Le titre de la chanson, avant la censure de la maison de disques, s’appelait « Starfucker ».)
Kevin était le pseudonyme d’un styliste de New York qui était un groupie des Stones dans les années 70. Il se souvient que Jagger était un habitué des clubs homos de Manhattan, tels que le 82 Club, Les Mouches, le Gilded Grape, le Galaxy 21 sur la West 23 Rue, où étaient e projetés des pornos gay dans un boudoir. Au Gilded Grape, Kevin raconte que David et Angela Bowie, Mick et Freddie Mercury des Queen « faisaient la nouba avec une bande de travestis ».
En rentrant au Plaza Hotel tard dans la nuit, Mick, passablement défoncé, aperçut Kevin dans le hall et lui proposa de boire un verre dans sa suite. Une fois dans sa chambre, Mick se mit à harceler de questions le jeune homme de vingt ans sur sa garde-robe qui était composée aux trois quarts de vêtements féminins.
« Tu es à croquer, annonça Mick. Où trouves-tu ces chaussures ? Et cette chemise – elle vient d’où ? »
Après avoir pillé les secrets vestimentaires du groupie (« Il était super-obsédé par l’apparence, le style, disait Kevin. Il voulait tout savoir ») les deux hommes commencèrent à s’embrasser et finirent sous les draps. « Mick était très actif sexuellement. Au lit, c’était lui le dominant. »
Lorsqu’ils s’éveillèrent, Mick appela le service d’étage et les deux hommes déjeunèrent nus au lit, pendant que des gens toute la matinée venaient toquer à la porte. Après cette nuit, quand Kevin croisait Mick, celui-ci faisait mine de ne pas le voir.
Jade commença à se sentir abandonnée par ses parents. Mick et Bianca disaient clairement qu’ils tenaient l’un et l’autre à avoir leur propre vie ; par suite, la fillette passait le plus clair de son temps avec des nounous ou des domestiques.
Au début, l’amour qu’ils éprouvaient pour Jade était le ciment du couple. Mick était toujours prêt à poursuivre une union sans amour pour éviter à Jade de subir le traumatisme d’un divorce.
Pendant un temps, Mick et Bianca entretinrent l’illusion. Tous les étés, ils partaient en famille à Montauk, à Long Island, dans une villa balnéaire qu’ils louaient à Andy Warhol.
Situé à la pointe est de l’île, Montauk était, à l’inverse des Hamptons huppées, un village de pêcheurs tranquille dénué de tout restaurant, de boutiques et de boîtes de nuit. Les Jagger invitaient toujours des amis – Clapton, Bowie, John Lennon et Yoko Ono, John Phillips des Mamas & the Papas, Jack Nicholson et Warren Beatty, et transformaient le cottage indolent de Warhol en haut lieu branché. Leur voisin, Dick Cavett le présentateur télé, savait quand les Jagger étaient là. Sans compter le bruit, c’était le nuage de marijuana nimbant la pointe de l’île qui trahissait leur présence. « Parfois, on avait l’impression qu’il y avait un incendie de broussailles comme si on était au Mexique. »
Cavett découvrit rapidement que le cercle des Jaggers ne se limitait pas aux stars du rock et aux acteurs de Hollywood. Cavett faisait une promenade à cheval sur la plage quand une femme brune sortit de la maison et lui demanda de s’arrêter.
« Quand elle s’est approchée, je l’ai reconnue. C’était Jacqueline Onassis. » Cavalière émérite, la riche héritière fit le tour du cheval pour l’inspecter puis retourna chez les Jagger.
Pour ceux qui étaient au courant de la présence de Jacqueline Onassis, les spéculations allaient bon train. Était-ce de la simple amitié ? Selon Cavett : « Jackie était sans doute intriguée par Mick Jagger et bien sûr, Mick était impressionné par Jackie, comme tout le monde. »
L’intérêt de Jackie pour Mick, en réalité, n’était pas purement mondain. En sa qualité d’éditrice, d’abord chez Viking Books puis à Doubleday, la femme la plus célèbre de la planète courtisait les célébrités dans l’espoir de pouvoir publier leur autobiographie. Au fil des années, elle harcela ainsi son vieil ami Frank Sinatra, Marlon Brando, Michael Jackson, Lady Diana, la duchesse de Windsor, Elizabeth Taylor et la reine Élisabeth.
Jagger ne faisait pas exception à la règle. Voyant qu’elle ne pourrait le convaincre d’écrire ses mémoires pour Viking, Jackie demanda à Mick d’intercéder en sa faveur, auprès d’une autre célébrité qu’elle avait dans son collimateur : la princesse Margaret. « Jackie savait se montrer irrésistible et ensorceleuse au besoin, explique Pierre Salinger, porte-parole de John Fitzgerald Kennedy. Elle a évidemment usé de ses charmes sur Mick Jagger. »
Après l’assassinat de JFK et la mort de son second mari, Aristote Onassis en mars 1975, Jackie fréquentait des hommes jeunes tels que le journaliste Pete Hamill et le documentariste Peter Davis. « Il y a eu une période où elle sembla rechercher des compagnons plus impétueux, plus excitants, remarque Salinger. Mais Jackie mettait la barre incroyablement haut. Jagger était la plus grande star du rock du monde, et un symbole sexuel. Il était également très brillant, très raffiné… il ressemblait beaucoup à JFK de ce point de vue. »
La liaison entre Jackie et Jagger fut éphémère. Comme celle de Bianca avec le fils d’un président en exercice. Ce printemps-là, Bianca, qui avait travaillé pour Interview, le journal glamour de Warhol, parvint à décrocher un entretien avec Jack Ford, vingt-trois ans, fils du président Gerald Ford.
Le rendez-vous eut lieu à la Maison Blanche. Rapidement, les photos de Warhol où l’on voyait le jeune homme enlaçant Bianca dans la chambre de Lincoln firent sensation et alimentèrent toutes les supputations dans la presse. Et pour jeter de l’huile sur le feu, Jack déclara qu’il rêvait de vivre une vie normale, qu’il se sentait pris au piège dans ce palais blanc et qu’il échangerait volontiers sa vie. Pour lui faire découvrir le monde, Bianca et Andy emmenèrent le jeune homme au légendaire El Morocco de Manhattan et dans la boîte de nuit homo Le Jardin.
Quand il s’agit de débauche, le saint des saints pour les Jagger était le Studio 54. Surnommé « Le nouvel Oz » par le New York Times, le Studio 54 était l’épicentre où convergeaient toutes les célébrités de l’univers, un lieu où les VIP et le commun des mortels se côtoyaient, buvaient, dansaient et copulaient. Nombreux aussi consommaient de la drogue – un fait que le club ne cherchait pas à nier. Chaque soir, la foule hurlait de plaisir quand on descendait des cintres une lune en néon au visage humain tenant une cuillère de coke.
Au milieu des années 70, Bianca était l’une des femmes les plus glamours de la planète. Elle tenait à être à la hauteur de son public. Le Studio 54 était ouvert depuis quelques jours quand, à la soirée d’anniversaire pour les trente ans de Bianca, la jeune femme fit son entrée dans le club montée sur un cheval blanc. Pour rendre son arrivée plus mémorable encore, l’étalon était précédé par un géant noir, ayant pour tout vêtement des paillettes dorées collées sur le corps.
Eu égard au sensationnel, Ian Schrager et Steve Rubell, les propriétaires du club, reconnurent que Bianca avait mis la barre très haut. Lors de la fête de première du film Raging Bull, des trapézistes quasiment nus se balançaient au-dessus de la tête des invités, et lors d’une soirée donnée en l’honneur du photographe animalier Peter Beard, l’arrivée d’un éléphant sur la piste vola la vedette à Jackie Onassis, Elizabeth Taylor et Elton John.
Même dans ce lieu chic, Mick et Bianca opéraient indépendamment l’un de l’autre. À chaque fois qu’il passait au Studio 54, Jagger descendait directement dans le salon VIP au sous-sol. Bianca préférait surveiller son domaine du haut d’une coursive qui surplombait la monumentale piste de danse bordée de banquettes.
Un soir, les Jagger assistèrent à une fête organisée pour Elizabeth Taylor. Comme cela deviendrait typique, chacun arriva par des entrées séparées, avec leurs suites et, profitant de la foule, ils parvinrent à éviter tout contact entre eux. « C’était elle la reine du Studio 54, raconte un ami commun en parlant de la compétition entre Bianca et son mari, et Mick en prenait ombrage. »
Hors de ce sanctuaire, il était impossible de voler la vedette à Mick, même si parfois il aurait aimé passer inaperçu. Être une star avait ses inconvénients comme un soir à Paris lorsque, dix minutes avant de monter sur scène, un amant jaloux menaça Mick avec un pistolet chargé. Par chance, la sécurité parvint à neutraliser l’assaillant et le concert put avoir lieu.
Avec une mère reine de la vie nocturne new-yorkaise et un père toujours sur les routes à amasser des millions, Jade avait du mal à trouver sa place. Parfois, elle était laissée à la garde des grands-parents de Mick dans le Kent, mais la plupart du temps, elle avait des nounous à New York ou à Londres.
Quand ses parents étaient ensemble, c’étaient des disputes continuelles et Jade était prise entre deux feux. Mais tous ceux qui approchaient la jolie jeune fille châtain la trouvaient charmante, et très éveillée.
Warhol appréciait particulièrement Jade – et réciproquement. « Jade était mon stimulant. Je lui apprenais à peindre et elle m’apprenait à jouer au Monopoly. Elle avait quatre ans et j’en avais quarante-quatre. » Deux ans plus tard, quand Warhol et un ami passèrent chez les Jagger et demandèrent deux vodkas avec glaçons, Jade appela la domestique qui parlait espagnol et commanda : « Dos vodkas con hielo. »
Pour la fille unique du couple le plus célèbre et sulfureux de la planète, la pression était titanesque. Même si des amis du couple, comme Dick Cavett, Halston et Warhol, continuaient d’être charmés par la jeune fille, Jade pouvait se montrer difficile…
Mick l’emmena à la chasse aux œufs organisée dans la demeure d’un riche aristocrate anglais. Jade trouva rapidement la majorité des œufs et les écrasa par terre. À la prestigieuse Garden House School que fréquentait Jade lorsque ses parents résidaient à Londres, elle dérangeait souvent la classe. C’était, pour ses professeurs, un appel au secours patent. La fillette voulait qu’on lui prête attention.
Mick montrait à sa fille toute son adoration quand il était avec elle, mais ces moments privilégiés étaient très rares, alors que Jagger trouvait toujours du temps pour ses autres occupations. Un soir, alors qu’il devait donner sa réponse pour divers rôles au cinéma – il refusera, entre autres, d’être le partenaire de Barbra Streisand dans le remake de A Star is Born (ce sera finalement Kris Kristofferson qui l’interprétera) – Mick préféra rejoindre John Lennon et Keith Moon pour jouer au billard avec Peter Lawford, un ancien acteur de Hollywood d’origine britannique. Chez Lawford, c’était cocaïne à volonté pour ses prestigieux invités. La future veuve de Lawford n’en revenait pas. « C’était incroyable de voir ces grandes stars jouer au billard totalement défoncées comme si de rien n’était. »
Mick eut droit à un autre traitement de faveur ce soir-là. Peter Lawford, qui faisait partie de la belle-famille de JFK, invita Jagger à s’asseoir dans le rocking-chair préféré du président. « Il s’y est installé en tailleur, avec un air béat, savourant chaque instant. »
Durant la tournée européenne de 1976, les Stones eurent une vie plus dissolue encore. Le journaliste Nick Kent, qui accompagna le groupe, raconte que « Jagger, Wood, et Richards consommaient des quantités astronomiques de drogue… c’était incroyable ».
La vie réelle se rappelait parfois à eux. Les Stones allaient monter sur la scène des Abattoirs de Paris quand Keith apprit par téléphone que son fils Tara (nommé en hommage à feu l’héritier des Guinness, Tara Browne) était décédé, sans doute de la mort subite des nouveau-nés. Richards avait emmené avec lui son fils Marlon de sept ans et laissé ses deux autres enfants – Angela, quatre ans, et Tara, deux mois – à la garde d’Anita Pallenberg. Après la mort de Tara, Marlon joua le baby-sitter de son père qui ne décrochait plus de l’héroïne. Mais ni Marlon, ni Mick en l’occurrence, ne pouvaient empêcher Keith de sombrer plus profond dans les abysses.
Le chagrin se mua rapidement en rage. À chaque fois que Jagger était pris en photo avec la jet-set de Los Angeles ou de New York, Richards – le voyou rocker – critiquait l’attitude de Mick à l’égard des grands de ce monde. Il racontait à qui voulait l’entendre que Mick avait vendu son âme, et prouvait son honnêteté intellectuelle en déclenchant des bagarres dans les bars, en provoquant la police, en se disputant avec Anita Pallenberg, ou en s’évanouissant au volant de sa Bentley.
Les quantités de drogues ingurgitées défiaient l’imagination. Mais la vigueur de Mick était tout aussi spectaculaire. En août, les Stones donnèrent le premier concert gratuit depuis la débâcle d’Altamont, cette fois à Knebworth en Angleterre. Le groupe Utopia était aussi programmé, et une fois encore, son chanteur, Todd Rundgren, vint avec sa fiancée, l’infatigable Bebe Buell.
Sous les yeux de Bianca, Mick dragua la jeune femme sans retenue. « Todd était fou de rage, raconte Bebe. Puis Mick s’est mis à faire son numéro favori : “Je vais te prendre à ta rock-star. Et juste sous son nez !
— Je suis plus célèbre que toi, lança Jagger à Rundgren. Je vais te la chiper.” »
À l’insu des deux hommes, un troisième larron était passé avant eux. Steve Tyler, le chanteur de Aerosmith (encore un maigrichon avec une grande bouche sensuelle) avait déjà « chipé » la belle. Bebe et Tyler s’étaient arrangés pour garder leur liaison secrète. Mais quand la jeune femme annonça à Jagger qu’elle trompait déjà Rundgren avec le leader du célèbre groupe de hard rock, Jagger n’en fut que plus déterminé à la mettre dans son lit. « C’était encore plus excitant pour Mick, explique-t-elle. Me ravir à non pas une, mais deux stars du rock ! »
En rappelant que Tyler, aux dires de la presse, n’était qu’une pâle copie de Jagger, Mick avait un argument tout trouvé : « Pourquoi ne pas choisir l’original ? »
Lorsque Bebe Buell tomba enceinte cet automne, Mick avait oublié l’épisode Steve Tyler, et pensa que le bébé était le sien ou celui de Rundgren. La fille de Bebe Buell, prénommée Liv, naquit le premier juillet 1977. Dès le lendemain, Mick appela : « Je viens voir mon enfant ! » Quelques heures plus tard Mick et Ron Wood étaient au chevet de Bebe Buell – les premiers à rendre visite à la mère et l’enfant.
Puisque Steve Tyler se battait contre l’héroïne, la jeune femme et Mick décidèrent qu’il était plus sage de dire que c’était l’enfant de Todd Rundgren. Dans le microcosme de la musique, « la plupart des gens, explique Bebe Buell, pensaient que Liv était la fille de Mick ». Un rôle que Mick semblait parfaitement prêt à assumer. Pendant des années, il présentait Bebe Buell à ses amis en disant : « La mère de l’un de mes nombreux enfants illégitimes. »
Élevée comme la fille de Todd Rundgren, Liv avait huit ans quand sa mère lui annonça la vérité – des années avant que la jeune femme ne le révèle à la presse. « Je pense que Mick était un peu jaloux, dit-elle. Beaucoup de gens étaient surpris et déçus d’apprendre que ni Todd ni Mick n’étaient le père de Liv, mais Steve Tyler. » Mick le premier. Liv Tyler devint mannequin dès l’adolescence et plus tard accéda, contrairement à Jagger, au firmament du cinéma.
À la fin de 1976, les Jagger refusaient toujours de reconnaître que le divorce était inévitable. Ils emménagèrent dans une belle maison à New York sur la 73 Rue Est et fêtèrent Noël en grandes pompes pour e proclamer que leur union tenait bon. « On n’a, insistait Jagger, aucune intention de nous séparer. »
Tant que Bianca, dont on disait, à tort, qu’elle fréquentait Warren Beatty, ne prenait pas ombrage des aventures de Mick, leur mariage pouvait peut-être résister. « Mick couche à droite à gauche, disait-elle publiquement, mais il n’a que peu d’histoires sérieuses. »
L’une des femmes qui auraient pu inquiéter Bianca était une chanteuse réputée pour le nombre et la variété de ses liaisons : Linda Ronstadt. La jeune femme avait déjà à son actif une demi-douzaine de disques de platine et une belle collection de tubes tels que « When Will I Be Loved ? », « Long Long Time », « Tracks of My Tears », et « Blue Bayou », lorsqu’elle fit la connaissance de Mick à la fin des années 70. Elle était connue aussi pour les célébrités qu’elle avait mises dans son lit : Jackson Browne, le compositeur J .D. Souther, les acteurs Steve Martin et Albert Brooks, Pete Hamill, et le futur gouverneur de la Californie Jerry Brown, pour ne citer qu’eux. Linda Ronstadt jugeait que sa vie sentimentale n’avait rien d’extraordinaire : « J’aurais aimé avoir eu autant d’hommes dans mon lit, disait-elle, que d’articles dans la presse ! »
Avec l’aide de Mick, Linda, qui avait du mal à maîtriser le tempo de « Tumbling Dice », enregistra sa propre version de la chanson. La version « countryfiée » de ce morceau fut l’une des rares reprises des Stones à accéder au Top 10 des ventes.
Rapidement, Bianca apprit que son mari passait du bon temps avec la chanteuse dans sa maison de bord de mer. Même si elle prit l’avion pour la Californie afin de mettre un terme à cette relation – ce que fit Jagger –, elle reconnut qu’elle aimait bien Linda Ronstadt. Jusqu’alors, la seule véritable rivale qu’eut Bianca avait été Carly Simon.
Dans quelque temps, quelqu’un toutefois viendrait la menacer à nouveau. Mais pour l’heure, l’épouse de Mick se contentait d’ignorer le ballet des belles qui allaient et venaient dans le lit de son mari. Il y avait la sculpturale Apollonia Van Ravenstein, le mannequin exotique que Mick surnommait « Apples », l’actrice anglaise Carinthia West, la fille du général sir Michael West, sans compter son ancienne amante Sabrina Guinness qui reprit du service à l’époque.
Cela faisait près de six mois que les Stones ne s’étaient pas retrouvés ensemble dans la même pièce – jamais ils n’étaient restés si longtemps séparés. Bien décidés à échapper aux médias et à se remettre au travail, ils acceptèrent d’enregistrer des parties de leur prochain album Love You Live en public au El Mocambo à Toronto.
Le 20 février, Mick arriva au Canada. Tout le monde était là, sauf un : Keith Richards. Prisonnier de la cocaïne et de l’héroïne, le guitariste n’avait pas encore quitté Londres. Après cinq jours d’appels téléphoniques et de télégramme (OÙ ES-TU ? signé Mick), Richards s’envola enfin pour Toronto, mais les douanes tombèrent sur une cuillère incrustée de restes d’héroïne dans la valise d’Anita. Trois jours plus tard, la police faisait une descente dans la suite du musicien au Harbour Castle Hilton. Cette fois, la police montée trouva suffisamment d’héroïne – plus de trente grammes – pour accuser Keith Richards de trafic de stupéfiants. Le musicien risquait désormais la réclusion à perpétuité – un coup fatal pour les Stones. Nullement abattu, Richards, une fois libéré sous caution, se rendit directement au El Mocambo et, comme le raconte Mick, donna tout ce qu’il avait sur scène. « Cela faisait des années que je ne l’avais pas vu jouer aussi bien. »
Tout espoir de se faire oublier par les médias s’évanouit quand, au moment où l’avenir des Stones était sur la sellette, Margaret Trudeau, lasse des responsabilités de première dame du Canada, décida de passer du temps avec le groupe. À vingt-neuf ans, la belle « Maggie » Trudeau avait près de trente ans de moins que son mari, le pétulant Premier ministre canadien Pierre Elliot Trudeau. Laissant son mari et ses trois enfants au foyer, Maggie décida brusquement de fréquenter les mauvais garçons du rock. Son escapade défrayera la chronique pendant des mois et le scandale manquera de faire tomber le fragile gouvernement Trudeau.
Mme Trudeau prit une chambre à côté de celle de Ronnie Wood au Harbour Castle. Mick l’escortera tous les soirs au El Mocambo. Pendant plusieurs jours, on la verra traverser les couloirs de l’hôtel en peignoir, entrant et sortant de la suite de Mick. Quand vint le moment du départ des Stones pour les États-Unis, Maggie annula tous ses rendez-vous officiels et suivit le groupe. Lors du sixième anniversaire de mariage des Trudeau, l’épouse volage faisait la fête avec les Stones à New York, laissant son mari, fulminant de colère, au pays.