Mick
5- « Que le sang coule. »
« Super-cool » n’était guère l’impression générale quand les Stones se précipitèrent vers l’hélicoptère pour évacuer les lieux. « Putain, c’était chaud ! lâcha Jagger. Mais ça va faire un film génial ! »
Mick était certain que la controverse qu’allaient susciter les événements de la soirée allait faire un bon coup de pub pour leur album qui sortait le jour même. C’était la place de numéro un assurée. Mais le lendemain, après ce concert funeste, le titre de l’album allait prendre une nouvelle résonance et serait interprété comme la sinistre œuvre des
Stones : 5 Let It Bleed .
Tels des réfugiées fuyant une zone de combat – ce qui n’était pas loin d’être la vérité – les trois cent cinquante mille personnes abandonnées dans les ténèbres rassemblèrent leurs affaires et entreprirent le périlleux trajet retour vers la civilisation. Tous n’arrivèrent pas à bon port. Deux personnes endormies devant un feu de camp périrent, deux autres furent gravement blessées, parce qu’un fan, pressé de rentrer avant les bouchons, leur roula dessus avec sa voiture.
Finalement, ce concert gratuit qui se voulait un cadeau des Stones à son public américain fut un désastre abyssal : quatre morts, des centaines de blessés, dont des dizaines dans un état critique nécessitant une hospitalisation d’urgence, sans compter deux mille overdoses où nombre de victimes faillirent y rester.
De retour dans leur suite à San Francisco, Mick fuma de l’herbe avec Keith et leur ami Gram Parsons des Byrds et des Flying Burrito Brothers (qui mourra quatre ans plus tard d’une overdose à l’âge de vingt-six ans). Jagger, toujours dans son costume rouge et noir de diablotin, n’était plus euphorique.
« Je m’en veux, c’est ma faute, ne cessait-il de répéter à Pamela Des Barres, qui avait rejoint les Stones. Je devrais arrêter, le rock’n’roll et tout le reste. Je n’en suis pas digne… toute cette merde, c’est à cause de moi… »
Et Bill Graham était précisément de cet avis : « Comment a-t-il pu s’en aller de cette façon ? pesta-t-il dans la presse. En remerciant tout le monde, comme si de rien n’était, pour la magnifique soirée ? Et en saluant les Hell’s pour leur aide ? De quel droit ce dieu misérable est-il venu ainsi souiller notre terre ? »