Mick
10. Rencontre avec William et Kate… Le président
10.
Rencontre avec William et Kate…
Le président français est jaloux…
La revanche du Petit Zizi
Le président de la France était jaloux – jaloux de Mick Jagger. Nicolas Sarkozy pensait que la relation de huit ans de son épouse avec le célèbre chanteur était terminée, mais dans l’appartement de Carla Bruni à la Villa Montmorency, dans le XVI arrondissement de Paris, se trouvait un cadre e
argenté où l’on voyait Mick Jagger et elle enlacés sur la plage. L’aimait-elle encore ? Le président brûlait de le savoir. Et lui ? L’aimait-il ?
En fait, les deux hommes avaient beaucoup de points communs. Ces deux personnalités dynamiques, charismatiques, étaient tous deux des fanatiques de la condition physique, et à leur façon, des sex-symbols. Tous deux défiaient les conventions et flirtaient avec la controverse. Autrefois considérés comme des renégats, ils opéraient à présent au sommet du pouvoir et du prestige. Leur nom était devenu célèbre et était connu aux quatre coins du globe. Et, après deux mariages ratés et d’innombrables liaisons (la seconde épouse de Sarkozy, Cecilia, un autre ancien mannequin, disait son ex-mari « séducteur » et « radin »), tous deux étaient tombés amoureux de la même femme.
L’objet de leur affection n’était pas resté inactif depuis sa confrontation houleuse avec Jerry Hall. Encouragée par Mick, Carla s’était lancée dans une carrière de chanteuse à la voix feutrée en 1997. Son premier album fut un succès dans les pays francophones, et deux millions de disques s’écoulèrent en Europe. Néanmoins, sa vie sentimentale était aussi sinueuse que le Grand Prix de Monte Carlo. Depuis le début de la décennie, elle avait fréquenté les acteurs Vincent Perez et Charles Berling, le réalisateur français Leos Carax, le chasseur de Nazis Arno Klarsfeld (qui avait d’ailleurs travaillé avec Sarkozy quand celui-ci était ministre de l’Intérieur), et même l’ancien Premier ministre français Laurent Fabius.
En 2001, elle emménagea avec l’écrivain et éditeur Jean-Paul Enthoven et tomba amoureuse de son fils, le professeur de philosophie Raphaël Enthoven. À l’époque, le jeune Enthoven était marié à la romancière française Justine Lévy. Leur liaison mit fin au mariage de Raphaël et en 2001, Carla donna naissance à leur fils Aurélien. Dans son roman paru en 2004, Rien de grave, Justine Lévy raconte l’histoire de « Paula », une « mante religieuse » avec un « sourire de Terminator » qui s’enfuit avec le mari du personnage principal.
Cependant, Carla ne se sentait pas coupable vis-à-vis de Mick ou de son rôle hypothétique dans sa rupture avec Jerry Hall. « Mick a eu tellement d’autres femmes. J’ai été l’une des quatre mille, mais je ne me sens pas vraiment responsable… Il est, d’après moi, comme Don Juan… Je suis habituée à ce comportement parce qu’en Italie, les hommes aiment beaucoup les femmes. »
Quelques mois avant de rencontrer Nicolas Sarkozy, Carla admettait que Mick et elle étaient « très » proches et qu’elle n’avait jamais considéré sa liaison avec Jagger comme nuisible à sa réputation. « Je suis fière d’être connue comme son ancienne maîtresse. Ce n’est pas comme si j’avais eu une aventure avec le général Pinochet ou Mussolini. De plus, ajoute-t-elle, quand on fréquente quelqu’un, rapidement on ne voit plus que l’homme. S’il a du talent, c’est mieux bien sûr. Mais un homme reste un homme. »
En novembre 2007, peu de temps avant sa rupture avec Raphaël et un mois seulement après le second divorce de Sarkozy, le publicitaire Jacques Séguéla présenta Bruni au président français au cours d’un dîner dans son appartement parisien. D’après Séguéla, Bruni et Sarkozy discutèrent de Jagger durant cette première rencontre. « En ce qui concerne la presse people, vous êtes un amateur, le taquina-t-elle. Ma liaison avec Mick est restée secrète pendant huit ans. Nous sommes allés dans toutes les capitales du monde et n’avons pas été photographiés une seule fois. »
Feignant de ne pas paraître impressionné, Sarkozy s’en prit au physique chétif du célèbre chanteur. « Comment avez-vous pu rester huit ans avec un homme aux mollets aussi ridicules ? »
Peu après, Sarkozy épata Carla en l’emmenant faire une promenade dans les jardins du Palais de l’Élysée. « Il me citait le nom de toutes les fleurs – il connaissait tous les noms latins, tous les détails sur les tulipes et les roses – alors je me suis dit : “Mon Dieu, je dois épouser cet homme. Non seulement il est président, mais en plus il connaît les fleurs. C’est incroyable !” »
Bientôt, Sarkozy courtisa Bruni avec ardeur.
« Quand ma sœur veut quelqu’un, commente Valérie, la sœur de Carla, elle l’a. »
Lorsque la romance présidentielle prit un tour sérieux, Mick appela Carla et la taquina à propos de Sarkozy. « Il était animé par son esprit de compétition, explique l’une des anciennes petites amies de Mick. Se mesurer avec une autre rock-star était une chose, mais avec le président de la France, ça c’était du défi. »
Bruni était partagée. Après des années à osciller entre dénis catégoriques et déclarations d’amour ferventes pour Jagger, elle qualifiait désormais publiquement leur relation de simple « béguin ». Ses amis n’étaient pas dupes. Avant que Carla rencontre Sarkozy, ils l’avaient entendue dire que Mick Jagger était « l’homme de sa vie ».
Sarkozy et Bruni se marièrent au Palais de l’Élysée le 2 février 2008. « J’ai eu mon compte de mariages ! », soupira la mère du futur marié. Quelques semaines plus tard, juste avant une visite d’État en Grande-Bretagne, une photographie de Bruni nue était mise aux enchères chez Christie’s. Elle se vendit quatre-vingt-onze mille dollars.
Tout en remplissant ses devoirs de première dame de France incroyablement glamour, Carla Bruni-Sarkozy restait en contact avec l’autre figure iconique qu’elle rêvait autrefois épouser. Carla et Mick continuait à se parler régulièrement au téléphone – l’assistant personnel de Bruni, Franck Demules, répétait avec insistance qu’elle le considérait toujours comme un « Dieu » – et Sarkozy continuait à fulminer.
Le président français eut une autre raison d’être inquiet lorsque Carla – dont l’héritage, provenant de son père industriel, se montait à plus de 18 millions de dollars – décida de chercher un nouvel appartement pour remplacer sa maison de ville dans le XVI arrondissement. La résidence e officielle des Sarkozy était le Palais de l’Élysée, bien sûr, mais Carla voulait toujours avoir un endroit à elle – un sanctuaire en dehors des murs du palais.
Finalement, il semblerait qu’elle ait jeté son dévolu sur le spectaculaire duplex situé rive gauche, au 55, rue de Babylone, ancienne résidence du couturier Yves Saint Laurent et de son partenaire Pierre Berger. Cet appartement de trois étages, d’une valeur de quinze millions de dollars, abritait autrefois la collection d’art Saint Laurent-Bergé, vendue aux enchères quelques semaines plus tôt pour plus de six cents millions de dollars.
À première vue, l’appartement semblait parfait. Il se situait sur une large rue du VII arrondissement, près de l’Assemblée nationale, et le e
Palais de l’Élysée se trouvait en face, de l’autre côté de la Seine. Sarkozy approuva ce choix – jusqu’à ce qu’il apprenne que Jagger possédait un appartement deux étages au-dessus. Évidemment, le président mit son véto à la transaction.
Ce n’était pas la première fois que Sarkozy montrait des signes d’inquiétude. L’été, Carla faisait la navette en bateau entre le Fort de Brégançon, la résidence d’été officielle du président, et le château Faraghi au Cap Nègre, l’opulente demeure des Bruni en front de mer. Il s’avéra que le château Faraghi se trouvait seulement à un jet de pierre de la villa de Jerry Hall, où Mick passait souvent du temps avec ses enfants.
Quand Sarkozy comprit que Jagger habitait non loin de là, il se mit à passer plus de temps avec Carla au château Faraghi – « sûrement pour garder un œil sur elle », suppose un ami de la première dame. Pour Carla, qui souhaitait toujours poursuivre sa carrière de chanteuse, maintenir des liens avec Jagger avait du sens. Mais dans le même temps, les spéculations concernant un hypothétique triangle Sarkozy-Bruni-Jagger apportaient de l’eau au moulin de la rumeur. « Carla est une Italienne pur jus, dit Sarah Doukas, dont l’agence de mannequin parisienne représentait autrefois la jeune femme. C’est quelqu’un de très théâtral. Exactement le genre de filles à aimer les psychodrames. »
Mick comprenait parfaitement cette attitude. Avec Jagger comme cerveau du groupe, les Rolling Stones avaient bourlingué à travers le globe, balayant la concurrence et laissant des fans bouleversés dans leur sillage. Au moment de leur dernière prestation à l’O2 Arena de Londres, A Bigger Bang comptabilisait cent quarante-sept spectacles avec en première partie des invités de marque comme Maroon 5, Black Eyed Peas, John Mayer, Christina Aguilera, Beck, les Smashing Pumpkins, Pearl Jam, Metallica, Alice Cooper, Mötley Crüe, et le Dave Matthews Band. Gain total : cinq cent cinquante-huit millions deux cent cinquante-cinq mille et cinq cent vingt-quatre dollars, faisant de A Bigger Bang la tournée la plus lucrative de tous les temps.
Maintenant que la tournée avait fini de vampiriser son temps, Mick pouvait se concentrer sur ses projets cinématographiques – Jagged Films produisait un remake de Femmes de George Cukor – et passer du temps avec L’Wren et sa famille. La comédie, avec Eva Mendes, Annette Bening et Meg Ryan dans les rôles des anciennes stars des années 30 Rosalind Russell, Joan Crawford et Norma Shearer, ne remporta pas les suffrages des critiques. A.O. Scott la qualifiait dans le New York Times de « bouillie indigeste et inepte » pendant que Richard Schickel déclarait dans le Time que c’était « l’un des plus mauvais films qu’il ait jamais vus ».
Il y eut pire : Les As du braquage – une sitcom consternante sur des cambrioleurs empotés qui faillit s’intituler : Allons détrousser Mick Jagger ! Dans une scène d’anthologie du kitsch, Mick faisait visiter au public la réplique (peut-être fidèle ?) de son appartement new-yorkais de vingt-cinq millions de dollars… « Salut, moi c’est Mick ! Bienvenue chez moi. J’aime tellement cet endroit que je n’ai jamais envie de sortir ! » Parmi les objets incontournables, une fontaine en or massif à l’effigie du logo des Stones – bouche et langue pendante –, une « pièce à chapeaux » à température constante de seize degrés et demi (« la température idéale pour conserver un bon feutre ») et une piscine intérieure à l’usage exclusif de ses quatre chiens, car Mick « détestait être mouillé ». ABC mit fin à la série au bout de neuf semaines.
Le documentaire de Scorsese, Shine a Light, filmé avec dix-huit caméras lors des concerts donnés au Beacon Theater en l’honneur de Bill Clinton deux ans plus tôt, compensa ces échecs. Montrant aussi bien les chamailleries des coulisses, les tensions pendant les répétitions que les incroyables performances sur scène enthousiasmant le public, Shine a Light présente un visage des Stones inédit et intimiste. Avec le consentement tacite des Stones, Scorsese ne tenta pas, ni à la prise de vues, ni au montage, de cacher l’âge des participants. « Les rides, les cicatrices, et les ravages du temps sur leurs visages sont pleinement visibles, écrit David Gritten dans le Daily Telegraph de Londres, et cela donne au groupe une noblesse de vieux lions. »
Quand Mick fêta ses soixante-cinq ans en juillet 2008, il ne chercha pas à effacer ses profonds sillons, ses pattes-d’oie ou ses rides au moyen de la chirurgie esthétique – pas plus que les autres Stones. Un lifting était hors de question, tout comme la suggestion bizarre faite par un chirurgien plastique de gonfler encore plus ses lèvres avec du collagène. (Joe Jagger, qui disait que son fils avait hérité de lui « la grande bouche des Jagger », l’avait prévenu que ses lèvres s’aminciraient avec l’âge.) Néanmoins, Mick campa sur ses positions. « Quand on devient trop vaniteux, on devient ridicule. »
Pour le moment, Mick refusait toute procédure de chirurgie plastique, y compris le Botox. Les traitements de beauté, c’était une toute autre histoire. Le chanteur expérimentait inlassablement crèmes, huiles et autres onguents, une manie qui ne fit que s’intensifier à partir de la soixantaine. Fidèle client du salon de beauté du Claridge, l’Olympus Health and Fitness Suite, le chanteur avait une préférence pour la luxueuse gamme de soins La Prairie, en particulier les crèmes pour le visage au caviar, aux germes de blé ou aux algues. Prix : trois cent quatre-vingt-dix dollars les cent cinquante millilitres.
Avec l’âge se posait une question inévitable : Mick allait-il ralentir le rythme ? L’Wren jouait avec son anneau en saphir et diamant, étincelant de mille feux, refusant de révéler s’il s’agissait ou non d’une bague de fiançailles. (« C’est un bijou magnifique, c’est tout ce que j’ai à dire. ») Néanmoins, Mick ne dérogeait pas à son mantra : « La monogamie n’est pas pour moi. »
Cela dit, au bout de six ans, Mick et sa petite amie mormone étaient plus proches que jamais. « Ils pleurent et rient en même temps, raconte leur amie Nicky Haslam. Ils aiment la même nourriture, la même esthétique, les mêmes gens. De toutes ses partenaires, elle est celle qui paraît la plus proche de lui dans ses goûts et son mode de vie… Elle est observatrice, spirituelle, et il adore ça. »
Après la mort de son père, Mick s’intéressa pour la première fois à son versant spirituel. En L’Wren, il avait trouvé une partenaire prête à le suivre. Pour son pèlerinage habituel en Inde, le couple séjourna dans le palais aux trois cent soixante-quatorze pièces du Maharadja de Jodhpur, se rendit dans les ashrams et les festivals de musique traditionnelle. Avant de partir, Mick dit au maharaja Gaj Singh II qu’il viendrait au festival international de Jodhpur. Féru de la musique indienne, « fabuleuse mosaïque de styles », Mick reconnaissait être fasciné par les contrastes de l’Inde – « un type sur un chameau devant un centre commercial. Incroyable ».
Jagger revint avec au poignet droit une ficelle rouge – non pas un symbole de la Kabbale comme celui de Jerry, mais un fil râjasthâni sacré censé éloigner les mauvais esprits. À présent, Mick intégrait le yoga, la méditation et les prières bouddhiques dans ses exercices matinaux.
Jagger effectua également des changements plus terrestres. Au grand soulagement de Jerry, il quitta enfin sa maison de Richmond. En 2008, le chanteur acheta à Chelsea une demeure du e XVII siècle surplombant la Tamise pour dix-huit millions de dollars. Après quoi, il injecta plusieurs millions dans les travaux de rénovation. Parmi les nouvelles installations : une orangerie géorgienne abritant une piscine, des panneaux solaires sur le toit et des dressings séparés – celui de monsieur étant deux fois plus grand que celui de madame.
Pendant les travaux de sa nouvelle maison de Chelsea, Mick étendit son influence sur l’île Moustique en achetant la villa voisine de Stargroves, qu’il baptisa « Pelican Beach ». Ne manquant jamais une opportunité de gagner de l’argent, Mick louait Stargroves (vingt-deux mille dollars la semaine) et Pelican Beach (sept mille dollars la semaine) quand il n’y habitait pas.
Mick et L’Wren furent parmi les cent VIP invités en août 2008 à fêter le quarantième anniversaire de la Mustique Compagny, la société chargée de la gestion de l’île. Deux invités de marque éclipsèrent tous les autres à cette soirée dont le code vestimentaire était « blanc et argent » : le prince William et sa petite amie Kate Middleton. William était en mer avec la Royal Navy depuis cinq semaines – la plus longue période de séparation du couple – et tous deux étaient descendus à la Villa Hibiscus, une demeure aux murs de pierre perchée au sommet d’une colline surplombant Macaroni Beach.
Ce soir-là, au Basil’s bar, sir Mick chanta « Satisfaction », « Jumpin’ Jack Flash » et « Brown Sugar » pendant que les futurs roi et reine dansaient sur la piste. Jagger fit virevolter Kate, mais il n’était pas question de faire le moindre geste équivoque envers la promise de William.
En revanche, la charmante sœur de Kate, Pippa, n’était pas « chasse gardée ». Pendant deux ans, les Middleton – les parents de Kate, Carole et Michael, ainsi que Pippa et leur jeune frère James – venaient fréquemment sur l’île, et avaient fini par établir leurs quartiers d’été à Moustique. Pendant que les Middleton devenaient des habitués de l’île – tout comme le prince de Kate – les insulaires virent plusieurs fois Mick et Pippa ensemble, ce qui donna inévitablement lieu à des rumeurs. (Ironiquement, Pippa, dont le derrière avait aujourd’hui son propre fan-club planétaire, après avoir pratiquement éclipsé Kate à son mariage, était pressentie pour remplacer la fille de Jagger, Georgia May, comme « visage » de la marque de jeans britannique, Hudson Jeans.)
Quelques voisins des Middleton à Moustique seraient parmi les rares élus invités au mariage royal de William et Kate, mais Mick n’en ferait pas partie. « Elton et pas moi ? » plaisanta le rocker en apprenant qu’il n’était pas sur la liste VIP. Certes, Mick était déçu, mais comme le nota un ami, « cela aurait été bien pire s’ils avaient invité Paul McCartney ». Heureusement, ce ne fut pas le cas.
La presse britannique prit un malin plaisir à faire remarquer que, en tant que sujet britannique de plus de soixante-cinq ans, Mick était techniquement un « senior », et qu’il avait droit, entre autres, à avoir un passe de bus gratuit. Pourtant, les récits (certains plus crédibles que d’autres) de ses badinages amoureux avec des femmes bien plus jeunes étaient légion.
Au festival de l’île de Wight, Mick forma pour la première fois un duo avec Amy Winehouse. Ils bondirent et s’égosillèrent sur « Ain’t to Proud to Beg », le tube des Temptations, et pendant des mois, les rumeurs allaient bon train sur la brève et intense liaison supposée entre le rocker et la chanteuse à la libido tout aussi exacerbée. « Amy vénérait Mick, raconte un ami musicien. Elle était sur un petit nuage en sa présence. »
D’autres rumeurs couraient sur les maîtresses de Jagger – notamment une belle aristocrate du nom de Molly Miller Mundy. Fille d’un vieil ami du chanteur, Molly avait seulement vingt-trois ans.
L’Wren restait la femme la plus importante dans la vie de Mick. Pourtant, même cette femme au tempérament calme s’inquiéta en voyant Jerry Hall débouler dans leur nouvelle demeure de Chelsea, au beau milieu de la soirée de Noël 2010.
Sous prétexte de venir chercher leur fils Gabriel, âgé maintenant de treize ans, Jerry fit irruption à Chelsea et se dirigea tout droit vers L’Wren. Un lourd silence tomba sur la pièce. C’était la première fois que les deux femmes se rencontraient et, comme le fit remarquer un invité, « connaissant Jerry, on se demandait si elle n’allait pas lui rentrer dans le lard ». Par chance, Jerry se présenta d’elle-même et dit à L’Wren combien elle admirait ses créations. Mick, qui observait la scène de loin, souhaita ensuite à son ex-compagne un joyeux Noël – après quoi les trente autres invités soulagés applaudirent chaleureusement.
D’humeur conciliante, Jerry déclara qu’elle considérait toujours Mick comme un « homme bien » et un « merveilleux père ». Le problème, ne manquait-elle jamais d’ajouter, était que Mick « couchait avec toutes les filles qui passaient à sa portée. C’est usant de se dépêcher de rentrer chez soi pour s’assurer qu’il n’est pas au lit avec une autre ».
L’Wren semblait impatiente d’officialiser leur union, mais Mick restait sur ses positions concernant le mariage. Lors de cette fameuse soirée de Noël, le New York Times cita les paroles de Mick sur le sujet : « Je ne dis pas que le mariage n’est pas merveilleux et que les gens ne devraient pas se marier, je dis juste que ce n’est pas pour moi… Je ne pense pas que ce soit si idyllique. À mon sens, ce n’est qu’une jolie chimère. »
Peut-être que Mick se sentait incapable de gérer plus d’une épouse à la fois, or depuis le début, cette épouse était Keith. Malgré toutes ces querelles d’ego, ces portes claquées et ces insultes vociférées, les Glimmer Twins avaient toujours réussi à régler leurs différends et à faire de la musique ensemble. Mais, après la publication de l’autobiographie de Richards, intitulés Life, leur union était dans le rouge.
Avant la sortie du livre, Mick ne jeta qu’un œil distrait aux épreuves fournies par Keith. En revanche, il s’offusqua que Keith ait mentionné son recours à un coach vocal et lui demanda d’ôter cette référence. Richards refusa. « C’est drôle que ce soit là-dessus qu’il ait tiqué, dira Keith plus tard. Tout le monde était au courant de toute façon. »
C’est seulement après la publication de larges extraits du livre dans les journaux, fin octobre 2010, que Mick comprit qu’il avait été descendu en flammes par son ami. Non seulement Mick était « insupportable », mais Keith révélait qu’il prenait un malin plaisir à appeler son comparse depuis près d’un demi-siècle « Brenda » et « Sa Majesté ». Richards le comparait aussi à un « mainate agaçant » et affirmait ne plus vraiment connaître son ami. « Parfois je me dis “Mon ami me manque, où est-il passé ?” »
Mais ces extraits désagréables n’étaient rien en comparaison de l’affirmation de Keith – faite originellement en 2005 et reprise dans ce livre – à savoir que Mick n’avait pas été gâté par la nature sur le plan sexuel. D’après Keith, quand Marianne Faithfull avait couché avec Mick, elle n’avait eu « aucun plaisir avec son petit zizi ». « Je sais qu’il a une énorme paire de couilles, mais ça ne compense pas le reste. »
LES ROLLING STONES, TUÉS PAR LA JALOUSIE D’UN HOMME, proclama le Daily Mail. LES MÉMOIRES DE KEITH RICHARDS HUMILIENT JAGGER AVEC DES RAILLERIES SEXUELLES . Jerry prit aussitôt la défense de Mick. « Keith est victime d’une “jalousie du pénis”. Il n’y a pas un mot de vrai dans ses paroles. Ces deux-là passent leur temps à se chamailler comme des adolescents. Mick est très bien pourvu par la nature et je le sais parce que j’ai été vingt-trois ans avec lui. Keith est juste jaloux. »
Pamela Des Barres intervint elle aussi en faveur de Jagger. « Je ne suis pas d’accord avec Keith au sujet des prouesses sexuelles de son chanteur, intervint la groupie. À tous points de vue – y compris la taille – et en plusieurs occasions, j’ai eu pleine satisfaction. » Même le vieux copain de Mick, Pete Townshend, avait un avis sur le sujet : « Je trouve dommage qu’on se rappelle le livre de Keith uniquement à cause du passage sur la taille des organes génitaux de Mick. Et pour rester dans le ton, je dirai que c’est de la “couillonnade”. Je les ai vus et il n’y a pas que ses testicules qui soient gros. »
Dans le livre, Keith s’était seulement demandé si Marianne avait été satisfaite avec le « petit zizi » de Mick. L’observation de Richards était-elle vraie ? « Pas tout à fait, répondit Marianne, mais presque. »
Faithfull avait aussi déclaré qu’elle regrettait « les horribles commentaires de Keith sur Mick ». Puis elle avait ajouté que les éditeurs « essayaient de faire dire ces mots à quelqu’un depuis des années » et qu’elle-même avait refusé, même si cela lui aurait rapporté « un paquet de fric ».
Inutile de dire combien les Stones comptaient gagner grâce à la tournée mondiale de leur cinquantième anniversaire, prévue pour l’été 2012. Ce serait à n’en pas douter la plus fantastique de toute l’histoire. Pour la première fois, les producteurs tout excités murmuraient que, après les sept cent vingt millions de recettes de la tournée 360 du groupe U2, les Stones pourraient franchir la barre vertigineuse d’un milliard de dollars.
Les Stones s’étaient dits intéressés par une tournée pour leur anniversaire en 2012. Mais maintenant que Keith avait tourné Mick en ridicule, tout le projet était remis en question.
Keith fit alors machine arrière toute ! « Mick a été pas mal énervé à cause de deux ou trois trucs, relativise Richards, mais on est toujours amis et on veut toujours bosser ensemble. J’adore ce type. C’est mon pote. »
Évidemment, Mick était loin d’être aussi enthousiaste. Il confia à L’Wren et à son cercle d’amis proches de Londres et New York qu’il avait été sincèrement blessé et choqué par les remarques désagréables dirigées contre lui. Il trouvait la sempiternelle explication de Keith – « Je pensais que Mick ne prendrait pas mal la vérité » – plus qu’inappropriée !
Pendant des semaines, Mick employa la seule tactique qui rendait Keith fou de rage : il l’ignorait, refusait de prendre ses appels et de commenter son livre. Deux mois durant, Mick se mura dans le silence, après quoi il se contenta de quelques commentaires obscurs : « Personnellement, je trouve ennuyeux de parler du passé. La plupart du temps, les gens le font pour l’argent. » Il fit également le vœu de ne jamais écrire sa propre histoire. « Personne ne veut terminer comme un vieux footballeur dans un pub, à radoter sur sa finale de la coupe en 1964. »
Cela ne risquait pas d’arriver à Mick, qui était trop heureux de laisser Keith mijoter à propos de leur éventuelle tournée mondiale pour leur cinquantième anniversaire. Pendant ce temps, le nom de Jagger était sur toutes les lèvres.
Avec sa crinière de cheveux noirs et son tour de taille scandaleusement mince, Jagger évoquait une jeunesse et une vitalité qui intimidaient les rockers du tiers de son âge. S’il restait le moindre doute sur l’adoration du jeune public pour le chanteur, considéré comme un dieu du rock, il s’évanouit à la sortie du premier tube de Ke$ha, « TiK ToK ». Avec les paroles « On les jette sur le trottoir sauf s’ils ressemblent à Mick Jagger », cette chanson pop devint rien de moins qu’un phénomène mondial. Avec douze millions huit cent mille disques vendus en 2010, ce fut la chanson la plus vendue au monde de l’année.
Dans le même ordre d’idées, la chanteuse britannique Cher Lloyd sortit un tube intitulé « Jagger Swagger », inventant un nouveau terme bientôt popularisé par l’Urban Dictionary, qui donnait de « swagger » la définition suivante : « L’attitude confiante et orgueilleuse de Mick Jagger quand il se pavane sur scène. »
Mick fit une démonstration en direct du « Jagger Swagger » à la cérémonie des Grammy Awards, le 13 février 2011, pour rendre hommage au grand musicien de Blues défunt Solomon Burke. C’était la première fois qu’un membre des Rolling Stones se produisait à cette cérémonie.
Dos à la salle, Mick se mit à tournoyer et à faire voler sa cape, sous les applaudissements nourris du Staples Center de Los Angeles. Son interprétation de « Everybody Needs Somebody to Love » de Solomon Burke fut totalement électrisante et lui valut une ovation de la foule.
Pour Adam Levine, le chanteur du groupe Maroon 5, et Christina Aguilera, rendre hommage à Mick s’avéra un choix judicieux pour leur carrière. Leur duo « Moves like Jagger » fut aussitôt numéro un au hit-parade. Le titre domina les ondes pendant des mois et fut nommé pour un Grammy Award.
D’autres références au chanteur des Stones apparurent dans la musique moderne, facilitées par la rime entre « Jagger » et « swagger ». Par exemple dans « Heart and Soul », des Jonas Brothers (« Pas de problème si vous bougez (swagger) comme le vieux Mick Jagger ») et dans « The Time » de Black Eyed Peas (« Toutes ces filles, elles aiment mon déhanché (swagger), elles m’appellent Mick Jagger »). Dans « Swagger Like Us », Kanye West chante : « Mon déhanché (swagger) est Mick Jagger ».
Conscient de devoir rester dans le coup, Jagger faisait très attention à ne pas offenser ses plus jeunes fans en critiquant publiquement leurs chanteurs préférés. Depuis des années, il décriait en privé le rap hardcore et le hip hop, qui à ses yeux n’étaient « pas vraiment de la musique ». Mais à présent que Kanye West portait Mick aux nues, Jagger le serrait dans ses bras comme un vieil ami, tout comme P. Diddy et JayZ.
Autre fan inattendu, l’idole des pré-adolescents Justin Bieber, qui avait tweeté à ses quinze millions de lecteurs : « Mick Jagger est tendance. Pourquoi ? Mick Jagger est THE MAN et était déjà dans le coup bien avant l’existence de Twitter. Une vraie légende. »
Jagger se laissa bercer de louanges. « Je ne crois pas qu’il aurait eu le cœur de dire quelque chose de désagréable à un gentil gamin comme Justin, commenta un dirigeant de maison de disques qui les connaissait tous les deux, pourtant Mick trouve sa musique totalement écœurante. Quelle surprise ! »
En revanche, Mick était sincère dans ses compliments pour Beyoncé, qu’il trouvait « impressionnante, vraiment impressionnante. » « Elle a fait un sacré bout de chemin. C’est une version branchée, très moderne, de Tina Turner. » Mick admirait aussi beaucoup Lady Gaga, « une bonne musicienne, une bonne compositrice et une bonne joueuse de piano ».
Pour sa part, Lady Gaga reconnaissait que Jagger avait été l’un de ses modèles. Ayant bénéficié d’une éducation normale et heureuse, elle décida qu’il lui fallait explorer le côté obscur si elle voulait réussir sa carrière d’interprète. Cela faisait partie de sa « quête artistique, disait-elle, de se lâcher complètement comme Warhol, Bowie et Mick et de foncer ».
Jagger, lui, fonçait toujours. Après avoir été analysé sous toutes les coutures pendant des décennies par la presse britannique, en particulier le journal people News of the World, Mick fomenta le plan de produire Tabloid, un « thriller pour adultes » au sujet d’un « média international à la moralité douteuse », et comptait même jouer dans le film.
Musicalement, il s’associa avec son vieux comparse Dave Stewart, la chanteuse de soul britannique Joss Stone, le fils cadet de Bob Marley, Damian, et le compositeur A.R. Rahman, vainqueur d’un Oscar pour la musique de Slumdog Millionaire, pour former un nouveau groupe : « Superheavy ».
Pour que le groupe puisse enregistrer dans le secret le plus total, le cofondateur de Microsoft, Paul Allen, prêta à Jagger son yacht Octopus de cent vingt-six mètres, qui comptait deux hélicoptères, deux sous-marins et un pont à jet-ski. Avec Mick inscrit à bord sous le pseudonyme « M. Gibson 3.3 », Superheavy enregistra son premier album pendant que le yacht voguait en Jamaïque, Californie, Turquie, Italie, Grèce, Inde et Floride.
Joss Stone, comme les autres, était tenue au secret. « Je n’ai rien dit au prince William ni à Kate, dit-elle de ses deux bons amis. Ce sont des gens adorables, qui s’intéressent à ce que je fais, mais j’ai tenu ma langue. »
Le premier album éponyme de Superheavy mêlait un large éventail de styles, des ballades mélancoliques aux airs reggae en passant par des chants hindous en ourdou. La presse était emballée et Mick, toujours désireux d’accomplir quelque chose en dehors des Stones, était enchanté : « Ce groupe, ce projet, tout est réussi. »
Inévitablement, le monde de la musique attachait bien plus d’importance à l’autre groupe de Jagger et aux drames qui l’entouraient. « Les Stones sont des icônes de la société occidentale, explique Sting, faisant écho au sentiment de millions de personnes. J’espère qu’ils vont arrêter leurs chamailleries. J’aime les voir jouer ensemble. »
Le 1 décembre 2011, Keith s’envola pour Londres pour une jam-er
session avec Ronnie Wood et Charlie Watts en prévision du cinquantenaire du groupe. Ils furent bientôt rejoints par l’ancien Stones Mick Taylor et parlèrent de la possibilité d’intégrer Bill Wyman. Bien entendu, le véritable but de ces retrouvailles était de persuader Mick d’oublier le passé. « Mick est le bienvenu, souligna Keith. Je suis sûr qu’il va finir par se décider. »
« Le processus de guérison est en cours, ajouta Wood, qui avait déjà assisté à ce genre de brouilles par le passé, même si aucune n’avait atteint cette ampleur, reconnaissait-il. En ce moment, ils sont à cran, mais tout finira bien par s’arranger… Charlie et moi, on va faire en sorte qu’ils se réconcilient. Souhaitez-nous bonne chance ! »
Comme toujours, les Glimmer Twins se querellèrent comme des chiffonniers, boudèrent chacun dans leur coin, puis se réconcilièrent, pour le bien du groupe. Ce qu’ils comptaient réaliser, sous l’impulsion de Mick, c’était tout simplement le plus grand concert de tous les temps. Point final.
Comme tout ce qu’il entreprenait, Mick fonçait tête baissée et refusait de regarder en arrière. « Je vis dans le présent. Je ne me dis jamais : C’est fantastique, je n’en reviens pas de faire ça… Je le fais, c’est tout. Et je ne me dis pas : tout s’est passé trop vite, parce que pour moi, ce n’est pas terminé. »
Non, ce n’est pas terminé…
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