Mick
Chapitre 3
Where do I get my ass fucked ? » – que Lewis congédia les Stones manu 3
militari !
Cet été 1970, les Stones reprirent la route – quatorze villes européennes en six semaines. À chaque étape, Mick écrivait à Marsha, enceinte désormais de cinq mois, lui parlant des jeunes femmes qui lui tenaient compagnie. « Il me faisait hurler de rire, raconte Marsha, avec ses histoires ! »
Après le drame d’Altamont, on craignait que les Stones ne parviennent plus à déclencher l’hystérie générale et que, traumatisés, ils se soient assagis. Il n’en fut rien. Ville après ville, Stockholm, Hambourg, Berlin Ouest, Rome… les Stones prouvèrent qu’ils pouvaient toujours semer le chaos derrière eux ; dans la rue, les fans n’avaient rien perdu de leur ardeur – ils retournaient les voitures, incendiaient toutes sortes de choses, cassaient les vitrines des magasins. Les autorités sur le continent considéraient les Stones davantage comme une armée d’invasion que comme un groupe rock, au regard des émeutes qu’ils suscitaient.
Heureux de voir qu’il n’avait rien perdu de son influence démoniaque, Mick apprécia particulièrement le chaos que sa venue déclencha dans les rues de Paris, la police ayant affaire alors aux plus violentes émeutes depuis les événements de mai 68. Mais il ne se doutait pas que sa vie allait basculer lors de la réception après le concert des Stones à l’Olympia…
« Mick, voici Bianca », annonça Donald Cammel en présentant à son vieil ami une jeune femme svelte, à la beauté à la fois animale et inquiétante. Pour la première fois, Cammel fut saisi par leur similitude. Ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. « Vous allez vivre une grande histoire, poursuivit Cammel. Vous êtes faits l’un pour l’autre. »
Il y avait quelque chose de hautain chez cette originaire du Nicaragua, née Blanca Perez Mornena de Macias (elle avait troqué le « l » de Blanca pour un « i ») – un petit air supérieur en tout point comparable à celui de Jagger. Bianca parlait plusieurs langues, mais Mick se fichait de ce qu’elle pouvait dire. Ce qui le fascina c’était sa voix – un timbre rauque et sensuel à la Eartha Kitt.
Ils passèrent la nuit ensemble dans l’appartement de Cammel. Même si Bianca parlait de « coup de foudre » elle répétait à l’envi que ce n’était pas le physique de Mick qui l’avait attirée. « Je le trouvais timide, vulnérable, sensible – exactement l’inverse de ce à quoi je m’attendais. »
Mick ne savait trop que faire de Bianca. Et c’est ce qu’il dit à Marsha le lendemain au téléphone. Toutefois, il lui annonça qu’il allait emmener cette nouvelle conquête avec lui en Italie – juste pour le fun.
Jagger n’était pas le seul homme qui trouvait Bianca difficile à cerner. Pour commencer, elle prétendit avoir vingt et un ans quand elle avait rencontré Mick en 1970, alors qu’elle en avait vingt-cinq. Selon les époques, elle disait que son père était un négociant fortuné, un magnat du café, un diplomate.
Son oncle était ambassadeur à Cuba. Mais au divorce de ses parents, sa mère s’était retrouvée sans le sou. Pour arrondir les fins de mois, Senora Perez Moena de Macias ouvrit un petit restaurant à Managua, comme une fière Mildred Pierce. Et à l’instar de la fille du personnage, Bianca fut gâtée par sa mère et grandit dans une bulle. « Je n’ai jamais lavé une assiette de ma vie, ni cuit un œuf, ni fait le ménage », reconnaît-elle. Comme Marianne, elle avait connu le couvent et « la terrible répression sexuelle » qui y régnait.
Bien déterminée à devenir la première femme ambassadeur du Nicaragua, Bianca fréquente pendant deux ans Sciences Po de Paris – une période durant laquelle elle prétend avoir beaucoup étudié et être restée vierge jusqu’à l’âge de dix-huit ans et demi.
C’est à peu près à cette époque qu’elle se trouve à court d’argent et qu’elle commence des petits boulots pour payer sa chambre à cinq francs la nuit dans un quartier sinistre de la capitale. Par un cousin, attaché aux affaires culturelles de l’ambassade nicaraguayenne, elle trouve un emploi à l’ambassade, qui – détail d’importance – lui ouvre les portes de toutes les fêtes fastueuses du monde diplomatique.
C’est à Londres, toutefois, qu’à vingt ans, Bianca fait la connaissance de son « presque premier amant », l’acteur Michael Caine. En quelques jours, elle emménage dans son appartement de Mayfair. Leur relation tumultueuse – le couple se disputait dans les restaurants, les soirées, dans les halls d’hôtel, dans la rue – fit le tour de tous les salons. Aux dires de Bianca, Caine était méchant, superficiel, et la traitait « comme sa geisha ». L’acteur, plus charitable, décrivait Bianca comme « une jeune panthère, potentiellement très dangereuse mais ayant encore besoin d’aide ».
La romance houleuse avec Caine dura un an, puis la jeune femme déménagea à Paris. Au bout de six mois, elle eut une relation avec Eddie Barclay, de vingt-quatre ans son aîné et, qui plus est, marié. Ils rompirent quelques jours avant que le destin ne lui fasse croiser le chemin de Mick Jagger.
« Ce jour-là, j’ai grandi un peu », explique Bianca qui, chez Caine et chez Barclay, avait cherché « l’affection et la protection d’un père ». Elle fut agréablement surprise par ce qu’elle trouva chez Mick. Il était « comme un grand frère pour moi ».
Un grand frère certes, mais qui était, comme tous ses autres amants, très riche. « Bianca, raconte Donald Cammel, c’est le genre de fille qui se dit : “Bon, qui va payer le loyer pour les cinq ans à venir ?” »
Certains tentèrent de remplir les trous dans la bio de Bianca pour expliquer comment elle pouvait se payer des robes d’Yves Saint Laurent et de Givenchy. La rumeur courut qu’elle était une fille de Madame Claude, l’une de ces hôtesses magnifiques et raffinées qui fréquentaient les hautes sphères de la société dans les années 60. Apprécié des grands de ce monde – présidents, premiers ministres, dictateurs, diplomates, magnats de l’industrie, et même de quelques stars du rock, les filles de Madame Claude finissaient par épouser un bon parti et s’offrir une belle place au soleil. « Il suffit de feuilleter le bottin mondain, disait le chroniqueur Cleveland Amroy, pour trouver pléthore d’anciennes filles de Madame Claude devenues des ladies respectables de Park Avenue. »
Pour l’instant, les journalistes voulaient en savoir plus sur la femme mystérieuse qui avait remplacé Marianne Faithfull dans la vie du chanteur. Quand ils coincèrent le couple dans une rue de Londres, Jagger refusa de donner à la meute la moindre information, pas même le nom de sa dulcinée. « Désolé, je ne vous dirai pas qui c’est. C’est notre vie privée. » Face aux paparazzi, Mick était bien plus protecteur avec elle qu’il ne l’avait été avec Marianne. Un jour, lorsqu’un photographe, voulant faire une photo de Bianca, heurta involontairement le visage de la jeune femme avec son objectif, Mick poursuivit l’homme et le frappa. Jagger fut condamné à mille quatre cents dollars pour coups et blessures.
Reclus dans leur nid de Stargroves, Bianca se mit à mettre de l’ordre dans la maison. Une à une, elle chassa les autres femmes, leur interdisant de s’approcher de son homme. Quand Miss Pamela appela, elle fut surprise d’avoir en ligne une femme à la voix de Tallulah Bankhead. « Ne vous avisez plus jamais, pour quelque raison que ce soit, d’appeler Mick, déclara Bianca. Je me suis bien fait comprendre ? »
Anita Pallenberg fut plus difficile à écarter. Maintenant que Marianne était hors-jeu, Anita était devenue la femelle alpha des Stones. Le fait qu’elle soit la compagne de Keith n’était pas la seule explication ; les liaisons qu’elle avait eues avec Brian et Mick lui donnaient un statut particulier. Et Astrid Lundström, la fiancée suédoise de Bill Wyman, Rose, la petite amie de Mick Taylor, comme Shirley Watts, gardaient leurs distances avec elle.
Malheureusement pour Bianca, Anita la détesta dans l’instant. Convaincue que la Nicaraguayenne était autrefois un homme, elle offrit cinquante mille dollars à Spanish Tony s’il pouvait prouver que Bianca avait changé de sexe.
Après avoir abandonné cette quête farfelue, Anita se tourna vers la magie noire. Elle lança plusieurs ensorcellements vaudous contre Bianca, la plupart du temps en piquant des poupées (une fois, elle fit trois tours autour de la jeune femme, avec un sort caché dans sa chaussure), et toutes sortes de rites pour se débarrasser d’elle.
Rapidement, Bianca découvrit qu’Anita n’était pas sa seule ennemie ; le 3 novembre 1970, Mick annonça à la jeune femme, éberluée, que Marsha Hunt avait donné naissance à sa fille. Hunt, par sagesse, n’avait pas retenu le prénom que souhaitait Mick – Midnight Dream – et l’avait appelée Karis.
Même si Bianca était bien décidée à être la mère du prochain rejeton de Mick, elle comprit vite que Jagger n’avait guère la fibre paternelle. Durant les deux semaines qui suivirent la naissance, il ne vit son bébé que deux fois – et seulement quelques minutes, volées entre deux rendez-vous.
Marsha était atterrée par l’indifférence de Mick et le lui fit savoir. Mick ne se sentit nullement en faute. « Je ne t’ai jamais aimée, cria-t-il. Il faut vraiment être toquée pour croire une chose pareille ! »
Marsha Hunt s’effondra, mais cela ne rendit Mick que plus furieux.
— C’est ma fille ! lança-t-il pour lui faire comprendre qu’elle ne serait pas de taille à lutter contre ses avocats et ses relations. Je te la reprends quand je veux !
— Essaie donc ! contre-attaqua Marsha. Et je te fais sauter la tête !
Ce Noël, grâce au succès de leur album live Get Ya-Ya’s Out, Newsweek décida de faire sa couverture avec Jagger. « De toutes les icônes qu’a produites le rock, déclarait le magazine, Paul McCartney, Bob Dylan, John Lennon, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Eric Clapton… Mick Jagger a une place à part. Il est unique par sa flamboyance, son aura démoniaque, son intégrité, son refus de plaire, sa capacité à toucher des gens, même ceux qui le détestent viscéralement. »
Bien que Marianne ne soit plus dans les parages, Mick continuait à sniffer de la cocaïne au 48 Cheyne Walk, souvent en compagnie de ses amis Paul et Talitha Getty. Selon Spanish Tony, Keith et Anita se joignaient souvent à eux, et parfois il lui fallait les « calmer » avec de l’héroïne.
Curieusement, Jagger excellait dans la gestion des finances du groupe. « Mick avait la réunionite aiguë », raconte Trevor Churchill, qui dirigeait les disques Rolling Stones pour l’Europe. Tandis que tout le monde restait assis, Jagger marchait de long en large, harcelant les financiers, les poussant dans leurs derniers retranchements.
« C’est Mick qui tenait les rênes, se souvient Churchill. Il maîtrisait parfaitement le domaine financier. Il arrivait en réunion avec des idées géniales. » Souvent Jagger appelait Churchill ou un autre membre de son équipe de gestionnaires pour leur demander les chiffres de ventes en Italie ou en Suède. En outre, Mick s’occupait également des relations avec les banques. « Il avait la bosse des affaires, ajoute Churchill. En ce domaine, il était vraiment très futé. »
Il n’y avait qu’une personne qui avait un droit de veto. « Avant de prendre la moindre décision, explique son ancien conseiller d’affaire Sandy Leiberson, Mick devait en référer à Keith. Si Keith disait non, alors Mick était baisé. »
Les Stones annoncèrent le 4 mars 1971 qu’ils allaient s’installer en France, mais qu’ils feraient avant une grande tournée d’adieu en Grande-Bretagne. Même si Jagger prétendait que c’était uniquement « pour le climat », grâce à cet exil fiscal, le groupe put économiser des millions d’impôts sur l’année 1969.
Avant de s’établir définitivement en France, les Stones participèrent à de nombreuses réceptions données en leur honneur. L’une d’elles eut lieu au Marquee, le club de leurs débuts. Keith arriva saoul et finit par frapper le propriétaire avec sa Gibson.
Mick imita son ami Keith quelques temps plus tard – lors d’une fête beaucoup plus chic qui se tenait au Skindles Hotel à Maidenhead, sur les rives de la Tamise du côté de Buckingham. Quand le directeur de l’hôtel demanda à la bande de joyeux drilles de s’en aller à 4 heures du matin, Mick piqua une crise. Malgré les efforts de Clapton et de Lennon pour calmer leur hôte, Mick attrapa une chaise et la lança dans une baie vitrée. « Tu paieras au moins ça, railla Lennon, avant de quitter le pays ! »
Tout en assurant que les Stones n’abandonnaient pas leur chère patrie, Mick et ses camarades s’exilèrent dans le sud de la France à la fin mars. Wyman s’installa à Saint-Paul-de-Vence, Watts acheta une ferme dans la ville médiévale de Sauve dans le Gard, et Keith et Anita louèrent Nellcôte, une magnifique villa surplombant la baie de Villefranche-sur-Mer.
Mick et Bianca, quant à eux, prirent leurs quartiers à l’hôtel Byblos à Saint-Tropez, le temps de trouver une maison aussi belle – sinon plus – que la nouvelle résidence de Keith. Ils trouvèrent leur bonheur – une propriété au toit de tuiles provençales à Biot, à une demi-heure dans l’arrière-pays.
Bien à l’abri dans leur « paradis fiscal », les Stones annoncèrent qu’ils avaient signé pour six albums avec Atlantic Records d’Ertegün, moyennant cinq millions de dollars. Selon les termes de ce contrat pour quatre ans, Atlantic distribuerait les disque faits sous le label des Stones.
Une partie de l’avance d’Atlantic devait être consacrée à signer de nouveaux groupes. Il se trouvait que Marshall Chess, le fils du fondateur des disques Chess, avait accepté de diriger le nouveau label des Stones. Mais Mick, par nature suspicieux, lui rendit la tâche impossible. « Contrairement à l’image qu’il a auprès du public, il n’aime pas le risque, explique Churchill. Les Stones n’aiment partager ni l’argent, ni les feux des projecteurs. » Quand il eut l’opportunité de produire des groupes inconnus, tels que Genesis et Queen, « Jagger n’a pas voulu en entendre parler. C’était vraiment très agaçant de voir Mick rater des occasions de gagner des fortunes ».
Une semaine jour pour jour après la signature avec Ertegün, les Stones sortirent Sticky Fingers, leur premier album sous leur nouveau label. Pour Mick, cela ne suffisait pas que le disque soit bon (il contenait de futurs classiques comme « Brown Sugar » et « Wild Horses »), il fallait que l’album soit visuellement époustouflant. À cet effet, il demanda le concours de son vieil ami Andy Warhol
« Mick a copié Marlon Brando et Marilyn Monroe, note Victor Bockris, le biographe de Warhol, mais plus encore Andy. » D’une certaine manière, le pionnier du pop art était « le Mick Jagger du monde artistique ».
Les doléances de Jagger étaient simples : « On veut causer un choc, expliqua-t-il à Warhol. Comme toujours. » Et sur ce point, le plasticien ne déçut pas. Tout le monde se souvient de la pochette : un jean avec une protubérance avantageuse, une braguette avec une véritable fermeture Éclair qu’on pouvait ouvrir pour découvrir le logo du label des Stones dessiné par John Pasche – un exemple parfait de fusion entre l’art, la mode et le rock. Les lèvres de Mick taille XXL (« Il pourrait rouler une pelle à un élan ! » raillait l’actrice Joan Rivers), avec cette langue proéminente et goulue, deviendraient un logo aussi connu que celui de McDonalds ou de Coca-Cola.
Contrairement à la croyance populaire, la protubérance qui déformait le jean n’appartenait pas à Jagger. Warhol avait auditionné plusieurs mannequins et avait ajouté l’artifice qu’utilisait déjà Mick sur scène, à savoir glisser à l’endroit ad hoc une chaussette enroulée.
Avec ce Sticky Fingers sulfureux, les Stones connurent un nouvel âge d’or. Mick décida que l’heure était venue de changer de vie. Quand Bianca lui apprit qu’elle était enceinte de quatre mois, il eut à peu près la même réaction qu’avec Marsha Hunt. Il était fou de joie, excité comme une puce. Dans le cas de Bianca, toutefois, il se croyait amoureux de la femme qui portait son enfant.
Il demanda aussitôt la main de Bianca, qui, contre toute attente, refusa. « J’ai toujours eu ma propre identité, lui dit-elle. Je ne veux pas passer ma vie dans l’ombre de Mick Jagger. » Mick la harcela pendant des semaines, jusqu’à ce que, de guerre lasse, elle cède enfin.
Eva Jagger fondit en larmes quand son fils lui apprit la nouvelle au téléphone. Au-delà du cercle intime, les noces qui devaient avoir lieu le 13 mai étaient classées top-secret. Même lorsqu’il prit des leçons de catéchisme privées – une obligation puisqu’il voulait se marier à la chapelle Sainte-Anne, dans les hauteurs de la côte d’Azur –, Mick mentit aux journalistes. « Il n’est pas question de mariage », leur dit-il alors que son assistante Shirley Arnold lançait en secret les invitations.
La liste des invités compta rapidement soixante-quinze personnes – tous seraient transportés en jet privé en partance de Gatwick. Ringo Starr, Roger Vadim, Paul et Linda McCartney, Keith Moon, Nathalie Delon, Eric Clapton et Lord Litchfield, cousin de la reine, faisaient partie des célébrités qui allaient assister au « mariage de la décennie ». Curieusement, Keith Richards était le seul membre des Stones à être convié, avec Anita Pallenberg. La veille des noces, Mick appela Bill Wyman, Charlie Watts et Mick Taylor pour leur dire qu’ils étaient bienvenus à la fête après la cérémonie à l’église. « On était, pour le moins, choqués, racontera Wyman. Choqués et blessés. »
Comme c’était prévisible, il y eut plein d’accrocs à cette journée qui se voulait parfaite. Les noces se déroulaient en deux parties : une courte cérémonie civile à la mairie de Saint-Tropez, suivie par un service religieux à la chapelle Sainte-Anne.
Mais deux heures avant de passer devant le maire, Mick et Bianca discutaient déjà argent. Le problème venait d’une loi française qui exigeait que les futurs époux décident du régime matrimonial – communauté de biens ou séparation de biens.
Évidemment, Mick n’avait aucun intérêt à donner à Bianca un droit sur sa fortune, et sûrement pas à présent qu’il était en passe de gagner un million de dollars grâce à son exil fiscal. Mais Bianca ne voulait pas céder. Plutôt que signer ce contrat de mariage sous la pression, elle préférait tout annuler.
« Tu veux me ridiculiser devant tous mes invités ? » hurla si fort Jagger que toute l’assistance l’entendit. Tremblante de rage, Bianca rendit les armes et signa la séparation de biens, avec le chauffeur de Jagger pour témoin.
Puis ce fut au tour de Mick de menacer de tout arrêter quand il apprit qu’une centaine de paparazzi l’attendait massée dans la mairie : « Je ne suis pas un poisson rouge dans un bocal, ni le roi de France ! » Si on ne les faisait pas évacuer les lieux, Jagger annonça qu’il ne mettrait pas les pieds à l’hôtel de ville.
Mais Marius Estezan, le maire de Saint-Tropez, refusa de chasser les reporters. « Tout citoyen a le droit d’être ici » et lança à son tour un ultimatum : si les futurs mariés ne se présentaient pas dans dix minutes, c’est lui qui annulait la cérémonie. Même lorsque le couple se présenta, main dans la main, Mick avait cet air farouche, comme s’il était prêt à déguerpir. À un moment, alors qu’ils étaient assaillis par les photographes, Mick attrapa la main de Bianca et paniqua : « J’arrête tout. Je ne veux pas le faire comme ça. » Les Perrin, l’attaché de presse des Stones, le fit se raviser. Il fit faire demi-tour au couple et les poussa vers le maire.
Soucieuse d’attirer les regards ailleurs que sur son ventre rond, la mariée enceinte portait un grand chapeau décoré de roses et un tailleur Yves Saint Laurent avec un décolleté plongeant qui offrait à tout le monde – en particulier au maire et au prêtre – la vue fugace d’un téton.