Mick
9. La machine à sous se grippe
9.
La machine à sous se grippe
Mick était paniqué. Lizzy vivait à Manhattan, dans le quartier branché de Tribeca, à un kilomètre seulement de Ground Zero. Elle était censée être rentrée à New York après une séance photo à Istanbul.
Son esprit fonctionnait à cent à l’heure. Mick prit le téléphone et composa le numéro de son appartement. Sans succès. Les appels ne passaient pas. Pas de réponse non plus sur son portable. Peu après, il parvint à joindre Jerry dans leur maison de Richmond, à la périphérie de Londres. Jerry était en larmes. Elle non plus n’avait pas réussi à contacter leur fille, pas plus que son colocataire, un jeune mannequin sud-africain du nom de Damien Van Zyl.
Pendant plusieurs heures, ils essayèrent maintes fois d’avoir des nouvelles par l’intermédiaire de leurs proches. « J’étais en état de choc, raconta Jagger par la suite. J’avais un horrible pressentiment. » Comme le réseau téléphonique new-yorkais était totalement saturé, Jerry finit par avoir des nouvelles de Lizzy par le biais de la famille de Van Zyl, en Afrique du Sud.
Leur fille était choquée d’avoir assisté à la chute des tours, comme tant de New-Yorkais, mais elle était vivante et indemne.
Mick, qui allait régulièrement à New York depuis trente ans, se sentait solidaire des New-Yorkais. « J’adore cette ville. Je m’identifie plus à elle qu’à n’importe quelle autre ville des États-Unis et je la connais très bien. Ouais, on ressent une véritable empathie, surtout dans un moment pareil. » Comme ses amis américains – pas seulement les New-Yorkais –, Jagger se sentait agressé, meurtri dans sa chair. « C’est terrible d’avoir l’impression que l’Amérique n’est plus un lieu sûr… »
Un sentiment qui perdurait. « Les gens m’ont dit qu’ils n’avaient rien pu faire pendant une semaine. J’étais comme eux. Ma vie, mes projets, tout me semblait si dénué de sens. Mais après le choc et le deuil, tout le monde est revenu à la réalité… On ne peut pas laisser les terroristes bouleverser notre mode de vie. Ça leur ferait trop plaisir. Ce serait une victoire pour eux. »
« Les gens sont totalement déboussolés, ajoutait-il, mais il ne faut pas perdre espoir, pas plus que nos valeurs. On pleure, on est rivé à CNN, bien plus que de raison… Mais à la fin, on fait ce qu’on a à faire. »
Mick et Keith donnèrent le meilleur d’eux-mêmes au concert organisé le 20 octobre 2001 par Paul McCartney au Madison Square Garden – et rediffusé dans tout le pays – en hommage aux trois cent quarante-trois soldats du feu et quatre-vingt-sept policiers tués le 11 septembre. Présentés par Mike Myers (l’acteur de Wayne’s World, Austin Powers, Shrek), Jagger et Richards chantèrent les deux airs les plus appropriés à l’événement : « Salt of the Earth » et « Miss You ». Pour l’occasion, Mick retrouva ses vieux copains David Bowie, Eric Clapton, Billy Joel, Elton John, James Taylor, les Destiny’s Child et Bon Jovi. Le spectacle rapporta trente millions de bénéfices au profit des familles des victimes. « Ce concert me tenait à cœur, déclarera plus tard le leader des Stones. J’ai été heureux de le faire. »
Après avoir apporté sa contribution à New York, Mick retourna à Paris, afin d’attirer l’intérêt des médias sur la sortie prochaine de son nouvel album solo : Goddess in the Doorway. Après les ventes décevantes de ses deux précédents opus, Mick mit tout en œuvre pour assurer le succès de son nouveau disque. Notamment la participation de vieux comparses comme Lenny Kravitz, Wyclef Jean et Pete Townsend, mais aussi de Rob Thomas, le chanteur du groupe Matchbox 20, Bono, ou encore le guitariste d’Aerosmith, Joe Perry. Mick, ne voulant pas froisser les Stones, veillait à ce que personne ne dise qu’il s’agissait de la nouvelle formation de Mick Jagger. « Je ne crois pas aux groupes pour les albums solos, précisait-il. Ça ne sert à rien. Après tout, j’ai déjà un super groupe dans l’autre monde. »