Mick

Christopher Andersen · Chapitre 15 sur 45

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Mick

4. Anges et démons

4.

 

Anges et démons

 

29 juin 1967

 

Les genoux de Mick se mirent à trembler, son visage devint livide, et l’espace d’un instant il eut peur de tourner de l’œil. Keith venait d’être condamné à un an de prison et à présent le juge Leslie Block annonçait que Jagger allait passer trois mois derrière les barreaux. « Je me suis liquéfié quand la sentence est tombée », raconte Jagger, alors qu’il entendait la clameur des huit cents fans devant le tribunal de West Sussex à Chichester, scandant « c’est une honte ! » et « laissez-le sortir ! ». Jagger ajoute : « J’avais l’impression d’être dans un film de James Cagney. Sauf que ça virait au cauchemar. »

Quelques instants plus tard, Marianne retrouva Mick dans sa cellule ; ils s’étreignirent et se mirent à pleurer dans les bras l’un de l’autre. Condamné après seulement deux jours de procès, Mick fut emmené menottes aux poings à la maison d’arrêt de Lewes en attendant son transfèrement à la prison de Brixton pour purger sa peine. Jagger sanglotait pendant qu’on lui prenait ses empreintes digitales, qu’on lui tirait le portrait et lui mettait dans les bras son uniforme de détenu.

Mick était terrifié à l’idée de passer quatre-vingt-dix jours en détention, avec un autre repris de justice, dans le funeste pénitencier datant du e XIX siècle. Les larmes ruisselant sur ses joues, Jagger, hagard et tremblant, disait qu’il ne survivrait pas à cette expérience.

Keith qui, avec Fraser, avait été placé dans la prison tout aussi moyenâgeuse de Wormwood Scrubs, se consolait de voir que leur condamnation avait déclenché une vague de protestation planétaire. Il y avait des manifestations devant les ambassades britanniques dans de nombreux pays pour réclamer la libération immédiate des Stones. Partout, des D.J. passaient en boucle les disques des Rolling Stones en signe de soutien.

À la House of Commons, Tom Driberg, l’ami de Mick et son mentor politique, fit savoir qu’il était « révolté » par la condamnation de Jagger et Richards, « comme s’il s’agissait de meurtriers ». Le lendemain, après la diatribe enflammée de Driberg, Mick et Keith furent libérés sous caution, moyennant sept mille livres (environ quinze mille dollars de l’époque), en attendant leur procès en appel.

Le mouvement pour la libération de Mick et Keith prit de l’ampleur dans l’opinion publique. La plupart des journaux voyaient dans ce verdict l’exemple même de « l’hypocrisie britannique » (le Evening News de Londres) ou dénonçaient « une peine totalement disproportionnée » (le Sunday Express). Mais le coup fatal fut porté par William Rees-Mogg, le directeur du Times de Londres. Le titre de son article condamnant le verdict, emprunté à un vers d’Alexander Pope, deviendra l’un des plus célèbres dans l’histoire du journalisme : « Brise-t-on les ailes d’un papillon au supplice de la roue ? »

Le 31 juillet, le président de la Cour suprême, Lord Parker, annula la condamnation de Keith pour manque de preuves, puis (et cela sema un moment la panique) confirma celle de Mick. Quelques instants plus tard, toutefois, le juge commua la peine de prison du chanteur en un an avec sursis.

Au sortir du tribunal, il s’empressa de gober quelques Valium pour donner sa première conférence de presse dans sa Rolls Royce. Après avoir répondu aux questions des journalistes pendant un quart d’heure (« J’ai été malgré moi mis sous le feu des projecteurs… je ne cherche pas à imposer mes vues, à l’inverse d’autres vedettes »), Mick attrapa Marianne et monta dans un hélicoptère pour gagner une propriété dans l’Essex. Sous l’objectif des caméras, il s’installa avec une brochette de dirigeants politiques, de gens d’Église et de responsables des médias pour discuter de grands sujets de société, tels que la légalisation de la drogue, les conflits sociaux et l’avenir de la jeunesse britannique. « Je ne me suis jamais considéré comme un porte-parole de la contestation, déclara-t-il, en délaissant son accent cockney pour une prononciation plus distinguée. C’est la société qui m’a mis dans cette position. »

Du jour au lendemain, un procès pour drogue avait fait de Mick la personnalité la plus prisée des médias pour débattre des grands sujets qui divisaient le pays. Jagger, devant les caméras, se comportait avec une maturité et une acuité étonnantes pour ses vingt-quatre ans et jouait à merveille le citoyen modèle et responsable. Mais en son for intérieur, il savourait sa victoire contre l’establishment qui avait voulu avoir sa peau et avait lamentablement échoué – ces mêmes institutions poussiéreuses qui envoyaient à présent leurs mignons grisonnants le courtiser.

Mais l’illusion fut éphémère. Mick reprit bien vite sa forme originelle, essentiellement pour des raisons commerciales. Le succès des Stones ne résidait pas dans leur capacité à débattre raisonnablement de sujets d’actualité. Leurs atouts, c’étaient l’expression débridée, la rébellion, l’anarchie ; et quelques jours après sa libération, Mick appelait la jeunesse à se lancer dans les trois.

« C’est le moment. La révolution est la seule option », déclara Jagger aux journalistes qui s’empressaient de venir à ses conférences de presse pour entendre ses vues sur le monde. « L’anarchie est la seule lueur d’espoir que nous ayons. On devrait abolir la notion de propriété privée », ajoutait la rock-star déjà outrageusement riche.

Pendant qu’il exhortait la jeunesse à monter sur les barricades, Mick meublait sa nouvelle maison victorienne de style « Queen Ann » au 48 Cheyne Walk, avec des meubles anciens, des tapisseries flamandes, des tapis persans, sélectionnés par l’esthète Christopher Gibbs. Jagger partageait son home douillet et chic avec Marianne Faithfull et son bébé Nicholas, et une Bentley customisée flambant neuve.

À quelques pas de là, il y avait le manoir majestueux de Gibbs, autrefois la demeure du peintre James McNeill Whistler. C’est là, dans ces pièces aux lumières tamisées, que Gibbs recevait les grands noms des arts et des lettres, comme ceux de la finance et de la politique.

Quand Allen Ginsberg passa par Londres à son retour d’Italie cet été-là, Gibbs organisa une soirée en son honneur. Il y avait parmi les convives la princesse Margaret et quelques-uns de ses nobles cousins, cinq membres du gouvernement, une brochette de professeurs d’Oxford et de Cambridge, ainsi que ses richissimes voisins Paul Getty II et sa jolie épouse Talitha qui s’afficha comme à son habitude avec une robe transparente et rien dessous. (La jeune femme mourra d’une overdose d’héroïne quelques années plus tard.)

Mais personne ne brillait plus que Mick et Marianne – elle sans soutien-gorge avec un chemisier pourpre cintré et une minijupe, lui dans une tunique mauve avec des manches bouffantes. Mick bavardait avec la sœur de la reine lorsqu’un domestique passa avec un plateau d’argent où trônait une pyramide de gâteaux inspirés du Livre de cuisine d’Alice Toklas. Mais selon une recette modifiée, le cuisinier avait décidé de doubler la quantité préconisée de haschich. Aux dires de John Michel, un ami de Mick, invité ce soir-là, les gâteaux étaient « très toxiques et très dangereux ».

« Les gens ont totalement paniqué, raconte Michel. Les ladies et les lords, les conservateurs du British Museum et les ministres furent prestement emmenés à bord de leurs voitures avec chauffeur pour subir un lavage d’estomac d’urgence à l’hôpital. » La princesse Margaret faisait partie du lot. Un peu avant minuit, on réveilla la reine à Buckingham pour l’avertir que sa sœur avait été hospitalisée parce qu’elle souffrait « d’un grave empoisonnement ».

Malgré leur grand degré de tolérance aux stupéfiants, Mick et Marianne planaient tellement qu’ils se mirent à faire des sprints dans la rue. « On était totalement défoncés, mais très bien », raconta-t-il à John Michel. Heureusement pour les participants, la presse n’eut jamais vent de l’incident. Si cela avait été le cas, « le scandale au sein du gouvernement et de la famille royale aurait été titanesque ».

Malgré la notoriété de Mick, les Beatles dominèrent le paysage musical cet été 1967 avec leur album de légende Sergent Pepper. Les Stones jouèrent même une petite part dans le succès du disque, puisque Jagger et Richards assurèrent les chœurs dans « All You Need Is Love ». Les Beatles leur retournèrent la politesse sur « We Love You » ; mais voyant que les ventes du nouveau titre des Stones ne décollaient pas, Jagger chercha à comprendre pourquoi Sergent Pepper était la plus grande réussite musicale des Quatre Fabuleux.

Les Beatles avaient pris résolument un virage vers le psychédélisme. Mais les Stones ne pouvaient se contenter de reprendre le thème « LSD et Peace and Love » abordé par Sergent Pepper. Leur album concept emprunterait donc une voie radicalement nouvelle, versant dans le sinistre et le macabre. S’inspirant d’une phrase inscrite sur les passeports britanniques « Her Britannic Majesty’s Principal Secretary of State for Foreign and Commonwealth Affaires Requests… » Mick baptisa le disque Their Satanic Majesties Request.

L’album, enregistré au Studio Olympic à Londres, marqua la fin de l’union, intime et prolifique, entre Andrew Oldham et les Stones. Conscient qu’il avait dilapidé sa fortune dans la drogue et perdu une grande part de sa créativité, Oldham plongea dans la dépression clinique. Après avoir passé le week-end à se remettre de ses séances d’électrochocs, il arrivait au studio, espérant encore apporter ses idées, comme il en avait l’habitude.

Mick ne se gêna pas pour lui montrer qu’il ne voulait plus l’avoir dans les pattes. « En ce qui concernait leur image, leur look, les Stones s’en remettaient jusqu’alors au génie d’Andrew », raconte Gered Mankowitz, le photographe du groupe. Mais cette époque était révolue. « En ne consultant pas Andrew, Mick lui disait explicitement qu’il était fini. Je me souviens encore de la tête d’Andrew. »

Mankowitz n’en revenait pas que Mick puisse être aussi « cruel » et impitoyable, sans la moindre reconnaissance même pour des personnes qui l’avaient emmené au sommet. « Si quelqu’un vous ouvre une porte et que, derrière cette porte, vous trouvez tout ce que vous désirez au monde, vous ne pouvez pas le congédier comme s’il n’était qu’un vulgaire portier. »

Pour Jagger, les Stones n’avaient plus besoin d’impresario. Allen Klein s’occuperait de la gestion, mais ce serait les Stones – ou plus exactement Mick – qui prendraient toutes les décisions, financières et artistiques. Toutefois, Oldham poursuivra Klein en justice pour avoir un dédommagement. Finalement, il accepta de quitter les Stones moyennant un million de dollars en liquide – l’équivalent de neuf millions aujourd’hui, une coquette somme, mais négligeable comparée aux milliards qu’allaient engranger le groupe.

De même qu’il n’avait eu aucun scrupule à débarquer Oldham ou Giorgio Gomelski et tant d’autres, Jagger se montra aussi insensible au sort de Brian Jones. Quelques jours après le départ de Oldham, Brian fut condamné à six mois de détention à l’infâme Wormwood Scrubs. Jones souffrait de problèmes respiratoires et à l’annonce du verdict, il eut une terrible crise d’asthme.

Certes, Jones n’était pas un personnage particulièrement sympathique. Un jour, après avoir été libéré sous caution en attendant son procès en appel, Jones ramassa deux jeunes filles, les emmena dans son appartement pour un plan à trois sous LSD, puis les frappa si violemment que les deux malheureuses, sanguinolentes, durent s’enfuir toutes nues dans la rue.

La peine de prison fut commuée en trois ans de liberté sur parole, mais pour cela il fallut qu’un psychiatre convainque la cour que Jones souffrait de « névrose œdipienne avec tendances suicidaires », et qu’un emprisonnement provoquerait chez lui « une rupture totale avec la réalité, une dépression psychotique aiguë ».

Quant à Mick, son contact avec la réalité semblait également des plus fragiles. Coupés du monde dans leur grande maison obscure de Cheyne Walk, Mick et Marianne fumaient du haschich, avalaient des acides, faisaient l’amour et – comme ils l’avoueront plus tard – se travestissaient.

Pendant des années, Keith et Brian avaient échangé leurs vêtements avec Anita Pallenberg et leurs autres petites amies, et à présent Mick se trémoussait dans les robes de Marianne tandis qu’elle enfilait ses boxers et ses chemises à jabot. Quand il était d’humeur, Jagger allait jusqu’à mettre les bijoux de Marianne et ses boas, chaussait des talons aiguilles et se lançait, sur « Proud Mary », dans une danse endiablée digne de Tina Turner son idole.

Se déguiser en femme était courant dans les hautes couches de la société britannique, sans que cela préfigure en aucune manière quelque inclination homosexuelle. Mais Mick et Marianne étaient effectivement très ouverts en ce domaine.

« J’avais des amantes et même des relations suivies avec quelques-unes d’entre elles, raconte Marianne. Et Mick était au courant. » Si, en rentrant, il trouvait Marianne au lit avec une femme, très souvent il les rejoignait sous les draps.

Pour Marianne, il n’y avait rien de surprenant à ce que Mick accepte ses aventures lesbiennes. Jagger aurait été jaloux, disait-elle, s’il s’était senti en compétition avec un autre homme. « Il préférait largement me voir avec une amante qu’avec un amant. Comme moi, j’aimais mieux le voir au lit avec un homme plutôt qu’avec une femme. »

Marianne disait que l’homosexualité n’avait jamais posé de problèmes pour les Britanniques. Selon elle, c’était un effet du narcissisme. « C’est juste le désir, un désir très puissant, de voir les autres vous aimer. Peu importe au fond qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme »

On raconte que Jagger fut surpris au lit avec le jeune Eric Clapton, qui venait d’enregistrer « Sunshine of Your Love » avec Cream. L’amitié entre Clapton et Jagger remontait à l’époque du Ealing, la boîte de jazz, quand Mick était encore avec les Blue Boys, avant que le guitariste ne lance son premier groupe, les Yardbirds.

« On a trouvé Eric et Mick ensemble au lit, c’est vrai, affirme John Dunbar. C’était une scène très narcissique, sexuellement très ambiguë. Bisexualité et androgynie étaient non seulement acceptées, mais encouragées. »

Dans le cercle intime des Stones, peu de gens étaient au courant de la relation entre Jagger et Clapton. Pour le commun des mortels, ils étaient amis de longue date. Mais l’ex-mari de Marianne Faithfull était bien placé pour savoir qui couchait avec qui. Durant cette période, non seulement Dunbar resta proche de Marianne et de Mick, mais occupait une position privilégiée dans le « Swinging London » puisqu’il était le copropriétaire de l’Indica, la galerie branchée de Londres. Ce fut d’ailleurs dans cette galerie que Dunbar présenta John Lennon à une artiste inconnue nommée Yoko Ono.

Le biographe Victor Bockris qui, à l’époque, couvrait la scène rock londonienne, savait que les homologues de Jagger goûtaient la même dualité. Leur comportement, disait-il, était « très hédoniste et fortement exacerbé par la drogue ». Clapton, qui luttait contre son addiction à l’héroïne depuis des années, en était, selon Bockris, l’exemple typique. « Rien n’était sacré ; l’idée était de briser tous les tabous. À cette époque, personne n’aurait eu l’idée de vous montrer du doigt si vous étiez bisexuel. Cela n’avait rien de honteux. Tout le monde faisait des expériences, et les stars du rock n’échappaient pas à la règle. »

Même s’il aurait une attitude toute différente dans le futur, l’Eric Clapton de 1967 était, rappelle Gered Mankowitz, « un beau spécimen d’androgyne ». Avec sa garde-robe pleine de hauts à frou-frou psychédéliques, de grands caftans et d’escarpins, Clapton était l’un des rares rockers à mettre du vernis à ongles – une extravagance que même Mick évitait.

La rencontre semblait logique pour ceux qui connaissaient les deux hommes à l’époque, comme deux astres s’attirant. « Ils étaient tous les deux adulés, explique Dunbar, et en même temps coupés du monde par leur cour. Les stars de cette ampleur finissent par ne plus croire que leurs flatteurs. Ils se laissent abuser par ce chant des sirènes, tout comme leur public. »

Il y avait peut-être une autre raison, plus profonde, au fait que Mick appréciait les relations intimes avec les hommes… « Il faut se souvenir que Jagger considérait toutes les femmes comme des groupies, explique Dunbar. Il se sentait plus d’égal à égal avec les autres hommes, parce qu’ils étaient ses pairs. »

Plus important encore, Mick voulait que ses pairs à la ville soient également pairs du royaume… Les « aristos, précise Dunbar, ne le considérèrent jamais comme leur égal à part entière. Il resta une curiosité pour eux. »

Ce qui lui manquait pour être accepté par la haute société, conclut-il, c’était l’attribut du bon gentleman anglais : une maison de campagne. Keith Richards avait Redlands, Bill Wyman avait Gedding Hall à Suffock. Il était naturel que Mick se mette en recherche d’un cottage à la hauteur de son statut.

Il choisit Stargroves, un manoir élisabéthain à Newbury, dans le Berkshire, qui avait été autrefois la résidence d’Oliver Cromwell. Des décennies plus tard, la propriété sera assaillie par les paparazzi et les touristes, espérant entr’apercevoir la nouvelle propriétaire des lieux : Kate Middleton.

Il s’était écoulé onze mois depuis la sortie de leur dernier album Between the Buttons qui avait marqué leur abandon du blues au profit de l’exploration de la terra psychedelia. Il fallait que Their Satanic Majesties Request connaisse le même succès que Sergent Pepper.

Cela semblait logique. Après tout, les Beatles et les Stones étaient plus proches que jamais, que ce soit humainement, commercialement, mais aussi au niveau de la créativité. En secret, ils s’entraidaient, et coordonnaient même la sortie de leur titre (à l’époque, des artistes aussi adulés que les Beatles ou les Stones se devaient de sortir un 45 tours tous les deux ou trois mois) pour que l’un ne fasse pas de l’ombre à l’autre. Cela permettait d’éviter que les Stones n’empêchent les Beatles d’être numéro un des hit-parades, et réciproquement.

Désormais, Lennon et Jagger se voyaient toutes les cinq ou six semaines pour faire le point sur l’état d’avancée de leur prochain single.

Voici un exemple typique de leurs échanges alors :

— Je n’aime pas notre morceau. On retourne en studio. Et vous ?

— On est prêt à lancer celui-là.

— Alors allez-y. C’est votre tour.

« C’était dément et retors comme stratégie », raconte Allen Klein. Alors que le reste de la planète croyait que les deux groupes étaient des ennemis irréductibles, Mick considérait les Beatles, et John et Paul en particulier, comme des frères. À un moment, Jagger fut tenté de rendre public ce partenariat. Quelques mois plus tôt, Brian Epstein, le manager et mentor des Beatles, s’était contre toute attente suicidé avec des somnifères. À présent que Oldham n’était plus non plus dans la partie, Mick proposa que les Beatles et les Rolling Stones aient en commun un studio et des bureaux à Londres. John et Paul furent enthousiastes, mais après qu’un lieu fut choisi, leur projet de fusion fut sabordé par Allen Klein, qui avait des vues beaucoup moins œcuméniques.

Tout en attendant impatiemment la sortie du nouvel album, Mick chercha d’autres moyens de scandaliser les parents de ses fans et d’ébranler l’establishment. Une évidence s’imposa : s’il voulait choquer le citoyen moyen, le petit bourgeois, le satanisme était le meilleur prétendant. Le concept rassemblait tous les ingrédients nécessaires : la violence, l’anarchie, l’hérésie, le spectacle, le sexe. Une idée de génie : Jagger ne jouerait plus l’anti-héros, il serait l’Antéchrist !

Mick cessa de lire ses auteurs préférés de la Beat Generation (Burroughs, Kerouac, Ginsberg) et se mit à dévorer des bibles telles que Le Livre des Damnés, Les Manuscrits de Sorcellerie, Le Maître et Marguerite, un roman russe où Lucifer jette son dévolu sur Moscou pour accomplir son œuvre après la révolution bolchévique. C’est ce livre qui inspira « Sympathy for the Devil ».

Son guide dans le domaine de l’occultisme fut Kenneth Anger, un ancien enfant-comédien, qui revendiqua plus tard être un magus, une sorte de Merlin satanique. Avec Tim Driberg, Anger avait été le disciple de Aleister Crowley, « la bête 666 », le père honni de la sorcellerie moderne en Grande-Bretagne.

Anger adorait jeter des sorts et des malédictions, et se trouva rapidement une disciple en la personne fragile (et très instable) d’Anita Pallenberg. Un jour qu’elle se trouvait dans la Bentley de Keith sur la route entre Fez et Marrakech, la jeune femme arriva sur les lieux d’un accident qui venait de se produire. Elle demanda au chauffeur de s’arrêter, courut vers l’une des victimes qui gisait sur le bas-côté de la route, et elle trempa son écharpe de soie dans son sang. Anger lui avait dit que le sang d’un mourant avait des pouvoirs magiques, depuis lors, elle se servait de cette écharpe pour lancer des sorts contre ses ennemis. Et elle finira par utiliser cette écharpe contre Mick.

Anger avait un pouvoir de persuasion hors du commun. Voulant essaimer sa parole par les voies du cinéma, il réalisa plusieurs films expérimentaux dont les cultissimes Fireworks et Scorpio Rising. Mais aucun n’était aussi noir et dérangeant que le chef-d’œuvre qu’il avait en tête : Lucifer Rising.

La vie s’empresse de reproduire l’art. Dans le rôle du diable, Anger choisit un rocker inconnu, Bobby Beausoleil. Après une dispute entre les deux hommes, Beausoleil claqua la porte du studio et alla commettre un meurtre sanguinaire. Il se servit du sang de sa victime pour écrire des messages sataniques sur le mur. Anger n’était pas le seul professeur de Beausoleil ; à cette époque, il était devenu proche de la joyeuse bande d’assassins de Charles Manson.

Puisque Beausoleil était dans le couloir de la mort, Anger demanda à Mick d’incarner Lucifer. Jagger réfléchit à deux fois avant de décliner poliment l’offre. Il promit toutefois d’écrire la musique du film.

Le 12 décembre 1967 (le jour même où Mick était dans la salle du tribunal pour entendre le maintien de la condamnation de Jones en appel) Their Satanic Majesties Request arrivait dans les bacs. Les critiques descendirent en flammes les Stones, les accusant d’avoir voulu copier Sergent Pepper, et même si Their Satanic Majesties Request se hissa en deuxième place des ventes américaines, la grande partie du million de disques envoyés aux États-Unis restèrent invendus. Malgré ce bon classement, et le fait que « She’s a Rainbow » (la réponse trop évidente à « Lucy in the Sky with Diamonds ») fut un tube, Mick concédera que cet album était de la « soupe ».

Pour Jagger et les Stones, 1968 s’annonçait comme l’année de tous les dangers. Non seulement ils avaient grandement déçu avec Their Satanic Majesties Request, mais ils n’avaient pas été au top des hit-parades depuis « Paint it Black », deux ans plus tôt. « Il nous fallait à tout prix un numéro un » se souvient Bill Wyman.

Et ce n’étaient pas les sujets d’inspiration qui manquaient… Dans l’époque d’après-guerre, il était difficile de trouver une année aussi riche en événements sociopolitiques majeurs que 1968. Aux États-Unis, déjà déchirés par la guerre du Viêt Nam, la succession des gros titres donnait le tournis : le président Lyndon Johnson qui jetait l’éponge pour les prochaines élections, les assassinats de Martin Luther King et de Robert F. Kennedy, les manifestions sanglantes devant la convention démocrate à Chicago, sans compter les émeutes raciales à Detroit et à Washington.

Le Viêt Nam était au centre de tous les débats. Dans les grandes villes, les opposants à la guerre du Viêt Nam s’affrontaient violemment avec la police. Quand une émeute éclata devant l’ambassade des États-Unis à Londres ce printemps, Mick décida qu’il était temps de saisir cette opportunité pour incarner la révolte de la jeunesse britannique. Sans réfléchir, Jagger partit pour l’ambassade dans sa limousine avec chauffeur et se joignit aux manifestants. À un moment, il finit même par mener la contestation contre la politique belliqueuse des États-Unis, s’arrêtant régulièrement pour signer des autographes et prendre la pose pour les photographes, avant de s’éclipser dans sa Bentley.

Le résultat de cette escapade, ce fut « Street Fighting Man » de Mick, qui durant l’été devint l’hymne des manifestants de Berkeley à Paris.

Pour la première fois, Jagger parut vouloir prendre part à la vie de la cité. Pour un homme ayant une sensibilité d’anarchiste, demanda-t-il à Driberg, où serait-il à sa place ? Le futur Lord Bradwell tenta de convaincre Mick que « le vieil ordre avait fait long feu, et que le parti travailliste était le seul endroit où un jeune homme en soif de changement devait se trouver » et le chanteur était tout ouïe.

Il devint évident que Mick pensait à des changements plus radicaux encore. « Les trotskistes ont peut-être raison, concéda Driberg. La révolution est peut-être en marche. » Certain que Jagger attirerait à lui la foule des jeunes électeurs et réveillerait son parti de la léthargie, Driberg fut pris d’exaltation, comme il le reconnaîtra plus tard : « Quand on est en compagnie de Mick, comment ne pas croire en la révolution ? »

Mais ce fut Bill Wyman qui donna le véritable coup de pouce à la carrière stagnante des Stones. Quand Mick et Keith arrivèrent au studio et entendirent Brian et Charlie Watts travailler sur un riff au piano que venait de composer Wyman, ils restèrent figés de stupeur. Il fallut moins d’une heure à Jagger pour écrire les paroles de la chanson qui allait s’appeler « Jumpin’ Jack Flash ». Grâce à la prestation de Mick au micro, qui était pour un cinquième le Jack Nimble de la comptine qui saute au-dessus des bougies et pour les quatre cinquièmes restants, le suppôt de Satan, le titre s’installa immédiatement au top des ventes.

Cet été, malgré l’insistance d’Allen Klein qui voulait se débarrasser de Brian Jones une fois pour toutes, Mick et Keith firent une dernière tentative pour ramener Jones dans le droit chemin. La tâche s’annonçait ardue. Une fois encore poursuivi en justice pour détention de drogue, Jones, qui était convaincu que Mick tentait de le manipuler pour l’exclure du groupe qu’il avait créé, se montrait de plus en plus asocial et agressif. Par nécessité, les autres Stones ne comptaient plus sur lui pour les séances d’enregistrement. Et quand Jones était suffisamment clean pour jouer, ils le mettaient au dulcimer ou à la cithare dans une cabine isolée.

Tandis que Jones attendait son nouveau procès, Jagger et Richards l’invitèrent à Redlands pour le week-end. Mais au lieu de faire la paix, Brian et Mick se disputèrent. Après avoir accusé Jagger de vouloir le remplacer par Eric Clapton, le jeune homme hurla qu’il allait se tuer et sauta dans les douves pour disparaître immédiatement sous la surface noire. Mick plongea pour le repêcher et découvrit que Jones était simplement agenouillé dans un mètre d’eau. « J’espère que tu iras en prison, cria Mick furieux, et pour un bon bout de temps ! »

Si Brian Jones allait en prison, les Stones seraient obligés d’annuler la tournée de promotion pour leur nouvel album Beggars Banquet, à moins qu’ils ne se décident enfin à se passer définitivement de ses services. Mick, qui n’était pas encore prêt à couper le cordon, espérait que Brian échapperait une fois de plus à la prison. Encore fallait-il qu’il se tienne tranquille après…

Pour éviter les scandales et la presse, il fut décidé que Brian passerait le reste de l’été à Redlands avec sa nouvelle petite amie, Suki Poitier, un mannequin blond. (Suki avait réchappé à l’accident où avait péri Tara Browne, l’héritier des Guinness, mais plusieurs années plus tard elle se tuera dans un autre accident de voiture.)

Mais au bout d’une semaine, Mick fut de retour à Redlands – cette fois parce que Marianne avait eu la prémonition que Jones était en grand danger. Il avait le soleil et la lune en poisson, le signe d’eau. Tout était dans le Yi King : mort par noyade ! Sitôt que Jagger arriva à la propriété, les deux hommes se disputèrent à nouveau. Cette fois, Brian tenta de planter un couteau de cuisine dans la poitrine de Mick – un coup esquivé in extremis. Voyant Jagger indemne, il réitéra son souhait de mourir et alla plonger de nouveau dans les douves. Jagger alla encore le sauver – à trois reprises. Après le dernier plongeon, Mick ramena Brian dans sa chambre, totalement ivre et en larmes.

La paranoïa de Brian était inquiétante, certes, mais Mick était mal placé pour lui reprocher d’être toxicomane. Craignant des descentes de police à la moindre occasion, Mick et Keith décidèrent d’ouvrir leur propre club – un endroit où ils pourraient, dans une certaine mesure, être tranquilles et maîtres chez eux.

Le Vesuvio ouvrit ses portes en juillet 1968 pour la grande soirée d’anniversaire des vingt-cinq ans de Mick. John et Yoko, Paul McCartney et tout le gratin de la haute société londonienne étaient de la fête. Le fournisseur de Richards, Tony Sanchez, étant copropriétaire, le Vesuvio proposait des punchs à la pervitine et des joints à volonté à toutes les tables. Mick et Marianne se rendirent dans un salon privé pour partager le grand cadeau qu’avait reçu le chanteur : une pipe emplie d’opium pur de Thaïlande.

La grande surprise de l’été, ce fut la grossesse de Marianne. Avec son régime alimentaire composé presque exclusivement de drogues et d’alcool, Marianne prenait toutes sortes de pilules tous les jours, mais oubliait souvent la contraceptive.

Peu importe. Mick était ravi. À l’époque l’échographie permettant de connaître le sexe du bébé n’existait pas encore, mais les deux jeunes parents étaient certains d’avoir une fille. Ils choisirent donc un prénom : Carena.

Marianne Faithfull était encore mariée à John Dunbar. Même si Dunbar était tout prêt à accepter le divorce, le Moi de Marianne était bien trop fragile pour prendre le risque de s’appeler Mme Mick Jagger. Elle n’avait donc nullement l’intention d’épouser Jagger dans le seul but de rendre leur enfant légitime. Mick, de son côté, trouvait le mariage ringard. Certes, il reconnaissait qu’il pourrait accepter d’épouser une femme si c’était vraiment important pour elle… « mais Marianne n’a pas besoin de ce genre de reconnaissance », s’empressait-il d’ajouter.

Mick n’était pas seulement sous le charme de sa beauté faussement virginale et de son port altier, il était aussi admiratif de ses talents d’actrice. Elle avait déjà joué au théâtre et eu deux petits rôles dans des films ; elle disait désormais à Mick qu’il était temps qu’il se lance dans une carrière d’acteur.

Les possibilités ne manquaient pas. Il avait déjà décliné des dizaines de scenarii. Selon Dunbar : « Il ne voulait pas prendre de risques… Affronter le public de cette manière le terrifiait. C’est là où Marianne est intervenue. Elle n’a cessé de flatter son ego, et est parvenue à lui donner la confiance nécessaire, au moins pour un coup d’essai. »

Malheureusement, Mick, avec sa nature suspicieuse, ne pouvait accepter un rôle dans un scénario écrit par quelqu’un qui ne faisait pas partie de son entourage – que ce fût ou non un grand nom du cinéma. Donc, quand son ami Donald Cammell, un héritier des chantiers navals Cammel, peintre à ses heures, lui proposa le rôle titre dans un film appelé Vanilla, Mick sauta sur l’occasion.

Le plus, c’est que ce film, narrant l’histoire d’un gangster sadique qui commence à douter de sa propre sexualité après avoir rencontré une star du rock sur le retour, avait été écrit spécialement pour Mick. Avec Jagger au casting et Nicolas Roeg, un directeur de la photographie renommé à la coréalisation, Cammell n’eut aucun mal à vendre le projet à la Warner.

Marlon Brando avait été un temps tenté d’interpréter le malfrat, mais quand il avait finalement décliné l’offre, l’acteur britannique James Fox, pur produit de la prestigieuse Harrow School, fut embauché. Fox et Jagger se connaissaient bien. « Ils avaient eu plus ou moins une histoire, disait leur ami commun Cammell, mais c’étaient tous les deux des homos non assumés. »

Tandis que Fox s’immergeait totalement dans son rôle de gangster, on demanda à Mick d’emmener le plus loin possible Turner, son personnage bisexuel reclus. Cela signifiait collants, chemisiers à frou-frou et grands caftans. Mis à part le rouge à lèvre carmin de Joan Crawford, et le fard à paupières omniprésents, on attendait finalement que Mick joue son propre rôle.

Marianne n’était pas d’accord. Elle conseilla à Jagger de composer « un Brian drogué, pauvre, androgyne et terrifié », saupoudré de manières de mauvais garçon à la Keith Richards. Quand Mick apparut à l’écran vêtu d’un body noir décoré d’une énorme ceinture d’argent, Fox l’accueillit par cette réplique prémonitoire : « Tu auras l’air ridicule accoutré comme ça à cinquante ans. »

Marianne ne put finalement participer au film car les médecins, craignant des complications dans sa grossesse, lui déconseillèrent de jouer. Ce rôle – celui de la secrétaire nymphomane de Mick – revint ainsi à Anita Pallenberg, la petite amie de Keith Richards, qui, elle aussi, attendait un enfant. Elle s’était fait avorter et le lendemain, elle se présentait fraîche et dispose devant les caméras.

Keith ne se mêla pas du rôle d’Anita dans le film – même après qu’il eut appris qu’il y avait dans le scénario une scène d’amour à trois entre Mick, Anita et une jeune actrice de dix-huit ans, aux airs de garçonne, nommée Michèle Breton, dite « Mouche ». Mais tout changea quand il découvrit que les relations sexuelles qu’avaient Mick et Anita devant l’objectif n’avaient rien d’un simulacre, un fait que la jeune femme ne tenta pas de dissimuler. En revanche, elle lui cacha qu’elle couchait avec Cammell. Richards le détestait – « un Svengali, un prédateur, un manipulateur de femmes, écrira plus tard Keith. Un vrai fouteur de merde ! ».

Fou de jalousie, Keith se garait devant le plateau tous les jours et attendait que sorte sa dulcinée, fulminant de rage dans sa Bentley bleue. Il craignait que le film ne soit finalement qu’un « porno de troisième zone ». Et il n’était pas si loin de la vérité, puisque la version intégrale de Vanilla fut sélectionnée au festival du film pornographique d’Amsterdam et remporta le premier prix.

Anita Pallenberg usa de la situation scabreuse du tournage pour taquiner Keith, en prétendant que coucher avec Mick était son but inavoué depuis le début, et qu’elle avait été au lit avec Keith et Brian uniquement pour se rapprocher de Jagger. Si la jeune femme avait voulu creuser un fossé entre les deux hommes, elle ne s’y serait pas mieux prise. Pour la première fois – mais non la dernière – le partenariat entre Jagger et Richards se trouva en grand danger.

« Un psychodrame permanent », c’est ainsi que Sandy Lieberson (l’agent des Stones à l’époque) décrivit l’ambiance qui régnait sur le tournage. « Tous les acteurs étaient extrêmement nerveux. Les querelles, les disputes, les crises de nerfs se succédaient. Mick, en particulier, était particulièrement tendu et colérique. J’avais l’impression qu’il avait besoin de tout exagérer pour se sentir exister. »

Avec ses obscénités, ses scènes de drogues et de violence qui lui valurent d’être classé X, Vanilla allait choquer son public. Il dérouta également les dirigeants de la Warner qui, pour des raisons obscures, avaient cru produire un film musical et léger dans la lignée de Quatre garçons dans le vent et de Help avec les Beatles. Lors d’une projection privée, une femme dans la salle, après une scène de sexe trop crue, vomit sur les chaussures d’un dirigeant du studio.

Après deux ans d’une bataille juridique, le film sortit enfin en 1970. Les critiques furent mitigées. Toutefois, les chroniqueurs furent fascinés par la prestation de Mick, en particulier Roger Greenspun, du New York Times. Selon lui, Jagger excellait grâce à « son sadisme, son masochisme, sa décadence esthétique, et sa pansexualité langoureuse ».

Roeg, cependant, expliquait que le film avait été très destructeur. Ébranlé par le psychodrame qui régnait sur le plateau, et plus encore par « la guerre psychologique » que menait Mick, Fox cessa définitivement de jouer et passa les vingt années suivantes au sein d’une secte chrétienne, baptisée les Navigators, à répandre l’évangile. Cammell réalisera trois films mineurs avant de se suicider d’une balle dans la tête (un geste qu’il filmera pendant que son épouse se trouvait dans la pièce à côté).

Quant aux Stones, la trahison de Mick avec Anita Pallenberg « a été la cause essentielle du schisme entre moi et Mick, raconte Keith. C’est une blessure qui ne se refermera jamais ». (Certes, on apprendra qu’avant que Marianne ne soit enceinte, Keith avait aussi eu une liaison avec elle. Une nuit, il avait dû se sauver par la fenêtre quand Mick était revenu plus tôt que prévu à Cheyne Walk ; et dans sa précipitation, il avait oublié ses chaussettes. « Je cherche encore tes chaussettes ! » restera une private joke que fera Marianne à Keith durant les quarante prochaines années.)