Mick
2- « La déesse sur le pas de la porte ».
Voluptueux mannequin de plus de quatre-vingts kilos, Sophie était devenue célèbre en faisant des clichés sulfureux pour le parfum Opium. Lors de sa rencontre avec Mick, la jeune femme d’un mètre quatre-vingts avait perdu vingt-deux kilos et entrait dans un petit 38.
Bientôt Mick roucoulait des chansons d’amour à Sophie au téléphone et l’emmenait dans des restaurants et des boîtes de nuit insolites. « Mick et Sophie passaient leur temps à glousser sur la banquette arrière, se rappelle le chauffeur, Keith Badgery. Un soir, comme il était vautré sur Sophie, je suis sorti de la voiture pour leur laisser un peu d’intimité, et la voiture s’est mise à tanguer. » Quand Sophie est enfin rentrée chez elle et que Badgery a repris sa place derrière le volant, Mick s’est léché les babines et a déclaré : « C’était Sophie. »
Le fait que Sophie ait trente-quatre ans de moins que lui – six de moins que Jade – ne dérangeait ni Mick ni ses enfants. On ne pouvait pas en dire autant de la grand-mère américaine de Sophie. Patricia Neal, qui avait reçu un Oscar pour avoir donné la réplique à Paul Newman dans Le Plus Sauvage d’entre tous, n’avait rien d’une oie blanche. Sa liaison scandaleuse avec l’acteur dûment marié Gary Cooper faisait partie de la légende d’Hollywood. Mais elle détestait Jagger et pressait sa petite-fille de ne pas s’approcher de lui. « Si Sophie sort avec ce salaud, déclara abruptement l’actrice, c’est qu’elle est complètement folle. Une fille si adorable ! Je lui ai dit qu’il lui briserait le cœur. Je ne peux vraiment pas supporter ce type. »
Logiquement, le petit ami de longue date de Sophie, Griffin Dunne, n’accueillit guère mieux la nouvelle. Quand l’acteur et réalisateur américain découvrit que Mick et Sophie avaient batifolé dans une suite à deux mille dollars la nuit au Lanesborough Hotel de Londres, il la laissa tomber.
Après sept mois, en août 2001, Dahl quitta Jagger, non sans lui inspirer le titre de son nouvel album solo. Pour cet homme qui aurait pu être son
père, Sophie était la 2 Goddess in the Doorway.
Mick ne perdit pas de temps à la remplacer par une femme encore plus jeune – dix-sept ans seulement : Caroline Winberg, un mannequin suédois rencontré dans les coulisses d’un défilé de mode à Paris. Ils échangèrent leurs numéros et pendant plusieurs jours, Jagger bombarda Winberg d’appels. Un fait qu’il nia par la suite, prétendant que c’était en fait elle qui l’avait appelé pour le supplier de lui envoyer des billets de concert.
Pas du tout, répondit Caroline, qui affirmait ne l’avoir contacté qu’une seule fois et en aucun cas pour lui demander des billets. « C’est lui qui m’a appelée le premier. Je l’ai trouvé charmant et nous avons discuté… Souvent il m’appelait pour me dire qu’il voulait me voir. Je lui disais non. Il voulait que je parte avec lui en tournée. J’appréciais Mick, mais il ne serait jamais mon petit ami. Il a l’âge de mon grand-père ! »
« Il va avoir soixante ans, renchérit sa mère âgée de quarante ans, Camilla, et quand un homme de cet âge court après une fille de dix-sept ans, on sait parfaitement ce qu’il veut. Il va trop loin, c’est plutôt effrayant. Caroline ne veut plus qu’il l’ennuie. »
La dernière chose que souhaitait le chanteur, c’était qu’on lui rappelle que dans deux ans, il en aurait soixante. Pourtant, c’est exactement ce qui se produisit quand Saga, le magazine britannique phare des seniors, le mit en couverture de son numéro de septembre. À l’intérieur du magazine, Mick parlait de ses différents projets – de sa musique à la production d’Enigma – au beau milieu d’une flopée de publicités pour des villages de retraite et des lits orthopédiques.
Alors que Twiggy, Goldie Hawn et Sting figuraient parmi les heureux cinquantenaires à faire la couverture de Saga et à détailler leurs projets au million de lecteurs du magazine, Jagger était tourné en ridicule par la presse. « Sittin’ Jack Flash », le surnommait le Daily Mail, tandis que le magazine britannique Vogue le qualifiait de « Pin-up à la retraite ».
Mick fit une déclaration publique stipulant qu’il était « très déçu » par l’article de Saga, mais en privé, il était carrément furieux. « C’est stupide d’agir comme si on avait dix-sept ans, d’accord, mais ça ne veut pas dire qu’on est obligé d’être un vieux con assis dans un pub à regretter les années 60. »
Mick pansait son ego à La Fourchette quand un membre du personnel s’engouffra dans son bureau et lui dit d’allumer la télévision. Quelques instants plus tôt, un avion de ligne s’était encastré dans l’une des tours jumelles du World Trade Center de New York. Comme des millions de gens à travers le monde, Mick regarda, bouche bée, le deuxième avion s’écraser contre la seconde tour.