Mick
2- « Dame ingrate tu me connais/ T
Mick n’aimait plus Marianne – l’un et l’autre le savaient. La reconquérir, comme elle le disait, « c’était juste pour effacer son humiliation publique et préserver son ego ». Marianne avait l’impression d’être « un insecte ou un papillon épinglé sur un tableau. Il m’a clouée au mur et maintenant il me regarde battre des ailes ».
Marianne ignorait que Mick, pour que sa victoire soit complète, s’apprêtait à demander à Marsha Hunt de lui faire un enfant. « Miss Fuzzy » accepta, et sept semaines plus tard, elle lui annonça que l’accouchement serait pour novembre. Jagger exultait de joie. « Ne le dis à personne, demanda-t-il à la jeune femme. Laissons la presse en dehors de ça pour le moment. »
Mick, pour autant, n’était pas prêt à laisser partir Marianne. Après une nouvelle scène de ménage où elle le menaça une fois encore de le quitter, Mick la fit asseoir et lui chanta la chanson qu’il venait d’écrire pour elle, « Wild Horses » : « Graceless lady you know who I am/ You know I
can’t let you slide through my hand . » 2
Émue et sans voix, Marianne se jeta dans les bras de Mick et éclata en sanglots. « Oh Mick, quelle merveilleuse chanson. Tu l’as écrite pour moi ? Je t’aime ! »
Elle ne se faisait, pour autant, aucune illusion. Elle savait qu’il voyait Marsha chez elle, à St. John’s Wood, et que plusieurs fois par semaine, Mick se rendait à Stargroves pour des rendez-vous galants avec d’autres jeunes femmes. Il utilisait même l’ancien appartement des Stones à Edith Grove pour des coucheries occasionnelles. C’est là, se souvient Pamela Des Barres, que Mick « m’a balancée sur le matelas et a fait de moi une vraie catin… c’était fantastique ! ». Pamela reprit donc ses relations avec Jagger bien qu’elle eût un petit copain de son côté. Quand quelqu’un soudain frappait à la porte, Jagger se sauvait en toute hâte. « Un, deux, trois, et Mick n’était plus là ! » raillait Pamela.
Marianne devait aussi surveiller ses arrières. Au fil des ans, Mick Jagger et Mick Taylor étaient devenus très proches. Un matin, Marianne et leur dealer Spanish Tony découvrirent au 48 Cheyne Walk les deux Mick au lit « dormant comme des bébés ».
Marianne Faithfull finit par quitter Jagger, emménagea chez sa mère, et eut une liaison avec Lord Rossmore, un pair irlandais de seize ans son aîné. Ne pouvant accepter d’être remplacé par qui que ce soit, Mick Jagger lança une nouvelle campagne de reconquête. « Le seul moyen que cela cesse, disait Marianne, c’était de mourir, lui ou moi. »
Ou prendre vingt-cinq kilos. « Mick est très fier de son corps, raconte Marianne, et de la beauté des femmes avec qui il s’affiche. » Dès qu’elle ressembla à une matrone romaine, la jeune femme sut qu’elle avait gagné. « Et cela a été la fin. Il n’est jamais revenu me chercher. » Entre autres remords, elle se reprochait ces cinq années de relations avec Mick qui lui avaient « détruit l’âme » disait-elle, et qui l’empêchaient depuis d’avoir un orgasme. De son côté, Jagger déclarait : « Marianne a failli avoir ma peau. »
Ned Kelly aussi… Le film, sorti avant Vanilla, et par suite le « premier film » de Mick fut une déroute commerciale et critique. « Jagger est trop bizarre dans son rôle de composition du bandit australien au grand cœur, écrivit un journaliste. Il paraît trop vulnérable, et trop décalé pour représenter une quelconque menace pour qui que ce soit. »
Jagger jugea plus prudent de ne pas assister à la première à Londres, préférant rendre visite aux femmes de son harem. Parmi les heureuses élues, il y avait Janice Kenner, une blonde à la beauté saisissante, originaire de L.A., embauchée officiellement comme femme de ménage, cuisinière et « assistante », et aussi la New-Yorkaise Patti d’Arbanville, un top model de dix-neuf ans, et encore Catherine James, aux jambes qui n’en finissaient pas, et l’ex-copine de Brian Jones, Suki Poitier.
Même ces femmes connaissaient des limites à la politique de partage. Quand l’une surprit Catherine James au lit avec Jagger à Stargroves, Mick proposa en toute simplicité un ménage à trois. Catherine quitta la pièce, furieuse. Après avoir honoré rapidement l’intruse, Jagger passa le reste de la soirée à tenter de dissuader Catherine James de reprendre un avion pour les États-Unis. Encore une fois, il se montra persuasif mais tous ces efforts furent vains ; quelques temps plus tard, Catherine décida qu’elle n’était pas le genre de femme pour Jagger. « À la fin, j’aurais pu le tuer dans son sommeil. Je suis de nature très jalouse. »
Parfois, l’objet sexuel c’était Mick. Pendant près d’un an, le fondateur de Atlantic Records Ahmet Ertegün harcela Jagger dans l’espoir de faire tomber les Stones dans son escarcelle. Mick n’aurait pas rêvé soupirant de meilleures origines musicales. Fils du premier ambassadeur de la République Turque aux États-Unis, Ertegün (un homme chauve, portant des lunettes et un bouc) avait créé les disques Atlantic en 1948 et eut rapidement dans son écurie des légendes du R&B telles que Ruth Brown, les Coasters, les Drifters, Ray Charles et Wilson Pickett. En vendant Atlantic à la Warner en 1967, Ertegün avait agrandi son panel d’artistes, incluant des gens aussi différents que Aretha Franklin, Led Zeppelin, Bette Midler, Crosby, Stills, Nash and Young, Ben E. King, Otis Redding, Percy Sledge et les Rascals.
Plus que la richesse du catalogue Atlantic, c’est le statut social d’Ertegün qui séduisait Mick, toujours avide de reconnaissance. Avec sa femme, la très élégante Mica, fondatrice d’un cabinet de décoration intérieure avec Chessy Rainer, l’héritière des Chesebrough-Pond, Ahmet était déjà une figure éminente de la haute société de Manhattan lorsqu’il faisait les yeux doux à Jagger.
Comme Keith et Anita ne quittaient plus leurs paradis artificiels, ce fut Mick qui se chargea de libérer les Stones du joug d’Allen Klein. « Jagger devait récupérer les commandes, explique Victor Bockris. Et il était le seul à pouvoir prendre des décisions. »
Avec le soutien du Prince Loewestein, Jagger demanda à ses avocats de poursuivre Klein pour vingt-neuf millions de dollars, l’accusant essentiellement de détournement de fonds. Klein détenait les copyrights, les droits de diffusion et les enregistrements originaux de tous les morceaux des Stones écrits jusqu’en 1970. Même après sa mort en 2009, ses héritiers en auront toujours la propriété.
En attendant, Loewestein convainquit Jagger d’accepter deux millions en dédommagement pour se séparer de Klein. Suivant les termes du contrat, les Stones devaient un dernier album à Decca.
Jagger était agacé par l’attitude de la maison de disques qui tentait de censurer les morceaux et les couvertures des albums, et il détestait les manières hautaines du président de Decca, sir Edward Lewis. En cadeau d’adieu, Jagger débarqua dans le bureau de Lewis avec une nouvelle chanson appelée « Cocksucker Blues ». Jagger eut juste le temps de chantonner les deux premiers vers – « Where do I get my cock sucked ?/