Retour aux sources: La Famille Sullivan, New York, tome 3, Un été au lac (French Edition)

Chapitre Six

 

Calvin ne parvenait pas à arrêter de penser à Sarah, aux choses qu’il lui avait dites à la taverne.

En tant que maire, il lui arrivait souvent de ne pas être d’accord avec ses amis et ses voisins, mais il ne perdait jamais son sang-froid. Jamais. Dans ce cas, pourquoi avait-il presque explosé quand Sarah lui avait montré ces plans d’appartements ?

Ce n’était pas elle qui avait rendu la conversation personnelle ; elle avait été absolument professionnelle. C’était lui qui avait transformé la conversation sur les appartements en une discussion sur leur passé raté.

Et sur le fait qu’il n’avait plus confiance en elle.

Il ne pouvait savoir que Sarah aurait encore le pouvoir de mettre son monde sens dessus dessous comme elle l’avait fait. Il aurait dû savoir que le choc de la voir, de lui parler, de la toucher, serait dur, mais comme un abruti qui enfouissait sa tête dans le sable, il ne s’y était pas attendu.

* * *

Dix ans plus tôt…

— Sarah, il est mort.

— Calvin ? C’est toi ?

Il était assis par terre à l’extérieur de sa caravane. Il avait enroulé Jordan dans une couverture et avait coincé le téléphone contre son oreille. Il entendait les sons provenant de la chambre d’étudiante de Sarah à Cornell, de la musique et des rires, si différents du silence presque complet qui entourait sa caravane près du lac, un silence qui n’était brisé que de temps en temps par une grenouille… et par les gémissements de sa petite sœur.

— Attends une seconde, dit Sarah. Je n’entends rien. Le volume de la chaîne hi-fi de ma colocataire est trop fort. Je vais sortir dans le couloir.

Il pouvait l’entendre dépasser des gens qui disaient son nom pour la saluer. Sa vie universitaire était un monde complètement différent dont il ignorait tout.

— Voilà, c’est silencieux. Enfin. C’est mieux. Je suis tellement heureuse que tu m’appelles, Calvin. J’étais en train de penser à toi. Tu me manques. Est-ce qu’on peut reprendre cet appel depuis le début ?

— Il s’est suicidé, Sarah. Il s’est mis une balle dans le cerveau.

— Attends, de quoi est-ce que tu parles ?

Il savait que ce qu’il disait n’avait pas de sens, mais il était difficile de faire autrement après ce qu’il avait vu.

Après la manière dont sa vie venait d’imploser.

— Mon père. Il s’est tiré dessus.

— Oh… oh, non.

Tout ce qu’il souhaitait, c’était qu’elle soit là avec lui, qu’elle enroule ses bras autour de lui, qu’elle lui dise que tout irait bien, la voir et savoir qu’ils trouveraient une solution ensemble.

— Je suis allé faire les courses et acheter des couches et quand je suis revenu, il était par terre et son cerveau…

Il vomit presque à nouveau, ravalant à peine la bile.

— Jordan était dans son berceau. Elle pleurait. Sa couche était sale.

Elle l’était encore. Il devait retourner à l’intérieur et prendre les couches qu’il avait achetées pour la changer. Il ne pouvait pas retourner à l’intérieur.

— Est-ce que tu as appelé la police ?

— Non.

Il avait eu besoin de l’appeler d’abord. Il avait besoin de savoir qu’il restait encore une personne qui l’aimait, qu’il y avait encore quelqu’un qui tenait à lui, qui ne l’abandonnerait pas quand les choses devenaient trop dures.

— Je vais raccrocher maintenant, Calvin, pour que tu puisses appeler les urgences et leur dire ce qu’il s’est passé.

— J’ai besoin de toi, Sarah.

— Je sais. C’est pour ça que j’arrive tout de suite. Immédiatement.

Il entendit un sanglot dans sa voix avant qu’elle ne dise :

— Je t’aime. Sois fort et attends-moi. J’arrive bientôt.

Elle raccrocha et il appela les urgences. Les secouristes et la police les aideraient, sa sœur et lui. Ses voisins les aideraient.

Mais Sarah était la raison pour laquelle il s’en sortirait.

Tant qu’elle serait à ses côtés, il irait bien.

* * *

Aujourd’hui…

Calvin se réveilla de son rêve, les couvertures écartées, et lui tout transpirant, son cœur battant si fort qu’il traversa presque sa poitrine.

Il dut s’obliger à regarder autour de lui dans la chambre pour voir la maison qu’il avait construite au bord du lac quatre ans auparavant. Il n’était plus cet enfant dont la vie avait changé en un instant. Il n’était plus l’enfant qui attendait par terre à l’extérieur que quelqu’un vienne le sauver.

Néanmoins, il ne pouvait pas cesser de penser aux premières heures après qu’il avait découvert son père sur le sol de la caravane. Juste après avoir raccroché, Sarah avait appelé sa famille et Denise était venue pour les emmener, Jordan et lui, afin qu’ils vivent dans le cottage situé derrière leur maison principale. Quand Sarah était revenue au lac, la caravane avait été fermée par le chef de police pendant qu’ils enquêtaient pour savoir s’il y avait eu un acte criminel.

Sarah avait couru vers lui, l’avait serré dans ses bras et l’avait bercé. Calvin avait vu à quel point elle voulait l’aider, mais personne ne pouvait plus rien faire pour lui. Curieusement, la voir avait empiré les choses. Cela lui rappelait toutes les choses qu’il ne pouvait plus avoir.

À partir du moment où il avait trouvé son père par terre, tout avait changé. Sa sœur était devenue sa priorité et les rêves qu’il avait eus pour lui-même, des rêves qui incluaient Sarah, devraient être mis de côté.

Il ne se souvenait pas de s’être endormi sur le canapé entre le moment où il avait été interrogé par la police et le moment où il avait presque été nourri de force par la mère de Sarah. Il se souvenait juste de s’être réveillé en entendant sa sœur pleurer et avoir vu Sarah changer calmement la couche de Jordan, quand bien même elle ne s’était jamais beaucoup occupée de bébés. Cela avait été une tâche difficile, mais elle avait été sereine et méthodique.

Calvin avait su qu’il ne pourrait faire rien de tout cela sans elle.

Il s’était ordonné encore et encore de ne pas lui demander de rester. Ce n’avait pas été sa vie qui avait explosé. Ce n’avait pas été de sa pagaille qu’il avait fallu se charger. Cela avait été plus le désespoir que le courage qui l’avait poussé à demander. À supplier.

— Reste avec moi, Sarah.

Elle l’avait regardé avec un tel choc, comme si elle ne s’était pas du tout attendue à ce qu’il lui avait demandé, qu’il avait su qu’il ne devrait rien ajouter. Il aurait dû lui dire d’oublier ça, qu’il n’était pas sérieux, que c’était la fatigue et le chagrin d’avoir perdu son père qui l’avait poussé à dire des folies.

Au contraire, il avait décidé qu’il s’agissait d’un test. Un test pour voir si elle l’aimait vraiment.

— Reporte l’université à l’année prochaine. Aide-moi avec Jordan. Aide-moi à reprendre l’équilibre. Je ne sais pas si je peux le faire sans toi.

Elle l’avait fixé du regard, puis elle avait observé les quatre murs du cottage comme si elle pouvait trouver une porte de sortie.

— Bien sûr que si.

Elle n’avait pas eu besoin d’ajouter quoi que ce soit. Ces six mots lui avaient permis de tout voir très clairement. Mais il avait quand même insisté. Il avait quand même espéré.

— J’ai besoin de toi.

Il avait observé le soin, l’amour avec lesquels elle avait prudemment posé sa sœur propre et sèche dans le berceau dont quelqu’un lui avait fait don, l’avait couverte et l’avait embrassée sur la joue. Jordan avait agité un bras en l’air et Sarah l’avait attrapé, s’y agrippant en adressant un sourire à la petite fille. L’espoir avait monté dans la poitrine de Calvin une dernière fois en voyant la douce interaction entre les deux personnes qu’il aimait le plus au monde. Mais ensuite, elle s’était retournée vers lui et il avait lu la vérité sur son visage.

Elle n’allait pas rester.

— Bien sûr que je veux t’aider. Je vais rentrer à la maison et te rendre visite quand je pourrai, le week-end et pendant les vacances, pour t’aider à traverser tout ça.

— Je pensais que tu m’aimais.

— Je t’aime, Calvin. Mais tu sais que je ne peux pas rester ici. Je ne peux pas vivre à Summer Lake. Si je reporte l’université à l’année prochaine, je prendrai tellement de retard que je ne pourrai jamais le rattraper. Tu sais que j’ai attendu toute ma vie de pouvoir partir et devenir quelqu’un. S’il te plaît, ne me demande pas de tout abandonner maintenant.

La réalité l’avait frappé à ce moment-là comme des poings le frappant sur tout le corps et une rage profonde avait pris le contrôle de lui, si rapide et forte qu’il n’avait pas pu s’empêcher d’y céder.

— Va-t’en !

Il avait crié ces mots si fort qu’il avait réveillé sa sœur en sursaut et elle avait commencé à gémir dans son berceau. Mais cela ne l’avait pas arrêté.

— Tu ferais mieux de te dépêcher de retourner à l’école ou tu pourrais rater un examen important.

Elle s’était approchée de lui, les bras tendus.

— S’il te plaît, ne réagis pas comme ça. S’il te plaît, ne me repousse pas. Je peux quand même être là pour toi. Je viendrai le week-end et nous pourrons parler au téléphone quand tu voudras.

Mais il s’était dirigé vers la porte et l’avait ouverte d’un coup.

— Je dois me concentrer sur Jordan. Pas sur une relation à distance.

— Alors, c’est tout ? Tu romps avec moi ?

— C’est toi qui t’en vas.

Et quelques secondes plus tard, elle était partie, retournant à une vie qui n’avait rien à voir avec lui.

La scène s’était rejouée dans sa tête toute la matinée pendant qu’il se douchait, qu’il préparait le petit-déjeuner et qu’il montait dans son pick-up pour aller à la réunion qui avait lieu dans une ville à une demi-heure de là.

Betsy avait emmené Jordan et Kayla à l’école ce matin-là après leur soirée pyjama. Calvin n’avait pas de raison de passer devant l’école. Mais il resta assis devant le bâtiment et laissa son esprit lui jouer des tours quand même.

Sarah et lui étaient allés à cette école ensemble. Il avait tiré sur ses couettes et elle l’avait fait tomber des jeux. Ils avaient été trop jeunes pour admettre leurs véritables sentiments avant leurs seize ans.

La revoir était un grand événement. Un énorme événement. Tous ses anciens sentiments étaient plus proches de la surface qu’il ne le voulait. Pas juste sa colère latente, pas juste le fait qu’il la désirait plus qu’il n’avait jamais désiré quelqu’un d’autre… Mais aussi le fait qu’il sentait encore une forte connexion émotionnelle avec elle, même après tout ce temps.

Il avait baissé sa garde au bar pendant une fraction de seconde, il s’était laissé oublier tout, sauf son doux sourire et son beau rire. Il avait même laissé monter l’espoir secret auquel il s’était accroché selon lequel ils se reverraient un jour et que tout fonctionnerait.

Boum ! C’était à ce moment-là qu’elle l’avait abordé avec les plans des appartements. Il s’était senti tellement brûlé, écrasé, bête de s’être laissé commencer à retomber amoureux alors qu’il savait qu’il ne devrait pas le faire. Et de nouveau, il s’en était pris à elle. Il avait dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. Des choses qu’il ne pensait pas.

Elle avait voulu tirer tout cela au clair la veille et il se rendait compte qu’elle avait eu raison. Il était évident qu’ils devaient dire ce qui devait être dit, laisser le passé dans le passé, là où était sa place. Quand ce serait fait, ils pourraient avoir une conversation rationnelle à propos des appartements. La conversation rationnelle qu’ils auraient dû avoir la veille.

Il lui devait d’abord des excuses.

* * *

Sarah se réveilla au-dessus des couvertures, son ordinateur portable sur son ventre.

Les rayons du soleil éclairaient son oreiller et elle n’avait pas d’autre choix que de se traîner jusqu’à la douche. Elle se tint sous le jet chaud, mais aucun de ses muscles ne se détendit. Elle avait été une boule de nerfs depuis le moment où elle avait vu Calvin la veille. Plus tôt que ça, en réalité. Elle avait été une véritable boule de laine emmêlée dès l’instant où elle avait dit au groupe Klein que les appartements devraient être construits à Summer Lake.

Sarah devait se concentrer sur le travail. Après avoir travaillé la veille au magasin, elle avait à faire une tonne de son propre travail. En particulier, pensa-t-elle en fronçant les sourcils tandis qu’elle se séchait avec une serviette, étant donné les grandes objections de Calvin envers son projet.

Elle était en train de prendre un jean et un T-shirt à longues, sauf que s’habiller simplement au milieu d’une journée de travail était exactement ce qu’elle ne devrait pas faire. Elle n’était pas en vacances, elle était en voyage d’affaires. Elle choisit une robe bleu marine dans son sac. Quand elle eut appliqué un peu de maquillage, mis des boucles d’oreilles et des hauts talons, elle se sentit un peu mieux, avec son armure.

À l’étage inférieur, la cuisine était silencieuse et elle supposa que sa mère était déjà à la boutique. Comme toujours, Sarah fut attirée par le fauteuil en cuir à côté de la cheminée, là où son père lui lisait toujours ses tas de journaux. Elle passa une main sur le haut dossier, se souvenant de la manière dont elle se roulait en boule sur le fauteuil avec une couverture et qu’elle s’endormait quand elle était petite et qu’il partait pendant des semaines à Washington, parce que cela lui donnait l’impression d’être dans ses bras. Quand il était là, elle passait des heures assise à côté de son fauteuil pendant qu’il était au téléphone, souhaitant être avec lui, mais sachant qu’elle devait être silencieuse et ne pas le déranger pendant son travail.

Mal aux prises avec ce souvenir, elle se dirigea vers la véranda, devant la maison. Lorsqu’elle ouvrit la porte, le crissement aigu qui résonna dans le couloir lui fit réaliser que sa mère devait se sentir seule en vivant dans la grande maison sans compagnie.

En dépit de sa taille—la maison de deux étages blanchie à la chaux était l’une des plus vieilles et des plus grandes de la ville—sa mère était douée pour rendre chaque pièce chaleureuse. La véranda, avec ses planches en bois et le rouge, le jaune et le bleu vif du tissu d’ameublement, était un refuge lumineux même lors des jours pluvieux. Et bien entendu, il y avait un panier à tricot dans le coin, près du canapé, et un panier similaire dans toutes les pièces. Les tricoteuses adoraient commencer des projets, mais adoraient beaucoup moins les finir. C’est pourquoi il y avait une pile de projets en cours près de presque tous les fauteuils confortables de chaque pièce.

Chaque fois qu’elle rentrait à la maison pour une visite, Sarah était frappée en voyant à quel point la maison de son enfance était différente de son loft en ville. Comme dans l’appartement de son père à Washington, elle avait toujours préféré les couleurs minimalistes, principalement du blanc et du noir ; cette maison était marquée par le goût que sa mère avait pour le design et les couleurs. Les tissus qui auraient été incontrôlables dans les mains de n’importe qui d’autre allaient parfaitement ensemble de la manière dont sa mère les avait utilisés.

Sarah se sentait à la fois réconfortée et en dehors de son élément.

Elle n’était pas revenue à la maison pour plus d’une nuit ou deux en dix ans, mais alors qu’elle se retournait pour regarder le lever du soleil étinceler sur l’eau bleue, les souvenirs se précipitèrent en elle.

Se réveiller pour retrouver Calvin sur la plage et aller cueillir des myrtilles pour les pancakes de sa mère.

Les nuits chaudes d’été devant un feu de camp, faisant griller de la guimauve ensemble.

Les courses de voiliers le samedi après-midi dans son Sunfish les jours parfaitement calmes où ils devaient presque ramer pour faire le tour des bouées.

Être assise au bout du quai sur les chaises Adirondacks en regardant le soleil descendre derrière les montagnes, inventant des histoires sur les images qu’ils voyaient dans les nuages.

Elle s’était attendue à ce que les souvenirs de son père l’assaillent à chaque tournant. Mais à part le fauteuil en cuir dans le salon, elle pensait davantage à Calvin qu’à son père. Probablement parce qu’elle était toujours allée voir Calvin quand son père s’en allait de nouveau. Il l’avait toujours réconfortée et apaisée.

Le cœur serré, elle quitta la véranda et se dirigea vers la pelouse qui menait au cottage de sa grand-mère. Sarah vit la partie supérieure d’un grand chapeau de paille dans un champ de chrysanthèmes jaunes et blancs avant de voir le reste du corps d’Olive.

Sa grand-mère semblait à sa place dans les fleurs, aussi belle qu’elles, faisant autant partie de cette terre que la terre faisait partie d’elle.

Tu n’es pas d’ici… Tu n’as jamais été d’ici.

Les mots durs de Calvin la frappèrent à nouveau à la tête. Elle la secoua, essayant de les faire sortir, mais elles étaient déjà logées trop profondément.

Elle venait d’atteindre sa grand-mère quand Olive demanda :

— Qu’est-ce qui ne va pas, chérie ?

La nuit dernière, elle avait décidé qu’elle arrangerait les choses seule, mais elle était sans défense face à l’inquiétude sincère de sa grand-mère.

— Calvin et moi avons eu une grosse dispute hier.

Sa grand-mère lui tendit les cisailles et Sarah fut ravie de se concentrer sur les beaux chrysanthèmes un moment plutôt que sur les sentiments trop forts qu’elle ressentait pour Calvin. Elle était censée être passée à autre chose il y a longtemps, être allée de l’avant avec sa vie, son cœur. Quelques minutes après l’avoir revu, elle avait découvert qu’elle n’avait pas vraiment réussi à le faire.

— Je sais à quel point tu as toujours tenu à lui, dit sa grand-mère. Est-ce que tu veux en parler ?

Non, elle voulait faire semblant que rien de tout cela n’était arrivé. Mais elle était assez sage pour réaliser que peu importe à quel point elle ignorerait la situation, cela ne la ferait pas disparaître.

— Je travaille sur un nouveau projet. C’est la raison pour laquelle je suis là, en réalité. Un de mes clients veut construire des résidences au bord du lac. Calvin ne pense pas que ce serait une bonne chose pour la ville.

— Et toi, si ?

Heureusement, il n’y avait pas de jugement sur le visage de sa grand-mère.

Sarah laissa tomber les tiges dans le panier, sur la pelouse.

— Oui. Et pas seulement pour l’argent qu’elles apporteront à la ville, mais pour la nouvelle vie que cela donnera à la berge. Ce vieux carrousel est une horreur.

Olive se raidit.

— Je pensais que tu parlais de nouveaux bâtiments. Qu’est-ce que le carrousel a à voir là-dedans ?

Soudain, Sarah eut la même sensation que la veille avec Calvin, celle qui lui indiquait qu’elle ne devrait pas seulement avancer avec prudence, mais qu’elle ne devrait pas avancer du tout. Cependant, malheureusement, elle en avait déjà trop dit pour faire demi-tour.

— C’est là que mon client veut construire les appartements. Là où se trouve le carrousel.

— Non, ils ne peuvent pas faire ça. Absolument pas.

Sur ce, sa grand-mère s’éloigna.

Abasourdie, confuse, Sarah ramassa le panier de fleurs et la suivit.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu n’avais pas l’air bouleversée par les appartements jusqu’à ce que je parle du carrousel.

Pire, elle avait eu l’air déçue, comme si elle s’attendait à mieux de la part de sa propre petite-fille.

— Des immeubles, des immeubles. Vas-y, construis tout ce que tu veux. Mais comment est-ce que tu pourrais imaginer retirer le carrousel ? Est-ce que tu te rends compte de l’importance qu’il a pour tout le monde ?

De quoi sa grand-mère parlait-elle ?

— Personne n’est jamais allé voir cette chose en vingt ans.

— Cette chose est importante et magique.

Sarah sentait la force de conviction derrière les mots d’Olive, mais cela ne voulait pas dire qu’elle comprenait d’où celle-ci venait.

— Je suis sûre qu’il était magique avant, Mamie, dit-elle gentiment, mais il est dans un tel mauvais état maintenant que je crains qu’il ne faille beaucoup d’argent pour le restaurer.

Et il était impossible qu’elle obtienne l’argent du groupe Klein pour ce faire, surtout quand installer une nouvelle rampe de mise à l’eau avait beaucoup plus de sens pour la ville et pour les gens qui achèteraient les appartements.

— Eh bien, dans ce cas, tu devras trouver une solution. C’est ton travail, pas vrai ?

— Je parlerai aux constructeurs, dit-elle, prenant garde à ne pas faire des promesses qu’elle ne pouvait pas tenir. Honnêtement, je doute qu’ils soutiennent l’idée d’incorporer un carrousel à leurs projets.

Elle ne pouvait pas l’imaginer, elle ne voyait pas d’échappatoire.

— Il faut une solution.

— Pourquoi est-ce que le carrousel est aussi important pour toi ? Qu’est-ce qu’il a d’aussi magique ?

— Hier, quand nous étions au magasin, je t’ai parlé du fait de tomber amoureuse du tricot. Tu t’en souviens ?

— Bien sûr que oui.

— Je ne suis pas juste tombée amoureuse du tricot. Je suis tombée amoureuse de Carlos aussi.

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