Retour aux sources: La Famille Sullivan, New York, tome 3, Un été au lac (French Edition)

Chapitre Vingt-Deux

 

 

Pleine d’énergie, Sarah débarrassa la table, remplit le lave-vaisselle et nettoya la vaisselle qui restait. Quand les plans de travail furent si propres qu’elle pouvait presque voir son reflet dedans, elle regagna le canapé et s’assit à côté de son tricot.

Comment sa grand-mère avait-elle pu penser qu’elle était capable de terminer ce pull-over ? Pourtant, Sarah ne pouvait pas supporter l’idée de la laisser tomber. Aider au magasin pendant quelques jours était une chose. Néanmoins, elle voyait déjà que s’attaquer à ce pull-over en était une tout autre. Sarah savait gérer une entreprise, mais faire face à plusieurs fils de laine tout en essayant de les tricoter pour former un motif compliqué allait requérir beaucoup de concentration.

Normalement, pensa Sarah en saisissant les aiguilles et le motif pour réessayer de leur donner du sens, elle était maîtresse dans l’art de la concentration. Mais quand Calvin était dans les parages, ses pensées finissaient par palpiter comme de petits papillons perdus.

Plus tôt, il l’avait gentiment accusée de ne pas lui dire la vérité à propos d’être jalouse de ces femmes qui lui avaient tourné autour. Il avait eu raison. Elle n’était pas une menteuse. Mais ces sentiments étaient déroutants.

Dès qu’il aurait fini de mettre Jordan au lit, Sarah devrait retourner dans son propre lit. Si elle était intelligente, elle sortirait de cette maison, elle traverserait le lac froid à la nage si nécessaire pour mettre de la distance entre eux avant de refaire quelque chose de stupide. Avant de commettre une autre erreur bête en cédant aux sentiments auxquels elle ne parvenait pas à donner un sens.

Cependant, elle ne pouvait pas partir sans au moins le remercier pour le dîner et sans lui souhaiter une bonne nuit.

Le fil de ses pensées était trop dangereux pour qu’elle continue de le suivre. Le pull-over impossible sur ses genoux, même s’il était difficile, était beaucoup plus sûr.

Denise avait indiqué où elle s’était arrêtée sur le patron à l’hôpital et Sarah s’obligea à reprendre à cet endroit, à prendre une maille, puis une autre. Elle ne pouvait pas se laisser regarder au-delà d’une seule maille. Elle ne pouvait pas se laisser craindre d’être capable ou pas d’arriver à la fin sans que le pull-over soit une masse de trous et de nœuds. Elle ne pouvait pas s’inquiéter de faire en sorte qu’il soit parfait. Si elle le faisait, elle pourrait tout autant s’épargner le temps et la frustration en jetant la laine, les aiguilles et le patron à la poubelle immédiatement.

— En te voyant avec ces aiguilles, je vois à quel point tu ressembles à ta grand-mère.

La voix chaleureuse de Calvin caressa la colonne vertébrale de Sarah, faisant fourmiller sa peau.

Depuis combien de temps était-il debout à côté de la porte, la regardant de ses yeux sombres ? Elle avait été tellement concentrée sur le fait d’essayer de tricoter les bons fils de laine qu’elle n’avait pas remarqué qu’il était entré.

Ses grandes mains étaient accrochées aux poches de son jean et un léger frisson passa en elle tandis qu’elle se remplissait d’une impatience stupide de les sentir sur elle à nouveau… et de voir ce regard sombre et immoral briller d’amour pour elle pendant qu’elle jouissait dans ses bras.

— Tes yeux doivent te jouer un tour, répondit-elle enfin. Je ne leur ressemble pas du tout.

— Tu ne le vois vraiment pas ?

— Ma mère et ma grand-mère sont petites et féminines. Elles ont toujours été capables de créer des choses ravissantes avec leurs mains. Pas qu’avec de la laine, mais avec de la peinture et du tissu.

Elle les aimait tellement, mais elle avait encore l’impression qu’il y avait un univers entre elles. Non seulement elles avaient des courbes dont elle n’avait jamais hérité, mais elles avaient choisi de vivre joyeusement à petite échelle, alors qu’elle n’avait jamais cessé de voir grand. Tout comme son père le lui avait appris.

— Je n’ai jamais été comme elles.

— Tu as les yeux de ta grand-mère.

Calvin s’agenouilla devant elle, ses jointures caressant sa pommette.

— Les tiens sont plus brillants.

Il passa son pouce sur sa lèvre inférieure.

— Tu as la même bouche que ta mère, mais tes lèvres sont plus pulpeuses.

Il passa son pouce le long de son menton.

— Ce menton est bien à toi. Tellement têtu.

Il approcha sa bouche de la sienne.

— Tellement doux.

Une boule se forma dans la gorge de Sarah en entendant tout ce qu’il voyait, toutes les choses que personne d’autre n’avait vues.

— Tu sais exactement quoi dire, murmura-t-elle contre sa bouche. Et exactement comment le dire.

— Non.

Elle leva les yeux vers lui d’un air surpris.

— Si c’était le cas, je saurais quoi dire pour que tu restes plus d’une nuit à la fois. Plus d’une semaine ou deux avant que tu ne retournes en ville.

La tension monta à ses mots, face à leur désir à peine réprimé, face au contrôle qu’elle essayait constamment d’exercer dessus. Elle devait s’écarter, s’éloigner de tout cela. De lui. Elle devait le faire sur-le-champ. Elle devrait l’avoir fait la veille.

Il était impossible qu’elle se mente à elle-même et qu’elle appelle ça une aventure dans sa ville natale. Être avec Calvin était tellement plus que ça. C’était la raison pour laquelle elle avait gardé ses distances aussi longtemps. Sarah savait que si elle baissait sa garde un jour, il serait là, volant une plus grande partie de son cœur.

N’avait-elle pas été forte pendant des années ? Être aussi forte pendant aussi longtemps ne l’avait-elle pas dévorée ? Elle avait passé tant de temps à craindre les complications. Ne pouvait-elle pas avoir une nuit de plus avec lui ? Une dernière nuit au cours de laquelle il était sien et elle était sienne ?

Elle devrait être forte de nouveau sous peu, elle le savait. Avec sa grand-mère à l’hôpital, avec sa carrière qui avait soudain plus à voir avec la laine qu’avec le développement d’entreprises du Fortune 100, avec les yeux de Calvin qui voyaient des choses que personne d’autre n’avait jamais vues, tandis que la tension poussait ses doigts à serrer le pull-over sur ses genoux, elle ne put penser qu’une chose : une maille à la fois. Ne pas penser à l’avenir. Ne pas s’inquiéter d’arriver jusqu’au bout.

Elle le regarda dans les yeux, soutint son regard et le laissa voir son désir, son envie.

— Je suis là, maintenant.

Une nuit de plus.

Une seconde plus tard, Calvin la souleva du canapé, son tricot glissant de ses genoux sur les coussins.

— Je ne veux pas perdre une seule seconde de plus sans toi.

Puis, il tint sa parole en l’embrassant tout en l’emmenant dans sa chambre.

Sa bouche était magique. Le premier baiser qu’il lui avait donné quand ils avaient été adolescents avait gâché tous les autres hommes pour elle. Un petit baiser était tout ce qu’il fallait pour que ses genoux cèdent, mais il n’y avait rien de petit dans la manière dont il l’embrassait à présent. Avec tant de passion. Avec une telle possessivité. Avec tant de sensualité, tant de désir, qu’il la mit sens dessus dessous. Il était impossible pour elle de réprimer à quel point elle avait besoin de lui. À quel point elle voulait le posséder aussi.

Une fois à l’intérieur, il ferma la porte à l’aide de son épaule, et il les retourna pour qu’elle soit dos à celle-ci. Sarah glissait contre son corps jusqu’à poser ses pieds par terre, et chaque centimètre de contact brûla son corps.

— J’ai juré que j’irais doucement, dit-il en retirant le T-shirt et le soutien-gorge de Sarah. Je me suis dit que j’allais garder un peu le contrôle, cette fois.

Sarah en avait assez du contrôle.

— S’il te plaît, murmura-t-elle en l’aidant à retirer son propre jean et sa culotte. Aime-moi, Calvin. Aime-moi.

Les yeux sombres de Calvin se dilatèrent et ensuite, les mains de Sarah tirèrent sur son pantalon, son caleçon et son T-shirt. Et quand il s’occupa rapidement de la protection et qu’il posa ses mains sur ses hanches avant de dire, « Enroule tes jambes autour de moi, » ce fut la chose la plus naturelle du monde que de lui faire confiance pour la tenir.

De lui faire confiance pour ne pas la laisser tomber, quoi qu’il arrive.

Puis, il la pénétra et elle s’ouvrit pour lui, voulant tout de lui. Elle enfouit sa tête dans le creux de son épaule alors qu’il la remplissait complètement, à tel point que l’air sortit de ses poumons d’un souffle.

— Calvin.

Il tint son corps immobile contre le sien dans ses bras forts. Il murmura :

— Je t’aime.

C’était tout ce qu’il fallut pour que le barrage cède. Elle ne s’était jamais sentie aussi sauvage, aussi forte, aussi bien. Tout ce qui comptait, c’était ce qu’il lui faisait ressentir. Il n’y avait pas de passé, pas d’avenir.

Uniquement la beauté du présent. Un présent dans lequel l’orgasme rugit en elle, si puissant, si incroyablement bon qu’elle ne put que s’accrocher et laisser le plaisir la submerger.

Mais alors même qu’elle s’écroulait complètement, il garda le contrôle de lui-même, ses tendons raides tandis qu’il agrippait fermement les hanches de Sarah et qu’il l’aidait à faire sortir chaque once de bonheur tandis qu’elle le chevauchait, qu’elle chevauchait le plaisir qu’il lui donnait. Le plaisir qu’il était le seul à pouvoir lui donner. Le même plaisir qu’elle voulait lui donner. Sarah avait envie de lui, elle avait envie de tout de lui. Non seulement le son, la sensation, l’émerveillement de l’aimer, mais aussi ses sourires, son rire, la manière dont il aimait si profondément. Si sincèrement.

Puis, il les déplaça jusqu’à son lit sans qu’ils ne se séparent, sans laisser quoi que ce soit se placer entre eux, pas même l’air, tandis qu’il déposait des baisers le long de sa tempe, de ses pommettes, de ses paupières fermées, du bout de son nez.

À chaque contact de ses lèvres sur sa peau, elle se sentit prendre vie, un centimètre sensuel à la fois. Son corps était une merveille, ses épaules et ses bras tendus et ondulés par les muscles, son torse large, ses abdominaux définis par les ombres profondes entre eux, tout cela s’effilant vers des hanches étroites.

— Je n’arrive pas à croire que je suis là. Avec toi.

Rien n’avait jamais été si bon, aussi bon que la sensation incroyablement sensuelle de son corps en elle, de sa chaleur sur elle, de ses bras autour d’elle, de son regard plein d’amour.

— Comment est-ce que tu arrives à me faire ça ? Comment est-ce que tu peux me faire ressentir autant de choses ?

Son rire grave était plein de sensualité. Rempli d’un désir et d’un amour si profond qu’elle ignorait comment intégrer tout cela.

— Ma douce Sarah.

Seul Calvin l’avait un jour appelée « douce ». D’après ce qu’elle savait, personne d’autre ne l’avait jamais pensé.

Il lui avait déjà tant donné. Elle avait encore désespérément envie de lui. Elle avait désespérément envie de passer ses mains sur son torse, ses épaules, son dos. Elle avait désespérément envie de se lever des coussins pour poser ses lèvres sur sa peau bronzée. Elle avait désespérément envie de le mordre, de le goûter, d’enrouler ses jambes plus fermement autour de lui tandis qu’il devenait incroyablement et merveilleusement plus grand en elle.

Puis, il prit ses mains dans les siennes, enlaçant leurs doigts, les unissant de toutes les manières possibles, avant de lever ses bras de chaque côté de sa tête.

— Sarah.

Il ne lui en fallut pas plus. Le murmure de son nom. La manière dont il la regardait dans les yeux, lui donnant tout son cœur, ne retenant rien. C’était tellement plus que ce qu’elle avait pensé avoir de nouveau un jour.

Elle était perdue dans l’émotion, dans le plaisir, perdue dans Calvin, quand tout s’arrêta tandis qu’elle jouissait sous lui : sa respiration, son cœur, ses pensées. Puis, il cria son nom en succombant à son propre orgasme explosif.

Elle ne pouvait pas ouvrir les yeux, elle ne pouvait pas bouger un muscle. Elle se délectait encore de la passion et de l’émotion entre eux. Elle le sentit bouger lorsqu’il écarta une mèche de cheveux humide de son visage.

— Je n’ai jamais vu rien ni personne d’aussi beau que toi.

Et elle ne s’était jamais sentie aussi belle que lorsqu’elle était dans ses bras. Mais avant qu’elle ne reprenne sa respiration pour le dire à voix haute, le sommeil s’empara d’elle comme un train lancé à pleine vitesse, la laissant à peine consciente de ses mots d’amour, du fait qu’il la soulevait et qu’il la glissait sous les couvertures, au chaud et en sécurité contre son corps.

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