Retour aux sources: La Famille Sullivan, New York, tome 3, Un été au lac (French Edition)

Chapitre Trente-Quatre

 

Lakeside Stitch & Knit était la seule boutique de Main Street où les lumières étaient encore allumées à dix-huit heures trente un lundi soir. En avançant vers la porte d’entrée avec Jordan, il vit les femmes en train de rire à l’intérieur, trinquant avec des verres dépareillés.

Sarah s’était interdit de faire partie d’un groupe de femmes pendant si longtemps. Il était ravi, tellement ravi, qu’elle se permette enfin de l’intégrer.

Il n’avait pas voulu attendre aussi longtemps avant de venir la chercher, mais il avait dû passer prendre quelque chose chez lui. Quelque chose d’important.

Le vacarme des voix était tellement fort qu’il pouvait être entendu depuis le trottoir, et au début, aucune des femmes ne remarqua qu’ils étaient entrés. Christie les vit en premier.

— Calvin ? Jordan ?

Tout le monde se retourna pour leur faire face, leurs regards interrogateurs et intéressés dominant la situation. Calvin n’avait d’yeux que pour Sarah.

Dorothy et Olive attirèrent Jordan vers elles, puis il mit un genou à terre devant Sarah.

— Ce n’est pas l’acte de propriété du carrousel qui m’a amené ici.

Il avait besoin qu’elle comprenne cela avant qu’il n’ajoute quoi que ce soit.

— C’est toi. Ça a toujours été toi, chérie. Uniquement toi. Et je te jure que je serais venu sans l’acte de propriété. C’est juste qu’après l’assemblée municipale, j’étais blessé. Bouleversé.

— Je suis tellement désolée, Calvin. Si je pouvais remonter le temps et changer ce que j’ai dit, je le ferais.

Il voulait l’arrêter, l’embrasser, lui dire qu’il l’aimait à ce moment-là. D’abord, il avait besoin qu’elle sache à combien il était désolé pour ce qu’il avait fait. Lui prenant les mains, il déclara :

— Pendant dix ans, je n’ai laissé personne s’approcher de moi. Pas avant que tu reviennes et que je ne puisse pas résister à l’idée d’être à nouveau proche de toi. Je me disais que j’avais foi en nous pour que nous y arrivions cette fois, et je m’attendais à ce que tu partes. Je regardais les appartements comme s’il s’agissait d’un test que je te mettais au défi d’échouer. Ce n’est pas toi qui as échoué. C’est moi.

— Tu ne m’as jamais déçue, jura-t-elle en tombant à genoux pour être face à lui. Jamais.

— Nous l’avons fait tous les deux. Et nous savons tous les deux que nous nous décevrons encore l’un l’autre, qu’au cours des soixante-dix prochaines années, l’un de nous va forcément foirer.

Il prit le visage de Sarah entre ses mains.

— Tu te souviens quand nous étions enfants, quand que nous allions faire du bateau et que l’un de nous s’y prenait mal et que nous terminions dans l’eau ?

— Nous riions, dit-elle doucement, posant sa paume sur la joue de Calvin. Nous riions toujours.

— C’était une aventure. Peu importe que nous nous y soyons mal pris, nous allions simplement remonter sur cette coque et nous allions continuer à naviguer.

Les yeux de Sarah étaient beaux et brillants de larmes qui étaient sur le point de couler.

— Je ne veux partir à l’aventure avec personne d’autre, Sarah. Je ne veux naviguer au loin avec personne d’autre que toi. Ça a toujours été toi, chérie. Tu effaces l’obscurité. Tu remplis tous mes espaces vides. Et je t’accepterai, quelle que soit la manière dont je peux t’avoir. Chaque heure que tu pourras passer ici avec moi, chaque partie de ta vie que tu as à partager. Je ne peux pas te promettre que je ne continuerais pas à t’en demander davantage, mais si je dois choisir entre le fait de te perdre et le fait de pouvoir aimer ne serait-ce qu’une petite partie de toi, je choisis l’amour. Je te choisis, toi. Je me fiche de la manière dont nous le ferons : si je déménage pour être avec toi ou si tu déménages pour être avec moi, ou si nous devons constamment changer les pneus de nos voitures à cause de tous les kilomètres que nous parcourrons pour nous voir. Tout ce qui compte, c’est que nous soyons ensemble.

— Tu ne pourrais jamais vivre comme ça.

Ses mots étaient crus.

— Aucun de nous ne le pourrait.

Le cœur de Calvin s’arrêta presque. Ses yeux se fermèrent involontairement, comme ils le feraient une seconde avant qu’il ne se heurte à un mur en briques. Les mains de Sarah se posèrent sur son visage et elle traça le contour de sa mâchoire du bout des doigts. E Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit qu’elle souriait entre ses larmes.

— Je ne vais pas retourner à la grande ville.

Il put à peine intégrer ses mots avant qu’elle ne sourie : un sourire plus grand, plus fort et plus stable, cette fois.

— Je déménage à Summer Lake. Je vais diriger la boutique avec ma mère et ma grand-mère.

Tout le monde dans la pièce, en particulier Olive et Denise, poussa un cri de joie, mais Sarah ne détourna pas les yeux de lui.

— Je serais restée rien que pour toi. Tu sais à quel point je t’aime, pas vrai ?

— Oui.

Il fut vaguement conscient du fait qu’elle bougeait légèrement pour prendre quelque chose dans son sac, à côté d’elle. Quelque chose de doux qui effleura les jointures de ses doigts et il baissa les yeux pour voir un beau pull-over dans ses mains.

— J’ai quelque chose pour toi.

Elle le souleva pour qu’il passe ses mains, ses bras et sa tête dedans. Il lui allait parfaitement.

— J’ai tricoté un de mes cheveux dans le pull-over. Est-ce que tu sais ce que ça signifie ?

— Tu n’avais plus de laine ?

Elle lui adressa ce beau sourire qu’il espérait voir au moins pendant les soixante-dix prochaines années.

— Ça signifie que tu es lié à moi.

Il l’embrassa à nouveau, plus longtemps, avec encore plus de douceur.

— J’ai toujours été lié à toi.

Il ne s’était jamais senti aussi heureux. Il n’avait jamais senti son cœur battre aussi bien, aussi régulièrement que lorsqu’il sortit de sa poche la bague qui avait un jour appartenu à sa mère.

— Épouse-moi, Sarah.

— Oui !

Elle lança ses bras autour de lui et l’embrassa avec toute la passion et tout l’amour qu’elle ressentait.

— Oui !

Lorsqu’il lui passa la bague de fiançailles au doigt, une pièce remplie de tricoteuses applaudit.

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