Retour aux sources: La Famille Sullivan, New York, tome 3, Un été au lac (French Edition)

Chapitre Onze

 

 

Calvin était impressionné par la soirée que Sarah avait organisée pour eux. Elle l’avait emmené à Loon Lake, une autre ville des Adirondacks à trente minutes sur la route 8, et elle l’avait présenté aux familles qui avaient acheté les appartements construits au bord du lac il y avait quelques années.

Les gens lui répétèrent qu’ils étaient ravis d’avoir leur propre petite propriété dans les Adirondacks. Pour certains d’entre eux, c’était un moyen d’échapper à la pression de leurs heures de bureau habituelles. Pour d’autres, cela avait été la chance de tout recommencer à zéro, de construire une nouvelle vie.

Elle l’emmena dans la rue principale, pleine de monde et joliment illuminée même un soir de semaine en été, et elle le présenta aux petits commerçants qui lui dirent à quel point ils étaient ravis de pouvoir garder leurs portes ouvertes toute l’année plutôt que de dépendre d’un gros été et d’un bon hiver pour soutenir leurs résultats nets.

Elle fit remarquer que la ville avait été prudente concernant son expansion. Elle lui montra la manière dont les gens avaient été fermes quant au fait d’éloigner les magasins de chaînes, les fast-foods, les salles de jeux comme celles qu’ils trouvaient près du lac George. D’après les recherches de Sarah, Loon Lake se faisait un nom en tant que destination de vacances pour le week-end dans les villes alentour, mais aussi en tant qu’endroit idéal pour l’été, pour la retraite et pour démarrer une nouvelle entreprise.

— Loon Lake représente tout ce dont je parlais. Un développement sans aller dans la mauvaise direction. Pas de casinos. Pas trop de magasins de touristes. La seule chose qui n’est pas idéale, c’est ce lac qui est tout petit. Ils ne peuvent pas avoir de bateaux à moteur ou de grands voiliers.

Elle se tourna vers lui, un petit sourire sur les lèvres.

— Tu t’es bien amusé ce soir, pas vrai ? Tu as parlé à tout le monde, tu as appris des choses sur leur ville.

— C’est vrai. J’aurais dû le faire avant, admit-il. Tu es une vendeuse très douée, Sarah.

Elle avait réservé une table dans un restaurant au bord du lac et ils sortirent sur le porche avec leurs boissons. Des nuages étaient arrivés au cours de l’heure précédente, cachant la lune. Calvin pouvait sentir la pluie dans l’air.

Le temps n’était pas la seule chose qui changeait. Le mur entre eux lors de la première soirée s’effritait.

— J’ai vu ta sœur aujourd’hui à Lakeside Stitch & Knit.

Sarah était tellement belle dans le faible clair de lune que la respiration de Calvin se bloqua dans sa poitrine lorsqu’elle assura :

— Elle est merveilleuse.

Il ne se donna pas la peine de cacher sa fierté.

— Jordan est vraiment une bonne petite fille. J’ai eu de la chance de l’avoir.

— Et elle a eu de la chance de t’avoir.

Sa voix était douce, remplie d’émotion.

— L’autre soir, je me suis souvenue que ça fait longtemps que je ne suis pas allée dans le lac. Dans n’importe quel lac.

Il s’approcha d’elle, incapable de garder ses distances après une soirée aussi belle.

— Depuis combien de temps ?

— Des années, peut-être.

Il ne réfléchit pas. Il se contenta de lui prendre le verre des mains et de le poser à côté du sien sur la rambarde du porche.

— Allons-y.

Elle rit, ce beau rire qu’il aimait tellement entendre.

— Peut-être l’été prochain, quand l’eau sera chaude.

— Non.

Il lui prit la main.

— Maintenant.

Il la fit descendre la moitié des escaliers vers la plage avant qu’elle ne puisse protester et dire qu’il faisait trop froid pour ça, qu’ils avaient une réservation et qu’ils allaient être couverts de sable. Il la fit traverser la moitié de la plage, loin des regards des gens qui se trouvaient dans le restaurant.

— L’eau sera probablement plus agréable si tu enlèves tes chaussures, fit-il remarquer.

— Tu as toujours eu beaucoup d’idées.

— Tu as oublié d’ajouter le mot « bonnes ».

— Non, je ne l’ai pas oublié.

Il adorait la taquiner, le fait qu’elle le taquine en retour, entendre le rire dans sa voix.

— Si tu veux vraiment m’obliger à faire ça, dit-elle enfin, je vais devoir remonter mon jean.

— Personne ne pourrait jamais t’obliger à faire quelque chose que tu ne souhaites pas faire, Sarah.

Sa main se raidit dans la sienne pendant une seconde :

— Tu vas devoir me lâcher la main pour que je puisse m’occuper de mon pantalon.

Il sourit dans l’obscurité, ravi qu’elle suive son changement de plans impromptu pour la soirée, ravi qu’elle accepte l’aventure de nouveau, comme le simple fait de patauger dans l’eau glacée du lac.

Quand ils eurent retiré leurs chaussures et leurs chaussettes et qu’ils eurent remonté leurs pantalons, elle jaugea la température de l’eau.

— Ça va être froid.

Il lui tendit la main.

— Nous aurons froid ensemble.

Alors, ensemble, ils entrèrent dans le lac et elle aspira bruyamment de l’air en sentant l’eau gelée.

— Rafraîchissant.

Il rit.

— C’est une façon de voir les choses.

— Tu te souviens qu’on avait l’habitude de plonger dans le lac après les matchs de football ? demanda Sarah les pieds dans l’eau en lui tenant la main. On était fous.

— Les enfants le font toujours, tu sais.

Il faisait noir et il pouvait à peine voir l’éclair blanc de son sourire.

— Tu rigoles. Est-ce que tu plonges avec eux parfois ?

— Après chaque match.

Il aurait pu jurer qu’il y avait des vibrations entre leurs mains, un désir inavoué d’aller plus loin dans leurs souvenirs communs.

— Viens au match vendredi. Saute dans le lac avec nous.

— Pas question.

— Poule mouillée ?

— Plutôt assez âgée pour savoir à quoi m’en tenir. En fait…

Elle essaya de le tirer hors de l’eau.

— Mes pieds me disent qu’ils ont appris la leçon.

Mais au lieu de sortir, il l’attira plus loin et elle cria de surprise.

— Calvin ! Qu’est-ce que tu fais ?

Il lui aurait dit s’il l’avait su, s’il avait la moindre idée de ce dans quoi il essayait de l’embarquer, mais avant de pouvoir répondre, de grosses gouttes d’eau commencèrent à tomber sur eux. Quelques instants plus tard, le ciel laissa tomber des trombes d’eau, comme lors du déluge.

— Il y a un hangar à bateaux ici, dit-il en la tirant sur la plage.

Soixante secondes plus tard, ils étaient à l’abri de la tempête, à couvert dans le petit hangar avec une faible ampoule suspendue au plafond. La pluie se déchaînait sur le lac sombre et le vent s’en donnait à cœur joie.

Elle retira ses cheveux de ses yeux.

— Oh, mon Dieu, on est trempés.

Ses vêtements lui collaient à la peau, son pull fin et mouillé ainsi que son jean ajusté laissait peu de place à l’imagination. Trop peu pour sa tranquillité d’esprit.

— Ce n’est pas du tout ce que j’avais prévu pour le reste de la soirée.

— C’était bien, Sarah. Très bien.

Elle frissonnait et il regarda autour de lui dans le hangar, et trouva ce qu’il cherchait dans un coin.

— Voilà, dit-il en l’enveloppant d’une serviette.

— Merci.

Elle le serra contre elle.

— Il n’y en a pas une autre ?

— Non.

— Celle-ci est assez grande pour qu’on la partage.

Il n’y avait rien qu’il désirait plus que de se retrouver là, sous la même serviette, l’un contre l’autre, son cœur battant contre le sien.

— Ce n’est sûrement pas une bonne idée.

— Tu es mouillé. Le vent souffle. Ce n’est pas une bonne idée.

En effet, il ne pouvait pas le nier.

Ni se mentir.

Il se rapprocha, et elle souleva les coins de la serviette pour le laisser entrer. Il réprima à peine un gémissement quand elle referma ses bras sur lui pour les envelopper tous les deux dans la serviette. Elle était grande, mais il l’était plus qu’elle. La tête de Sarah tombait parfaitement sur son épaule. Comme elle l’avait toujours fait.

— Ça va mieux ?

Il pouvait sentir son souffle contre sa peau, et se réchauffer au contact de son corps près du sien. Il put à peine prononcer un mot, qui aurait pu être une vérité tout comme un mensonge.

— Oui.

Puis elle le regarda, un élan de désir traversa ses traits, si ardent, si profond, si élémentaire qu’il maudit les conséquences.

— Sais-tu combien j’ai envie de t’embrasser ? demanda-t-il. Ici. Maintenant. Seulement un baiser pour savoir enfin si c’est aussi doux qu’avant. Si doux que je n’aie jamais pu trouver quelque chose s’en approchant. Comme toi.

C’était la seule voie de sortie qu’il pouvait lui offrir, la chance de sortir d’ici et de retourner dans la maison de sa mère donnant sur le lac. Mais au lieu de fuir, elle baissa les yeux vers sa bouche, le pouls dans son cou s’accéléra.

— Seulement un baiser, reprit-elle dans un soupir.

Avant qu’il puisse l’embrasser, elle avait les mains dans ses cheveux et posait sa bouche sur la sienne. Douce. Chaude. Adorable.

Parfaite.

Toutes ces années à rester loin de l’alcool pour ne pas prendre le risque de tomber dans les travers de son père, mais la bouche de Sarah était bien plus addictive que tout ce qu’il avait connu.

Elle était un grand risque, ce fut la seule pensée saine restant dans sa tête, mais ce n’était pas du bon sens. Elle était tout ce qu’il avait voulu, depuis si longtemps il avait besoin de la seule femme ayant réellement compté pour lui.

Il prit sa tête entre ses mains et fit l’amour à sa bouche, mordillant sa lèvre inférieure, en goûtant les commissures avec le bout de sa langue. Retirant temporairement sa bouche de la sienne, il fit pleuvoir des baisers sur sa mâchoire, puis dans le creux de son cou, là où son pouls battait si sauvagement pour lui.

Elle haleta de plaisir, sa poitrine montait et descendait contre son torse, et une décennie de maîtrise de lui éclata en mille morceaux pendant qu’il l’embrassait.

— Sarah, chérie, murmura-t-il contre sa peau. On doit partir d’ici. On doit aller dans un endroit où personne ne pourra nous surprendre.

— Calvin ?

Son nom était une douce question sur ses lèvres, mais quand il retira ses cheveux de son visage et qu’il croisa son regard, plutôt que d’y voir du désir, il vit de la panique.

— Oh, non.

Elle s’éloigna un peu de lui, mais ils étaient si emmêlés sous la serviette qu’elle ne pouvait pas réellement le faire.

— Je n’aurais pas dû faire ça.

— Tu crois que je ne sais pas ?

Ses yeux s’écarquillèrent devant ses paroles et au contact de sa main sur son menton, quand il lui releva la tête pour la forcer à croiser son regard pour voir la véritable nature de ses sentiments sur son visage. Il savait qu’il aurait dû arrêter quand il avait senti sa vulnérabilité dans la manière dont ses lèvres tremblaient sous les siennes. Quand il ne pouvait pas se permettre de lui donner son cœur à nouveau en sachant qu’elle quitterait le lac bientôt.

— Mais crois-tu réellement qu’on peut arrêter ?

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