A la vie
La Cause du peuple
représentée aussi bien par Pompidou que par le PC.
Violence du verbe, efficacité redoutable de la parole puisée dans la violence
de l’arrachement de l’exil.
Recommence le cycle des migraines interminables et des gitanes fumées sans
plaisir, par pur besoin – sur le cou mince, le pénible mouvement de la pomme
d’Adam à chaque bouffée avalée faisait mal à voir. On aurait dit qu’il avalait
des lames.
Quant à moi, je suis épuisée. Au moindre effort, je pleure. Il s’avère que, en
dépit du test, le bébé est bien là. Et aussi une grave anémie. Je dois bientôt
cesser d’enseigner et de promener mon ventre aux portes des usines. Jusqu’à la
naissance du bébé, j’accompagne Benny aux séances du comité de rédaction de
La Cause du peuple.
La Cause du peuple
Le personnel était alors très réduit : Guy Lardreau, rédacteur en chef ;
Christian Jambet, leader du mouvement lycéen à la pointe des luttes anti-
autoritaires ; Jean-Claude Milner, l’homme de tout savoir ; et Benny, qui
donnait les grandes orientations.
Chaque séance est plutôt joyeuse et roborative. Le moindre fait est l’occasion
d’un jaillissement verbal. Occasion fournie par les articles envoyés par les
militants, mais pas seulement. Guy évoque ses rencontres dans les pubs
irlandais au cours d’un reportage sur la lutte armée en Irlande ; une autre fois,
c’est l’éloge dithyrambique d’un portrait de Mao en pied et armé… d’un
parapluie.
C’est l’époque, brève, de la grande discrimination entre ceux qui sont
animés d’un esprit de révolte et les assis sur les droits acquis, les princes du
mensonge et du trafic d’influence sur les ouvriers, le PC et la CGT, qui, à l’époque, avant d’être satellisés par le PS, représentaient encore une certaine