A la vie
La maison
l’idée de lever les yeux vers le plafond où sont tendues des cordes à linge.
Les tables dressées ont tout de même belle allure, avec la vaisselle étincelante,
le pliage artistique des serviettes damassées, les couleurs que marient les deux
traditions culinaires.
Après les premiers plats et les premiers échanges un peu guindés, les
conversations commencent à s’animer quand soudain on frappe à la porte. Fait
irruption un groupe de jeunes très excités, de retour d’une réunion politique.
Benny bondit et se mêle à eux pour en écouter le compte rendu.
Et la mariée, pendant ce temps ?
La mariée a passé un tablier sur sa robe et lave des verres. Tous ces jeunes
n’ont pas été conviés mais ils ont soif après une réunion si importante que
personne n’en a gardé le souvenir.
On a quand même chanté… L’Internationale.
Dix-huit ans plus tard, nous nous sommes véritablement mariés.
Après cette étrange journée, acteurs d’une comédie qui n’en était pas tout à
fait une, nous sommes rentrés à la maison.
La maison
Un nid plutôt. Presque personne ne connaissait notre adresse, encore moins
savait notre mariage. C’était notre île, toujours pleine de chansons. Le
répertoire avait changé ; c’était maintenant, chantées à tue-tête, des chansons
populaires nostalgiques ou de révolte du dix-neuvième siècle, La Butte rouge, Le
Temps des cerises, Les Canuts, ou de coloration anarchiste : « Gare à la revanche,
quand tous les pauvres s’y mettront ! »
En dehors des heures de travail – j’enseignais cette année-là dans un collège
de banlieue – et des tâches militantes, le temps s’organisait pour faciliter le
travail de Benny. Cela signifiait une vie matérielle réglée et l’évitement des tensions génératrices pour lui de migraines atroces. Sur la source souterraine de