A la vie
Vers le Lieu, Enfin Retrouvé
L’aéroport
Nous atterrissons à l’aéroport Ben Gourion : Benny n’éprouve aucune
sympathie pour l’homme, même engeance que Spinoza, « “le renégat
d’Amsterdam” : dans sa bibliothèque, pas un livre juif ! ».
Partout, sur les murs, les affiches, les panneaux indicateurs, les caractères
hébraïques, sortis des livres anciens, s’offrent à la vue. Comme dans les
ghettos ? Une différence : les noms sont accompagnés de leurs traductions en
anglais et en arabe. Premier décalage entre sa connaissance de la langue des
textes – la langue sainte, séparée – et la langue parlée, la langue de la rue.
Benny s’indignait parfois : le nom du char divin, Merkaba, donné au tank de
l’armée ! Celui de kabbala (la tradition ésotérique juive) au bureau de réception
d’un hôtel ou d’une administration !
Mais la source du sens peut toujours ressurgir. C’est l’effet que Benny
produisait dans ses cours en hébreu, comme en témoigne Eva, ancienne
étudiante du centre Mandel, un institut de formation d’enseignants dans
lequel Benny a donné quelques cours de philosophie : « Il nous faisait retrouver
l’originel des mots. Ce n’était pas que c’était un bel hébreu ; c’était du sur-
hébreu. »
Résurrection des mots.