A la vie

Léo Lévy · Chapitre 26 sur 36

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A la vie

Vers le Lieu, Enfin Retrouvé

 

L’aéroport

 

Nous atterrissons à l’aéroport Ben Gourion : Benny n’éprouve aucune

sympathie pour l’homme, même engeance que Spinoza, « “le renégat

d’Amsterdam” : dans sa bibliothèque, pas un livre juif ! ».

Partout, sur les murs, les affiches, les panneaux indicateurs, les caractères

hébraïques, sortis des livres anciens, s’offrent à la vue. Comme dans les

ghettos ? Une différence : les noms sont accompagnés de leurs traductions en

anglais et en arabe. Premier décalage entre sa connaissance de la langue des

textes – la langue sainte, séparée – et la langue parlée, la langue de la rue.

Benny s’indignait parfois : le nom du char divin, Merkaba, donné au tank de

l’armée ! Celui de kabbala (la tradition ésotérique juive) au bureau de réception

d’un hôtel ou d’une administration !

Mais la source du sens peut toujours ressurgir. C’est l’effet que Benny

produisait dans ses cours en hébreu, comme en témoigne Eva, ancienne

étudiante du centre Mandel, un institut de formation d’enseignants dans

lequel Benny a donné quelques cours de philosophie : « Il nous faisait retrouver

l’originel des mots. Ce n’était pas que c’était un bel hébreu ; c’était du sur-

hébreu. »

Résurrection des mots.