Cobayes, Sarah et Sid

Eve Patenaude · Chapitre 12 sur 35

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Cobayes, Sarah et Sid

Mardi 18 août – Sarah

Mardi 18 août

 

 

SARAH

 

J’entends Sid pianoter sur son clavier d’ordinateur, dans le bureau. Il a laissé la porte entrouverte, tout comme je l’ai fait avec celle de la chambre ; c’est comme si un fil invisible nous gardait connectés, sans qu’on ait besoin de se trouver dans le champ de vision l’un de l’autre. Ce n’est qu’un lien imaginaire, je sais bien, mais ça m’aide à garder la tête hors de l’eau.

Mon existence qui m’accordait une trêve… Qu’est-ce que j’ai pu me montrer naïve !

Je suis assise en tailleur sur le tapis, au pied du lit. Devant moi, une boîte ouverte attend que je la vide. Sid a libéré un tiroir dans le bas de sa commode pour que j’y range mes affaires. Je sais qu’il n’avait que de bonnes intentions, mais j’aurais préféré simplement fourrer le carton dans le fond de la garde-robe et oublier ce qu’il contient.

Ça va t’aider à te sentir chez toi, a-t-il dit.

Il y a longtemps que je ne me suis pas sentie chez moi quelque part. Mais peut-être qu’ici, avec lui…

Je plonge la main dans le carton. J’y pige mon vieil appareil photo, que je n’ai pas utilisé depuis au moins trois ans. Si ça se trouve, les piles ont coulé à l’intérieur et il est inutilisable. Je le place dans le tiroir, sans vérifier s’il est toujours en état de fonctionner.

Puis, ma main va effleurer une boîte à chaussures, en carton gaufré. Je la pose sur le tapis, l’ouvre et, sous le papier de soie qui craque, retrouve le satin de mes tout premiers chaussons de ballet, ceux dans lesquels mes pieds d’enfant de quatre ans réussissaient à entrer.

Je glisse délicatement mes doigts sous l’un d’eux comme je le ferais avec un animal endormi, et l’extirpe de son sarcophage de papier. Dire que j’ai déjà été aussi minuscule ! C’était dans une autre vie, à cette époque lointaine où j’avais encore des rêves, et l’espoir de les réaliser un jour…

Une tache sombre souille l’extrémité d’un des chaussons, là où une de mes larmes a atterri. Je m’empresse de les ranger dans leur écrin et de les envoyer rejoindre l’appareil photo tout au fond du tiroir. Ces vestiges remuent trop de souvenirs.

Je tombe ensuite sur la grande enveloppe qui contient mes documents importants : diplôme d’études secondaires (décroché de justesse), acte de naissance, vieux bulletins, etc. La lettre que j’ai reçue quelques jours après mon audition aux Grands Ballets d’aujourd’hui s’y trouve aussi. Je la pince entre mes doigts.

Je me lève d’un bond et cours à la salle de bain.

— Sarah ? lance Sid de son poste de travail. Tout va bien ?

Je ne réponds pas. Penchée au-dessus des toilettes, j’émiette rageusement la feuille en petits flocons blancs qui se déposent à la surface de l’eau. Lorsque le dernier a rejoint les autres, je crache un bon coup dans la cuvette. Puis, je tire la chasse.

— Ça va ? me redemande Sid, debout dans le chambranle de la porte.

Il me dévisage, des ombres dans le brun de ses yeux.

— Oui, réponds-je en le rejoignant. J’ai seulement jeté un vieux souvenir qui ne valait pas la peine d’être conservé.

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