Cobayes, Sarah et Sid
Mardi 13 octobre – Sarah
Mardi 13 octobre
SARAH
C’est vrai qu’il était bon, le filet mignon. J’aurais dû prendre ça la première fois que j’ai mangé au Rita-Lambster. Le vin qu’on a bu pour accompagner notre repas m’a rendue aussi légère qu’une bulle. J’ai l’impression de flotter dans un monde joyeux et vaporeux.
Je suis bien.
La pluie a cessé. Sid voudrait que nous prenions un taxi quand même, mais j’ai envie de marcher un peu. Juste pour le plaisir de gambader entre les trous d’eau, m’amusant à les éviter comme je le faisais, enfant, en combinant chassés et entrechats. Sid me suit, mon sac trop lourd sur l’épaule. Il est si beau dans son complet. Il me fait penser aux princes charmants qui s’assoient au premier rang des salles de spectacle, bouquet de roses sur les cuisses, pour contempler la première soliste qui pirouette sur scène.
Je m’arrête et pivote vers lui. Dès qu’il m’a rejointe, je l’enlace et pose un baiser sur ses lèvres.
— On dirait que tu dansais, Sarah, me fait-il remarquer ensuite, rêveur.
— Ça ressemblait un peu à ça, oui, dis-je avec le sourire.
— Tu sais que je ne t’ai jamais vue danser ? Pour de vrai, je veux dire…
Il a raison : mon numéro au Pinky ne compte pas.
Soudain, mon regard s’accroche à la palissade qui longe le trottoir près de nous et qui bloque l’accès à un immeuble en construction. Elle est tapissée d’affiches de L’Oiseau de feu, dont les représentations doivent commencer demain, d’après les dates indiquées. Le doux sentiment de paix qui m’habitait se dissout instantanément.
Et c’est là que j’ai une idée.
Folle.
Inconcevable.
Spontanée.
J’agrippe mon sac d’une main, celle de Sid de l’autre.
— Tu veux me voir danser ? Alors, suis-moi !
Je l’entraîne à deux coins de rue de là, jusqu’au Complexe des Arts modernes. Contre les larges portes vitrées de l’édifice, une autre affiche des Grands Ballets d’aujourd’hui me nargue, tout encadrée de lumière. Nous passons devant, puis j’attire Sid dans l’allée perpendiculaire à la rue, qui borde le bâtiment et débouche dans un vaste stationnement souterrain. Aucun spectacle n’étant donné ce soir-là, il est presque vide. Mais je sais qu’une répétition générale se tient toujours, la veille d’un ballet. L’Oiseau de feu ne doit pas déroger à cette règle.
— Tu sais où tu t’en vas comme ça ? demande Sid, sur mes talons.
— Oui. Je suis déjà venue. Pour une audition.
Il a la délicatesse de ne pas s’enquérir du résultat de cette fameuse audition. Mais bon, avec ce qu’il sait de moi, il doit se douter que je l’ai ratée.
Au centre de l’espace bétonné, j’ouvre la porte d’une cage d’escalier et grimpe deux volées de marches. Je guide Sid dans le labyrinthe du Complexe des Arts modernes, jusqu’à ce que nous arrivions devant les loges des danseurs. Les coulisses s’ouvrent sur ma gauche, juste après. Je ne perçois aucune musique, seulement des voix et des éclats de rire. Je fais signe à Sid de ne pas faire de bruit et m’avance dans la pénombre de l’arrière-scène. Un bref coup d’œil entre deux panneaux du décor parsemé de pommes d’or me permet de découvrir que les membres de la troupe se sont assis tout au bout des planches. Ils discutent gaiement dans leurs habits ornés de broderies traditionnelles russes. Un homme grisonnant en jeans et chemise rouge leur distribue quelques mots à tour de rôle. Je reconnais les traits de Gale Wilson, le chorégraphe australien qui a été embauché pour mettre L’Oiseau de feu en scène.
Les techniciens de même que les membres de l’orchestre qui accompagne les danseurs ont quitté les lieux. La répétition est terminée depuis un moment.
Parfait. Nous arrivons juste à temps.
Sid se coule derrière moi, glisse ses mains autour de ma taille et risque un regard par-dessus mon épaule, à travers la fente du décor.
— Il y a une trentaine de personnes…, murmure-t-il à mon oreille.
Il a déjà compris ce que j’ai l’intention de faire.
— Tu te sens d’attaque ? lui demandé-je sur le même ton en levant les yeux vers lui.
— Ouais. À fond.
Auréolés de flammes tel l’Oiseau de Stravinski, nous sommes prêts à brûler le Complexe des Arts modernes, à le mettre à feu et à sang.
Je retire alors mon imperméable, que je laisse tomber à mes pieds. Puis, je passe la bandoulière de mon fourre-tout sur mon épaule et enfonce la main à l’intérieur. Sid hérite du premier pistolet ; je garde le deuxième pour moi. Ce sont des armes à dix-sept coups chacune. Pas besoin de vérifier si elles sont chargées, je le sais. Je me suis assurée qu’elles l’étaient lorsque je les ai transférées dans mon sac, il y a deux jours. J’ai apporté des cartouches supplémentaires, au cas où.
Je montre un rouleau de fil électrique sur le sol. Sid saisit immédiatement où je veux en venir. Je resserre la main sur la crosse de mon fusil pour stopper les tremblements d’excitation qui me parcourent.
— Les dames d’abord, chuchote-t-il en me cédant le passage avec un sourire taquin.
Mais c’est qu’il se moque de moi !
— OK, laisse-moi faire, répliqué-je avec un air de défi.
D’un bond, j’entre en scène. Je tire un coup au hasard dans le groupe, ce qui déclenche aussitôt l’hystérie des danseurs. Ils sautent sur leurs pieds en poussant des exclamations effarées. Une fille reste étendue sur les planches, de l’encre rouge tachant son corsage. Sid jaillit à son tour des coulisses et se précipite au-devant de la scène pour empêcher nos proies de sauter en bas. Lorsqu’elles aperçoivent le pistolet que mon partenaire brandit dans leur direction, celles-ci reculent parmi les arbres du décor avec des cris et des sanglots de terreur.
Une fois tous les danseurs massés au fond, il lève le canon de son arme et m’adresse un signe du menton pour me faire comprendre qu’ils sont à moi.
— À genoux ! crié-je.
Ma voix ne manque pas de puissance sous le haut plafond de la salle. Jamais je ne me suis sentie aussi sûre de moi.
— S’il vous plaît, laissez-nous partir ! supplie Gale Wilson en faisant un pas vers moi.
Il s’effondre avant d’avoir eu le temps de refermer la bouche, sa tête désormais aussi rouge que sa chemise. De nouveaux hurlements retentissent.
Dommage, le milieu de la danse vient de perdre un grand chorégraphe.
Je n’ai pas besoin de répéter ma demande pour que tous tombent à genoux.
— Sid, c’est à toi ! lancé-je par-dessus mon épaule, sans lâcher le groupe des yeux.
— Je m’en occupe, me répond-il.
Il disparaît un instant derrière les pans de contreplaqué, puis revient avec le rouleau de câble électrique.
— Collez-vous, ordonne-t-il aux danseurs.
Soudain, dans un sursaut de témérité, l’un d’eux se remet debout et s’élance vers les coulisses. Je l’abats avant qu’il ait franchi la moitié de la distance le séparant de la liberté.
Dans un flash, je me revois, étendue sur l’asphalte après m’être fait voler les cinq mille dollars, incapable de tenir le pistolet entre mes mains tremblantes. Mais aujourd’hui, comme la fois où j’ai tiré sur Carl au Pinky, ça me vient facilement… si facilement. Enlever le cran de sûreté, braquer l’arme sur l’un des danseurs, appuyer sur la détente. Mes gestes sont pleins d’assurance. Tirer sur une cible en mouvement… on dirait que j’ai fait ça toute ma vie. Ou, plutôt, que toute ma vie n’a fait que tendre vers ce but : faire éclater le rêve que ma mère m’avait enfoncé dans le crâne. Détruire à tout jamais les Grands Ballets d’aujourd’hui.
Femmes et hommes s’écrasent les uns sur les autres, terrorisés. Certains sont blancs à faire peur. Une fille se penche brusquement et vomit sur la scène, et sur les cuisses de sa voisine au passage. Plutôt que de manifester son dégoût, celle-ci lui caresse doucement les cheveux et la presse contre elle. Quelle touchante démonstration des liens qui unissent les membres de la troupe…
Mais ça, c’est quand on a la chance d’être accepté parmi eux.
Je profite du fait que Sid ligote tout ce beau monde avec le fil pour demander :
— Quelqu’un porte du six et demi chez les filles ?
Celle qui s’est fait régurgiter dessus lève la main craintivement.
— Tes chaussons ne sont pas pleins de vomi, au moins ?
Elle observe ses pieds et fait signe que non.
— OK. Viens ici alors.
La fille me rejoint, les yeux ronds de frayeur.
— Enlève-les, la sommé-je encore, mon arme braquée sur sa poitrine.
Pendant qu’elle s’exécute, Sid termine d’attacher les autres. La danseuse attrape ses chaussons d’une main, par leurs rubans, et me les tend. Je m’en saisis. Puis, sans la moindre hésitation, je lui défonce la cage thoracique d’un tir à bout portant.
— Merci, tu ne devrais plus en avoir besoin de toute façon…, dis-je en me défaisant de mes escarpins à l’aide de petits coups de pied dans le vide. Sid, tu peux prendre le relais une minute ?
Il acquiesce et dégage son pistolet de sa ceinture pour le diriger vers nos otages. J’en profite pour m’asseoir près du cadavre de la fille et enfiler les pointes éclaboussées de sang qu’elle m’a si gentiment données.
Oh, ça fait tellement longtemps que je n’ai pas glissé mes pieds dans des chaussons de ballet ! La sensation est galvanisante. Je retrouve ma légèreté, et l’envie de me mettre à virevolter dans les airs. Je reprends mon arme et m’approche des danseurs, entassés les uns sur les autres. Dire que j’aurais pu faire partie de leur bande ! Que j’aurais pu m’amuser presque tous les soirs, emportée par les notes de Stravinski et de Tchaïkovski, être applaudie par des spectateurs respectables, avides non pas de nudité mais de culture, que j’aurais pu voyager pour propager la vision artistique des Grands Ballets d’aujourd’hui dans le monde entier… Au lieu de ça, j’ai offert ma chair et ce qui me restait d’innocence à des porcs grossiers qui en ont bien profité. Je me suis enfoncée dans un désespoir toujours plus opaque qui a failli m’emporter.
Alors, maintenant, je me dresse, Oiseau de feu dans des chaussons de satin, brûlant du désir de rétablir l’équilibre et de danser… Oh oui, de danser !
Le premier coup part presque tout seul, alors que j’effectue un tour gracieux sur moi-même. Le visage orné de plumes de la première soliste explose, entraînant un concert de hurlements. Du sang gicle en pluie sur ses compagnons. Tu es libre, ma belle… Tu n’auras plus jamais à ressentir la pression insoutenable de la performance.
Je saute, je virevolte et, au rythme d’une musique imaginaire, un deuxième corps tombe – flanc troué d’où sourd une rivière sombre –, puis un troisième – petits morceaux de cervelle allant décorer les costumes des danseurs autour. Libres, libres, libres… Un autre coup – mains portées au cœur dans l’espoir inutile d’empêcher la vie de s’écouler de soi. J’appuie sur la détente encore et encore, jusqu’à ce que mon pistolet émette un cliquetis. Je plonge la main dans mon sac ramené sur mon flanc pour y piger des munitions. J’éjecte le chargeur vide et le remplace par un autre, plein. Les cris et les pleurs des survivants me déchirent les oreilles. Je les fais taire un à un – leurs yeux se révulsent, leur abdomen crève, leur jugulaire se fend –, jusqu’à ce que le silence retombe d’un coup dans la salle. C’est fini. Leurs âmes volent désormais comme des oiseaux dans l’air, légères et rieuses.
Maintenant que la scène est libre, c’est l’heure du spectacle.
Je range mon pistolet dans mon fourre-tout et l’échange contre mon cellulaire. Puis, je vais rejoindre Sid.
— Tu peux aller t’asseoir, lui dis-je en enroulant mes bras autour de son cou et en désignant du menton les sièges vides de la première rangée.
— J’ai hâte de voir ça…, murmure-t-il avant de m’embrasser.
Je le regarde descendre de scène d’un bond et opter pour un fauteuil en plein centre. Puis, il lève ses yeux d’un brun si chaud vers moi. En un éclair, je deviens l’étoile de la danse que j’ai toujours rêvé d’être.
J’allume mon téléphone, active du bout de l’index la fonction de lecture musicale. Je fais défiler les pistes de La Belle au bois dormant de Tchaïkovski et sélectionne le solo de Carabosse.
Cette fois, je me sens capable d’incarner la cruauté du personnage.
Je pose l’appareil tout à l’avant de la scène, à côté de mon sac, et recule dans l’obscurité des coulisses. Les notes jaillissent faiblement, atténuées par la piètre qualité du haut-parleur du téléphone. Rien à voir avec les envolées d’un véritable orchestre. Pourtant, je me sens aussitôt transportée.
Carabosse arrive.
… J’arrive.
J’imagine un mouvement de surprise, de perplexité parmi les danseurs morts autour de moi. Qui est-elle pour oser se présenter sans invitation à la fête donnée pour la jeune princesse Aurore ? Entourée de mes sbires imaginaires qui caressent le sol du bout des doigts en grimaçant, j’entre : je suis Carabosse la maléfique, enveloppée de mes voiles d’ombre, mes cheveux de jais remontés en couronne sur mon front, mon bâton de magie noire à la main.
La musique se fait plus discordante, passant des aigus aux graves. C’est à peine si on la perçoit encore en fond sonore. Je souris aux parents d’Aurore en montrant trop les dents. La beauté et la majesté de mes gestes ne parviennent pas à empêcher mes proies de frémir. Je vole vers l’enfant nouvellement née ; les gentilles fées s’interposent, me font la révérence pour tenter de m’apaiser. Mais ma rage est trop profonde. Mon dépit déforme mes traits. Je repousse les indésirables et donne libre cours à mon ressentiment.
Magnifique, je suis l’incarnation même de la colère.
Mon bâton s’élève et devient le fuseau avec lequel Aurore se piquera un jour le doigt. La musique devient sautillante, affolée. Les notes s’enchaînent rapidement, toujours plus vite, la vengeance jaillit, la haine éclate.
Puis, le silence : le mauvais sort est jeté.
Je tiens Aurore dans le creux de ma main. Il n’y a plus rien à faire pour elle, pour tous les autres. C’est fichu.
Et moi, je me dresse au centre de la scène, triomphante.
Les applaudissements éclatent. Sid est debout avec une expression admirative sur le visage. Je m’incline, remplie de gratitude. Envers lui qui m’a réveillée de mon long et pénible sommeil, envers la Chlorolanfaxine qui m’a permis de devenir si forte, envers cette scène sur laquelle je viens enfin de vaincre mes démons.
Je suis extatique.
— Alors, c’était bien ? demandé-je à Sid en me laissant tomber en bas des planches.
— « Bien » ? répète-t-il. C’était magnifique, Sarah ! Je n’en reviens pas !
Je souris, aux anges, les pommettes enflammées. Je plaque ma paume sur son torse et le repousse dans son fauteuil. Puis, je grimpe sur ses cuisses en dénouant la délicate ceinture de ma robe.
— Qu’est-ce que tu fais ? veut-il savoir, joueur.
J’écrase son poignet gauche sur l’accoudoir du siège et l’y attache avec le ruban de satin. Je défais ensuite sa ceinture cloutée et la glisse hors des ganses de son pantalon. Elle s’enroule autour de son autre poignet, le maintenant bien en place.
— Tu aimes t’amuser avec des menottes, non ? dis-je d’un ton taquin. Je m’arrange avec ce que j’ai sous la main.
J’attrape son visage et me jette sur sa bouche. Je saisis sa cravate, me bats avec pour en défaire le nœud trop serré. Le tissu me glisse entre les doigts, abdiquant enfin. Je la laisse pendre sur les épaules de Sid et m’attaque ensuite aux boutons de sa chemise. Cloué à son fauteuil, mon amoureux ne peut rien faire d’autre qu’attendre, goûtant à ma peau du bout de la langue. Il grogne, fébrile. Et soudain, dans un élan de désir incontrôlable, il avance la tête un peu plus et me mord à la base du cou.
Je lâche un petit cri.
Et tout bascule en moi.
Ma vue s’obscurcit. Mon pouls explose. On m’agresse ? Mais je ne suis plus faible : c’est moi le prédateur, désormais !
J’agrippe les deux extrémités de la cravate, les croise et me mets à serrer autour du cou de Sid aussi fort que je le peux. Un gémissement. Il darde des yeux ahuris sur moi. Meurs, salaud !
— S… Sar…, crachote-t-il, le souffle coupé.
OH, MON DIEU… QU’EST-CE QUE JE SUIS EN TRAIN DE FAIRE ?
— Aaaaah !
Prenant conscience de mon geste, je lâche la cravate et me lève d’un bond. Je recule sur mes jambes flageolantes jusqu’à ce que mon dos vienne s’appuyer sur la base de la scène. Sid tousse à quelques reprises. Son visage a pris une teinte rouge. Sa respiration, d’abord horriblement saccadée, retrouve peu à peu un rythme normal.
OH, MON DIEU, J’AI FAILLI LE TUER !
— Sarah…, dit Sid de sa voix trop rauque, c’est correct… Tout va bien…
Non, ça ne va pas du tout. Je me hisse sur les planches, entre lesquelles coulent des rigoles de sang. Mon fourre-tout est là, posé sous la lumière d’un projecteur. Je me précipite vers lui, fouille à l’intérieur.
— Sarah, qu’est-ce que tu fais ? s’inquiète Sid derrière moi. Je ne suis pas fâché !
Je déballe le paquet de tissu sur mes genoux. Mon couteau apparaît. Aussi pointu que le fuseau avec lequel Aurore se pique le doigt.
— C’est ma faute…, continue Sid. Je n’aurais pas dû te mordre, je ne sais pas ce qui m’a pris… Reviens ici, s’il te plaît ! Détache-moi !
J’arrache mes bracelets pendant qu’il continue de me supplier. Mes cicatrices ne se sont jamais complètement effacées. Je les examine : elles palpitent, gorgées de vie. Je dois en finir.
Car j’ai failli détruire la seule belle chose qui me soit arrivée de toute mon existence. Ça ne se reproduira pas.
Tout doucement, je dépose la lame sur ma peau et entaille mes veines d’un geste expert.
— Sarah ! Ne fais pas ça !
Je transfère mon couteau d’une main à l’autre et tranche la chair de mon deuxième bras en suivant les marques que j’y ai laissées trois ans plus tôt. La poignée de bois glisse de ma paume rendue visqueuse par l’afflux de sang. Des ruisseaux écarlates se déversent de mes veines ouvertes. Je me sens légère, de plus en plus légère.
Et en même temps si lourde…
Je me couche sur le côté. Mes cheveux vont se mêler à ceux de la fille qui m’a donné ses chaussons. Je vois des ombres danser près de moi… Les hurlements de Sid me parviennent, de plus en plus lointains.
Je ne veux plus le tuer.
Je l’aime.
Je me sens emportée par les eaux noires d’un gouffre trop familier. Autrefois tumultueuses, elles me semblent désormais plus tranquilles.
Presque tendres.
Je suis libre.
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