Cobayes, Sarah et Sid

Eve Patenaude · Chapitre 27 sur 35

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Cobayes, Sarah et Sid

Mercredi 23 septembre – Sid

Mercredi 23 septembre

 

SID

 

Je suis Simon-David Cain.

Avant, j’étais un bon gars rempli de remords, qui avançait de peine et de misère en traînant le cadavre de son meilleur ami. Maintenant, je suis… libre.

Et ceux qui s’approchent un peu trop de moi prennent le risque d’aller rejoindre ce bon vieux Charlie.

Sarah avait raison. C’est trop tripant. Et j’en suis encore plus convaincu depuis que nous sommes retournés chez AlphaLab pour notre troisième injection, avant-hier. Depuis, je suis sur un high d’adrénaline en permanence.

Le Chic Station est bondé, ce soir. C’est mon premier jour depuis mon petit congé forcé. J’ai manqué une semaine. Je ne sais pas si c’est à cause de cet arrêt ou de ma métamorphose que je me sens aussi décalé par rapport à mon travail, aujourd’hui. Tout le monde me tape sur les nerfs. J’ai envie de balancer les plats qui sortent des fourneaux à la tête des cuisiniers, d’étirer la jambe pour faire trébucher Marc quand il passe près de moi avec ses assiettes posées en équilibre sur ses avant-bras, de planter un couteau à steak dans la gorge des clients qui font la gueule parce que leur épouse me dévore des yeux. Par je ne sais quel miracle, malgré la brillante absence de mon « service attentionné » habituel, les femmes semblent davantage hypnotisées par ma personne qu’avant.

Ça va être trop facile.

 

Minuit moins deux. Plus qu’un groupe de clientes à faire payer. Je glisse sa facture à l’une d’elles alors qu’elle s’accoude au comptoir, près de la caisse. Elle jette un œil au montant, puis elle se mord la lèvre avec un air émoustillé.

Au bas du reçu, j’ai inscrit : « Attends-moi seule devant le salon de coiffure, un coin de rue plus bas. Je te rejoins à minuit quinze, après la fermeture. »

Elle me tend sa carte de crédit et passe une main dans ses longues boucles cuivrées.

— Tu viens prendre un verre avec nous, Alex ? lui demande une de ses copines. Il y a un chouette bar à deux pas d’ici.

— Naaan, je vais rentrer. Je suis épuisée.

Elle reprend sa carte avec un sourire dans ma direction. Puis, elle me tourne le dos et rejoint les autres filles du groupe.

Elles papotent encore un moment avant de passer la porte, laissant les lieux déserts. Il était vraiment temps que ça finisse. Mais, au moins, j’ai eu ce que je voulais…

Prétextant un mal de tête, je m’enfuis du resto dès que je le peux pour échapper à mes collègues, qui veulent qu’on se dévisse une bière pour fêter mon retour. Je traverse la rue, longe les devantures des boutiques. Protégée de la pluie fine par un auvent, la fille m’attend, appuyée contre la vitrine du salon de coiffure.

— Salut, lui dis-je.

— Hé !

Elle s’approche de moi, le regard aguicheur.

— Tu restes loin d’ici ? Je n’ai pas envie d’être trempée.

— On va prendre un taxi.

Je me tourne vers la rue. C’est l’une des artères principales de la ville ; les taxis s’y relaient toutes les deux minutes maximum. Je lève la main pour héler le premier qui apparaît. La fille se pend à mon flanc.

— Moi, c’est Alexandra.

— Simon-David, dis-je sobrement pour m’identifier à mon tour.

— Je sais, fait-elle en souriant. Tu t’es présenté en nous apportant les menus, au resto…

Ah ouais.

Nous grimpons dans le taxi, refermons la portière sur nous. Dès que j’ai informé le conducteur de notre destination, elle repousse mon capuchon mouillé par la pluie et m’oblige à tourner la tête vers elle. Sa langue s’enfonce entre mes lèvres. Je réponds à son baiser avec férocité. Ma main se glisse entre les pans de sa veste, palpe le tissu satiné de sa blouse et lui agrippe un sein. Sa bouche dérive vers ma nuque. Je serre les dents en écrasant mon visage contre son épaule. Calme-toi, Sid, calme-toi…

Le véhicule s’arrête.

— C’est bien ici ? demande le chauffeur.

Alexandra s’écarte pour me permettre de fouiller dans ma poche.

— Ouais. Merci, dis-je en payant les quelques dollars de la course.

Nous nous extirpons vite de l’habitacle et j’entraîne ma conquête vers les portes vitrées de l’immeuble. Nous montons au deuxième étage, puis je l’invite à entrer dans l’appart. Comme prévu, Sarah n’est pas encore rentrée du cinéma.

Je retire mon coton ouaté humide ; Alexandra, sa veste et ses chaussures. Sans ses talons hauts, elle est presque aussi petite que Sarah. Je n’ai aucune difficulté à la soulever et à la transporter dans la chambre. Elle a verrouillé ses bras autour de mon cou ; nos langues ne se lâchent plus.

Une fois que je l’ai allongée sur le matelas, je me place au-dessus d’elle.

— T’as des condoms, dis ? demande-t-elle, haletante.

— Pas besoin.

— Tu es bien beau, Simon-David, mais je ne te connais pas… Je n’ai pas envie de pogner une cochonnerie. J’ai toujours ma réserve avec moi ; donne-moi deux secondes pour aller chercher mon sac à main.

Elle l’a laissé dans l’entrée. Au moment où elle se lève, je la repousse en l’embrassant.

— Attends un peu, lui dis-je.

J’étire la main vers la table de chevet.

— Il me semblait, aussi, que tu devais avoir ça pas trop loin…, souffle-t-elle, satisfaite.

Mais ce n’est pas un condom que je sors du tiroir. Deux claquements métalliques, et son poignet est prisonnier des menottes et attaché à un barreau du lit.

— Oooh, tu es ce genre de mec…, fait-elle en se tortillant de plaisir sous mon corps. Super, j’adore ça ! Mais, sérieux, il faut vraiment que tu mettes un condom.

— Pas besoin, j’ai dit.

C’est ce moment que choisit Sarah pour faire irruption dans la pièce. Je ne l’avais pas entendue rentrer. Elle nous considère un instant, abasourdie, puis elle explose.

— Espèce de salaud !

— Sarah, relaxe. Ce n’est pas ce que tu cr…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase ; elle se jette sur moi. Je penche la tête sur le côté afin d’éviter sa gifle, empoigne ses avant-bras pour la maîtriser.

— Mais veux-tu bien te calmer ! vociféré-je en broyant ses poignets entre mes doigts.

— Sale merdeux ! Tu ne peux pas passer cinq jours sans te vider les couilles, hein ! Cinq foutus petits jours dans un mois entier !

— Ça n’a rien à voir, Sarah… Attends un peu que je t’explique !

Elle se débat comme une furie. D’un coup de dents, elle déchire le col de mon chandail et me fend la peau de l’épaule.

— Hé, c’est quoi, l’affaire ? se plaint la fille dans le lit. Tu as une blonde ?

— Ouais, il a une blonde, salope ! grogne Sarah en guise de réponse.

— Comment j’aurais pu savoir ? Il ne m’a rien dit !

— Voulez-vous bien arrêter, toutes les deux !

Je saisis le bas du visage de Sarah d’une main et l’oblige à me regarder.

— C’est un cadeau…, murmuré-je alors, pantelant. Pour toi…

— Un cadeau ?

— Ouais. Il fallait bien que j’en mette un peu pour la convaincre de me suivre jusqu’ici.

La surprise remplace la colère dans les yeux de Sarah. Elle se décrispe un peu.

— Je peux te lâcher ?

Elle acquiesce et jette un coup d’œil à Alexandra, qui s’est recroquevillée contre la tête du lit.

— Tu sais, moi, les filles, ça ne m’excite pas trop…, fait Sarah, hésitante.

— Quelqu’un peut me détacher ? geint la captive. Je ne trouve pas ça drôle… Je veux m’en aller !

Je l’ignore et ordonne plutôt à Sarah :

— Va chercher ton sac à main.

— Mais pourqu…

— Va le chercher, répété-je.

Son regard s’éclaire soudain. Je crois qu’elle a enfin compris. Lorsqu’elle revient avec son fourre-tout entre les bras, elle exhibe son demi-sourire que j’aime tant.

— Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? s’écrie la fille en remuant parmi les oreillers.

Lorsque je prends le sac et en extirpe le couteau, Alexandra perd les pédales.

— NON ! Non, s’il vous plaît ! C’est une blague, hein ? Laissez-moi m’en aller !

Sarah referme les doigts sur le manche du couteau tandis que je m’approche de notre invitée.

— Simon-David, je t’en prie ! Détache-moi !

Je me penche à quelques centimètres de son visage avec mon sourire le plus charmeur et lui enfonce un bas dans la gorge, si profondément qu’elle en a un haut-le-cœur.

— Ouais, toi aussi, tu me donnes envie de vomir, sifflé-je durement, avec tes manières de pute et ton maquillage vulgaire. J’ai bien failli t’étrangler en chemin, sauf que je te réservais à ma copine…

— Mon Dieu, c’est vrai qu’elle est tartinée comme un clown…, approuve Sarah.

Le couteau tourne entre ses doigts comme le bâton d’une majorette. Elle grimpe sur le matelas, rampe jusqu’à nous. Alexandra pousse un gémissement traqué et recule un peu plus contre les barreaux, sa main libre battant l’air devant elle pour empêcher Sarah de la toucher. Je défais ma ceinture et m’en sers pour ligoter son bras, saisi au vol, à l’une des tiges de métal.

Sarah s’agenouille devant Alexandra, penche la tête sur le côté avec espièglerie, comme une enfant.

— Alors, on regarde sous ce maquillage pour voir s’il cache un vrai visage ?

Elle lève sa lame et l’applique sur la joue gauche de sa proie. Nouveau gémissement, plus aigu, plus long. Une galette de peau tombe sur la couette, la tachant de sang. Le mascara coule sous les yeux imbibés de larmes d’Alexandra et, d’un côté, va se perdre dans le trou suintant sculpté par le couteau.

— Tu es le genre de fille qui doit se maquiller pour mieux s’accepter, c’est ça ? suppose Sarah. Il faut que tu te caches derrière un mur coloré, que tu fasses oublier ton insignifiance, ton existence misérable ? Chuuuut, tout va bien aller… Je vais t’aider à arracher ce masque…

Sous mon regard spectateur, Sarah se met à l’œuvre et lui épluche l’autre joue, lentement, avec la précision d’un chirurgien. Les cris étouffés fusent en continu de sous le bâillon, imitant les exclamations de jouissance de mes anciennes conquêtes. Demain, si je croise le voisin, il va encore me jeter des regards envieux…

— Tu veux essayer ? me demande Sarah.

— Je te l’ai dit tantôt : c’est un cadeau. Juste pour toi.

Elle est si jolie, avec ses yeux bleu clair étincelants et son arme enduite de sang au bout des doigts…

Sarah laisse sa victime un instant et vient envelopper mon cou de ses bras. Le manche de son couteau frôle la morsure qu’elle m’a faite, et la douleur qui me chatouille alors me remplit de délices.

— Merci, Sid…, chuchote-t-elle à peine assez fort pour couvrir les geignements d’Alexandra. C’est un super cadeau.

Ses lèvres embrassent les miennes. Je soulève l’ourlet de son t-shirt pour caresser sa peau frémissante. Ses jambes s’enroulent autour de ma taille et j’attrape ses cuisses pour la retenir contre moi.

Sarah est en train de me dynamiter.

Elle éclate alors d’un petit rire amusé.

— Tantôt, je m’occupe de toi, promis, dit-elle en pointant son couteau sur ma poitrine. Pour l’instant, j’ai cette demoiselle à satisfaire.

Elle retourne auprès de celle-ci.

— Ça va aller, ma belle, la rassure-t-elle d’une voix remplie de compassion. Je vais t’aider à te libérer de cette vie de merde. T’enlever ce masque n’était que le début. Attaquons-nous maintenant à ton costume de scène…

Alexandra tourne vers elle ses yeux mouillés. Son regard brillant exsude autant de terreur que… de gratitude.

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Jeudi 1er octobre

 

 

SARAH

 

Je pousse la porte vitrée de chez AlphaLab et Sid entre à ma suite. Je lui laisse le soin d’annoncer notre arrivée à l’accueil tandis que je me dirige d’un pas lourd vers la salle d’attente.

Le monde entier m’énerve aujourd’hui. Je veux ma dose. Maintenant !

Accroupie en plein milieu du chemin, une fille est en train de ramasser quelque chose par terre. C’est la grande blonde que j’ai vue le jour de notre première injection. Je la contourne en me retenant pour ne pas lui décocher un coup de pied. J’entends Sid lui demander pardon en passant près d’elle.

— Pourquoi tu t’excuses, Sid ? craché-je lorsqu’il me rejoint.

— C’est la moindre des choses, j’ai failli lui marcher sur la main ! riposte-t-il à voix basse.

— Ne viens pas me faire croire que tu as dit ça pour être poli ! Tu la dévorais des yeux avec un filet de bave au bord des lèvres… Avoue donc que tu lui sors ton charme de serveur attentionné pour pouvoir te la faire quand j’aurai le dos tourné !

— Merde, ce que tu peux être chiante quand tu t’y mets, Sarah !

Il se laisse tomber dans l’un des fauteuils blancs en croisant les bras sur sa poitrine, furieux. Je m’assois à côté de lui. J’ai la fille dans mon champ de vision. Après un regard vers nous, elle se relève et va s’accouder au comptoir d’accueil. « Mademoiselle Wes », qu’elle s’appelle, d’après ce que j’entends lorsque la réceptionniste s’adresse à elle. Elle est vraiment trop jolie, la miss Wes, avec ses cheveux blonds et sa taille élancée. Elle me fait penser à cette fille que j’ai éventrée… Laurie. J’aurais bien envie de lui enfoncer mon couteau dans l’estomac, à elle aussi, avant qu’il lui prenne l’envie de me voler mon copain, comme l’autre.

Miss Wes vient nous rejoindre dans la salle d’attente et se met à se grignoter les ongles, en jetant de temps à autre un coup d’œil à mon amoureux. Pour qui elle se prend, cette garce ? Je vais lui faire avaler ses doigts un à un ! Lorsqu’elle se met à déshabiller franchement Sid du regard en salivant, je pète un plomb.

Je m’élance vers elle et lui envoie une gifle en plein visage.

— Hé, ce mec, il est à moi ! Alors fous-lui la paix, salope !

Je l’attrape par les épaules et la secoue, histoire de lui replacer les yeux en face des trous. Je vais lui montrer ce qui arrive à celles qui font de l’œil à Sid ! Mon poing va s’écraser sur sa joue avant qu’elle se décide à se redresser pour me repousser violemment.

— C’est quoi, ton problème, la folle ? ! lâche-t-elle en me postillonnant dessus.

Et elle me traite de folle en plus ! Je me jette à nouveau sur elle et agrippe ses beaux cheveux dorés d’aguicheuse pour les lui arracher. Un cri de douleur lui échappe. Mais elle se débat et réussit à saisir mon cou entre ses paumes, et serre, serre… jusqu’à ce que… j’é… j’étou…

Je lâche sa crinière et tire sur ses doigts. Je tente de les écarter, cherchant mon air. Elle s’écrase un peu plus sur moi, penche la tête vers mon oreille droite… et mord dedans à belles dents.

Je hurle et, fouettée par une décharge d’adrénaline, la fais tomber à la renverse.

Je vais la tuer ! Debout au-dessus d’elle, je serre les poings, prête à lui éclater la tête à mains nues… lorsque je me sens brusquement tirée vers l’arrière.

— Calme-toi, Sarah, tu es blessée, dit Sid en comprimant mes bras dans mon dos.

Du sang coule de mon oreille, le long de mon cou, et inonde le col de mon chandail.

— Lâche-moi ! répliqué-je en donnant des coups de pied dans le vide. Je veux lui faire la peau !

— Je sais, oui. Mais tu t’es assez défoulée, là. Ça suffit.

— Personne n’a le droit de te reluquer comme elle l’a fait !

— Oui, oui, on a compris…

Deux gardiens de sécurité s’avancent alors tranquillement vers nous, comme s’ils n’avaient que profité du spectacle jusque-là. Ils aident Sid à me maîtriser en m’attrapant chacun par un bras.

— On s’en occupe, monsieur Cain.

Puis, s’adressant à moi :

— Le docteur Williams vous attend dans son bureau, mademoiselle Faust.

Sid se rassoit avec un soupir las. Je me retourne pour affronter une dernière fois ma rivale du regard, mais elle n’est plus là. Elle s’est enfuie.

Hé, hé… J’ai gagné ! Mais j’aurais ressenti une plus grande satisfaction si j’avais pu lui enfoncer mon couteau dans le ventre…

Les gardes ne desserrent pas leur poigne avant que je sois assise devant le docteur Williams.

— Bien le bonjour, mademoiselle Faust ! lance celui-ci avec bonhomie. Comment allez-vous aujourd’hui ?

— Super, grogné-je.

— Oh, je sens que vous êtes remplie de sérénité ! répond-il en s’esclaffant.

Je vais le tuer, lui aussi.

Une infirmière s’avance avec sa seringue dans la main. Elle ne passe aucune remarque sur le sang qui macule mon visage, mon cou et mon chandail du côté où elle me fait l’injection, mais, une fois celle-ci terminée, elle va fouiller dans son matériel pour panser ma plaie à l’oreille. Je me laisse faire, frémissante. L’un des deux gardiens est resté et s’est posté devant la porte fermée. Il me fixe de ses petits yeux de porc, les bras croisés derrière le dos.

Le doc continue avec ses questions.

— Dites-moi… est-ce que les effets secondaires que vous aviez mentionnés à votre dernière visite se sont estompés ? Vous aviez parlé d’étourdissements…

Ouais, j’avais dit un peu n’importe quoi pour éviter qu’il ne me reparle de mon « irritabilité », dont Sid s’était plaint.

— C’est mieux. J’ai moins souvent mal à la tête. Les deux doivent être reliés.

— C’est possible, en effet.

Il note quelques mots dans mon dossier.

— Maintenant, parlez-moi donc de votre agressivité.

Je me renfrogne.

— Je vous ai entendues crier, mademoiselle Wes et vous. Ça ne semblait pas très amical !

Il se met à glousser. Quant à moi, je serre les mâchoires.

— Que s’est-il passé pour qu’on soit obligé de vous amener jusqu’à mon bureau sous escorte ? poursuit-il en me dévisageant avec curiosité.

Je jette un coup d’œil hargneux au gardien de sécurité. Merde, il ne me lâche pas des yeux, ce sale pervers !

— Votre « mademoiselle Wes » reluquait mon copain avec un peu trop d’insistance…

Je sens le regard luisant de convoitise du garde glisser sur mon corps… Non mais, ça va faire !

— … exactement comme celui-là le fait !

Je bondis de mon siège et me jette toutes griffes dehors sur l’homme en uniforme noir. Il rêvait que je lui saute dessus ? Eh bien, voilà sa chance ! Je le vois diriger la main vers le pistolet électrique suspendu à sa ceinture, mais il n’a que le temps de dégrafer l’étui que je suis déjà agrippée à son bras. D’un coup de genou, je catapulte l’arme à l’autre bout de la pièce. L’infirmière pousse un petit cri de surprise lorsqu’elle la frôle.

Je parviens à me hisser dans le dos du gardien. J’enroule mes jambes autour de son bassin et tiens sa tête coincée dans le creux de mon bras. Il tourne sur lui-même pour tenter de se défaire de ma prise. Si seulement j’avais mon couteau, je lui ferais sa fête ! Mais mon sac est resté par terre, dans la salle d’attente. Emportée dans la ronde de l’homme, j’aperçois l’expression du visage du docteur Williams. Il sourit, amusé. Tout le contraire de ce que j’aurais imaginé dans une telle situation… Quel bouffon, ce crétin !

Le garde réussit finalement à m’empoigner par la taille et m’arrache à lui. Je lui envoie un coup de pied au passage, avant d’aller heurter le mur violemment. Il se penche vers moi, m’écrase les coudes dans le dos, sans ménagement. Je suis neutralisée. Merde, on commençait tout juste à s’amuser !

— Parfait, dit le docteur Williams à voix basse, comme s’il se parlait à lui-même. Celle-là réagit très bien.

Je me débats encore un peu entre les mains du gorille, pour la forme, car je sais que c’est inutile.

— Ramenez-la dans la salle d’attente, dit encore le doc. Je souhaiterais voir monsieur Cain, maintenant. Oh ! mais gardez un œil sur elle jusqu’à ce qu’elle quitte le bâtiment, je vous prie. Nous avons eu assez de démonstrations de force pour aujourd’hui.

— Bien, docteur, acquiesce le gardien de sécurité.

L’infirmière lui ouvre la porte du bureau.

— Au revoir, mademoiselle Faust ! me lance le docteur Williams. J’espère que votre journée se terminera de façon aussi survoltée qu’elle a commencé !

Et il éclate de son gros rire d’imbécile.

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