...Et justice pour tous

Michaël Mention · Chapitre 12 sur 59

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...Et justice pour tous

Chapitre 9

9

 

Paris,

Trois jours plus tard.

Les Who, Pink Floyd, Barclay James Harvest… j’ai apporté tous mes CD. Et c’est du lourd, tellement lourd que je me suis ruiné le dos. Une heure que je suis sur cette chaise, pendant que Yann convertit ma musique en MP3. En attendant, je subis son groupe préféré. Là, c’est The Advent of Panurge, hommage rock à Rabelais :

« Rest awhile, call me your friend !

Please stay with me I’d like to heeeelp ! »

Et finalement, pour une fois, je trouve ça pas mal. Je me baisse – aïe, mon dos ! – pour saisir mon verre. Je le termine, récupère la bouteille :

– Je te ressers ?

– Non, merci. J’en ai déjà bu deux et je passe au JT ce soir.

– Ce sera sur quoi ?

– Pédophilie.

– Belgique ?

– Pas cette fois. Là, c’est du côté de « chez toi ». T’es pas au courant ?

– Non. Où ça ?

– Queensbury. Les anciens pensionnaires d’un orphelinat…

– Le St Ann’s ?

Il acquiesce, enclenche un autre CD. Je remplis à nouveau mon verre :

– C’est une institution. Ça doit jaser, au pays.

– On a découvert des salles de torture, des os et des dents de lait.

– Merde. Ils ont des pistes ?

– Un prêtre a été interrogé. Tu connais le flic, c’est Cooper.

– Ah. Eh ben, il a hérité d’une sale affaire…

Je songe à Clarence, puis à sa fille. Amy, dont j’ai enfin reçu la lettre avant-hier. Relue six fois, déjà. Le dernier CD chargé, Yann connecte mon lecteur MP3. Bientôt, j’irai faire les courses en écoutant MA musique grâce au cadeau de MA filleule. La voix de Yann interfère dans mes pensées :

– En plus de tes CD, je t’ai mis du Muse. Tu vas voir, c’est sympa.

– Je connais et j’aime pas. Au fait, j’ai reçu la lettre d’Amy.

– Ah, ben voilà !

– Mm. Elle va jouer du piano à la fête de l’école. Je suis fier d’elle, tellement.

– Il faudra que tu ailles la voir, un jour.

– Tu sais combien coûte l’Eurostar ?

– Ton billet, je te le paie quand tu veux. Le problème, c’est que t’as pas les couilles de partir. Qu’est-ce qui te fait peur ? La voir ou rentrer au pays ?

La réponse, il la connaît. Par conséquent, sa question n’est destinée qu’à me bousculer, ce qu’elle parvient à faire. J’avale deux gorgées et je réplique :

– T’as décidé de me faire chier, aujourd’hui ?

– Tu me parles toujours d’Amy. Je comprends que ce soit dur pour toi de retourner là-bas, mais… t’as son numéro, tu pourrais au moins l’appeler.

– Pour lui dire quoi ?

– Tout ce que tu me dis depuis quatre ans.

– Mm. De toute façon, je n’ai pas de téléphone.

Il ouvre le tiroir de son bureau, sort l’un de ses portables professionnels – un Nokia – et me le lance. Je l’attrape à deux mains, réflexe dont je m’étonne :

– Merci, mais je ne peux pas accepter.

– Mais si. Et vas-y à fond, je suis en illimité pour l’Angleterre.

– Yann…

– Ça me fait plaisir.

– Et si tu en as besoin ?

Il ne répond pas, occupé à démêler le fil du chargeur. Il l’enroule, le pose à côté de mes CD et – « Voilà ! » – retire le lecteur MP3. Moi, je sanglote derrière mes mains.

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