...Et justice pour tous

Michaël Mention · Chapitre 52 sur 59

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...Et justice pour tous

Chapitre 49

49

 

Énième jour.

Mouches toujours.

L’une d’elles se pose sur la table, entre deux bouteilles vides. Elle frotte ses pattes avant avec insistance, elle manigance quelque chose. Sa stratégie pour accéder à son apéritif. Affalé sur la chaise, je la regarde se déplacer par à-coups en direction d’une goutte de whisky. Elle s’y arrête, agite sa petite tête et ses gros yeux, puis se décide à faire le plein. Je la crame avec ma cigarette.

« … funérailles de Margaret Thatcher demain, à Londres. Des centaines de personnalités sont attendues comme Joan Collins, sir Jim Sorville, Johnny Wing… »

Le flash info couvre son agonie. Son corps se ratatine, collé à l’extrémité de ma clope. Là, je la remets entre mes lèvres. Je tète le filtre, fumant ce qu’il reste de cette putain de mouche. Liam trouve ça dégueulasse, il me le signifie d’une grimace. Il se remet face à la fenêtre et, pistolet à la main, observe le dehors.

Yann boit un café à côté de l’imprimante, où les feuilles s’accumulent. Il y en a beaucoup, notre dossier est épais. Très épais. Et surtout, il est bouclé. Notre trésor, accompli en un temps record. L’intégrale « Sorville and Co », sur lesquels nous sommes désormais incollables. Même Liam, qui n’était pas né quand Witcliffe s’est fait coffrer, connaît ce dossier par cœur jusqu’aux noms des victimes, leur ordre.

Bientôt, Amy, George, Barbara et Janice seront vengés. Leurs bourreaux opéraient dans l’ombre, ils se consumeront sous les projecteurs.

« … hommages à travers le pays jusque dans notre région, pourtant marquée par ses réformes. Ainsi, le père Tom célébrera une messe au St Ann’s Orphanage… »

En attendant, Clarence relit sur le PC pour s’assurer qu’on n’a rien oublié. Que les infos sont claires, irréfutables. Tout est sur la clé USB, mais on imprime quand même un exemplaire. Notre joker. J’écrase ma cigarette :

– Alors ?

– Tout se recoupe : St Ann’s, Broadmoor… et pour Blunkett, même sans preuves, sa trahison suffit à poser les bases du chantage.

– J’espère.

– T’inquiète, on va tous les faire tomber.

Clarence a parlé sans me regarder. Peut-être que lui non plus ne croit pas à l’impact de ce dossier. Peut-être que personne ici n’y croit. Peut-être qu’il y a trop de « peut-être » dans ma vie et qu’il est temps d’y ajouter du concret. Je me ressers un verre, avale trois gorgées.

« … rassemblements anti-Thatcher également prévus à Leeds, Bradford et Halifax. Les autorités sont d’ores et déjà… »

– Bon, on fait comment ?

– Comme prévu, répond Yann, je file tout à mon pote de la BBC.

– T’es sérieux ?

– Je le connais, j’ai une confiance totale en lui.

– Pas moi, tranche Clarence.

– Clarence, je te jure que…

– Admettons que ton pote soit clean. Crawford est toujours en poste. Tout passe par lui, il sera au courant. Il faut un autre moyen pour faire éclater l’affaire.

Yann s’en remet à moi, je lui signifie mon soutien à Clarence. Il se tourne vers Liam, toujours de dos. Les mouches se réapproprient l’instant, me rappelant que nous ne sommes que des intrus ici.

« … décès d’Orlando Caine au volant de son véhicule. Les premiers éléments feraient état d’un suicide, le maire ayant été impliqué dans le scandale qui… »

La nouvelle surprend Liam et Clarence. Moi, elle me glace. Mort. Caine est mort. L’une des figures emblématiques du Nord. « Suicide », répète la journaliste au cas où je n’aurais pas compris. Je n’y crois pas, grignoté par une tristesse improbable. Je n’ai jamais apprécié ce gros con et pourtant, j’ai de la peine pour lui :

– Merde !

– Ne me dis pas que tu le regrettes, dit Clarence.

– Non, mais…

– Faut se décider ! On pourrait contacter le Mirror. On file tout au boss de Janice et on lui explique qu’elle nous a aidés. Il mettra le paquet.

La conviction de Clarence devient mienne et celle de Yann. Nos regards convergent vers Liam. Il doit les sentir puisqu’il se retourne :

– OK, je vais à la rédaction.

– Pourquoi toi ? demande Yann.

– T’es trop célèbre. T’es un aimant à médias.

– Justement, ça peut nous servir.

– Ou se retourner contre nous. Yann, on n’est pas à Paris. La presse d’ici, c’est une mafia. Avant de publier, en admettant qu’ils le fassent, ils enquêteront sur toi. Ils remonteront à Mark et ta crédibilité sera foutue, comme tous nos efforts.

« … affaire aux multiples rebondissements. En effet, le détective Liam Maverick est à son tour recherché dans la région par les autorités… »

Liam se décompose sur place. Il s’approche de nous, le Sig Sauer tremblant :

– Non ! NON !

– T’aurais dû aller bosser. Ça a dû paraître louche.

– Je ne me sentais pas… depuis hier, je pense à Malone.

– On l’a tous vu crever et ça ne nous a pas empêchés de continuer à bosser.

– Mais c’est moi qui l’ai tué ! À CAUSE DE TOI !

Clarence se lève et brandit son poing. Yann le retient, l’oblige à se rasseoir. La tension retombe en ballon crevé. Je fume en repensant à Caine, quand Yann poursuit :

– Puisque aucun de vous ne peut sortir, c’est moi qui irai au Mirror.

– Non. Ils sauront vite que t’as vu Witcliffe et…

– C’est mon job de rencontrer les tueurs !

– Et si on postait le dossier et la clé ?

– Pour qu’ils se perdent ? dis-je enfin. On n’a qu’à tout envoyer par mail.

– C’est ça. Pour que des « Rees » localisent notre ligne.

« Rees », ce nom me confronte à la connerie que je viens de dire. Jonathan Rees, le privé véreux. Son procès. Son équipe qui a « hacké » des fichiers de la famille royale, Blair ou encore Jagger, et même les enfants de Witcliffe. Tout ça pour le compte du Mirror et de News of the World. Ces deux-là ont dit regretter leur dérive… qu’ils ont depuis affinée, sans aucun doute. Et si la presse peut se connecter à des people surprotégés, elle n’aura aucun problème à le faire avec nous.

– Bref, on est coincés.

– Non, intervient Liam, j’ai une solution.

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