...Et justice pour tous

Michaël Mention · Chapitre 37 sur 59

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...Et justice pour tous

Chapitre 34

34

 

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Swan Hospital,

Chambre 411.

Du pouce, l’infirmier règle le débit de la perfusion. Il ajuste ensuite la tubulure de la sonde alimentaire, insère un thermomètre dans l’oreille, attend en regardant à travers la fenêtre. Sur le parking, toujours la foule. Essentiellement des femmes, avec des pancartes. Insultes et appels à la peine de mort, filmés par tous les médias du pays.

Au « bip ! », il extirpe le thermomètre, note la température sur son dossier et sort, retrouvant l’agent assis à l’entrée. Celui-ci le regarde refermer la porte, puis renoue avec son SMS. L’infirmier rejoint la petite Dr Freiberg en compagnie de Liam et d’Hammett. Ces deux-là étaient assis, ils se lèvent dans une même inquiétude. La médecin-chef, à l’infirmier :

– Alors ?

– C’est laborieux, mais son état s’améliore.

Elle examine le dossier. Tension, bilan sanguin, diurèse… les données se succèdent, commentées par son rictus. Elle lui rend le dossier :

– La réhydratation est en bonne voie. Pour le Diazépam, vous pourrez commencer à diminuer dès demain.

– Bien, docteur.

L’infirmier se retire, après avoir salué Liam et Hammett. Celui-ci s’approche du médecin :

– Quand pourrons-nous l’interroger ?

– Il a besoin de repos. Et quand bien même il serait éveillé, il serait trop affaibli pour parler. Sans compter que nous redoutons un syndrome de Korsakoff.

– Le… ?

– Un risque d’amnésie. Il y a de grandes chances que la vitaminothérapie y remédie, mais son état est critique. Les résultats attestent qu’il ne s’est pas alimenté durant au moins une semaine et, vu son âge, son organisme mettra du temps à récupérer. De plus, il souffre d’alcoolisme chronique.

– Je l’ignorais.

– Nous avons détecté une varice œsophagienne. C’est très grave, d’où l’intervention cet après-midi. Par ailleurs, son sevrage va compliquer son rétablissement.

– Bon… merci, docteur.

– Je n’ai pas terminé. J’attendais d’en savoir plus pour vous en informer : les examens ont révélé une cirrhose au stade avancé.

– « Avancé » comment ?

– Le pronostic vital est engagé.

Liam se rassoit, tête baissée. Hammett, toujours debout :

– Il lui reste combien de temps ?

– Deux mois maximum. Je vous tiens au courant. À plus tard, messieurs.

Ils ne la saluent pas, étant tous deux sous le choc. Hammett se rassoit à son tour, desserre sa cravate. Lui et Liam restent figés, à regarder passer la vie. Leurs yeux roulent de patients en membres du personnel. Hammett s’attarde sur le binôme devant les ascenseurs, pour pallier toute intrusion de journalistes :

– Deux mois… c’est fichu pour le procès.

– Vous croyez vraiment que c’est lui ?

– Il a été appréhendé en présence d’un cadavre sur lequel on a trouvé ses empreintes et son ADN. Que vous faut-il de plus ?

– C’est justement ça qui me gêne. On n’avait rien pour les autres corps, et là…

– Dans la chambre, il y avait deux bouteilles de scotch, dont une vide. Il a fêté sa troisième victime et, heureusement pour nous, il ne s’est pas réveillé.

– « Heureusement pour nous », quelqu’un l’a dénoncé avant d’alerter les médias.

– Tout ce qui compte, pour les femmes du Nord, c’est qu’on tient Burstyn.

Liam soupire. L’ongle de son majeur gauche lui apparaît légèrement noirci. Il le cure avec une méticulosité maladive :

– Donc, selon vous, c’est pour ça qu’il serait revenu ? Pour tuer à son tour ?

– Je vous rappelle qu’il a déjà tué par le passé.

– Oui, un homme. Et au procès, tout le monde a fait état d’une méprise liée à son obsession pour Witcliffe.

– C’est sûrement ce qui l’a conduit à reproduire ces… ces horreurs.

– Désolé, chef, mais je trouve ça trop évident.

– C’est Cooper qui vous a mis ça en tête, je suppose.

Un ange passe, faisant grincer son déambulateur, et Hammett poursuit :

– J’espère que vous ne pensez pas comme lui, à savoir que je me réjouis de tout ça.

– Non, chef.

– Je suis aussi troublé que vous. Je n’aime pas non plus cet appel anonyme, mais les faits sont là : Burstyn a macéré plus de trente ans dans les crimes de Witcliffe et Harris. Peut-être que, se sachant condamné par la maladie, il a pété les plombs.

– En admettant qu’il soit revenu tuer des femmes, pourquoi s’en prendre à un dealer ? Et pourquoi ne s’est-il pas nourri pendant une semaine ?

– Qu’est-ce que ça peut vous foutre ?

– Vu son âge et sans alimentation, je ne le vois pas tuer les deux autres.

– Je ne sais pas. Je suis comme vous, Maverick, j’essaie de comprendre.

Un son provient de l’ascenseur, d’où sortent un homme et une fillette avec des nattes. Liam les regarde s’éloigner, jaloux. La paternité, il y pense de plus en plus. Si l’harmonie se confirme avec Andy, peut-être qu’il lui en parlera un jour. Pas tout de suite, sinon ça risque de le faire fuir. Mais dans pas trop longtemps ; la vie est courte. Cette pensée le renvoie à Burstyn :

– Et ses poignets ? Vous avez vu les marques ?

– Il est devenu alcoolo, vous croyez que c’est parce qu’il est heureux ? Il ne vous est pas venu à l’esprit qu’il ait pu essayer d’en finir ? Vous me fatiguez, Maverick !

– C’est juste que…

– Cooper m’a déjà fait chier avec son complot, alors arrêtez votre parano ! J’ai eu tort de vous faire bosser ensemble, il a déteint sur vous.

– C’est possible, dit Liam en songeant à Clarence…

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Wakefield,

West Yorkshire Police Station.

… cloîtré dans son bureau. Porte verrouillée. Téléphone débranché. Portable en mode « silencieux ». Tant pis pour Ann. Elle a dû lui laisser une dizaine de messages, ne pouvant qu’être informée de l’arrestation du parrain de leur fille. Depuis ce matin, l’info est matraquée dans tout le pays.

Coup d’éclat pour la police, aubaine pour les médias qui n’avaient plus grand-chose à se mettre sous la dent ces derniers temps. Les massacres continuent pourtant en Syrie et la Corée du Nord titille les États-Unis, mais tout ça n’a rien de glamour. En attendant, les rédactions faisaient dans le réchauffé, d’une info sur Camilla à une photo du prince Harry bourré.

Mais aujourd’hui, c’est différent. Après s’être tant dispersés, les chiens aboient de nouveau à l’unisson avec la chanson de « L’ex-superintendant devenu Éventreur ». De quoi les inciter à chercher d’autres rumeurs. Et Clarence le sait : quand on cherche, on trouve. Bientôt, d’autres scandales viendront remplir les caisses des tabloïds – trafics de stup’, recels internes, délits de faciès, interrogatoires violents… la liste est longue ; un anaconda qui s’enroule autour de Clarence et l’étouffe.

Il se lève, sort et traverse le couloir où, pour ses pairs, il est passé de « flic qui a perdu sa gosse » à « ami du tueur ». Il ignore un quidam à l’accueil, puis se rend dans les toilettes. Lavabo. Robinet. Eau glacée ; ses larmes s’y perdent. D’abord Amy, maintenant Mark. L’œil qui mange et ne le lâche plus. Sa peur et sa culpabilité dans laquelle interfère – « Monsieur ? » – une voix masculine. Clarence tourne le robinet et, dans le miroir, reconnaît le quidam croisé à l’accueil :

– Qu’est-ce que vous faites ici ?

– Désolé de vous déranger, mais êtes-vous l’inspecteur Clarence Cooper ?

– Oui. Qu’est-ce qu’il y a ?

– Yann Bourgoin, je suis un ami de Mark.

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