...Et justice pour tous

Michaël Mention · Chapitre 39 sur 59

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...Et justice pour tous

Chapitre 36

36

 

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Thatcher est morte.

C’est arrivé vers 11 heures, au Ritz de Londres, où elle séjournait depuis sa dernière hospitalisation. Un tombeau doré, pour celle qui était née dans un foyer modeste. À l’annonce de son décès, nombreux sont ceux qui n’y ont pas cru : depuis longtemps, elle était devenue un symbole et un symbole ne meurt pas comme les « simples gens ».

Pourtant, il a bien fallu se rendre à l’évidence. Après avoir résisté aux mineurs, aux enseignants, aux Irlandais, aux Argentins, aux pro-Européens et aux membres de son propre camp, la Dame de Fer a fini par tomber de son socle à 87 ans. Un AVC a été évoqué, mais certains y ont vu l’accomplissement d’une attente vieille de quatre décennies. Eh oui, même morte, Thatcher continue de diviser le pays.

Toute la journée, partisans et opposants se sont affrontés par médias interposés. Parmi les premiers, Cameron a salué la mémoire du « meilleur Premier ministre en temps de paix ». William Hague, en charge des Affaires étrangères, est allé plus loin en disant qu’elle avait changé le pays et que chaque citoyen lui devait beaucoup. Sacré William : dès qu’il dit une vérité, il ne peut s’empêcher d’y ajouter une bêtise.

Ainsi, les passions se déchaînent. À Belfast, les murs se couvrent du graffiti « Rouille en enfer » en mémoire des grévistes de la faim morts en 1981. Ici, la haine est plus polie ; le côté « gentleman ». Le travailliste Ken Livingstone a déclaré : « Nos problèmes d’aujourd’hui sont un héritage de sa politique », pendant que Ken Loach a rappelé que Thatcher buvait le thé avec Pinochet et les pontes de l’apartheid. Il a même proposé de privatiser les funérailles, qui se tiendront à la cathédrale Saint-Paul de Londres. Honneur ou scandale, chacun jugera selon ses convictions.

Au-delà de la haine des uns et de la peine des autres, tout le monde s’accorde sur un point : la mort de Thatcher marque la fin d’une époque. Or, le temps est l’ennemi de l’Histoire et, d’ici une vingtaine d’années, l’opinion internationale oubliera la dureté de Maggie comme elle a oublié celle de Reagan. D’ailleurs, le processus de blanchiment a déjà débuté. L’année dernière est sorti un biopic, où le talent de Meryl Streep occulte les réformes impitoyables de l’époque.

« À Maggie ! » dit Sorville en levant son verre.

Dans le vaste salon, Wing et le père Tom échangent un regard dérouté. Le second s’approche de Sorville :

– T’es sérieux ?

– Oui. On lui doit nos meilleurs groupes : Joy Division, les Clash, les…

– On s’en fout ! On n’est pas ici pour parler de la vieille !

– Tu t’inquiètes, Tom ?

– Oui ! Pas toi ?

– Non.

– Tu devrais ! Je te rappelle que Burstyn et Cooper ont disparu ! C’est la merde !

– Attention, tu blasphèmes.

Sorville avale une gorgée de champagne. Dom Pérignon millésime 1928 ; le top après celui de 1921. Cette bouteille-là, il se la réserve pour l’ultime grande occasion. Le père Tom, encore :

– Ne me cherche pas, OK ?

– Arrêtez de flipper. On finira par localiser Burstyn et ce connard de flic.

– Si possible avant qu’ils déballent tout !

– Ils n’ont aucune preuve.

– Pas encore ! Et quand ils en auront…

– … ils seront déjà neutralisés, sourit Sorville.

Il approche de sa baie vitrée, à travers laquelle il contemple les hauteurs de Leeds. Nuit noire, éclairée çà et là par des feux de joie. Célébrations suite au décès de Thatcher. Wing le rejoint :

– Qu’est-ce que t’en sais ?

– Je le sais, c’est tout. Vous vouliez détruire un ancien flic ? Je vous propose mieux : anéantir toute la police du West Yorkshire.

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