...Et justice pour tous
Chapitre 47
47
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Londres.
La mort. Il n’en existe qu’une, mais elle peut avoir plusieurs sens. Pour Thatcher, qui sera enterrée dans deux jours, elle a été un passage de la vie à la légende. Regrettée ou détestée, elle appartient d’ores et déjà à la grande famille des symboles. Aux historiens et générations futures de désacraliser Maggie, pour distinguer la crise dont elle a hérité des injustices qu’elle a commises.
Wakefield.
Pour Oliver Hammett, la mort est professionnelle. Depuis hier, la tempête déclenchée par le Mail on Sunday s’amplifie d’heure en heure, relayée par tous les quotidiens du Nord. Accusé d’avoir couvert son prédécesseur et un inspecteur, il a été contraint par le Home Office de prendre deux semaines de repos. « Minimum », a ajouté Theresa May, ce qui a sonné comme un « Adieu ». Tandis qu’on lui cherche un successeur, Hammett s’est trouvé un avocat qui aura la lourde tâche de prouver son innocence. Le printemps va être long, les prochaines saisons aussi.
Harcelé par les médias, il vit un véritable enfer avec sa famille. Cette tourmente a entraîné bien des conséquences négatives – isolement, rumeurs, réduction du cercle amical – mais l’une d’elles est aussi surprenante que positive : sa réconciliation avec sa fille, bouleversée de le voir ainsi pleurer.
Leeds.
De son côté, Liam connaît la mort psychologique, hanté qu’il est par la mort de Malone. À sa culpabilité s’ajoute le traumatisme de la mort de Janice. Et l’angoisse, depuis qu’il sait que le boss de la BBC est de mèche avec Sorville.
De plus en plus éprouvé, il n’est pas allé travailler ce matin. Hammett, trop occupé avec ses démons, a chargé sa secrétaire de lui téléphoner. Liam n’a pas répondu, de même qu’il n’a pas décroché lorsque Andy l’a rappelé. Il lui manque mais aujourd’hui, Liam ne veut pas aimer ni être aimé. Il n’en a plus envie. Ce qu’il veut, c’est dormir. Il n’y arrive toujours pas, malgré ses somnifères.
Burgh Island.
Le Dr Thomas Greenhill aurait pu connaître la même mise à mort qu’Hammett, mais la sienne n’est que médiatique. Elle n’en reste pas moins violente, puisqu’il est accusé d’avoir dissimulé auparavant l’ADN du « véritable » tueur à l’arbalète. Son avocat lui a assuré que la vérité serait rétablie dans quelques mois, l’origine de ces prélèvements étant pour le moins mystérieuse.
Thomas Greenhill aimerait bien lui faire confiance, mais il est encore trop tôt pour y croire. Pour l’heure, il tient bon. Assailli de micros, il s’en sert pour clamer son innocence et celle de son ami « Mark Burstyn, tout aussi injustement accusé et que la nation reconnaîtra un jour comme l’un de ses gardiens les plus intègres ». C’est ce qu’il vient de dire à un reporter du Times venu l’interroger jusque dans la villa de sa mère, où il se repose.
Bradford.
Il y a également la mort mensongère, celle maquillée en suicides, accidents ou exécutions. L’Histoire ne compte que ça, époques et pays confondus : JFK et sa « balle magique », Anna Politkovskaïa et son « décès nullement lié à Poutine »… les plus célèbres y ont droit, comme les plus anonymes. Malika Ashraf, mariée et mère de trois enfants, est de ceux-là.
La mort, cette musulmane l’avait déjà frôlée au soir du 11 septembre 2001. Attaquée lors d’une émeute, elle était sur le point de se faire violer quand Clarence a tiré sur ses agresseurs. Elle lui en a toujours été redevable et avait fait le choix de ne jamais parler aux autorités. Puis, il y a eu l’article du Mail on Sunday où elle a reconnu les crimes imputés à son sauveur. Choquée, en apprenant que ses agresseurs étaient soi-disant des « témoins gênants tués par l’Éventreur ».
Ce matin, elle s’est donc présentée au bureau de Millgarth pour rétablir la vérité. La presse locale a vite été informée de son témoignage, au point qu’un reporter du Sun l’a contactée. Il lui a donné rendez-vous sur le viaduc d’Huddersfield ; un lieu familier puisqu’il y avait tué Janice quelques jours auparavant. Après avoir étranglé Malika, Keith Harris a jeté le corps de la « suicidée » dans la rivière et est sereinement retourné à sa voiture.
Dewsbury.
Enfin, il y a la mort qui n’est que ça : ni symbolique, ni mensongère, juste la mort dans ce qu’elle a de plus implacable. Les accusations des uns, la suspicion des autres… Caine était assez fort pour affronter ça. De la police à la mairie, il a toujours fait preuve d’un esprit frontal – il faut le reconnaître – souvent synonyme de bêtise.
Oui, Caine était un peu bête au sens d’« opinions trop spontanées avec absence de recul caractérisée ». Il n’aimait pas les gitans, les homosexuels ou encore les Pakistanais et n’appréciait réellement les gens qu’en période électorale. Mais il n’était pas mauvais. Juste trop vieux, de quoi finir par être fragile : ce qu’il n’a pas supporté, c’est que des journalistes creusent son passé et ressortent le procès qui l’avait opposé à son frère au sujet de l’héritage maternel.
Accusé d’avoir spolié sa propre mère, Caine a craqué. Lui, le mégalo au mental de fer, jusqu’alors inébranlable. Après le dîner, il a dit un dernier « Je t’aime » à son épouse, puis il est monté dans leur Porsche. Après bien des miles et des larmes, il s’est retrouvé à Dewsbury et a foncé dans le mur de l’église évangélique. Mort sur le coup.
Ici-bas, il laisse une épouse effondrée, le souvenir d’un ex-bon flic, des électeurs encore plus convaincus de sa culpabilité et une vocation d’écrivain jamais assumée. Adieu Caine.
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