...Et justice pour tous
Chapitre 20
20
14 h 08.
– Allô !
– Chef, c’est Maverick. Je vous appelle de l’aéroport. Aucun « Mark Burstyn » n’a été contrôlé…
– Ah !
– … mais dans le métro, si. À Londres, il y a cinq jours. Son nom a été enregistré dans le fichier des usagers suspects, ce qui a activé celui des ex-taulards.
– Et naturellement, on ne nous a pas prévenus. Ce « Burstyn », il était vieux ?
– Je ne sais pas. J’attends les images des caméras. On les aura demain.
– Bien joué, Maverick.
14 h 26.
– « Bonjour. Vous êtes bien sur la messagerie de Clarence. Je ne suis pas disponible pour l’instant, laissez-moi un message. Merci. »
– Hum… c’est Hammett. Désolé de vous appeler, je sais que vous êtes en arrêt mais… j’ai quelque chose à vous dire… rappelez-moi, merci.
15 h 11.
– Murton, Daily Mirror !
– C’est Janice. Je te dérange ?
– Non. Le boss m’a collé sur le Vatican et j’attends la fumée blanche, comme un con.
– T’es pas tout seul, il y a des milliers de cons avec toi. Je t’appelle pour le Haigy’s : mon pote de la Scientifique m’a appelé, ils ont trouvé l’ADN de Burstyn.
– Le flic ?
– Ex-flic, ex-taulard. La totale, quoi.
– Yeah ! Je vais parler au boss, il y a moyen de faire une « Spéciale Witcliffe » et…
– T’emballe pas, je dois d’abord vérifier.
– T’essaies de m’avoir un truc avant 20 heures ?
– Ça m’étonnerait, mais je te tiens au courant.
15 h 48.
– « Vous êtes bien chez Ann, Clarence et Amy ! Nous sommes absents pour l’instant, mais vous pouvez laisser un message après le “bip” ! »
– Bonjour, c’est Hammett… Cooper, désolé d’appeler chez vous, mais j’ai essayé de vous joindre sur votre portable et… rappelez-moi dès que vous pouvez… courage à vous et votre épouse.
16 h 07.
– Secrétariat du maire, bonsoir !
– Superintendant Hammett. Je veux parler à Caine.
– Je regrette, mais il est déjà rentré chez lui.
16 h 08.
– Allô ?
– Bonjour, madame Caine. C’est le superintendant Hammett, je ne vous dérange pas ?
– Jamais, Oliver. Comment allez-vous ?
– Bien… puis-je parler à Orlando, s’il vous plaît ?
– Je vous le passe.
Quelques minutes après, Caine raccroche et traverse son salon en direction du fauteuil. Il s’y laisse tomber, enfonçant sa centaine de kilos. Son surpoids, il n’est jamais parvenu à le réduire et ce, malgré les régimes conseillés par sa diététicienne.
Caine se fige, pensif. À 81 ans, il se sait dans la dernière ligne droite, celle des regrets. Le plus persistant est une ambition passée que peu de gens lui ont connue. Quand il était flic, Caine se rêvait écrivain. À l’époque, il avait commencé un bouquin pour exorciser ses années dans la Navy. Puis, l’affaire Witcliffe l’a propulsé devant les caméras et il s’est retrouvé à la mairie de Wakefield. Trois décennies plus tard, il y est encore. Quelques ronds-points fleuris, un peu de subventions, beaucoup de SDF expulsés et le tour est joué.
Caine jouirait d’une retraite confortable s’il n’avait pas choisi de réendosser son costard de maire. Une dernière fois, pour exister encore un peu. Depuis un an, son amertume s’est muée en une dépression qu’il croit dissimuler à sa femme. C’est venu avec le décès de son frère. Caine le détestait (ayant été en procès avec lui au sujet de l’héritage de leur mère) mais depuis l’enterrement, il se sent comme amputé. Sensation étrange, comme celle qu’il ressent à cet instant. « J’attends confirmation, mais Burstyn serait de retour a dit Hammett. Il serait impliqué dans l’homicide du Haigy’s ».
L’espace d’une seconde, le bon maire Orlando redevient le tenace inspecteur Caine. Et il sait une chose : si le passé est le temps des erreurs et le futur celui des promesses électorales, le conditionnel n’est jamais celui de la vérité.
– Un problème, chéri ?
– Non.
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