Hantise

Michelle Jaffe · Chapitre 23 sur 35

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Hantise

Chapitre 22

 

 

– Tu avais un endroit précis en tête ? demande Pete en se penchant près de mon oreille alors que nous passons la porte.

Son souffle sur ma nuque me fait frissonner de plaisir.

Ou peut-être est-ce juste l’exaltation de me trouver hors de la chambre 403.

– Je ne sais pas. La cafétéria ?

– Tu veux aggraver ton état ?

– J’ai entendu dire que le chocolat chaud était très bon.

– Celui qui t’a dit ça te hait profondément, dit-il d’un ton « désolé de t’apprendre la mauvaise nouvelle, mais il faut bien que quelqu’un le fasse ».

– C’est ma petite sœur.

Je peux presque le sentir, faussement résigné, secouer la tête derrière moi.

– La plupart des meurtres sont effectivement commis par des membres de la famille.

– Ce n’est pas vrai, protesté-je.

J’essaie de me retourner mais sa main posée sur ma tête m’oblige à regarder droit devant. Une main forte mais douce.

– Si ?

– Peut-être pas, mais tu ne peux pas nier que les membres de la famille ont les meilleurs mobiles.

Ses doigts restent dans mes cheveux pendant un instant et c’est bien trop agréable. Il les lisse et ajoute :

– Quoique Annie ait l’air plutôt cool.

Ses doigts effleurent mon cou quand il ramène sa main, relançant un frisson qui part de mes bras et s’étend à mon ventre. Arrête ça, me dis-je, et je m’oblige à me concentrer plutôt sur les différentes parties de l’hôpital que nous traversons.

Le service des soins intensifs est un labyrinthe de chambres vitrées, de postes d’infirmières et de quelques espaces remplis de canapés et de chaises qui semblent inconfortables malgré leur rembourrage excessif. Les murs sont peints en jaune vif, probablement pour égayer l’ensemble, mais je ne trouve pas ça très efficace. Dans la salle d’attente à côté de ma chambre, une petite fille aux cheveux tressés est en train de faire des coloriages, étendue par terre aux pieds d’une femme plus âgée qui feuillette une bible. En face d’elles, un homme brun, costaud, boit du Gatorade en lisant le New York Post.

L’hôpital génère d’improbables voisins.

– Tu as des frères et sœurs ? demandé-je à Pete.

– Un assortiment, répond-il légèrement.

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Des demi, des par alliance, un vrai. Mes parents aiment se marier.

– Mais tu vis avec ton père.

– En ce moment, oui.

Nous entrons dans l’ascenseur et Pete appuie sur un bouton portant la lettre M.

– « Vivre » est un peu fort comme mot. Je réside avec mon père. « Vivre » sous-entend de pouvoir respirer, ce qui n’est pas vraiment possible dans l’atmosphère étouffante de la maison du Dr Malik.

Dans le cuivre poli de la porte, j’observe son reflet, un peu déformé mais assez clair pour distinguer son expression, loin d’être aussi insouciante que son intonation. Il s’appuie contre la paroi de l’ascenseur, une épaule plus haute que l’autre, me fixe sans me voir. Il y a un vide dans son regard, une amertume dans l’inclinaison de son épaule que je reconnais. Pete est seul.

Il lève les yeux, croise les miens et sourit. Même dans le miroir imparfait des portes en cuivre, son sourire est aussi blanc et éblouissant que celui d’une star de cinéma. J’ai juste le temps de le lui rendre avant que les portes s’ouvrent.

M se révèle être la mezzanine, une espèce de balcon qui surplombe l’étage principal de l’hôpital. Ici les murs sont blanc bleuté, parsemés de posters bon marché représentant des plages ou des capitales européennes. Même en me concentrant sur le décor, je ressens fortement la présence de Pete derrière moi et ça me met mal à l’aise. Quand ses doigts effleurent mon épaule, je frissonne.

– Pardon, dit-il abruptement, sérieux pour une fois.

– Pas de problème, tu peux faire ça quand tu veux.

Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire, et je rougis furieusement.

– Je veux dire, ce n’est rien. Pas de mal. Pas…

Je m’enfonce un peu plus. Il faut que je change de sujet. Je tire sur le fil de notre conversation précédente.

– Vous ne vous entendez pas, tous les deux ? Ton père et toi ? Pourquoi ne vis-tu pas avec ta mère ?

Je m’attends à ce qu’il se moque de mes bafouillages, mais il semble presque soulagé.

– Plusieurs raisons, mais la meilleure est qu’elle vit à Boise, dans l’Idaho. La tension entre nous s’évapore.

– Tu ne peux pas trouver un appartement dans le coin ? Tu dois bien pouvoir habiter ailleurs que chez ton père.

– Tu poses beaucoup de questions pour une jeune fille malade.

– C’est seulement mon corps qui est atteint, pas mon cerveau.

– Ce n’est pas ce qu’on m’a dit, dit-il en ricanant.

Je riposte.

– Où vas-tu à l’école ? Oh, attends, tu es un voyou raté qui a abandonné les études, c’est ça ?

– Pas encore. Je n’ai même pas commencé. C’est juste la prophétie de mon père. J’ai été accepté à Columbia et, s’il se trompe, j’y serai en septembre. Mais il se trompe rarement.

– Pourquoi pense-t-il que tu es un bon à rien ?

– Chut, dit-il, en me poussant sur le lino du couloir.

– Quoi ? Qu’y a-t-il ?

– Écoute.

– Quoi ?

– L’harmonie des sphères.

– C’est plutôt le système d’air conditionné.

– Je croyais que tu avais le gène de la poésie.

Nous passons une porte-fenêtre en acajou et nous nous retrouvons dans un couloir lambrissé tapissé d’une épaisse moquette verte.

– Que vas-tu étudier à Columbia ?

– Est-ce qu’on t’a déjà dit que tu devrais devenir procureur ? Tu ne lâches jamais.

– Alors ?

– Tu peux garder un secret ?

– Non.

– Au moins tu es honnête. Je vais étudier.

Un homme distingué, la peau légèrement plus foncée que celle de Peter, et les cheveux sombres grisonnant aux tempes, portant des lunettes à monture en émail et une blouse blanche par-dessus un costume à fines rayures qui semble hors de prix, nous dépasse puis se ravise et revient sur ses pas.

– Bonjour, Peter. Que fais-tu à cet étage ? Il parle avec un léger accent anglais.

Pete, auparavant détendu, se crispe d’un coup.

– Je fais juste prendre l’air à notre patiente, monsieur.

– Dans les bureaux administratifs de l’hôpital ?

– Elle aime l’épaisseur de la moquette.

Quelque chose dans la mâchoire de l’homme se contracte un instant, comme s’il suspectait une blague et ne les aimait pas, mais il reprend rapidement le contrôle. Il se penche légèrement et me tend la main.

– Bonjour, mademoiselle. Comment vous appelez-vous ?

Pete se charge des présentations.

– Jane Freeman, voici le Dr Sanjay Malik, le directeur de l’hôpital.

L’homme distingué se redresse, hochant la tête.

– Vous êtes la fille de Rosalind. C’est bon de vous voir en si bonne forme.

Nous sommes fiers de vous avoir chez nous. Votre mère déborde d’énergie.

– Oui, c’est vrai.

Il tapote l’épaule de Pete.

– Continue, Peter.

– Merci, monsieur.

J’attends que nous nous soyons assez éloignés pour demander :

– C’est ton père ? Il est directeur de l’hôpital ?

– Ouaip.

La réponse de Pete la plus courte à ce jour.

– Je ne comprends pas. Pourquoi te fait-il faire, tu sais, tout ça ?

– Longue histoire.

Deuxième réponse la plus courte. Il ne veut vraiment pas en parler. Ce qui me donne encore plus envie de savoir.

– Dis-moi. Tu sais que sans ça je vais continuer à te harceler. Il laisse échapper un long soupir, un vrai. Il ne joue plus.

– C’est l’histoire ennuyeuse d’un garçon, d’une fille, d’un chien avec une prothèse et d’une erreur judiciaire.

C’est mon tour de soupirer.

– Ce n’est pas vrai.

– Tu as raison. C’est juste un tyran qui n’a pas d’autre endroit où me caser cet été.

Nous avons quitté les bureaux et sommes de retour dans le couloir-lino-aux-murs-bleutés de la mezzanine, une rambarde surplombant l’étage principal.

– À présent, sur votre gauche.

– Chut.

– Ah ah, très drôle.

– Non, je suis sérieuse. C’est une amie à moi avec mon copain, en bas. Au-dessous de nous, au rez-de-chaussée, j’aperçois Kate en train de parler à David. Elle a l’air en colère et gesticule.

– Honnêtement, Kate… et relax. – N’y pense… rien à dire… pourquoi… ne t’approche pas… tranquille…

David répond :

– Tu sais quoi ? Je vais lui laisser me dire ça elle-même, et se dirige vers les ascenseurs.

– Attends, l’interpelle Kate. Je n’ai pas…

– Fonce, Pete ! Vite ! Si tu connais des raccourcis pour arriver à ma chambre, utilise-les !

– Tu sais de quoi ils parlaient ?

– Je ne suis pas sûre. Mais c’était bizarre, non ?

Il hoche la tête et écarquille ses yeux d’un bleu improbable, son expression solennelle.

– Carrément.

Voisins depuis l’enfance, Kate et David étaient amis avant que lui et moi ne commencions à sortir ensemble. Mais récemment leurs rapports s’étaient détériorés. À la dernière compétition équestre de Langley, la semaine précédente, Kate s’était comportée étrangement à son sujet.

– Je pense que je vais devoir annuler le dîner de ce soir, annonçai-je alors que nous regardions Langley.

Nous avions toutes deux les coudes appuyés sur les gradins derrière nous, nos orteils posés sur les sièges devant, mes ballerines noires frôlant ses bottes marron. Je sentais le métal froid contre mes avant-bras là où la veste bleu marine que je portais sur mon jean s’était retroussée.

– Tu penses que Langley sera fâchée ?

Ses grands-parents nous emmenaient toujours dîner après une compétition.

– Sur une échelle de fâchée à très, très fâchée, je penche pour très, dit-elle, ponctuant chaque très en tapant du pied.

Elle portait ses bottes avec un jean bleu, un large chemisier en coton et un vieux blazer en tweed de son père, les manches relevées.

– C’est juste qu’il faut vraiment que je parle à David.

– Abandonner ses copines pour un mec, ça ne se fait pas. Toutes pour une et une pour toutes.

– Je sais, mais je n’ai pas le choix. C’est son seul soir de repos et plus j’attends avant de lui parler du stage chez Getty, plus sa réaction va craindre.

Kate semblait fascinée par les cavaliers.

– Tu veux dire plus tu crains d’être obligée de te faire pardonner en lui léchant… les bottes.

– Arrête !

Elle lève les sourcils mais ne me regarde toujours pas.

– Je plaisante. Mais je suis sûre qu’il trouvera un moyen de se consoler. Son intonation était chargée de sous-entendus.

– Que veux-tu dire ?

Elle leva les yeux vers moi et me jaugea.

– Rien. Juste qu’il pourrait te surprendre.

– Me surprendre ?

– Tu n’en as jamais marre de t’inquiéter de ce que David ressent, de ce que David pense, de ce que David approuve ?

Je me redressai en tirant les manches de ma veste sur mes poignets. J’étais gelée tout à coup.

– C’est le principe d’une relation à deux. Être attentif à l’autre.

– Dans ce cas, je suis sûre que tout ira bien. Car si David fait attention à toi, il doit penser à tes besoins autant que tu penses aux siens, il comprendra et sera heureux pour toi.

Elle avait raison. Il m’aimait vraiment. Il serait heureux pour moi. Bien sûr. Quelqu’un ricana derrière nous. En me retournant, je vis Nicky assise là.

– Désolée, dit-elle. J’attends le tour de mon frère et je n’ai pas pu m’empêcher d’entendre. Tout à fait charmant.

Elle prit une voix de fausset pour nous imiter.

– S’il t’aime, il comprendra.

Elle leva les yeux au ciel.

– Tu dois lire beaucoup de mauvais romans.

– Ce n’est pas parce que tu es aigrie que tu dois projeter ça sur tout le monde, répliqua Kate en se redressant.

– Aigrie veut dire « vivant dans le monde réel », maintenant ? Je n’avais pas réalisé.

Nicky se leva, nous surplombant. Dans sa robe en jersey recouverte de crânes, ses leggings et ses bottes de cowboy vertes en peau de serpent, elle avait l’air assez sauvage, et encore plus impitoyable quand elle mit les mains sur ses hanches et me transperça de son regard.

– Tu devrais peut-être essayer de penser par toi-même de temps en temps. Attention aux conseils des faux prophètes… ou de leurs filles, dit-elle en se penchant pour me faire une chiquenaude sur le nez.

Sur ce, elle s’éloigna, nous laissant perplexes.

– Cet intermède vous a été proposé par les productions Très Étranges, conclut Kate, les yeux écarquillés.

– Hm Hm, répondis-je avec la même expression. Je me sens plutôt mal. Je veux dire, elle est gentille, en vrai.

Kate dompta ses cheveux de façon à les ramener sur une épaule et en étudia les pointes.

– Pas avec toi.

Kate avait raison, mais il y avait toujours une partie de moi qui admirait Nicky, la façon dont elle n’avait pas peur de dire ce qu’elle pensait, même si ce n’était pas ce que les autres avaient envie d’entendre. Le fait qu’elle ne se préoccupait pas d’être agréable avec les gens dont elle se fichait.

Langley nous rejoignit à ce moment-là. Avec son pantalon de cheval beige, sa redingote noire et ses nattes blondes dépassant de sa bombe, elle semblait tout droit sortie d’un catalogue Ralph Lauren.

– Heureusement que vous avez discuté pendant mon parcours, sinon j’aurais trop honte d’avoir si mal monté.

– Désolée, dit Kate.

– Pas ta faute. C’était juste un jour sans.

– On voulait dire pour avoir parlé, rectifiai-je.

– Non, franchement, c’était nul. Mais Popo m’a quand même donné ça.

Elle tendit le bras droit et nous fit admirer un bracelet à breloques, repéré la semaine précédente chez Neiman-Marcus.

Puis elle se tourna vers son grand-père, assis dans un fauteuil roulant à quelques mètres de là, l’infirmière debout derrière lui, et lui envoya un baiser. Il lui répondit d’un petit signe de la main.

– Vous êtes tellement adorables tous les deux, dis-je.

– Je sais. Je ne peux pas imaginer ma vie sans lui. Il est plus qu’un grand-père pour moi. Mais revenons à vous deux, petites voyoutes. En guise de punition, vous devez me dire de quoi vous parliez si sérieusement.

– Du dîner de ce soir, fit Kate.

Je la suppliai du regard. J’étais déjà assez nerveuse à l’idée d’en parler à Langley sans qu’elle ait besoin de me rendre la tâche plus difficile encore. Celle-ci nous observa l’une après l’autre.

– Qu’y a-t-il au dîner ce soir ?

– Je ne peux pas venir, dis-je en scrutant le visage de Langley à la recherche d’un signe qui trahirait sa colère, mais elle resta impassible. Si je pouvais, je viendrais, mais il faut vraiment que j’aille voir David.

– Pour lui parler du stage chez Getty, expliqua Kate. Par « parler » j’entends utiliser sa bouche, mais pas avec des mots.

Elle croisa les bras et se pencha en arrière, comme si elle attendait un feu d’artifice.

Langley hocha lentement la tête.

– Préserver le cours de l’amour véritable est plus important qu’un dîner.

– Merci, dis-je en l’embrassant. Je savais que tu comprendrais.

– Bien sûr, Dra-J-Bus.

Par-dessus son épaule, j’aperçus le visage de Kate, incrédule devant la facilité avec laquelle Langley avait pris la nouvelle.

À présent, tout en poussant mon fauteuil dans les couloirs de l’hôpital à une vitesse étonnante, Pete me demande :

– Tous tes amis se préparent à avoir leur propre reality show ? Parce qu’ils ont un vrai talent pour le mélodrame.

– Pas les tiens ?

Il fait un écart pour dépasser un brancard avançant trop lentement, ce qui lui vaut une exclamation de l’infirmière.

– Désolé, crie-t-il par-dessus son épaule. Patiente à problèmes.

Puis, de nouveau à moi.

– Mes amis ? Ils n’aiment pas trop se crier dessus au milieu des halls ou s’embrasser dans des cages d’escalier, non.

Je me retournerais à ces mots si je n’étais pas si occupée à agripper les accoudoirs.

– Qui s’embrassait dans une cage d’escalier ?

– Des gens qui étaient là hier.

– Des gens ?

– Un mec et une fille. J’ai juste supposé qu’ils étaient tes amis.

– De quoi avaient-ils l’air ?

– Attends, je vais te montrer. Je les ai filmés.

– Vraiment ?

– Non, andouille, justement. (Nous sommes de retour à mon étage.) Quand des gens s’embrassent, tu te détournes silencieusement et tu t’en vas. Tu ne notes pas leurs signes distinctifs pour pouvoir les rapporter à la patiente sexy de la chambre 403.

À ces mots, mon pouls s’emballe.

– Moi ?

Ou peut-être est-ce parce que nous prenons un virage sur deux roues, manquons de renverser un aide-soignant et évitons de justesse d’embarquer une poubelle.

Nous passons en trombe devant la salle d’attente à côté de ma chambre. J’aperçois la fillette avec ses coloriages mais le mec aux cheveux bruns a été remplacé par un autre costaud, chauve celui-là, lisant le Daily News et buvant du Red Bull.

– Oui, en gros. Et en parlant de la chambre 403, nous y sommes. 15h15 et tout va bien. On a un kilomètre d’avance sur ta tortue de petit copain.

Il me pousse dans la chambre.

– Tu veux que je te réinstalle dans ton lit, ou bien tu préfères le confort de ce magnifique trône ?

– Le lit, s’il te plaît.

Pete m’entoure de ses bras et me soulève. Je blottis mon nez dans son cou. Il sent les pancakes à la myrtille.

– Tu me trouves vraiment sexy ?

– À cet instant précis, grogne-t-il, je te trouve surtout très lourde. Il me hisse sur le lit.

– Dégonflé.

Des pancakes aux myrtilles, du bacon fumé et de longs petits déjeuners avec beaucoup de miettes et des doigts collants qui devaient être…

– Je n’ai jamais dit que j’étais courageux, me dit-il, interrompant mon rêve éveillé.

Pendant un instant, j’ai honte – qu’est-ce qui me prend, de penser à d’autres garçons alors que mon petit ami, mon super petit ami, est sur le point d’arriver – mais je me souviens que je suis sous médicaments. Il est probable que cela, comme les hallucinations, soit un autre effet secondaire. Pete n’est rien pour moi.

– Tu as une copine ? demandé-je.

– Oui.

Et je ne suis rien pour lui.

– Elle est sexy ?

– Qu’est-ce (grognement) que tu crois ?

Pete est penché au-dessus de moi pour me border quand David arrive.

– Euh, est-ce que j’interromps quelque chose ? dit-il, son timbre trahissant sa tension.

– Je suis juste en train de conclure avec ta copine, répond Pete, l’air parfaitement innocent mais ses yeux bleus et malicieux. Non, je plaisante, mec. Je suis aide-soignant ici. Je ne faisais que la border. Mais c’est un sacré bout de fille.

Il tape dans la main de David.

– À plus tard.

Je le regarde partir. Je ne ressens pas le moindre pincement de déception à l’idée qu’il a une copine. Pas le moindre. Je reviens à David.

– Comment vas-tu ?

– Toi, comment tu vas ? demande-t-il. Tu as l’air encore mieux qu’hier.

– je peux bouger mes bras.

– Cool.

Il hoche la tête en regardant autour de lui. Aujourd’hui il porte son tee-shirt Snoopy Président et des Vans en daim marron. Son pantalon tombe sur ses hanches. Je parierais que David a son boxer Captain America bien que ce dernier ne soit pas visible. Je sais qu’il aime le mettre avec le tee-shirt Snoopy, parce qu’ils sont tous les deux tellement patriotiques. C’est ça, l’amour, me rappelé-je. Savoir quels sous-vêtements porte quelqu’un sans avoir besoin de les voir.

Connaître chacune de ses humeurs. Raison pour laquelle je sais que quelque chose le préoccupe.

– Tu as l’air ailleurs.

– Moi ? Non. Enfin.

Il tire la chaise vers lui, la retourne et s’assied dessus à l’envers, près du lit.

– Je n’ai pas pu te dire ça l’autre jour, ma belle, mais je suis vraiment désolé que tu ne sois pas morte.

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