Hantise

Michelle Jaffe · Chapitre 8 sur 35

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Hantise

Chapitre 7

 

 

Loretta ouvre la porte à la volée.

– Qu’est-ce qui se passe, ma belle, pourquoi tout ce bruit ?

Je fixe le miroir, bouche bée.

– Là, m’écrié-je. Regardez.

– Ta voix est de retour, ma puce ! s’exclame Loretta en se tournant vers la glace.

Mes yeux suivent les siens.

Il n’y a rien. La vapeur s’est échappée par la porte ouverte et le message a disparu. Des gouttes de condensation dégoulinent le long de la surface, mais les mots se sont évanouis. Loretta tend le bras pour essuyer la buée.

– Non, attendez. Vous ne voyez pas ? Quelqu’un a écrit un message sur le miroir. Que j’aurais dû mourir.

J’ai l’impression de pouvoir vaguement discerner les caractères, mais ce ne sont peut-être que les gouttes d’eau qui brouillent ma vue. Loretta scrute le miroir, secoue la tête et l’essuie avec un chiffon.

– Les narcotiques que l’on te donne sont puissants, et l’un des effets secondaires peut être.

– Pas un effet secondaire. C’était là. Des mots.

Je me mets à pleurer de frustration.

– Une menace.

– Mais personne n’est entré ou sorti d’ici pendant mon absence, ma puce. Je la regarde fixement.

– C’est impossible.

– J’étais juste derrière la porte. Ta chambre est vide.

Je me concentre sur le miroir plein de buée. Est-ce que je deviens folle ? Le message était-il une hallucination ?

La seule autre solution serait.

– Loretta, dis-je en essayant de n’avoir l’air de rien.

– Oui, chaton ?

Elle est en train de remplir d’eau le seau en plastique qu’elle a rapporté avec elle et me regarde par-dessus son épaule. Son expression est si ouverte, honnête et gentille, je suis absolument certaine qu’elle ne m’aurait jamais fait une chose pareille.

– Rien. C’est juste… vous êtes sûre que personne ne s’est faufilé quand vous êtes sortie ? J’ai du mal à croire que c’était mon imagination.

– Ne sois pas gênée, chaton. Presque tout le monde voit des choses bizarres en prenant autant de médicaments que toi.

Elle trempe une serviette dans la bassine d’eau chaude.

– Une fois j’ai eu un patient qui affirmait voir une piñata de toutes les couleurs suspendue au-dessus de son lit, exactement comme celle qu’il avait eue pour son anniversaire quand il était petit.

Elle me déplace.

– Une fillette était convaincue que des souris à la fourrure duveteuse trottinaient autour de son lit. Selon sa mère, cela faisait des années qu’elle demandait une souris de compagnie. J’imagine que ces hallucinations expriment quelque chose enfoui dans ton esprit, peut-être un souhait.

– Je ne souhaite pas mourir.

– Non, je suppose que non. Mais ça t’a permis de parler à nouveau. Peut-être que tu attendais juste le bon déclencheur pour retrouver ta voix.

Elle a probablement raison. Après tout, mon mutisme s’est révélé temporaire, exactement comme elle l’avait prédit.

Petit à petit, je cesse de trembler et, à la fin de ma toilette, j’ai presque accepté le fait que le message était une hallucination. De toute façon, si personne n’est entré dans ma chambre, sans parler de la salle de bains, c’était forcément dans ma tête, désir de mort ou pas.

Ce qui signifie que personne ne veut me tuer. Personne ne me hait. J’ai tout imaginé.

– Peu importe la raison, ta mère sera ravie d’entendre ta voix.

Ma mère. Ce signe de mon retour à la « normale » va l’enchanter, mais je ne suis pas sûre que les hallucinations la réjouissent vraiment.

– Est-ce qu’on pourrait éviter de lui en parler ? Puisque c’est quelque chose que j’ai imaginé et pas une réelle menace ? Je n’ai pas envie qu’on en fasse tout un plat.

Je m’éclaircis la gorge, probablement irritée par le tube du respirateur.

– Et si j’en parlais au Dr Connolly et que je le laissais décider de le dire ou non à tes parents, qu’en penses-tu ?

– Merci.

– À présent, il est temps de t’habiller, dit-elle en glissant aisément mes bras dans les manches d’une chemise propre, verte et blanche celle-là.

Elle me pousse devant le miroir tout en me démêlant les cheveux.

– Qu’est-ce que tu en dis ?

Au moins j’ai toujours mes cheveux est la première pensée qui me traverse l’esprit. David les adore. C’est peut-être pour ça, ou peut-être parce que ma figure a dégonflé, ou bien parce que je sais à quoi m’en tenir, mais cette fois je suis plus fascinée qu’horrifiée. Le carrelage, un grillage blanc, encadre mon visage – yeux bleus, cicatrices sur la joue, lèvre gonflée – comme s’il était sur une palette graphique, un avatar en friche. Pas l’avatar que j’aurais créé pour moi. Plutôt un genre de bandit dans un monde parallèle.

Mais je reconnais mes yeux, mes cheveux, mes lèvres, mon sourire. Je peux les voir revenir progressivement à leur état initial. Je pourrai à nouveau être jolie. À nouveau moi.

– Alors ?

– Les pois verts sur la blouse font vraiment ressortir le jaune de mon œil au beurre noir.

– Ah, voilà cette étincelle dans tes beaux yeux, celle dont ta mère m’a parlé. Elle m’a dit que tu avais un grand sens de l’humour.

– Est-ce que par hasard vous pourriez me mettre du mascara, celui de ma mère ? Sur mon autre œil. Je ne veux pas qu’on me voie comme ça.

– Je te promets, tout le monde sera ravi que tu sois en vie. Ils te trouveront belle quoi qu’il arrive.

– Vous ne connaissez pas mes amis.

– Ah, les ados.

Elle secoue la tête, mais fouille dans la trousse à maquillage et trouve le mascara.

– Regarde vers le bas. Je ne veux pas aggraver les choses en t’éborgnant. Puis, une fois le rimmel appliqué :

– OK, chaton, prête à rencontrer ton public ?

– Je n’ai pas vraiment le choix, si ?

– Non.

J’inspire profondément.

Loretta me roule hors de la salle de bains et me remet au lit, dissimulant la couche sous une couverture, avant d’ouvrir la porte qui donne sur le couloir. Elle sort et Annie entre. Je suis soulagée de constater qu’elle est seule.

Elle se met immédiatement à babiller.

– On a été à la cafétéria. Ils font du bon chocolat chaud, mais Joe nous a dit d’éviter les gâteaux. Il y a un policier dehors qui veut te parler. Tes cheveux sont jolis.

Elle s’arrête brusquement et contemple la pièce, cherchant désespérément un autre sujet de conversation.

– Regarde.

Elle désigne le rebord de la fenêtre, où un énorme bouquet de roses est apparu, un objet inconnu glissé à ses côtés.

– Tu as reçu d’autres fleurs, et il y a un ours avec. C’est mignon.

Elle saisit l’ours en peluche et me le montre. Il porte un débardeur qui clame : « RE-MIEL-TOI VITE ! »

Je grimace.

– C’est pas mignon, c’est horrible. Tu ferais mieux de dire à maman de qui ça vient, pour qu’elle puisse l’ajouter à la liste.

– La carte dit : « De ton admirateur secr… »

Elle la laisse tomber et me regarde.

– Tu parles !

Elle se précipite vers la porte, agrippe le montant et se penche à l’extérieur pour crier :

– Maman, maman, Jane peut parler !

Un chœur de « Chut ! » lui répond depuis la salle des infirmières, suivi par le son de talons hauts courant dans le couloir.

– Bonjour, maman, salué-je quand elle fait irruption dans la chambre.

Elle a les larmes aux yeux.

– Oh, Dieu merci ! s’exclame-t-elle en reprenant sa place à côté de mon lit.

J’étais… nous étions tous. Dieu merci, tu parles. Comment est-ce arrivé ? Quand ? Oh, merci mon Dieu, merci !

– Ma voix est revenue d’un coup, dans la salle de bains.

Ce n’est pas tout à fait un mensonge. Ma mère regarde ma main.

– Juste ma voix. Je ne peux toujours pas bouger.

– Ça suffit pour l’instant, commente Joe avec chaleur. Il faut être patient et tu seras comme neuve d’ici peu.

Je ne peux pas bouger, mais je sens la colère monter en moi.

– Comment le sais-tu ? Tu as eu ton diplôme de médecin pendant que j’étais sous la douche ?

– Jane ! me réprimande ma mère. Tu n’as pas besoin d’être désagréable. Quelqu’un frappant légèrement à la porte m’épargne d’avoir à entendre le reste de sa tirade. Une femme avec des cheveux sombres et portant un uniforme de policier bleu marine entre dans la pièce.

– Je suis désolée de vous importuner si tôt après votre accident, commence-t-elle, mais j’ai quelques questions qui pourraient nous aider à découvrir qui vous a fait ça.

Elle a l’air compétent et rangé, de son chignon serré au vernis transparent posé sur ses ongles courts.

Ma mère prend sa voix la plus autoritaire.

– Lieutenant.

– Rowley, madame.

– Lieutenant Rowley, ma fille vient juste de sortir du coma.

J’ai l’impression désagréable qu’elle savoure un peu trop cette phrase. Je l’entends déjà la sortir dans des cocktails, se servir de tout ça pour montrer combien elle est courageuse et compétente.

– Ce n’est vraiment pas le bon moment pour l’interroger.

– J’en suis consciente, madame, mais votre fille est la seule qui puisse nous aider à découvrir ce qui lui est arrivé. Il est impératif pour nous d’obtenir un maximum d’informations, le plus rapidement possible, et le Dr Connolly dit que, si elle parle, elle est assez bien pour répondre aux questions.

Elle se tourne vers moi.

– Est-ce que vous vous souvenez de ce que vous faisiez à pied, seule dans la rue, à une heure pareille ?

À pied ? Seule ? Je ne me souviens de rien. Mon esprit est complètement vide.

– Non.

– Y aurait-il une raison particulière qui expliquerait votre présence sur Dove Street ?

Dove Street ? Jamais entendu parler.

– Non. Où est-ce ? Est-ce que c’est près d’ici ?

Ma mère pince les lèvres et déglutit.

– Le Dr Connolly pense que l’amnésie est normale, qu’elle devrait bientôt retrouver la mémoire. C’est l’un des meilleurs médecins du pays.

Cette fois, ça suffit.

– Arrête de dire que je suis normale, que je vais me remettre, la coupé-je en haussant la voix, tremblante. Tu n’en sais rien. Tu veux juste te rassurer. Je suis paralysée, « Madame Mère ». Paralysée. Pour une fois, regarde-moi. Regarde-moi vraiment, regarde ce que je suis.

Les lèvres de ma mère tremblent.

– Jane. Ne dis pas ça. Ce n’est pas toi, c’est juste temporaire.

– Tu n’en sais rien. Tu ne sais pas ce qui va se passer. Personne ne le sait. Je pourrais rester comme ça pour toujours.

Je sens le sel de mes larmes sur ma langue.

– Jane, s’il te plaît. Pas maintenant.

– Qu’est-ce que ça change ? Pourquoi pas à. (Je cherche la pendule des yeux.)… 3h10 ? Est-ce que ce sera mieux à 4h15 ? 5h27 ? N’importe qui peut voir que je suis en vrac. Que nous sommes tous en vrac.

Elle a les larmes aux yeux à présent.

– Pourquoi fais-tu ça ?

– Et toi, pourquoi ? rétorqué-je.

Les centaines de disputes que nous avons eues ces deux dernières années commencent généralement de cette façon. Elle dit quelque chose comme : « J’essaie juste de faire de mon mieux pour nous, Jane. Pour nous tous. Pourquoi m’en veux-tu tellement ? », et je riposte par : « Et pourquoi tu m’en veux tellement, toi ? »

Et nous nous regardons, indécises, comme lorsque vous apercevez quelqu’un dans la rue que vous pensez reconnaître, mais pas tout à fait. Quelqu’un dont vous souhaitez la présence de tout votre cœur, mais qui n’est en réalité qu’un étranger. Vous ressentez alors une profonde nostalgie, aussi douloureuse qu’une blessure, et votre impuissance devant ce sentiment vous remplit de frustration, de colère et d’une solitude implacable.

Puis ma mère pose son regard sur l’officier de police et lui parle d’une voix calme, même si elle serre les poings.

– Excusez-moi de vous avoir interrompue. Nous vivons tous une période de stress. Continuez, je vous en prie.

La femme policier sourit, bienveillante, et se tourne à nouveau vers moi.

– La nuit de la fête. Vous êtes sortie. Peut-être pour prendre l’air ? Ou pour retrouver quelqu’un ?

Retrouver quelqu’un ? J’ai un flash soudain, le souvenir de marcher dans la rue en parlant au téléphone.

– Où est mon portable ?

– Vous n’aviez pas de portable. Est-ce que vous auriez pu le laisser à la soirée ?

– C’est juste. J’ai cette impression d’avoir été au téléphone. Pendant que je marchais.

– On ne l’a pas retrouvé, et il n’y en avait pas sur le lieu de l’accident. Vous souvenez-vous d’autre chose ? De la voiture qui vous a heurtée ?

– Non.

– Est-ce qu’il ne devrait pas y avoir des marques sur la voiture ? demande Joe d’un air important, comme s’il venait de découvrir la fusion nucléaire. Ne devriez-vous pas creuser de ce côté ?

– Il y a très souvent des dommages sur les voitures des délits de fuite, et c’est quelque chose que nous vérifierons certainement dès que nous aurons un suspect.

Elle me fixe à nouveau.

– Quelqu’un pourrait-il vouloir vous faire du mal ?

Avant même que je puisse répondre, ma mère prend la parole.

– Personne ne ferait du mal à Jane. Elle est très populaire.

– Je suis obligée de poser la question, madame.

L’officier se tourne à présent vers ma mère.

– Et à vous ? Est-ce que vous ou votre mari…

– Je n’ai pas cet honneur, pas encore, interrompt Joe avec un sourire victorieux. Je voudrais pouvoir le cogner.

– Votre fiancé, donc. L’un de vous a-t-il des ennemis ?

Ma mère lève les yeux au ciel.

– Je suis consultante politique, j’ai certainement des ennemis, mais aucun capable de violence, surtout contre une enfant.

– Vous êtes sûre ?

– Tout à fait sûre.

– Ce serait mauvais pour les affaires, commenté-je.

Ma mère pince les lèvres dans un effort pour ne pas me réprimander.

Je suis curieuse de savoir ce que Joe a à dire sur ses ennemis potentiels, mais il élude d’un « C’est hors de propos ». Dégonflé. Il passe à l’offensive.

– Avez-vous de vraies pistes ou bien venez-vous juste à la pêche aux informations, lieutenant ?

– Nous envisageons plusieurs hypothèses.

– Ce qui veut dire ? la défie Joe.

La femme policier n’a pas l’air de l’aimer plus que moi.

– Ce qui veut dire que nous faisons notre travail.

Joe se lève.

– Je peux vous parler dehors ?

– Oui, quand j’aurai terminé ici, je serai…

– Vous avez terminé, lui rétorque Joe avec un signe de tête vers la porte. Elle le regarde droit dans les yeux.

– Je voudrais parler à Jane seule à seule un instant.

– Elle est mineure, intervient ma mère. Légalement, j’ai le droit d’être présente.

– Jane n’est pas suspecte, c’est une victime, et elle serait sans doute plus à l’aise pour répondre à certaines de mes questions si personne d’autre n’était présent.

– J’exige…

– C’est pas grave, maman, coupé-je. Je peux lui parler seule.

Ma mère pince les lèvres à nouveau, mais elle quitte la pièce, avec Joe et Annie.

Le lieutenant Rowley tire une chaise près du lit et s’assied. De près, je remarque que ses ongles ne sont pas seulement courts, ils sont rongés. Peut-être qu’elle n’est pas si parfaite finalement.

– Jane, quand je vous ai demandé si vous aviez des ennemis, j’ai senti que vous auriez aimé parler avant que votre mère n’intervienne. Quelque chose vous tracasse ?

Ce qui me tracasse, c’est cette impression que quelqu’un m’observe, quelqu’un qui me hait. C’est comme une ombre de souvenir de la soirée, légère comme une plume, plus une sensation qu’un fait. Comment l’expliquer ? « J’ai eu l’impression d’être observée ? » Ça, plus une hallucination de message menaçant sur un miroir, ne me donneraient pas du tout l’air d’une folle.

Non, je vais rester dans les preuves concrètes, ce dont je peux effectivement me souvenir.

– Je ne sais pas, finis-je par répondre. Peut-être quelque chose qui s’est passé à la soirée ?

On frappe à la porte et Loretta entre, à moitié dissimulée derrière un énorme bouquet de fleurs.

– Je vais devoir me mettre à la muscu si tu restes ici, dit-elle en avançant. Celui-là, c’est le plus gros que…

Elle s’interrompt en découvrant le lieutenant Rowley.

– Je vous demande pardon, est-ce que je tombe mal ?

– Oui, j’en ai bien peur.

Elle pose les fleurs sur le rebord de la fenêtre, à côté des autres.

– Excusez-moi. Je ne vous dérange pas plus longtemps.

Elle s’arrête près de mon lit pour me glisser :

– Elles sont d’Oliver Montero, au cas où ça t’intéresse. Ta mère l’a déjà rajouté à la liste.

– Merci, Loretta.

– Tout va bien, je peux te laisser seule ?

– Oui.

La porte se referme derrière elle et l’officier Rowley reprend.

– Vous dites que quelque chose s’est peut-être passé à la soirée. Quelque chose d’assez grave pour vous pousser au suicide ?

Mon regard saute des fleurs à la femme policier.

– Quoi ? Je ne voulais pas me suicider. Pourquoi me demandez-vous ça ?

Le fait d’avoir des hallucinations ne veut pas dire que je veux mourir. Petit à petit, mon corps est envahi par le froid, comme des tentacules enserrant mes membres pour m’entraîner dans de sombres profondeurs.

– Si l’on se base sur vos blessures et l’angle d’impact nécessaire pour les causer, ce n’est pas un délit de fuite habituel. Apparemment, vous étiez agenouillée au milieu de la rue, attendant que la voiture vous percute.

Elle s’adosse nonchalamment, chevilles croisées, son bloc-notes sur les genoux, détendue en apparence. Mais je vois bien qu’elle m’observe attentivement.

– Agenouillée ? Dans la rue ?

– Oui. Avez-vous la moindre idée de ce qui aurait pu vous pousser à agir de cette façon ?

Je suis assommée.

– Non. J’ai… non.

– Il n’y a généralement que deux explications pour ce genre de comportement. Soit la personne tente de se tuer.

– Je vous ai dit que je n’essayais pas de me suicider.

– soit elle est droguée.

Elle laisse cette idée faire son chemin, puis se penche en avant pour m’inciter à la confidence.

– Est-ce que vous avez pris quelque chose ?

– Non.

Elle m’étudie comme si elle s’efforçait de détecter un mensonge, puis hoche la tête.

– À la soirée, avez-vous mangé ou bu quelque chose dans lequel on aurait pu mettre de la drogue ?

Cette question-là exige un peu plus de réflexion.

Je suis dans la salle de musique avec David et Ollie. Je suis assise sur les genoux de David. Je… Je tiens un verre à la main.

Mais d’où vient-il ? Je n’ai rien. Aucun souvenir.

– Je ne sais pas. Peut-être. Je ne me rappelle pas.

Cette fois elle me regarde comme si elle n’était pas convaincue de mon honnêteté. Elle ferme son bloc-notes, se lève et glisse une carte de visite sur la table de nuit.

– Voilà mon numéro, si vous vous souvenez d’autre chose.

Tu aurais dû mourir, sale garce.

Je réalise soudain la portée de ce qu’elle m’a laissé entendre.

– Vous pensez vraiment que quelqu’un m’aurait droguée exprès ? Pour… pour me faire du mal ? Que ce n’était pas un accident mais quelqu’un qui voulait ma mort ?

– Je n’ai pas de certitudes pour l’instant. Nous enquêtons. Le fait que vous ayez été droguée peut n’avoir aucun rapport avec ce qui s’est passé, répond-elle.

Elle me regarde intensément. Son expression, un peu méfiante, peut-être moqueuse, me rappelle mon amie Bonnie, dans l’Illinois.

– Mais si c’est vrai, c’était quelqu’un présent à la soirée. Un de mes amis. Pourquoi l’un de mes amis me voudrait-il du mal ?

– Vous êtes la seule à pouvoir répondre à cette question, Jane.

Son regard se pose sur le nouveau bouquet.

– Des lys, des tulipes, des hortensias. Des fleurs jolies et chères. Votre petit ami est généreux.

– Elles ne viennent pas de mon petit ami, mais de son meilleur ami, rectifié-je.

– Ah.

Elle tapote la carte de son ongle rogné et se dirige vers la porte.

– Appelez-moi si quelque chose vous revient.

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