Hantise

Michelle Jaffe · Chapitre 32 sur 35

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Hantise

Chapitre 31

 

 

Je sais que je devrais appeler à l’aide. Tendre la main, appuyer sur n’importe quel bouton du téléphone au milieu de la table de conférence et demander le lieutenant Rowley, Loretta, quelqu’un. La révélation concernant la voiture de David – pas étonnant qu’il soit venu avec Ollie la première fois – rend la théorie de la supérette complètement impossible. Et ce qu’a dit Scott, que j’étais dehors avec une des filles qui m’avaient accompagnée à la fête. « Une fille avec des ailes. » Ça ne peut être que Langley ou Kate.

Si Scott m’a vue sortir avec l’une d’elles, ça veut dire qu’Ollie a menti. Il ne m’a pas suivie dehors. Mais quelqu’un d’autre l’a fait.

Plus une vérité est difficile à accepter, plus elle sera enterrée profondément, prétend le Dr Tan.

Je suis à la porte de la chambre. Elle est obstruée par une fille qui se tient debout devant.

Mais elle ne la bloque pas. Elle la tient ouverte. C’est Kate, Kate qui ouvre la porte, Kate qui dit : « Tu veux ton précieux David ? Tiens, il est là. » Kate qui désigne David et Sloan sur le lit.

Je suis assommée.

– Comment as-tu pu faire ça ?

– J’ai pensé que tu voudrais être au courant.

– Comme ça ? Vraiment ?

J’enlève la bague d’amitié qu’elle m’a donnée et la lui lance à la figure.

Le sol du couloir ondule sous mes pieds. Je ne sais comment, mais je parviens à sortir.

– Jane, attends.

Kate me suit. Elle a des rigoles de mascara sur les joues comme si elle avait pleuré et le col de son costume de fée est déchiré.

– Je suis désolée. C’était brutal. Je n’aurais pas dû faire ça. Tu n’es pas la seule à avoir été blessée ce soir.

– Ne mens pas.

Je suis furieuse. Furieuse contre David. Furieuse contre moi-même. Mais je la blâme, elle.

– Tu as toujours voulu nous séparer. Eh bien, tu as réussi. Beau travail.

– Ce n’est pas ce que je…

Je l’embrasse violemment sur la bouche, lui mordant la lèvre. Quand je recule, elle reste pétrifiée.

– C’est ça que tu voulais ? Tu es contente maintenant ?

Elle porte les doigts à sa lèvre, qui s’est mise à saigner.

– Tu veux que je recommence ? C’est tout ce qui compte pour toi, non ?

La rage dans ses yeux est cinglante.

– Je te hais, espèce de garce. Tu paieras pour ça.

Elle tourne les talons et se précipite à l’intérieur.

C’est à ce moment-là qu’Ollie a débarqué. C’est pour ça que je l’ai écouté.

Parce que j’étais trop choquée pour bouger. « J’aurais dû arrêter », a dit Kate. Est-ce qu’elle m’a renversée ? Puis a récupéré la bague d’amitié pour la remettre à mon doigt, de façon à ce que personne ne soupçonne qu’on s’était disputées ? Et quand elle a dit à David de me laisser tranquille, était-ce pour éviter qu’il pose trop de questions et réveille mes souvenirs ?

« Tu paieras pour ça », a-t-elle dit. Je me rends compte qu’elle a toutes les raisons d’être en colère. À la plage, l’été dernier, je me suis servie d’elle. J’ai cru que je ne faisais que répondre à ses désirs, mais ce n’était pas si simple. J’ai pris ce dont j’avais besoin. De l’amour. Le sentiment d’être importante pour quelqu’un. Je pensais que ce n’était pas grave : après tout, c’était son idée. Mais c’était grave. Parce que je savais que c’était plus important pour elle que pour moi, et que j’ai accepté son affection quand même. Je lui dois des excuses.

Si je survis.

Le téléphone de l’hôpital, sur la table, se met à sonner. Je décroche sans réfléchir.

– Allô ?

– Elle te hante ?

– Qui ?

– Bonnie, bien sûr. La fille que tu as tuée.

– je ne l’ai pas tuée.

– Est-ce qu’elle serait morte si tu n’avais pas été là ?

Seules les personnes qui étaient avec moi dans ma chambre la veille peuvent savoir ça.

– Il est temps de payer pour ce que tu as fait, Jane. Ou ce que tu n’as pas fait. Et moi. Je sais.

Ce qui veut dire que c’est une hallucination. Tout ça est dans ma tête. Tout est…

– J’espère que tu es prête à mourir. Je raccroche violemment.

Non.

Ce n’est pas possible. Je ne veux pas mourir. Ce n’est pas une hallucination. N’est-ce pas ?

… ce qui veut dire que quelqu’un est en route pour me tuer.

Mais personne n’aurait pu te trouver. Personne ne sait où tu es à part Scott et Loretta.

Je n’ai pas imaginé tout ça. Je ne…

Tu es sûre ?

… veux pas mourir.

Stop !

Je mets les mains sur mes oreilles pour faire taire toutes les voix. C’est trop dur, je ne peux plus le supporter. Je décroche le téléphone et j’appuie frénétiquement sur les touches jusqu’à ce que j’entende la voix de Loretta à côté de moi.

– Qu’est-ce que tu fais, ma puce ?

– Oh, Dieu merci.

Je repose le combiné.

– Comment êtes-vous arrivée ici ?

– Scott est remonté dans ta chambre pour me dire que vous vous étiez disputés, mais il était inquiet à l’idée de te laisser toute seule ici, alors…

Si Scott était avec Loretta, il ne peut pas m’avoir appelée.

Si quelqu’un m’a vraiment appelée.

– Il faut qu’on sorte d’ici, Loretta.

J’utilise mes bras pour avancer le fauteuil vers la porte, mais je me retrouve coincée entre la table et le mur.

– Écartez ces meubles de mon chemin.

– Calme-toi, ma puce.

J’agrippe son poignet.

– Il m’a encore téléphoné, Loretta. Le meurtrier.

Elle pose une main sur mon front.

– Tu as de la fièvre.

Je me dérobe.

– Ça n’a pas d’importance. Quelqu’un vient me tuer. Je dois sortir d’ici.

Loretta, vous devez m’aider.

Bien sûr, ma puce.

Je me tourne vers la table. Si elle ne veut pas m’aider, je trouverai un moyen toute seule. Les paumes de mains appuyées sur la surface, j’essaie de me lever.

– Il n’y avait pas de visage. Dans le miroir de la salle de bains, je n’avais pas de visage. Juste des mains.

– Assieds-toi, mon ange.

L’effort fait trembler mes bras.

– Vous ne voyez pas ce que ça signifie, Loretta ? Juste un espace vide. Je sais ce qu’ils ont fait.

– Retourne dans le fauteuil.

– Kate. Kate a dit que je paierais pour ce que j’ai fait. Et la voiture de David a heurté un poteau.

– Assieds-toi, ma puce.

– Je ne suis pas folle. Je n’hallucine pas. On n’a pas le temps. C’est maintenant. C’est ce que le tueur a dit. C’est l’heure de mourir.

– OK, ma belle.

– Il faut qu’on parte. Le meurtrier est après moi. Je ne suis en sécurité nulle part. Je n’ai rien bu, mais on m’a droguée quand même. Ne touchez à rien. Tout peut être empoisonné. Vous ne voyez pas ?

– Je vois. Assieds-toi et je vais te sortir d’ici.

Une vague de soulagement me submerge. Elle m’a entendue.

– Oui. Merci.

Je m’effondre dans le fauteuil, tellement heureuse que j’en pleure.

– Merci, Loretta.

Du coin de l’œil, je la vois vaguement faire quelque chose avec sa main, puis je l’entends parler au téléphone.

– Ici Loretta Bonner, je suis dans la salle à manger Ouest. J’ai un code quatre.

– Non, dis-je en essayant de raccrocher le téléphone. Il nous trouvera d’abord. Il faut qu’on parte.

Elle repousse ma main.

– Faites venir la sécurité et le Dr Tan immédiatement.

Elle ne me croit pas. À cause des médicaments. Elle pense qu’ils me font halluciner.

C’est à ce moment-là que je réalise que j’ai la solution à tout ça, à toute cette incertitude, depuis le début. Je peux savoir ! Je peux savoir si je suis folle ou pas. J’essaie d’arracher l’intraveineuse de mon bras avec mes ongles.

– Enlevez-moi ça. Comme ça on pourra être sûrs.

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Je m’assure que je ne suis pas folle. Vous ne voyez pas ? C’est le moyen de savoir.

Je suis tellement excitée d’y avoir pensé que je ris toute seule.

– Savoir quoi ?

– Si les appels sont réels ou si c’est seulement ce poison qui se balade dans mes veines.

Je lui souris tout en continuant à tirer sur la perfusion.

– C’est tellement évident.

Elle attrape solidement mon poignet pour m’arrêter.

– Tu dois te calmer, ma belle.

– Non. C’est ça que je dois faire. Aidez-moi, Loretta. Je veux savoir ce qui est réel ou non. Enlevez-la-moi.

Loretta est penchée sur moi et entrave mes bras.

– Ne bouge pas, ma puce.

– Il faut l’enlever. Il faut que ça s’arrête. Il est temps que ça finisse.

Si elle insiste pour m’immobiliser les mains, j’arracherai cette perf avec les dents.

– J’en ai assez. Je veux l’enlever.

Je me tords le cou pour me rapprocher de mon bras. Loretta pousse ma tête en arrière.

– Il faut que tu arrêtes ça, ma puce. Arrête et tout ira bien.

– Vous mentez !

Une force soudaine m’envahit les mains – je me dégage de son emprise, essaie de me lever de mon fauteuil.

– Vous êtes contre moi. Vous êtes tous contre moi.

Quand je vois la seringue, elle l’a déjà plongée dans mon bras.

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