Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 1

C.J

 

Trois semaines plus tard…

– Université d’Hedard – 4 septembre – et premier cours magistral du semestre –

Mon retour sur le campus remonte à la veille en fin d’après-midi. Autant dire que je n’avais aucune envie de reprendre les cours. Ce qui explique mon arrivée de dernière minute. Mon installation dans ma chambre est encore très sommaire. Je ne suis absolument pas prête à affronter ce nouveau semestre.

Rien d’étonnant à cela vu que tout fout le camp dans ma vie…

Ma présence à Hedard remonte à moins de 24 heures et le bilan est plutôt catastrophique :

Petit 1 : Parker et Dwayne sont revenus à Lexington une semaine avant la rentrée. Pour mon plus grand bonheur, j’ai eu tout le loisir de constater que la rupture est largement consommée de son côté vu qu’il a toujours une nouvelle nana à son bras. Je l’ai aperçu par trois fois et ce fut autant de langues fourrées dans sa gorge. Alors, bien évidemment que je ne le lui reproche pas. Il tourne la page et ce n’est pas plus mal. C’est le cumul de tout qui me met le moral dans les chaussettes.

Continuons notre tour d’horizon…

Petit 2 : Autumn a passé une dizaine de jours chez moi à la fin de l’été et comme vous pouvez vous en douter, Doven s’est chargé de ses allées et venues. Il est venu à deux reprises et ne m’a pas adressé la parole ! Rien ! Que tchi ! Nada ! En résumé, depuis qu’il m’a quittée furieux après avoir compris que j’avais couché avec Parker, il fait comme si je n’existais plus. Une réalité bien douloureuse. J’ignore si son but est de me torturer autant que possible, mais il a, à ma plus grande surprise, décidé de poursuivre les cours de soutien au lycée d’Elkhart. En résumé, je vais avoir le droit à ses silences tous les mardis et jeudis de 17h30 et 19h.

Et le coup de grâce…

Petit 3 : Emma. Elle n’a même pas fait un saut à Lexington cet été ! Pas un jour ! Non, elle est restée avec Lewis pendant les vacances. Et leur histoire doit marcher du feu de Dieu puisque son dernier message était pour me prévenir qu’elle s’installait chez Lewis pour le moment.

Bilan de cette catastrophe annoncée : je suis seule… totalement seule…

Je suis lucide, je mérite ce qui m’arrive. J’ai déconné à pleins tubes. L’unique note positive dans tout ce foutoir est que je me suis rapprochée de mon père.

Notre entente, notre nouvelle complicité et toutes ces choses que nous avons faites ensemble pendant mes derniers jours à Lexington me permettent de garder un peu d’espoir. Nous avons partagé des moments simples tels que bavarder, rire, sortir au ciné, aller manger au resto et c’était merveilleux !

Du côté de ma mère, rien n’est gagné ! Elle se fait plus discrète depuis l’ultimatum de mon père : soit elle se tempère en ma présence, soit elle s’en va ! Si son avertissement lui a cousu la langue, je sens combien cela lui coûte d’avoir à se taire.

J’ai toutes les raisons de n’avoir aucune motivation à entamer ce semestre…

Me voilà contrainte de supporter une nouvelle coloc, de me voir rapporter toutes les frasques sexuelles de Parker et de me confronter à la froideur de Doven deux fois par semaine.

Je vais vite devenir barge…

Mon seul réconfort est ce SMS de mon père dans lequel il me souhaite une bonne rentrée.

Mais après trois heures de cours, l’effet positif de son texto se dissipe légèrement. Lasse et découragée de tout, je quitte l’amphi pour le réfectoire quand je reçois un nouveau SMS :

— Emma —

On déjeune ensemble ? Je suis à la cafèt’ !

Voilà qui pourrait égayer cette rentrée…

Sans pleurer sur l’épaule de mon amie, je pourrais me confier à elle et la laisser me changer les idées avec ses histoires rocambolesques et sa bonne humeur légendaire.

— Emma —

Lewis est là, mais on s’en tape !

Je souris déjà beaucoup moins.

— C.J —

Il y a d’autres joueurs de l’équipe ?

— Emma —

Ouais… Pourquoi ?

— C.J —

Je préfère passer mon tour. Je n’ai pas envie de les voir maintenant

que je me suis séparée de Parker. Une prochaine fois.

— Emma —

Tu déconnes ?!

— C.J —

Ce n’est pas grave, t’inquiète ! On aura d’autres occasions.

Chagrinée de ne plus pouvoir être avec ma meilleure amie sans me coltiner les coéquipiers de Parker, je range mon portable dans la poche de mon jean en fonçant tête baissée. Pour le moment, je dois me choper un truc à manger en vitesse. Perdue dans mes songes, je ne remarque pas l’imposante présence sur ma trajectoire et je m’arrête in extremis avant de la percuter. L’identité de l’imposante présence finit de me pourrir cette journée déjà mémorable tant elle est merdique.

— Doven ?

Tous mes sens se mettent en alerte en redécouvrant ses traits après une si longue séparation. J’aimerais me régaler de le trouver si séduisant et charmant avec ses cheveux légèrement plus longs qu’il a coiffés toujours avec cette désinvolture magnétique. J’aimerais, mais je ne peux pas ignorer le regard noir qu’il me destine et cette posture presque défensive qu’il adopte.

Un peu confuse, j’examine les environs à la recherche d’une explication à sa présence de ce côté du campus. Les seules fois où il traînait dans le coin, c’était pour venir me rejoindre à la fin de mes cours.

— Tu m’attendais ?

La mimique dépitée qu’il adopte suffit à répondre à ma question. Non, il n’est pas ici pour moi…

Tu te tournes en ridicule, C.J !

— Et puis quoi encore ! Cela dit, vu que tu es là, je vais en profiter pour te remercier…

La pointe d’ironie et la contrariété dans sa voix n’augurent rien de bon.

— Me remercier de quoi ?

— D’avoir bourré le crâne d’Autumn avec tes conneries !

— Quoi ? Mais quelles conneries ?

— Tu ne me feras pas gober que sa soudaine envie de revenir étudier ici ne vient pas de toi.

— Mais de quoi tu parles ? Autumn veut réintégrer Hedard ?

— C’est déjà le cas, Callista ! Et ne me dis pas que tu n’es pas au courant.

— Mince alors…

Surprise par cette nouvelle, je suis sans voix.

— Je ne m’attendais pas à ça…

— Ben voyons…

Son ton acariâtre a tendance à me taper sur les nerfs. Tout comme ses accusations d’ailleurs.

— Même si je doute d'avoir joué un rôle dans sa décision, je serais heureuse et fière si mes paroles lui avaient donné envie de reprendre sa vie en main. Comme c’est une jeune femme brillante et courageuse, elle n’a aucunement besoin de moi ou de mes conseils pour trouver la force de revenir sur le campus. Je ne manquerai pas de la féliciter lorsque je la verrai.

— Comment peux-tu être aussi stupide ? Ce connard est toujours là !

— Et toi, Doven, comment peux-tu être égoïste à ce point ?

— Nan, mais je rêve ! Cela dit, je ne peux pas te demander de comprendre la situation délicate dans laquelle on se trouve vu que tu ne penses qu’à toi !

— C’est tellement grotesque !

— Ma sœur est obligée de vivre dans un appart avec quatre mecs parce que sa réinscription s’est faite au dernier moment !

— Elle vit avec les garçons ?

Il a un sourire sarcastique.

— Merci à toi !

Je hausse les épaules.

— Tu te comportes vraiment comme un con !

— Qu’est-ce que tu as dit ?

Je suis sur le point de défendre mes propos quand :

— Doven ?

Parfaitement synchrones, Doven et moi nous tournons en direction de la personne qui vient de le héler.

Tina…

— Désolée, je t’ai fait attendre…

Comment ça ? Il l’attend elle ???

Et le regard qu’elle me lance me provoque une furieuse envie de lui faire avaler ses dents. L’arrogance et le mépris que je devine dans ses yeux, ce n’est pas bon signe.

— Non, tout va bien…

Doven me passe en revue.

— J’avais fini !

Je mène un combat surhumain en moi-même pour ne rien laisser paraître de mes émotions quand il lui offre son bras. Et cette arriviste se jette dessus bien sûr.

Tous deux s’éloignent en bavardant comme si ce moment n’avait été pénible que pour moi.

— Sérieusement ? bafouillé-je sans parvenir à les quitter des yeux.

Je reste plantée là quelques instants avant de me remettre en mouvement.

De toute évidence, cette rentrée est historiquement la pire de toutes !

Mes ex refont leur vie avec une facilité déconcertante compte tenu du fait qu’ils étaient soi-disant « si » amoureux de moi. Ma meilleure amie me lâche pour vivre avec son mec et ça sera mon quotidien pour le reste du semestre !

L’appétit coupé par ce que je viens de découvrir, je décide de me rendre à mon prochain cours. Tout en marchant vers ma destination, je ressasse ma conversation avec Doven. C’est alors que je suis frappée d’une idée.

Une idée grandiose !

Je prends mon téléphone et compose le numéro d’Emma.

— Tu as changé d’avis ? Tu ramènes tes miches ?

— À vrai dire, j’ai besoin que tu me rendes un service.

— Je t’écoute !

— C’est au sujet de la chambre. J’ai quelqu’un pour l’occuper avec moi. Tu crois qu’il y a moyen de s’arranger ? Même si ce n’est que temporaire.

— C’est qui ?

— Autumn, la sœur de Doven. Elle est revenue sur le campus.

— Je te laisse gérer, ma belle, OK ?

— Super ! Merci, Emma.

— Si ça te fait plaisir…

— Tu n’as pas idée ! Tu viens de mettre un peu de soleil dans ma journée totalement foireuse.

— Tes cours ?

— Non, mes ex !

— Tu as croisé Doven ?

— Affirmatif ! Il était au bras d’une autre nana lui aussi ! Moi qui culpabilisais de les avoir fait souffrir…

— Merde ! Je suis désolée, ma Peachy…

— J’imagine que je ne l’ai pas volé…

— Je peux passer te voir ce soir ?

— Ça marche !

Je salue ma meilleure amie et raccroche avant de filer vers mon prochain cours le cœur bien plus léger.

J’ai tellement hâte de proposer à Autumn d’emménager avec moi !

***

Ma rencontre avec Doven remonte déjà à deux jours. Un laps de temps vite passé puisque je me suis focalisée sur mes études, mais également sur la meilleure façon de rendre possible l’emménagement d’Autumn à Allenton Hills – la plus imposante, mais aussi la plus belle résidence universitaire d’Hedard.

Emma a été hyper cool avec elle lorsqu’elles se sont rencontrées pour régler les détails de notre arrangement.

J’étais tellement ravie de revoir Autumn. Immédiatement après m’être entretenue avec Emma au sujet de la chambre, j’ai passé un coup de fil à l’intéressée pour lui soumettre mon idée. Elle a l’air tout de suite emballée.

J’ai assez traîné chez les garçons pour savoir qu’il n’y a rien de simple à vivre là-bas. Surtout pour une jeune femme aussi introvertie qu’Autumn. Ces mecs sont des amours et je les adore, mais ils sont dans leur monde.

Si mon enthousiasme à la pensée de cette cohabitation est contagieux en ce qui la concerne, je doute qu’il en soit de même pour son frère.

Sa sœur vivant avec son ex ?! Ça le fait moyen !

Autumn étant aussi réaliste à ce propos, nous avons décidé de nous allier l’une à l’autre pour affronter le fauve. Elle aura besoin de mon soutien pour discuter avec Doven de son choix et vu qu’il me déteste, autant que je serve de punching-ball.

C’est dans ce but que j’entre dans ce café en cette fin d’après-midi. Les cours sont finis pour la plupart, ce qui explique les nombreux étudiants en train de boire un pot, de bavarder, de s’amuser, de bosser sur leurs ordis ou de se bécoter. La seule personne à retenir mon attention est cette jolie blonde trifouillant la lanière de son sac à dos. Autumn est aussi nerveuse que moi et ça n’a rien de bien étonnant. En deux pas, je suis près d’elle. Je m’installe autour de la table.

— Salut, toi !

— Salut…

Ce timide filet de voix en dit long sur son angoisse.

— Je vais aller me prendre un café. Tu veux quelque chose ?

— Un soda, s’il te plaît !

Je me dirige au comptoir et commande nos boissons avant de la rejoindre.

— Tu t’inquiètes toujours autant ?

— Il y a peu de chances qu’il le prenne bien !

— J’aimerais être plus optimiste, mais avec ton frère, ce n’est pas possible ! Il m’en veut et, selon lui, tout est de ma faute. Au moins, ça ne pourra pas aggraver les choses.

— Ça ne va pas les arranger non plus ! Ce n’est pas ainsi que vous allez vous réconcilier…

— Sur ce point, je suis encore plus pessimiste, lui avoué-je la tête dans les épaules.

— Je suis certaine qu’il y a de l’espoir pour vous deux.

— Le fait qu’il ait déjà une nouvelle copine a tendance à me faire penser le contraire.

— Quoi ?

Apparemment, Autumn n’est pas au courant du rapprochement entre Tina et Doven.

— C’est cette nana : Tina. Ils se connaissent depuis un moment. D’ailleurs, la seule fois que je l’ai vue, elle n’a pas arrêté de lui faire les yeux doux. Finalement, je ne suis qu’à moitié surprise…

— Tu es sûre de toi ? Parce que Doven n’a parlé d’aucune fille.

— Ne te prends pas la tête avec ça. Ce n’est pas important ! Emma m’a raconté que Parker semble aller bien. Ton frère est heureux. Je peux me contenter de ça.

— Et en ce qui te concerne ?

— Je ne m’attarde pas sur moi…

Je baisse les yeux.

— Et ils ont raison d’en faire autant. Ils n’ont aucun avenir possible avec moi…

— C’est stupide ce que tu dis. Stupide et totalement faux !

— Pourtant, non ! Je me suis toujours sentie étrange en pensant à mon avenir. Un peu comme si je n’allais pas vraiment en avoir. Au début, je croyais que ça venait de ma culpabilité vis-à-vis de mon frère, mais j’ai compris qu’il y avait autre chose.

— C’est-à-dire ?

— Mon père m’a expliqué certaines choses pendant les vacances…

Je regarde par la devanture.

— Je saisis mieux qui je suis depuis qu’il m’a mise au courant…

— De quoi est-ce qu’il s’agit ?

— C’est au sujet de ma mère…

— Je peux savoir ce que ça veut dire ?

Mes fesses décollent de la chaise lorsque la voix de Doven, dont l’intonation ne laisse aucun doute sur son état d’énervement, résonne dans tout mon être. Je me ressaisis bien vite et suis prise d’une irrépressible envie de lui mettre un bon coup de pied au cul quand je m’aperçois de la manière dont il dévisage sa sœur qui est pétrie de peur sur sa chaise.

— Arrête, Doven ! Fiche-lui la paix !

— Toi, je ne t’ai rien demandé !

— Très bien…

Je me lève histoire d’être à son niveau et le fixe droit dans les yeux.

— Je suis là parce qu’Autumn m’a sollicitée. Elle doit te parler de quelque chose et a souhaité que je sois présente. Que ça te plaise ou non, nous sommes amies toutes les deux et il n’y a que notre amitié qui m’a conduite ici !

— Doven, s’il te plaît…

Plus calme après la supplique de sa sœur, il s’installe face à elle. Autumn me lance un coup d’œil désolé. Je la rassure d’un sourire.

— Qu’est-ce que tu as à me dire ?

— En fait, commence-t-elle la voix fébrile. Je pense que tu es d’accord avec moi : notre cohabitation n’a rien de simple. L’appart est trop petit et je ne suis pas vraiment la bienvenue dans votre « univers ».

— N’importe quoi !

— Ouvre les yeux, Doven ! Les garçons ne te disent rien parce qu’ils sont polis et gentils, mais la situation est pénible pour tout le monde.

Doven se pince l’arête du nez.

— Pourquoi je sens que je ne vais pas aimer la suite ?

— Callie m’a proposé d’habiter avec elle.

— Qu’est-ce que je disais…

— Emma vit avec Lewis maintenant.

Doven me lance son regard le plus cinglant lorsque je prends la parole. J’espère que mon haussement d’épaules lui indiquera que je n’en ai rien à faire.

— J’ai une chambre vacante qui pourrait être utile à Autumn.

— Elle en a déjà une !

— Et tu dors sur le canapé ! intervient sa sœur.

— C’est la meilleure solution ! insisté-je. J’ai une chambre en trop et vous, vous manquez d’espace. C’est assez simple comme équation.

Même s’il ne dit rien, je vois bien à son attitude que le seul fait d’avoir à m’écouter lui refile de l’urticaire.

— J’en ai parlé à papa et maman. Ils ont donné leur accord.

Doven jure.

— Donc, je n’ai pas mon mot à dire…

— J’aimerais que tu te mettes un peu à ma place. Même si j’en ai envie, ce n’est pas facile de reprendre ma vie en main. J’ai besoin de toi, mais pas seulement. Callie joue un rôle dans ce qui m’arrive aujourd’hui. Elle est mon amie et c’est une fille. Je peux lui parler de sujets que je ne peux pas aborder avec toi ou avec nos parents. Tu peux concevoir que cette étape est importante dans mon processus de guérison ? Je souhaite retrouver une vie normale.

Je ne suis pas surprise en voyant Doven se lever pour embrasser Autumn qui sanglote. Cette situation n’a rien pour le réjouir, mais en frère bienveillant, il sait faire passer les intérêts de sa sœur avant ses propres problèmes.

— OK ! capitule-t-il. Fais ce qui te semble le mieux pour toi. Je le respecterai.

— Doven, gémit-elle en se blottissant contre lui. Merci de me comprendre.

S’il étreint sa sœur dans un geste tendre, ses yeux froids et sombres me sont entièrement destinés. Il n’y a rien de délicat ou de bienveillant en leur sein. Je me détourne pour ne pas lui montrer la blessure de sentir ce ressentiment qu’il me voue.

Finalement, c’est le mieux pour lui. Il m’oubliera bien plus vite en nourrissant ce genre de sentiments contre moi.

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