Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 14
C.J
L’ambiance à l’appartement est plus tranquille suite à notre repas au restaurant. Il est déjà très tard et tout le monde semble avoir un coup de barre.
De la musique s’échappe de notre enceinte connectée. Nous sommes avachis sur le canapé et discutons calmement. Mais Doven est toujours aussi taciturne. La présence de Parker le contrarie tellement que je ne vois pas comment la relation qui s’installe entre lui et Autumn a une chance d’y survivre.
Et cet imbécile n’arrange rien en lui offrant un cadeau de ce genre devant tout le monde. Il n’aurait pas pu lui donner plus tard, en toute intimité ? Comme si on avait envie de savoir ce qu’ils planifient de faire tous les deux.
Je n’ai pas tellement compris l’intervention d’Emma. Visiblement, elle est au courant de ce qui se trame entre eux, sinon pourquoi aurait-elle endossé la responsabilité de ce cadeau ?
Plus j’y pense, plus je redoute le jour où Doven va apprendre que sa petite sœur s’est entichée de Parker. D’ailleurs, je ne vois pas ce qui leur prend de se lancer là-dedans. Autumn doit se reconstruire après le traumatisme qu’elle a subi et je sais combien Parker peut être rassurant. Il a fait la même chose avec moi.
Et, justement, je m’interroge : n’est-ce pas cet aspect d’Autumn qui l’attire ? À croire qu’il raffole de voler au secours des oisillons blessés.
Et qu’en est-il de lui ? Nous sommes séparés depuis peu. Se sent-il prêt à se replonger dans une nouvelle histoire maintenant ? Jusqu’ici il se contentait de relations purement physiques, mais avec Autumn cherche-t-il quelque chose de plus sérieux ? Déjà ? Il prétendait m’aimer, il y a encore quelques semaines. Ne va-t-il pas trop vite ?
Je ne vois aucune issue positive à tout ça. Doven n’acceptera jamais. Même si leur relation prend son envol, que ça fonctionne entre eux, Doven ne pourra pas tolérer que Parker touche à sa sœur. Il le déteste !
En ce qui concerne Emma et Ben, je dirais qu’à l’instant, tout va pour le mieux vu qu’ils nous ont lâchement abandonnés pour aller s’enfermer dans la chambre.
Pour avoir discuté avec l’un et l’autre, je sais qu’il leur faut quelques réglages, c’est certain. Cependant, Ben s’accroche à elle malgré le fait qu’Emma le ramène à un aspect de son passé qu’il déteste. De ce qu’il m’a raconté, sa mère lui a fait vivre un enfer. C’était une alcoolique avec un homme différent dans son lit tous les soirs.
Même si Emma est très loin d’en être rendue là, je peux concevoir qu’entretenir une relation sérieuse avec une fille aussi exubérante puisse le rebuter. Pour Emma, je crois, sans trop vouloir m’avancer, qu’elle a senti son cœur battre pour la première fois.
Finalement, son histoire avec Lewis lui a permis de découvrir un autre aspect d’une relation amoureuse. Je pense que ça l’a changée, que ça lui en a appris plus sur elle-même, qu’importe que ça la terrifie !
— Oh, non ! Ce n’est pas vrai !
Will se couvre les oreilles lorsque les premiers cris de bonheur d’Emma nous parviennent.
— Merde, ils se foutent vraiment de nous.
— Si c’était pour faire ça, ils auraient pu aller chez Ben, ajoute Parker.
De mon côté, je jette un regard envieux en direction de Doven.
Eh oui, j’avoue, je suis jalouse !
Entre Doven et moi, c’est parfait en ce moment. Je suis heureuse et ravie qu’il nous laisse une nouvelle chance. Mais le sexe me manque tellement. Plus les jours passent, plus ça devient problématique. Un mot, un mouvement de lui, un regard, un sourire et je m’embrase. Je me contiens, me tais, mais je me consume en silence. Pourtant, le désir est bel et bien présent et particulièrement tenace.
— Et après elle ose dire que mon Ben la dégoûte ! se lamente Will. Je trouve qu’elle aime un peu trop ça pour être crédible. T’en dis quoi, Pépite ?
Je roule des yeux quand les vocalises d’Emma s’intensifient.
— Je reconnais qu’elle n’est pas hyper convaincante !
— Et elle nous casse les oreilles ! râle Pete. Sérieux, elle ne nous a pas vus entrer dans l’appart avec eux peut-être !?
— Je crois qu’il est temps que je rentre, nous apprend Parker en se levant. Je suis mort !
— Je vais te déposer, annoncé-je en l'imitant. Tu as trop bu.
— Hors de question ! Il est plus de minuit. Tu ne te balades pas dehors à cette heure-ci !
— Mais…
— Doven a raison, Peachy. Il est tard, va te coucher. Et puis, vous partez tôt demain. J’ai déjà demandé un taxi. Il sera là dans cinq minutes. Je vais aller l’attendre en bas.
— Je t’accompagne dans ce cas.
Parker salue les garçons et tapote le dessus de la tête à Autumn qui est sur le point de s’endormir sur son fauteuil.
— Bonne nuit, morveuse.
— Bonne nuit, Parker.
Dans l’entrée, je récupère mon manteau et enfile mes chaussures.
Le regard de Doven m’indique que mon initiative ne lui plaît guère. Je décide d’ignorer sa mine renfrognée et sors derrière Parker. La porte tout juste refermée, je me dresse sur la pointe des pieds pour lui donner une tape à l’arrière du crâne.
— Mais quoi !? Tu es malade, ma parole !
— Et toi ?! Lui offrir un vibro ! Nan, mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?
— C’est entre elle et moi…
— Tu aurais pu faire dans la discrétion !
— Pourquoi ? À cause de ton mec ?
— À cause de son frère !
Il se stoppe et m’observe d’un drôle d’air.
— Encore une fois, tu mélanges tout. Ton passé avec Doven et ta nouvelle « relation » avec Autumn. Arrête de te foutre de ce qu’il pense à cause de notre histoire. Tu ne peux pas te le permettre, c’est sa petite sœur !
Il hausse les épaules avant de reprendre sa route.
— Je m’en cogne !
Je lui emboîte le pas.
— Ça ne marche pas comme ça.
— Lâche-moi avec Doven !
— Tu ne fais rien pour calmer le jeu, non plus !
— Parce que je n’ai rien à faire dans ce but ! s’exclame-t-il en faisant un demi-tour brusque, l’index levé dans ma direction. Il m’a assez pris pour un con pour que je rampe devant lui par-dessus le marché. Ça va le rendre barge de savoir que je suis attiré par sa frangine ? Tant mieux ! Il comprendra ce qu’on ressent lorsqu’on nous arrache une personne à laquelle on tient plus que tout…
Je le pousse même s’il ne sourcille pas.
— Tu te sers d’elle pour te venger ! Elle est innocente.
— Pour qui me prends-tu à la fin ?
Il m’indique le bâtiment que l’on vient de quitter.
— Va le voir et tu sauras ce qu’est un enfoiré ! Moi, je n’ai rien fait de mal. Lui, il s’est immiscé dans notre couple, il a mis le bordel et TU l’as laissé faire. Et je devrais demander pardon de tenter de refaire ma vie ? Mais vous vous foutez vraiment de la gueule du monde !
Il reprend sa cadence infernale. Je dois courir pour le suivre.
— Pourquoi on n’arrive plus à être amis ? Depuis qu’il y a ce truc entre Autumn et moi, on ne fait que de s’engueuler.
Parker se fige si brusquement que je lui rentre dedans. Il se tourne face à moi, le sourcil arqué.
— Est-ce que tu es jalouse ?
Mes yeux s’ouvrent comme des soucoupes.
— Tu rigoles ?!
— J’essaie seulement de comprendre pourquoi tu as tant les boules à ce propos ? Une véritable amie se réjouirait pour moi de me voir avancer après que je me suis pris la claque du siècle.
Il repart, mais revient vers moi.
— Tu crois que je n’ai pas eu mal ? s’époumone-t-il en se cognant le torse. Retourne dans ta nouvelle petite vie et arrête de me juger ! Tu es vraiment mal placée pour ça.
— Je m’inquiète pour la suite.
Un bruit de moteur rugit au commencement de l’avenue. Parker la traverse et fait un signe au chauffeur.
— Voyons ce qui arrive lorsqu’on change un peu la donne, Peachy. J’ai passé les sept dernières années à m’inquiéter pour toi. Le temps est venu d’inverser les rôles…
Le véhicule s’arrête à notre niveau.
— Parker ?
— Vouloir rester amis est visiblement une connerie. Ça n’a rien à voir avec notre séparation, mais avec toi, C.J ! Tu es trop différente, je ne te reconnais plus.
— Quoi ?
Parker monte en voiture et claque la portière en me laissant comme deux ronds de flanc. Comment peut-il croire que je suis jalouse ? C’est naturel que je me fasse du souci pour ce qui pourrait arriver vu la situation. Oui, je n’aime pas le voir avec Autumn, mais simplement parce que j’anticipe déjà les retombées que leur histoire peut avoir sur Doven et sur moi.
Assaillie par toutes ces questions, je scrute le taxi conduisant Parker chez lui le regard humide. C’est la sonnerie de mon portable qui me sort de ma contemplation pensive. Je viens de recevoir un texto de Doven. Sa lecture me fait soupirer.
— Doven —
Je suis rentré chez moi ! Bonne nuit ! Je viens vous chercher demain
à 8h !
Je prends la direction de l’immeuble.
— Callie —
Je pensais que tu allais rester avec moi.
— Doven —
Visiblement, tu as mieux à faire !
— Callie —
Doven, s’il te plaît…
— Doven —
À demain
Retenir mes larmes sur le chemin de retour est bien compliqué.
Entre les reproches de Parker et la jalousie de Doven, je suis épuisée. Apparemment, cette soirée n’était pas vouée à être bonne. Lorsque j’entre dans mon appartement, il n’y a plus qu’Autumn dans la cuisine. Elle finit de mettre de l’ordre dans le bazar laissé par nos invités.
— Doven est parti. Je lui ai dit de t’attendre, mais il était fatigué.
— Fatigué, répété-je lasse de cette situation.
Je file vers ma chambre.
— Je prends un truc et je fais un saut chez lui.
Je récupère l’objet que je voulais et traverse mon appart dans le sens inverse.
— Je reviens.
— Tu ne dors pas là-bas ?
— Je crois que ton frère a besoin d’espace. Et puis, je n’ai pas encore fait ma valise pour demain.
— Alors, je t’attends.
Je mets moins de cinq minutes pour rejoindre le repaire de garçons. Comme Will et Pete sont déjà devant leur console de jeu, ils ne tardent pas à venir m’ouvrir. Doven lui est dans sa chambre. Allongé sur son lit, il fait tourner son téléphone portable entre ses doigts. Il ne semble pas surpris de ma visite.
— Tu veux bien te mettre debout ? lui demandé-je gentiment en refermant la porte derrière moi.
— Callie, ce n’est pas le moment.
Je lui tends la main.
— S’il te plaît…
Il cède et la saisit. Une fois qu’il est sur ses pieds, je m’empare de mon lecteur audio et glisse mes écouteurs dans ses oreilles.
— Callie.
— Chut…
Je manipule l’appareil et lance Maybe de Janis Joplin.
— Je m’endors tous les soirs avec cette chanson. Dans mon lit, je ferme les yeux en me remémorant tout ce que j’ai ressenti, tout ce qui s’est passé en moi lorsque je t’ai pris dans mes bras, que je t’ai touché pour la première fois. C’est à ce moment auquel je songe quand j’ai juste envie de me sentir bien.
Je coule une main dans ses cheveux.
— C’est de toi que je suis amoureuse, Doven. Ne l’oublie plus, je t’en prie. Tout n’est pas simple, je le reconnais, mais je fais de mon mieux pour trouver le bon équilibre.
Un sourire timide en coin, il me prend par la taille et me ramène dans ses bras.
Comme moi, il y a quelques mois, il redessine mes formes, respire l’odeur de mes cheveux et ça suffit pour réveiller mon envie de lui.
La sensation de son corps se pressant contre le mien, de ses doigts en caressant chaque parcelle, son souffle profond et torturé me bouleverse, me trouble, me comble. Pourtant, il ne m’a jamais autant manqué qu’à cet instant, car je vais l’abandonner pour rentrer chez moi.
— On se voit demain.
— Tu ne veux pas rester ?
Après un baiser que je veux chaste, histoire de ne pas attiser mes propres ardeurs, je tourne les talons.
— Tu as simplement besoin d’être bien.
— Et je suis bien avec toi.
Je lui lance un dernier coup d’œil.
— C’est pour cette raison que je te laisse un bout de moi.
— Dors bien, ma Penny.
— À demain.
Avec un pincement au cœur, je quitte sa chambre et retourne chez moi. Il me tarde tant que tout reprenne sa place entre nous, mais je ne peux pas me laisser aller dans ses bras tant que je ne lui aurai pas révélé ce qui me fait si peur depuis cet été. Il faut que je trouve le courage de lui faire part de mes angoisses, que je partage ce secret avec lui pour qu’on puisse enfin avancer.
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