Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 24
PARKER
— Pourquoi es-tu si silencieuse ?
Cette question que je destine à Autumn la fait revenir vers moi.
Il y a déjà cinq minutes que je la contemple pendant qu’elle observe les allées et venues des badauds dans la rue face au café où nous nous sommes retrouvés pour boire un café.
— Je songeais à Callie et Doven, me dit-elle en prenant sa tasse entre ses mains comme pour se réchauffer. Tu penses que ça va s’arranger entre eux ?
Je hausse les épaules.
— Je n’en sais rien…
Elle fronce le regard et me jauge avec sérieux.
— Tu espères que ça ne soit pas le cas, je me trompe ?
C’est à mon tour de la dévisager de la même manière.
— Pourquoi dis-tu ça ?
— Tu l’aimes encore, Parker. Ce qui s’est passé hier soir en est la preuve…
— Et tu en arrives à cette conclusion parce que je ne supporte pas de voir ma meilleure amie souffrir ?
— Non, mais…
— Je sais que je t’ai demandé du temps. Tu as toutes les raisons de penser que je ne suis pas prêt à m’engager de nouveau...
— L’es-tu ?
Le suis-je ? Toute la question est là…
J’aime tout ce que je partage avec Autumn, ça ne fait aucun doute. Il y a cette complicité naturelle, ce désir que j’éprouve à son égard et tout ce que j’adore chez elle. Pour autant, même si je ressens beaucoup de tendresse pour elle, ce n’est pas suffisant. C’est pour ça que depuis le premier jour, je suis très clair sur ce point : je ne peux pas m’impliquer émotionnellement. Pas encore.
Les récents évènements avec Callie ne m’aident pas à y voir plus clair, c’est évident. La sentir si vulnérable m’a fait passer en mode protecteur comme toujours. C’est un peu comme une vieille rengaine dont je n’arrive pas à me défaire.
Est-ce que ça signifie que je l’aime encore ? Impossible à dire pour le moment.
— Tu connais ma position sur le sujet. Les choses étaient établies d’avance. Maintenant, je ne peux pas ignorer que notre relation a évolué et si cet « accord » entre nous ne tient plus de ton côté, il faut me le dire. Pour rien au monde, je ne veux te faire souffrir.
Si je pensais ma réponse plutôt bien formulée, j’en doute franchement quand le beau visage d’Autumn se voile de déception.
— Donc, tu es toujours amoureux d’elle…
— Honnêtement, je ne peux pas être catégorique là-dessus. C’est encore le bordel dans ma tête.
Je capture ses mains dans les miennes.
— J’adore chaque minute passée en ta compagnie. Tu me fais rire, tu m’écoutes et j’apprécie de pouvoir discuter avec toi aussi librement. Tu n’es pas secrète. J’aime ta franchise, que tu me dises tout ce qui te traverse l’esprit. Je n’ai pas à te tirer les vers du nez pour savoir ce que tu penses. Et puis, au lit, on est plutôt bons tous les deux.
Une remarque qui lui provoque un petit gloussement qu’elle aurait préféré me cacher, je crois.
— J’ai cru que ça te convenait à toi aussi.
— C’est le cas, j’apprécie de redécouvrir une partie de moi dans tes bras, de pouvoir me lâcher sans aucune pression.
— Alors, qu’est-ce qui te chagrine, chaton ?
— Parfois, je me demande si je saurai faire la part des choses entre avoir de l’affection pour toi et tomber amoureuse de toi.
J’ai senti sa réticence à me dire ça et je comprends mieux pourquoi. Elle voulait sûrement éviter de me faire flipper et c’est parfaitement ce qui se produit : je suis flippé à mort !
Jusqu’à ce qu’elle rit.
— Détends-toi, gros nul ! Je ne suis pas amoureuse. Enfin si je t’aime, mais pas comme ça.
— T’es sûre ? Parce que là tu commences à me filer les jetons…
— Je le suis, mais je n’ai pas envie d’aller trop loin avec toi. Le problème c’est que t’aimer s’avère d’une facilité effrayante.
— Dans ce cas, tu devrais demander à Callie son secret… Elle, elle y arrive très bien !
— C’est très nul, ça !
Je me marre de sa grimace quand mon téléphone s’agite sur la table.
— Eh merde !
L’identité de mon correspondant fait s’envoler tout amusement. Je deviens même livide. Mes mains tremblent lorsque je prends cet appel du père de Callie.
Qu’est-ce qu’elle a fait cette fois ?
***
— Putain, mais poussez-vous !!!
Rien à foutre de passer pour un connard sans aucune éducation, je n’ai pas une seconde à perdre ! L’attroupement de personnes au pied de l’hôpital bloquant la porte des urgences s’écarte en me voyant débouler comme un malade. Comme sur le terrain, je suis prêt à plaquer quiconque m’empêchera d’aller rejoindre Callie.
Je n’ai que cette pensée à l’esprit depuis que j’ai quitté le café, Autumn sur les talons. Je dois la voir, la prendre dans mes bras et sentir qu’elle respire. Comprendre ce qui s’est passé et pourquoi elle se retrouve à l’hosto est relégué au second plan. Je m’en occuperai plus tard. La priorité est de m’assurer qu’elle va bien. Pour en apprendre plus, je me rue en direction du bureau d’accueil où se trouve un mec dans la trentaine vêtu d’une blouse blanche.
— Je viens voir Callista Johnson, lui dis-je avec précipitation. Elle a eu un accident de voiture.
— Calmez-vous, jeune homme.
— S’il vous plaît, poursuis-je d’un ton implorant. Comment va-t-elle ?
— C’est une jeune femme d’une vingtaine d’années ?
— Elle a vingt et un ans, oui.
— Et vous êtes ?
— C’est ma copine.
— Pour le moment, les médecins sont encore avec elle. Je ne peux rien vous dire de plus.
Il m’indique un couloir et une double porte.
— Derrière cette porte, il y a une salle d’attente. Patientez là. On viendra vous voir dès que nous avons des nouvelles.
Il se fout de moi lui ? Il n’a rien de mieux à me dire que « patientez ! » ?
— Vous n’avez pas plus d’infos que ça ? m’indigné-je.
— Seulement que votre amie est entre de bonnes mains. Ils feront de leur mieux !
— Parker…
La main menue et douce d’Autumn se glisse dans la mienne.
— Viens, il faut attendre.
Elle m’attire vers le fameux couloir et je la laisse faire.
— Je ne sais même pas comment elle va, murmuré-je en la suivant.
Dans la salle d’attente indiquée par le type de l’accueil, je n’ai plus rien à faire d’autre que de tourner en rond comme un lion en cage et ça me rend dingue. Je n’ai toujours aucune nouvelle de Callie lorsque Doven entre à son tour.
— Où est-elle ?
— Les médecins sont avec elle, répond Autumn suite à mon trop long silence.
Tous mes membres sont tendus, mes veines deviennent apparentes lorsque mon regard se braque sur lui. Et ce n’est pas mon ignorance à propos de l’état de santé de Callie qui me rend si nerveux, mais bien la présence de ce parasite.
— Ils ne vous ont rien dit ?
D’un pas emporté, je contourne sa sœur qui se trouve entre lui et moi et le chope par le manteau avant de le plaquer contre le mur.
— Parker, arrête !!!
— C’est de ta faute ! lui hurlé-je au visage. Je t’avais prévenu de ne pas la pousser à bout, de la laisser avancer en douceur !
— Elle a eu un accident de voiture ! intervient Autumn en s’accrochant à mon bras.
— Vous êtes tellement naïfs, c’est consternant !
— J’ai passé la journée avec elle et elle allait bien. Jamais elle n’aurait essayé de se suicider. Pas après ce que nous avons partagé aujourd’hui.
Je le bouscule plus fort, il percute de nouveau le mur.
— Séparez-vous, nous implore Autumn, la voix pleine de sanglots. Arrêtez ! Callie n’a pas envie de vous voir vous battre.
— Je peux savoir ce qui se passe ici ?
Une quatrième présence dans la salle ramène un peu de calme entre Doven et moi. Trouver une femme parée d’une blouse bleue m’intime de le lâcher.
— Vous arrêtez ça maintenant ou j’appelle la sécurité pour qu’elle vous sorte d’ici !
Nous nous éloignons l’un de l’autre comme pour lui signifier que le message est bien passé.
— Le médecin en charge du cas de Callista Johnson aimerait parler à quelqu’un. Où est son père ?
— Il ne sera pas là avant trois quarts d’heure au moins.
— On m’a dit que son petit ami attendait ici. Lequel d’entre…
— Moi ! répondons-nous à l’unisson.
— C’est une plaisanterie ? s’impatiente l’infirmière.
— C’est ma petite amie, s’interpose Doven. Nous vivons quasiment ensemble. Ma sœur peut vous le confirmer.
— Euh…
Autumn finit avec trois paires d’yeux braqués sur elle. D’un air confus, elle m’observe en biais avant de dire :
— C’est la vérité.
— Suivez-moi ! lui ordonne alors l’infirmière visiblement contrariée par notre attitude.
Doven obéit et disparaît dans le couloir.
Je me retrouve comme un con sans savoir comment va Callie. Je suis relégué à la salle d’attente comme un mec totalement insignifiant. Je n’ai plus ma place près d’elle. Non, c’est la sienne maintenant. Et cette prise de conscience me déchire l’âme. C’est ma Peachy. Celle pour qui je me bats depuis toujours. Je me bats pour son amour, pour son bonheur, pour ses sourires et, aujourd’hui, on m’oblige à rester gentiment à ma place comme un putain d’outsider !
Et moi, j’accepte ça sans broncher ! Je ferme ma gueule et je courbe le dos ! Mais putain, c’est quoi mon problème ? Sur le terrain, même quand un match paraît franchement compromis, je ne lâche rien. Je n’accepte pas mon sort, je refuse l’échec et je donne tout ce que j’ai pour remporter la victoire ! Pourquoi je n’en fais pas de même avec C.J.
C’est le match de ta vie que tu joues, bordel !!! Réveille-toi, Reeves !!!
— Je suis navrée…
Cette phrase d’Autumn me fait revenir vers elle. Me laissant retomber sur l’un des fauteuils qui équipent la pièce, je plonge mon visage dans mes mains.
— Parle-moi, s’il te plaît…
Tout en m’exhortant à lui dire ce que j’ai sur le cœur, elle m’enlace avec tendresse.
— Plus rien n’est à sa place, balbutié-je au bord des larmes. Je ne sais plus où j’en suis…
Autumn, accroupie face à moi, chasse les larmes qui se forment au coin de mes yeux.
— Je n’ai pas toujours été parfait, j’en ai conscience, pleuré-je. Mais merde… C’est mon double, mon âme sœur, mon alter ego. Je ne sais pas ce que je suis supposé faire sans elle dans ma vie.
Ma très chère Autumn m’étreint avec cette tendresse qui lui est propre. Je m’accroche à elle avec une force à la hauteur de mon désarroi.
— Pardonne-moi, sangloté-je contre elle. Tu sais combien je tiens à toi…
— Mais je ne suis pas elle…
Le front pressé contre son épaule, je secoue la tête.
— Je voudrais être différent, crois-moi, mais je n’ai rien d’autre dans ma vie. Rien si ce n’est mon amour pour elle.
— Peut-être qu’un jour je trouverai un homme qui m’aime autant que tu l’aimes…
Me sentant minable face à cette fille qui ne demande qu’à être aimée, j’emprisonne son beau visage entre mes mains.
— Tu le mérites plus que n’importe qui, chaton. J’ai souvent espéré tomber amoureux de toi. Je sais quel bonheur ça serait de vivre auprès de toi.
— Je sais que tu as essayé…
Mes lèvres se pressent contre les siennes.
— Je suis désolé, Autumn. Tellement désolé…
De nouveau, elle me serre dans ses bras.
— Ne t’en fais pas pour elle. Je suis certaine que tout va bien.
Dans la chaleur de ses bras, dans le réconfort de sa tendresse, je fais la seule chose qui m’est autorisée : j’attends.
J’attends de savoir si elle va bien, de la voir, de lui dire combien je l’aime… Il faut qu’elle le sache !
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