Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 27
Parker
Voilà déjà bien deux heures que je la regarde dormir et je ne m’en lasse pas. Niels m’a annoncé, en quittant sa chambre, qu’elle s’était assoupie. Son accident l’a épuisée. Si j’étais déçu de ne pas pouvoir lui parler, je suis soulagé de constater qu’elle va bien.
J’ai décidé de la laisser se reposer et je suis parti rejoindre le reste du groupe à la cafétéria. Nous avons mangé un morceau et l’ambiance était bien plus détendue maintenant que nous sommes rassurés. J’ai pu relâcher la pression en sachant qu’elle dormait paisiblement quelques étages au-dessus.
Il ne me reste plus qu’à lui avouer ce que j’ai fait et implorer son pardon.
Quel imbécile j’ai été !
Ce soir-là, je n’étais pas dans mon état normal. L’alcool a altéré ma capacité de réflexion. Cette idée m’est venue après quelques bières. Je ne m’explique toujours pas pourquoi, mais je suis monté en voiture et j’ai roulé jusqu’à Lexington.
Il était un peu plus de 6h du matin quand je suis arrivé là-bas. Je savais précisément où se trouvaient les caméras. Toutes ces années à grimper en douce dans sa chambre m’ont appris à les éviter. Il y a bien longtemps que Callie a débranché le capteur de sa fenêtre pour que l’alarme ne se déclenche pas lorsque j’entrais au beau milieu de la nuit pour lui faire l’amour ou, en des moments plus difficiles, m’assurer qu’elle n’avait pas fait de conneries. J’ai parcouru ce chemin tellement de fois que je pourrais l’emprunter les yeux bandés.
C’était si facile de semer le trouble.
Je savais où elle rangeait ses carnets. Ça n’a jamais été un secret pour moi, même si je ne les ai jamais lus. J’ai pensé que Doven ferait vite le rapprochement, qu’il ne verrait personne d’autre que Thomas pour manigancer un truc pareil. Mais ce soir, je n’ai pas l’impression d’être un grand génie, loin de là !
Et je l’ai fait parce que….
Je regarde C.J paisiblement endormie et je me dis que pour des raisons évidentes, j’ai pu mentir à Doven, mais je ne peux pas me raconter des histoires. À Peachy non plus.
Je dois être honnête…
Je me redresse brusquement sur mon fauteuil lorsque je crois la voir ouvrir les yeux. La pièce est sombre, il n’y a que la lumière du couloir passant par la vitre dans la porte pour nous éclairer. Je fronce les yeux et me retrouve plongé dans son regard brillant de sommeil.
— Salut, ma puce, chuchoté-je la voix étranglée par l’émotion. Alors, tu te prends pour une pilote de rallye ?
Un rire timide filtre entre ses lèvres.
— Une idée tuée dans l’œuf.
Je m’approche et m’assieds sur le rebord de son lit.
— Tu m’as foutu une trouille bleue, tu sais…
Je dépose un baiser sur son front.
— Qu’est-ce que je deviendrais sans toi ?!
L’avoir si près de moi après ces longues heures d’attente me rend très tactile. Elle ne s’y oppose pas, alors je cajole sa joue.
— J’ai parlé avec Doven. Il m’a assuré que c’était un accident, mais j’ai besoin de l’entendre de toi.
Dans son sourire, je sens qu’elle me comprend ce besoin impérieux d’être rassuré qui me retourne le ventre. Cette peur, cette douleur sont si ancrées en nous. Sa main rejoint la mienne qui épouse toujours sa joue. Je sens sa détermination à me convaincre au regard qu’elle me lance.
— Je n’ai pas essayé de me tuer, je t’en fais la promesse. C’était juste un accident de la route.
Je la vois rouler des yeux.
— Et je me sens tellement stupide d’avoir envisagé d’aller trouver Thomas.
Je prends ses mains dans les miennes.
— En parlant de faire des choses stupides…
Coupable, je ferme les yeux et inspire un grand coup.
— J’ai un truc à t’avouer.
Une annonce qui lui fait froncer les yeux.
— C’est à propos de ce cambriolage…
— Tu es au courant de quelque chose ?
— En fait, j’ai ma petite idée sur qui a fait ça…
Penaud, je lève la main.
— Toi ? dit-elle les yeux écarquillés.
— J’ai agi comme un imbécile et je m’en veux atrocement.
Mais Callie panique et moi aussi du fait.
— Mais pourquoi, Parker ?
— Je pensais que Doven accuserait Thomas. C’est pour ça que je voulais placer tes carnets chez lui. C’était tellement débile comme plan. Si j’avais su plus tôt que tu étais au courant et que ça te faisait autant souffrir, je serais venu te trouver dans la seconde pour t’avouer ma connerie. Tu m’as parlé de leur divorce uniquement. Comme personne n’a fait référence au cambriolage, j’ai pensé que ton père ne t’en avait pas parlé.
— Ce n’est pas le cambriolage qui m’a le plus touchée, mais cette peluche…
Sa gorge se serre, son élocution ne laisse aucun doute sur son émoi.
— Tu connaissais l’importance de ce lapin pour moi…
— Absolument pas, ma puce ! Premièrement, si tu y réfléchis bien, tu te rappelleras que tu ne m’as jamais dit ce que représentait ce lapin pour toi et Jeremiah. Et deuxièmement, je n’y ai pas touché.
— Jamais ?
— Je te le jure sur ma vie. J’ignorais qu’il appartenait à ton frère.
— En fait, il était à moi, mais Jeremiah me le piquait sans arrêt.
— Je suis navré qu’il ait disparu, mais je n’y suis pour rien, Peachy…
— Me voilà revenue au point de départ, constate-t-elle songeuse.
— J’imagine que tu as besoin de comprendre, mais ne reste pas bloquée là-dessus. Ne replonge pas dans cet enfer. Il n’y a rien de bon pour toi à vivre prisonnière de ton passé…
— Mais si tu n’y es pour rien, ça veut dire qu’il n’y a que ma mère qui avait connaissance de l’importance de cette peluche.
J’essuie les larmes qui ruissellent sur ses joues.
— Ne lui accorde pas le pouvoir de te blesser, je t’en prie.
S’accrochant à mon cou, elle m’étreint de toutes ses forces.
— J’ai besoin que tu me le dises.
— Quoi donc ?
— Je te demande de me dire qu’il est mort, Parker.
— C.J…
— Je veux l’entendre de toi, s’il te plaît. Tu es la seule personne sur terre qui a le droit de le faire.
Sa requête me met au supplice, me torture. Comment lui dire de baisser les bras, de ne plus croire, d’accepter la mort de ce frère qu’elle chérit plus que tout ? Je n’ai jamais eu l’espoir que Jeremiah soit un jour retrouvé vivant. J’en ai rêvé souvent, mais ce n’était qu’une chimère.
Aujourd’hui, elle paraît prête à franchir ce pas et c’est avec moi qu’elle décide de le faire. Si une part de moi en est honorée, l’autre souffre en se remémorant notre première rencontre. Je revois ses sublimes yeux bleus comme le ciel et pourtant aussi sombres que la nuit. J’ai la sensation d’être sur le point de lui donner le coup de grâce, que je vais briser cette jolie brune qui m’a ensorcelé. Si elle n’existe plus, que me reste-t-il ? Que reste-t-il d’elle ? Plus rien qui me rattache à elle…
Suis-je sur le point de laisser s’envoler l’unique partie d’elle qui m’appartient encore ?
Bravant l’étau dans ma gorge, repoussant tant bien que mal les larmes qui embrument mon regard et de mes mains tremblantes, j’emprisonne son beau visage en leur sein. Oubliant que ses lèvres ne sont plus miennes, je les frôle, les caresse, les adore. Tel que je le pressentais, elle ne montre aucune réticence.
— Ma douce Peachy, mon bel amour, mes merveilleuses ténèbres…
Un sanglot lui déchire la poitrine.
— Je t’aime et je t’aimerais jusqu’à mon dernier souffle. Tout en moi t’est acquis à jamais.
Ses doigts fins et hésitants se cramponnent à mes épaules.
— Il y a tant de bonheurs, de rires et de lumières qui n’attendent que de te combler. Tu es plus brave que n’importe qui ici-bas. Personne n’a ton courage et ta force. Tu penses à tort que je t’ai porté, que je t’ai guidé, mais c’est toi, parce que je t’aime, qui nous as conduits là où nous sommes aujourd’hui. Il est temps pour toi de regarder vers l’avenir, mais dans cet avenir, il n’y a pas d’autre place pour Jeremiah que dans ton cœur et dans tes souvenirs. C’est les deux seuls endroits où il vit encore.
Comme abandonnée par sa force, elle se relâche contre moi. Je l’enlace plus fermement quand elle retombe dans mes bras. Si je ne l’entendais pas pleurer, je penserais qu’elle est inconsciente.
— Il n’y a qu’un pas entre le passé et l’avenir. Franchis-le ! Pas pour moi, pas pour Doven, mais uniquement pour toi, ma belle Peachy. Personne ne mérite plus que toi d’être heureux.
— Ça me terrifie, Parker.
— Tu n’es pas seule, tu ne le seras jamais. On va avancer étape par étape, main dans la main, comme on l’a toujours fait.
— Je serais tellement perdue sans toi.
— Et je n’ai aucunement l’intention de m’éloigner de toi.
— Mon père va venir vivre près de moi, m’apprend-elle les yeux pleins de larmes.
— Rien ne pouvait me rendre plus heureux pour vous deux. Vous allez trouver ce qui vous a manqué toutes ces années, j’en ai la certitude.
Elle reprend de la constante au fil de notre échange. Je la sens plus vigoureuse dans mes bras.
— Il t’a appelé pour te prévenir de l’accident.
— Dès que son prénom est apparu sur l’écran de mon portable, j’ai su que quelque chose n’allait pas.
— Il m’a avoué regretter d’avoir eu à le faire.
— Pourtant, je veux être le premier, lui confié-je avec une drôle de timidité. Je ne suis plus en position de réclamer cette priorité, mais je la convoiterai toujours.
— Tu peux aussi avoir la première place dans la vie d’une autre…
Son regard devient fuyant.
— Et je te dois des excuses d’avoir réagi ainsi en apprenant ta relation avec Autumn.
— Ma puce, arrête…
— J’ai eu du mal à l’accepter, je le reconnais. Il y avait d’un côté tout ce que ça impliquait vis-à-vis de Doven, mais…
Je rêve ou la gêne que je ressens dans ses propos et leur contenu laisse entrevoir une forme de jalousie.
Ma Peachy serait jalouse…
— Tu étais jalouse ?
Elle fait la moue.
— Un peu…
Un gloussement lui échappe. De mon côté, je ne ris pas du tout. Si elle a éprouvé ce genre de sentiments, c’est qu’elle m’aime toujours.
— Je suis stupide…
Je secoue la tête.
— Callie, je t’aime, lui avoué-je dans un cri du cœur. J’ai essayé d’oublier mes sentiments, mais c’est plus fort que moi, plus fort que tout, je ne peux pas cesser de t’aimer.
Son air enjoué s’estompe subitement.
— Je fais ce qu’il faut pour apprendre à vivre sans toi, je te le jure, mais je n’y arrive pas. Je pensais y parvenir, mais ce qui vient de se produire me prouve que je suis toujours fou amoureux de toi.
— Parker, non…
— Peachy, insisté-je en capturant son visage entre mes mains. On peut tout recommencer, tout reprendre à zéro…
— Tu es bouleversé par ce qui vient de se produire, mais tu as Autumn.
— Elle connaît mes sentiments pour toi. Elle sait que tu occupes toutes mes pensées et que notre histoire ne peut être que physique.
— Parker, je t’en prie, ne fais pas ça, je t’en conjure, sanglote-t-elle en s’agrippant à moi. Tu es sous le coup de l’émotion, mais…
— Non ! m’exclamé-je en la prenant par les épaules. Je t’aime, ma puce. Je t’aime comme au premier jour !
— Je n’ai pas envie de te faire du mal, ne m’y contrains pas…
— À cause de lui ?
— Je t’assure que les choses sont mieux ainsi.
— Alors, pourquoi j’ai si mal, Callista ? Tu prétends qu’il y a quelque chose de plus grand que ce qu’on a vécu, mais comment peux-tu penser une telle chose ? Moi, je ne vois rien de plus grand que toi !
— Laisse-lui une chance de te prouver que j’ai raison.
— Je ne l’aime pas ! Je l’adore, elle me fait du bien et j’ai beaucoup de tendresse pour elle, mais c’est de toi, seulement toi ! Tu ne peux pas exiger de moi que je change mes sentiments à ton égard que je tombe amoureux d’une autre simplement parce que tu rêves ta vie ailleurs. Je sais que tu ne veux pas me faire souffrir et je devrais pouvoir arrondir les angles pour te faciliter les choses, mais je ne peux plus me mentir à moi-même pour te contenter. Je t’aime et je te désire toujours autant, c’est ça ma vérité !
— Je n’ai rien de plus que mon amitié à t’offrir.
Cette vague d’espoir retombe aussi vite qu’elle s’est formée. Callista ne m’aime plus. Plus comme je le voudrais. Il n’y a rien à faire, plus rien à sauver de nous. Pour autant, je ne peux pas la perdre. Elle ne doit pas sortir de ma vie.
Lui dissimulant combien son refus me brise, je lui souris. Un sourire tranquille pour la rassurer. J’essuie ses joues ravagées par ses larmes.
— Je prendrai ce que tu es en mesure de me donner, Peachy. Je m’en contenterai, mais ne me prive pas de toi pour me punir de t’aimer.
— Jamais je ne ferai une telle chose.
Ses doigts se baladent dans mes cheveux.
— J’ai besoin de toi dans ma vie.
Mon regard se coule dans le sien.
— C’est dans tes yeux que j’ai découvert le monde, que j’ai grandi. Comment changer ça ?
— On a nos combats à mener, Parker. Il faut que nous les menions pour avancer. Toi comme moi…
Callie m’ouvre ses bras dans une invitation à m’y blottir et je ne me fais pas prier. Allongé près d’elle, dans la douceur de ses bras, je savoure de la sentir si tendre.
Pourtant, ce n’est qu’un instant volé. Je ne peux plus me raccrocher à l’espoir de la voir revenir vers moi tout comme je ne peux plus me mentir sur l’importance de mon amour pour elle…
OceanofPDF.com