Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 11
C.J
— Oh, Callie ! Je n’arrive pas à réaliser ! s’exclame joyeusement Autumn en sautant sur mon matelas à pieds joints.
— Moi, j’arrive à réaliser tous les cartons portant ton nom qui se baladent un peu partout.
— Mais quelle rabat-joie !
La mine boudeuse, elle bondit de mon lit.
— Tu ne peux pas te réjouir de notre emménagement ?
— Je le ferai…
J’ébouriffe sa tignasse blonde.
— Quand tu auras rangé tes affaires !
Elle pouffe et s’apprête à sortir quand Parker entre dans la pièce un carton dans les bras.
— Qu’est-ce que tu as foutu là-dedans, bordel !? Des pierres ?
— Ce sont des livres, Parker ! Tu sais, les trucs qu’on étudie pour s’instruire. Et il y a quoi de compliqué pour un malabar comme toi avec de super biscotos et tout et tout…
Parker, particulièrement souriant aujourd’hui, pose ledit carton et saisit Autumn par le bras.
— Tu veux que je te montre ce que je peux faire avec mes super biscotos et tout et tout ?
Cette pauvre Autumn n’a pas le temps de battre des cils qu’il la soulève pour la déposer comme un tas de linge à ranger en haut de mon armoire.
— Beurk ! C’est dégueu, il y a plein de poussière.
Je glousse, mais balance un coup de coude dans le flanc de Parker.
— Arrête un peu…
— Quoi ?! Il faut qu’elle apprenne qui est le capitaine !
— Bon, tu m’aides à descendre !?
— Doven est ici et il ne va pas apprécier la manière dont vous vous comportez tous les deux.
Je brandis mon index sous son regard.
— J’ignore ce qu’il se passe et je ne veux pas le savoir. En tout cas, je n’aime pas ce que je vois !
— Mais il n’y a rien à voir.
Il lève le nez vers Autumn.
— Hein, morveuse ?
— Tu adorerais ça, mais tu as le droit de rêver.
Parker porte une main à son torse.
— Cette fille aime trop briser mon petit cœur.
Je pousse un soupir frustré en quittant la pièce.
Parker et Autumn n’ont pas la franchise d’admettre qu’ils se cherchent, mais je ne suis pas naïve ; il se trame quelque chose. J’ai toujours vu d’un bon œil leur entente. Ils aiment se bagarrer, ils se titillent et jusqu’à présent c’était divertissant, mais dès l’instant où Doven va comprendre qu’ils se rapprochent l’un de l’autre, ça va devenir l’enfer !
Contrariée par cette histoire, je remonte le couloir desservant les chambres de notre appartement jusqu’au salon.
Une pièce que je repasse en revue une nouvelle fois. J’en retire toujours le même plaisir. Il faut dire que cet appart est sensationnel. Il y a déjà trois semaines que nous l’avons visité et j’ai tout de suite su que nous aurions du mal à trouver un meilleur endroit pour vivre ensemble. Compte tenu de notre situation, nous aurions aimé nous y installer plus rapidement, mais nous avons dû nous armer de patience. Je peux vous dire que cohabiter à trois dans cette petite chambre que nous avions à Allenton Hills sans nous écharper relève tout bonnement du miracle.
Mais aujourd’hui, nous avons un grand appartement offrant un confort dont nous n’aurions même pas osé rêver. Il est doté de trois chambres, de deux salles de bains et d’une cuisine incroyable.
C’est cette pièce qui m’a le plus séduite. Dès que je l’ai découverte, j’ai pensé à toutes les recettes que j’allais pouvoir y réaliser. J’étais déjà folle de joie lorsque je pouvais utiliser celle de Doven, mais là, c’est encore plus grand, plus fonctionnel.
— C’est quoi cette mauvaise tête, ma Penny ? Quelque chose te chagrine ?
Cette question de Doven me tire de mes pensées. Je traverse le salon pour le rejoindre dans ladite cuisine où il boit un verre d’eau.
— Pas du tout.
— Tu veux que je te serve un truc à boire ?
— Comme toi, s’il te plaît !
Il sort une bouteille de notre réfrigérateur et me la tend. Je le remercie.
— Cet appart est vraiment cool, dit-il en laissant son regard traîner autour de nous. Je suis même un peu jaloux…
— Pour être franche, j’ai sérieusement songé à procéder à un échange.
Amusé, il rehausse un sourcil.
— Dis-m’en plus ! Je suis curieux d’entendre ça.
La légèreté et la malice avec lesquelles il s’adresse à moi me font sourire. J’aime l’état d’esprit dans lequel se trouve Doven depuis notre réveil suite à la soirée chez Parker. Tout est plus facile entre nous. Avec douceur, sans rien brusquer, nous nous retrouvons, nous nous charmons, nous nous taquinons. C’est tranquille et agréable.
Doven accepte de m’apporter ce que je lui réclame : du temps et le soutien nécessaire pour m’aider à me délivrer de ce lourd secret que je lui dissimule encore.
Et ce n’est pas pour me faciliter la tâche. Tout est tellement fabuleux entre nous que, naturellement, je me demande si lui révéler la vérité au sujet de ma mère ne ternira pas notre relation encore fragilisée par mes mauvaises actions de cet été.
— Je songeais à un troc : toi contre Emma.
Il rit sincèrement.
— Emma, tu dis ?! Je ne suis pas certain que ça ravira les garçons.
— Pas même Ben ?
— Franchement, j’en doute. J’ai l’impression que rien n’est simple entre eux. Emma t’a parlé de quelque chose ? Parce que Ben est muet comme une carpe quand j’essaie de savoir ce qui se passe entre eux.
— Elle m’a raconté qu’ils ont discuté une bonne partie de la nuit quand nous avons dormi chez vous. Emma voulait s’excuser pour son attitude. De là, ils ont bavardé. Elle a été surprise de s’entendre si bien avec lui et…
Je roule des yeux.
— Tu sais déjà comment ça s’est terminé.
— Mais depuis, ils s’entendent beaucoup moins bien, constate Doven.
— Oui, mais j’ignore totalement quelle est l’origine de leur discorde.
— Sérieusement, comment peut-on être aussi bordélique ?!
Je souffle allègrement quand Ben entre dans l’appartement talonné de près par Emma.
Doven me fait tournoyer dans ses bras, histoire que nous soyons tous les deux aux premières loges pour assister à une nouvelle scène de ménage.
— On va avoir le droit à un autre round, ma douce, me murmure-t-il à l’oreille.
—Je ne comprends même pas que Penny veuille de toi chez elle.
— Mais je ne t’ai rien demandé, alors casse-toi si ça te gonfle autant de me rendre service.
Ben a un rire moqueur.
— Sauf que je ne suis pas là pour toi, Emma ! C’est contraint et forcé que je me retrouve à t’aider pour trimballer toutes tes merdes !
Après ce débordement de gentillesses, Ben et Emma disparaissent dans la chambre de celle-ci.
— Ils ne se sont même pas rendu compte que nous étions dans la pièce.
— Je ne comprends pas pourquoi ils couchent encore ensemble…
Je jette un coup d’œil étonné vers Doven.
— Comment le sais-tu ? J’avais un doute sur la question, mais aucune certitude.
— Emma se pointe toujours tard quand elle croit qu’on dort. Ils s’envoient en l’air.
Doven roule des yeux.
— Un autre domaine dans lequel Emma n’a pas appris à être discrète. Et pour finir, ils s’engueulent.
— Je me demande ce qu’il peut ressortir de leur histoire…
— C’est à eux de le découvrir, Callie.
— Bien sûr, mais je me fais du mauvais sang pour mes amis. Je ne veux pas qu’ils souffrent. Ni l’un ni l’autre.
Doven m’abandonne pour venir s’adosser au plan de travail.
— Tu savais que l’anniversaire d’Autumn était vendredi prochain ?
Voilà un évènement réjouissant ! Ça nous changera des engueulades entre Emma et Ben…
— Super ! m’enthousiasmé-je.
— J’ai envie d’organiser une soirée sympa pour elle. On pourrait faire ça ici avec toute la bande…
— J’adore cette idée ! Tu veux lui faire une surprise ?
— Si on arrive à garder le secret jusque-là avec l’équipe de choc qu’on se trimballe…
Je glousse.
— Je vais leur en parler. En ce qui concerne l’endroit et pour faciliter l’effet de surprise, nous pourrions faire ça dehors.
— Ouais, carrément !
— Et je pense avoir le lieu parfait. C’est un resto dont on ne m’a dit que du bien : la cuisine est top, on peut danser et l’ambiance est très agréable.
— C’est très engageant tout ça !
— Il faut que j’en parle à Parker…
Doven soupire.
— Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ?
Je le pousse doucement.
— Premièrement, parce qu’il fait partie de la bande, même si ça ne te plaît pas. Et deuxièmement, c’est lui qui connaît ce resto dont je parle…
— Eh ouais, mec, je fais partie de la bande !
Ce n’est pas vrai…
Le regard cinglant lancé par Doven en direction de Parker n’annonce rien de bon.
Après les chamailleries pré-coïtal de Ben et Emma, j’ai le droit au concours de testostérone entre mon ex et mon mec ! Je suis une sacrée chanceuse dis donc…
— C’est bon ! Lâche-moi, Parker !
— Sortez d’ici si c’est pour vous prendre la tête ! Je n’ai pas envie d’entendre ça.
— C’est lui qui a un problème avec moi, se défend Parker. Tout ce qu’il souhaite, c’est de ne plus m’avoir dans le paysage, mais ça, c’est mort, n’est-ce pas, ma Peachy ?
Doven me regarde et à sa manière dont il le fait, il attend que j’infirme les propos de Parker.
Un peu fuyante, je lui dis :
— Tout le monde a sa place ici…
— Haha !
Et je me serais bien passé du cri victorieux de Parker…
— Ça serait vraiment bien que vous appreniez à vous tolérer, ajouté-je un air suppliant sur le visage.
Je décide d’ignorer leur bouderie.
— Parker, où se trouve le resto dont Tom m’a parlé, il y a quelque temps ? Vous avez célébré son anniversaire là-bas si mes souvenirs sont bons.
— Ouais, c’est ça ! L’endroit est à trente bornes d’ici environ. Je te trouverai le nom du resto, t’inquiète.
Je le remercie d’un sourire.
— Je peux savoir ce que vous voulez y fêter ?
— L’anniversaire d’Autumn.
Doven jure, mais n’ajoute rien.
— C’est l’anniv’ de la morveuse, se réjouit Parker. Sensas ! On célèbre ça quand ?
— On ? s’étrangle Doven.
Sûr de lui, Parker s’accoude contre la table de bar et défie Doven.
— On va jouer franc-jeu tout de suite, Swanson !
Il m’indique du doigt.
— Je ne vais pas sortir de sa vie. Je comprends que ça t’emmerde, mais c’est comme ça. Imprime rapidement que rien ni personne ne pourra se dresser entre nous et ça nous fera déjà bien avancer.
— Parker…
— J’énonce un fait, Peachy ! Tu m’as fait une promesse, je me trompe ?
— Si, mais ce n’est pas une raison de mettre de l’huile sur le feu.
— Parce que c’est moi qui fais ça ? De mon point de vue, c’est lui qui envenime les choses.
— C’est quoi cette promesse ? intervient Doven.
— C’est entre elle et moi !
— Je m’adresse à Callie !
— J’ai donné ma parole à Parker que rien ne viendra chambouler notre amitié, commencé-je un peu nerveuse à l’idée que cette annonce détériore mon entente avec Doven.
— Rien.
Je rêve ou Parker vient de faire un clin d’œil à Doven.
— Pas même toi.
— Ravi de l’apprendre, mâchouille celui-ci visiblement contrarié.
— On est amis, Doven, tenté-je de me justifier. Essaie de me comprendre…
— C’est pas simple pour moi…
— Bah, fais comme tout le monde : accommode-toi de la situation ! Si tu l’aimes autant que tu le prétends, tu devrais être capable de faire ce qu’il faut pour qu’elle soit heureuse.
Doven fulmine et je redoute le pire face à cette ultime provocation de Parker quand :
— Je vais buter ce mec !
À cet instant, j’ai bien envie de courir en direction de ma meilleure amie pour la remercier de surgir dans la pièce et de couper court à cette conversation houleuse.
Parker se marre.
— Pardon ? lui dit-il en portant une main à son oreille. À cette distance, je n’ai pas compris. Tu as dit « buter » ou « baiser » ?
Elle le fustige d’un regard noir.
— Non, parce que tu parles tellement vite…
Au bord des larmes, elle ajoute :
— Je me tire. J’en peux plus…
— Mais Emma…
Je m’approche d’elle.
— Ce n’est rien, Peachy, me rassure-t-elle en reniflant. J’ai besoin de prendre l’air une minute !
— Je peux t’accompagner ?
Au moins, je n’aurais plus à me soucier des deux coqs derrière moi…
— Excuse-moi, mais je préfère être seule.
Et elle sort sans rien ajouter.
— Eh merde…
La sortie d’Emma a ramené le calme entre mes deux voisins. S’ils ont l’intention de relancer les hostilités, l’arrivée de Ben dans le salon a le mérite de leur couper l’herbe sous le pied.
Le regard triste, mon pauvre Ben se traîne jusqu’au canapé sur lequel il se laisse tomber. Je le rejoins et le prends par le cou.
— Ça ne va pas, mon Ben…
Il secoue la tête avant de la poser contre la mienne.
— Et tout est de ta faute !
— Ma faute ?
— Pourquoi a-t-il fallu que tu la ramènes celle-ci ?
Je l’embrasse bruyamment sur la joue.
— Le secret avec Emma, c’est qu’il faut savoir la piloter. Une fois que tu as trouvé la bonne méthode, je t’assure qu’elle ronronne.
— Tu as un conseil à me donner pour m’aider à ne pas la tuer ?
— J’ai une info de premier choix la concernant…
— Je t’écoute.
— Emma n’est pas du genre à se prendre la tête quand elle s’en fout. Si elle s’accroche, c’est qu’il y a un truc, tu vois ?
— Eh ben, j’espère que le truc en question vaut le coup parce qu’elle me rend barge.
— Fais-toi désirer. Laisse-la ramer un peu. Si elle tient à toi, elle va se battre. Et toi, tu seras fixé. Elle n’a pas l’habitude de renoncer. C’est une vraie tête de mule.
— Tout ça pour dire ?
— Que si elle te veut, elle t’aura !
Je reçois un baiser sur la joue.
— Tu sais que je t’aime toi.
— Et moi donc !
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