Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 20
Autumn
J’ai le moral dans les chaussettes lorsque je reprends les cours le lundi suivant.
Ce week-end avec Parker a été si incroyable que j’aurais voulu le prolonger éternellement. Nous avons partagé un moment très particulier au cours des dernières heures. Tout ce qui s’est passé nous a incontestablement rapprochés.
Et je me sens si bien…
Tout a été si paisible entre nous. Faire l’amour avec un homme me semblait être une chose insurmontable, mais avec Parker, tout est plus simple. Être en sa compagnie, rire avec lui, le toucher, le laisser me caresser, l’embrasser, faire l’amour avec lui, tout est si naturel…
Quitter le lit n’était pas gagné !
Je crois qu’on a voulu vivre pleinement ces quelques heures de liberté sans personne pour nous obliger à nous tenir éloignés l’un de l’autre. Nous pouvions nous câliner, nous embrasser, nous enlacer sans que ça ne pose problème à qui que ce soit. Du coup, on s’en est donné à cœur joie.
Mais Parker avait un engagement avec son équipe ; il jouait samedi. Du fait, j’ai passé une partie de la journée seule. J’en ai profité pour étudier et m’avancer dans mon travail. Ma surprise a été de taille lorsqu’il m’a rejointe après son match. Il n’a pas assisté à la soirée qui a suivi.
Mais Callie et Doven sont rentrés et Parker et moi sommes de nouveau contraints de faire comme si. Comme s’il ne m’avait pas fait l’amour, comme si je ne redevenais pas femme dans ses bras, comme si je ne me sentais pas si merveilleusement bien auprès de lui…
Et je le vis douloureusement.
Parker est un homme incroyable. Il me traite avec respect et bienveillance. Sa douceur et sa prévenance me font le plus grand bien. Alors, comment supporter qu’on remette en cause le bien-fondé de notre histoire ?
Pourtant, Callie pense que nous faisons une erreur et Doven deviendrait fou s’il découvrait que j’entretiens une relation avec Parker. Je n’ai aucune idée de l’issue de cette histoire, mais je veux me battre pour que ça fonctionne entre nous !
— Parker —
Hé, chaton ! Comment ça va, ce matin ? Tu as un moment de libre ?
On se voit chez moi ?
Je souris comme une idiote devant l’écran de mon téléphone. Je brûle d’envie d’accepter. Je dirais même que je pourrais sécher tous mes cours de la journée rien que pour répondre à cette alléchante proposition. Je serais capable de ne plus quitter son lit pendant des jours et des jours sans me lasser de lui, parce que je me sens libre avec lui. Parker a réalisé ce miracle pour moi.
— Autumn —
Je n’avais pas envie que ce week-end prenne fin. Je termine à 12h30
et je reprends à 14h30. Je peux passer.
— Parker —
On se dit 13h devant la bibliothèque Fitzgerald ? On va faire des
trucs ?
Je glousse.
— Autumn —
Des trucs ? Quel genre ? OK pour 13h !
— Parker —
HOT !!! J’ai rêvé de toi toute la nuit ! Je suis tout bizarre !
— Autumn —
J’ai hâte que tu me racontes tout ça ! À tout à l’heure !
— Parker —
À plus, beauté !
Je sors de ma chambre, la tête ailleurs. Me concentrer sur mes cours ne sera pas une mince affaire après une telle invitation.
— Bonjour !
Je sursaute au son rocailleux de la voix de mon frère et de l’enthousiasme avec lequel il m’a saluée. Je suis surprise de le trouver assis dans la cuisine où prend un café.
— Salut.
Je l’embrasse et me sers la même chose que lui.
— Tu as passé la nuit ici ?
— Non, non, je suis venu boire le café en short, me taquine-t-il en mettant le bazar dans les cheveux.
— C’était débile comme question. Je n’ai pas l’habitude de te voir au petit-déj.
Il me fait un clin d’œil.
— Eh bien, il va falloir que tu t’y fasses.
Son ton badin ne laisse aucun doute sur sa bonne humeur.
— Puis-je en déduire que les choses s’arrangent avec Callie ?
— Tu peux.
Il m’embrasse.
— Et c’est vraiment parfait !
— Je suis heureuse de l’apprendre, mais elle dort encore ? Elle ne va pas être en retard ?
— Je l’ai volontairement laissée au lit. Son week-end a été très éprouvant, je préfère qu’elle se repose. Elle ira en cours cet après-midi.
— Je peux savoir ce qui s’est passé ? Vous êtes partis si vite vendredi…
— Rien de très agréable. Ses parents vont se séparer.
— Je suis navrée pour elle. Comment le prend-elle ?
— Honnêtement, c’est difficile. Elle est bouleversée. Ce qui est étrange quand on voit le climat familial dans lequel elle a grandi. Mais Callie reste au fond d’elle une petite fille qui rêvait de voir sa famille se réparer.
— Tu dois être là pour l’aider à surmonter cette épreuve.
— J’en ai bien l’intention. Malheureusement, c’est loin d’être la seule difficulté que nous aurons à braver.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Accoudé à la table, il me scrute un instant comme s’il se demandait s’il allait poursuivre. Finalement, il se décide à continuer :
— J’ai appris ce week-end que la mère de Callie est bipolaire.
Il lève les yeux au ciel.
— Et Callie est persuadée qu’elle sera comme elle un jour ou l’autre.
J’ai un sourire navré pour mon frère. Il plisse le front.
—Toi, tu étais déjà au courant, je me trompe ?
— Excuse-moi, Doven.
— Elle t’en avait parlé ?
— Le soir où elle a quitté votre cours de soutien en larmes.
— C’est pour cette raison que tu as appelé Parker ?
— Elle ne voulait rien me dire, mais je sentais qu’elle était vraiment mal. J’ai d’abord tenté de te joindre. Comme tu ne répondais pas, j’ai choisi la deuxième option.
— Donc, il est au courant…
Soucieuse de ne pas me brouiller avec mon frère, j’ajoute :
— Tu comprends pourquoi j’ai gardé le silence sur ce qu’elle m’a dit ? Ce n’était pas à moi de te répéter une chose aussi importante. Callie devait t’en parler d’elle-même.
Il m’embrasse sur le front.
— Je le sais parfaitement et je ne t’en veux pas.
— Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?
— Je dois lui prouver qu’elle se trompe.
— As-tu envisagé la possibilité qu’elle puisse devenir bipolaire ?
Doven me gronde du regard.
— Les chances sont relativement faibles, mais elles sont réelles, Doven. Callie va trop vite en déduction, je te l’accorde. Rien n’indique qu’elle puisse souffrir des troubles de sa mère, mais les choses peuvent évoluer dans ce sens.
— Sauf que je m’en fous ! Je l’aime, qu’importe qu’elle le soit ou pas.
— Et je n’en doute pas une seconde. Je veux seulement m’assurer que tu ne tombes pas trop de haut si la maladie fait son apparition.
Mais mes paroles glissent sur lui comme si elles n’avaient aucun sens. Il m’enlace.
— Je vais me doucher en vitesse. Toi, arrête de te faire du souci avec ça. Je sais ce que je fais.
— Je l’espère…
Il prend la direction du couloir, mais se tourne vers moi avant d’y disparaître complètement.
— Au fait, je suis désolé qu’on ait dû t’abandonner de cette manière. Ça a été ton week-end ? Tu ne t’es pas sentie trop seule ?
— Je…
J’ai un haussement d’épaules.
— En fait, j’ai surtout étudié.
— C’est bien, poussinette !
Je grogne alors qu’il s’en va en riant de ma réaction.
Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre le moment de retrouver Parker. Mon menton s’enfonce dans la paume de ma main.
Ça va être si long d’attendre 13h…
***
— Tes seins sont magnifiques…
Je reçois un baiser sur chacun d’eux.
— C’est la partie de ton corps que j’aime le plus, assurément.
Allongée au milieu du lit de Parker, je somnole, la tête posée contre ses oreillers, tandis qu’il me couve de douces caresses. Je fais mine de dormir et ne réponds pas à son compliment. Ses doigts glissent innocemment sur ma peau avant de me chatouiller. Difficilement, je retiens un rictus.
— Je sais que tu es réveillée, s’amuse-t-il en me chatouillant plus fort.
Cette fois, je ne peux pas lutter. Je ris aux éclats.
— Arrête, Parker !
Lorsqu’il cesse, il est allongé sur moi.
— Tu crois qu’on a le temps de remettre ça ?
Il ondule contre moi tandis qu’il me pose cette question.
— J’adorerais, mais je dois retourner en cours.
Je m’accroche à son cou.
— Reste ici avec moi !
— Et je dis quoi à mon prof ? Désolée, monsieur, mais je baisais le capitaine de l’équipe de foot.
— Ça déchire comme excuse !
Mes bras finissent maintenus au-dessus de ma tête.
— Je pourrais venir te rejoindre ce soir. Tu me ferais rentrer en douce…
— C’est une très mauvaise idée. Doven a passé la nuit à l’appart.
— Tu as vu Peachy, ce matin ?
— Doven voulait qu’elle se repose. Leur week-end a été compliqué.
— Il t’a dit ce qu’ils sont allés faire à Lexington ?
— Une histoire avec ses parents. Apparemment, ils vont divorcer.
— Sérieux ? C’est bizarre.
— Pourquoi ça ?
Parker hausse les épaules avant de se lever.
— Je n’en sais rien…
Il ramasse son boxer et l’enfile.
— En fait, quand j’y repense, je crois n’avoir jamais vu ses parents ensemble, alors je n’ai aucune idée de ce qui peut se passer dans leur couple.
Il passe son jean.
— Elle a enfin dit à Doven que sa mère est bipolaire et qu’elle craint de le devenir à son tour.
— C’est une bonne chose.
Il s’empare de son tee-shirt.
— Mais assez parlé d’elle !
Je m’assieds sur le rebord du lit et le regarde finir de s’habiller.
— Tu remarqueras que c’est toi qui as commencé.
— Et maintenant, je préfère arrêter avant que ça dégénère.
— Comment ça ?
— Tu admettras qu’on a vite tendance à s’engueuler lorsqu’il est question de Callie.
Je suis sur le point de rétorquer que ça n’a aucune raison de se produire si les choses sont claires entre nous, mais je suis interrompue par quelqu’un qui toque à la porte. Parker l’ouvre pour la rabattre immédiatement.
— Qu’est-ce que tu fous là ?
— Je voulais te proposer de venir jouer au basket, vu que tu as loupé le match de vendredi.
À cet instant, en entendant cette voix qui peuple mes pires cauchemars, il m’est difficile de déterminer ce qui est le plus perturbant, ce qui me fait frémir d’effroi : que Thomas soit juste derrière cette porte ou d’apprendre que Parker m’a menti au sujet de ses activités de vendredi.
Tout ce que je sais est que tout en moi se paralyse face à mon violeur et mon menteur.
Mon besoin de m’éloigner de l’un comme de l’autre est si fort que je passe en mode automatique. Sans vraiment avoir le contrôle de mes gestes, je ramasse mes vêtements et les passe.
— Je dois aller en cours. On se voit plus tard.
— Ça marche ! Au fait, j’ai kiffé l’autre soir ! Il faut qu’on recommence.
Je me fige.
Alors, en plus de me mentir, il passe ses soirées avec Thomas ? Mais à quoi joue-t-il ?
— On en reparlera plus tard !
— OK ! À plus, Parker !
Ce judas rabat la porte. Lorsque nous sommes de nouveau seuls, je suis déjà prête à partir. Parker se frotte la nuque en me jaugeant avec crainte.
— Je… bafouille-t-il sans oser me regarder. Chaton, je suis désolé qu’il se soit pointé ici.
Bien décidée à ne pas me laisser attendrir par ses excuses, je fonce en direction de la porte.
— Mon cours commence dans vingt minutes. Je dois retourner sur le campus…
J’ai un mouvement de recul quand il essaie de me prendre dans ses bras tandis que je passe près de lui. Bien sûr, je le repousse.
— Autumn ?
Sentir la surprise dans son élocution me fait enrager. Comment peut-il s’étonner de ma réaction ? Mon violeur lui rend visite pour se caler des plans avec lui !!! J’ouvre la porte.
— Je m’en vais !
Enfin, c’est ce que je croyais jusqu’à ce que Parker la referme de son seul bras tendu au-dessus de ma tête.
— Pourquoi tu es en pétard contre moi ?
— Laisse-moi sortir !
J’agite la poignée, mais avec ce monstre de force appuyé contre le bois, j’ai aucune chance.
— Tu partiras quand on se sera expliqué !
— Très bien, mâchouillé-je les dents serrées.
Je lui fais front, les bras rabattus sur ma poitrine. Je suis prête à en découdre.
— Dans ce cas, dis-moi pourquoi le type qui m’a violée vient te voir chez toi !
— Tu sais pourquoi…
— Non, j’ignore pourquoi Thomas prétend que tu n’étais pas à ce fameux match de basket où tu as soi-disant pété ton téléphone ! Et je ne sais pas non plus quoi penser de ces soirées que tu organises en compagnie du mec qui m’a agressée !
Si je suis hors de moi, je suis un peu déconfite en voyant la même attitude prendre racine chez lui.
— C’est à ça que se limite ta confiance en moi, donc ! On en revient vite à l’époque où tu me prenais pour un enfoiré de pervers !
J’ouvre les yeux en grand, choquée par ce qu’il avance.
— Excuse-moi ?!
— Je fais tout ça pour toi ! s’emporte-t-il en passant son manteau. Je n’arrive pas à croire que tu puisses tout remettre en question à la moindre occasion.
Il ramasse les clefs de sa voiture et ouvre la porte de sa chambre.
— Je te ramène sur le campus !
— Avant tu vas me dire où étais-tu vendredi ?
— Quoi ?
— Tu as prétendu jouer au basket et, visiblement, tu m’as raconté des conneries !
— Si tu ne crois pas plus en moi que ça, alors retourne en cours et oublie-moi.
— Comment je peux y parvenir si tu me racontes des histoires ?
— Tu le dois, un point c’est tout ! Putain, ça me rend barge qu’après tout ce qu’on vient de partager, tu puisses tout remettre en cause.
— Et ça t’étonne ?
— J’ai toujours tout fait pour que tu te sentes en sécurité avec moi, mais tu te méfies quand même de moi. Je n’ai pas envie de me bercer d’illusions.
— D’illusions ?
— J’essaie de reprendre le cours de ma vie après ce que Callie m’a fait. Je veux avancer, tourner la page et en écrire une nouvelle, mais pour ça je dois pouvoir m’abandonner à toi. Comment puis-je le faire si tu doutes de moi ?
— Dis-moi seulement où tu étais vendredi ?
— Soit tu me fais confiance soit non ! Si ce n’est pas le cas, le mieux est qu’on ne se voit plus.
Il sort de la chambre.
— Je t’attends dans la voiture.
Et il disparaît dans le couloir en me laissant sans voix sur le sol de sa chambre.
C’est avec la ferme intention de ne pas céder que je le rejoins. Nous n’échangeons pas un mot tandis qu’il me ramène sur le campus. Une fois sur place, je sors de sa voiture sans rien lui dire. Si je n’ai pas la vérité, alors tout s’arrête là.
Aussi douloureuse que soit cette réalité, je ne peux pas aller plus loin avec Parker s’il me ment…
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