Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 21

PARKER

 

— Parker —

J’ai besoin de passer chez toi pour voir Autumn, ce soir ! Tu peux

t’assurer que Doven ne soit pas là ?

J’envoie ce SMS à Callie entre mes deux cours de l’après-midi. N’ayant plus aucune nouvelle d’Autumn depuis que je l’ai déposée sur le campus, je préfère mettre un terme à cette embrouille entre nous.

Son manque de confiance m’a vexé et je me suis braqué, mais je ne dois pas oublier ce qu’elle a vécu. S’en remettre aux autres doit lui demander beaucoup d’efforts. Cet enfoiré de Thomas a brisé tellement de choses en elle. Si je veux bien essayer de la comprendre, elle doit apprendre que je suis moi aussi en convalescence en quelque sorte. Mon histoire avec Callie, l’échec de celle-ci, a ébranlé le peu de confiance que je possédais.

C’est une des raisons pour lesquelles je me sens si bien en compagnie d’Autumn. Elle me voit comme un homme fort, un protecteur, et ça flatte mon ego, c’est incontestable. Mais il y a aussi le fait qu’elle se laisse aller avec moi. Je lui fais du bien. Elle reprend le contrôle de son corps et c’est extrêmement précieux comme sensation.

C’est précisément tout ce que j’ai tenté de faire pour Callie : l’aider à mieux appréhender ses émotions, à les dompter afin qu’elles ne la submergent plus et que le bonheur puisse enfin entrer en elle. J’ai lamentablement échoué en ce qui la concerne. Avec Autumn, ce n’est pas la même chose. Elle, elle prend ma force et elle s’en sert dans son intérêt. Callista a toujours refusé d’en faire autant.

Je ne peux pas tout gâcher avec Autumn, même si ce midi, elle m’a blessé en remettant en doute ma sincérité. Et puis, elle a raison, je lui ai menti.

Je n’étais pas en train de jouer au basket avec mes potes vendredi. Le hic est que je ne peux pas lui dire où j’étais en réalité. J’ai trop honte de ce que j’ai fait. Il faut que je trouve un moyen pour qu’elle me pardonne sans avoir à lui raconter ma connerie.

À 19h, je n’ai reçu aucune réponse de Callie et j’ignore si je peux aller chez elles sans tomber sur Doven. Pourtant, il faut que je parle à Autumn. Pour la énième fois de la journée, je tente de la contacter, mais mon appel finit comme les autres sur son répondeur.

Le silence de l’une et l’autre ne m’étonne guère finalement.

Depuis notre dispute le soir de l’anniversaire d’Autumn, je n’ai pas cherché à revoir Callista. Elle non plus, soit dit en passant. De toute évidence, je ne lui manque pas le moins du monde. Et moi…

Moi, j’apprends douloureusement à vivre sans elle.

Autumn est-elle la réponse à cette souffrance ? Pourrais-je tout oublier dans ses bras ? Notre relation a-t-elle une chance de panser les blessures laissées par Callie ? Je souhaite le découvrir. Et pour ça, il faut que je me réconcilie avec la jolie demoiselle.

Ce qui s’avère être compliqué vu que je ne peux pas lui parler…

— Et puis, merde ! maugréé-je en prenant ma veste. Je me pointe et puis c’est tout !

J’ouvre la porte de ma chambre, bien décidé à me rendre chez elles pour éclaircir la situation quand la sonnerie de mon téléphone retentit. Je découvre avec soulagement la photo de Callie qui s’affiche à l’écran. Je décroche.

— Callie ! Merci de…

— Doven vient de partir. Il ne reviendra pas aujourd’hui.

Elle raccroche sans que je puisse ajouter quoi que ce soit. Il y a un moment de flottement pendant lequel je fixe mon écran, la bouche tombante. On n’est pas en très bon terme, je le reconnais, mais d’ici à me balancer de la sorte. Je décide de la rappeler pour crever l’abcès.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— Que tu me dises ce qui te prend pour commencer !

— C’est bon, tu as ce que tu souhaitais, je crois. Je passe la nuit chez Doven et le reste ne me concerne pas. J’ai d’autres soucis…

— Pourquoi es-tu rentrée à Lexington ? D’après Autumn, il y a un problème avec tes parents. Tu veux qu’on en parle ?

— Tu as raison sur un point, Parker : on ne peut plus être amis !

— Ma puce, je suis désolé pour l’autre soir. J’étais en pétard. Pardonne-moi, ma Peachy.

— Il faut que je te laisse. Au revoir, Parker.

Une nouvelle fois, elle coupe la conversation abruptement.

— Eh merde ! T’es un boulet, Reeves…

J’ai laissé mon amertume contre Doven prendre le pas sur ma relation avec C.J et je m’en mords les doigts quand j’entends sa détresse. Je ne suis plus le mec auprès de qui elle trouve refuge et ça m’est insupportable. Je dois corriger le tir au plus vite et me réconcilier avec ma meilleure amie. Il doit bien y avoir un truc à sauver de nous.

Je quitte ma chambre pour me rendre chez Autumn en ne perdant pas de vue que je dois me rattraper à ses yeux. Pour autant, je dois retrouver ma complicité avec Callie parce que j’ai besoin d’elle autant qu’elle a besoin de moi.

***

Une fois sur place, c’est le cœur battant que je toque à la porte. Je vais devoir affronter Autumn et la déception que je lui ai causée en lui cachant certains détails de mon emploi du temps. Mais je dois aussi assumer d’avoir blessé C.J l’autre soir, mais surtout, de l’avoir écartée de ma vie depuis. C’est elle qui vient m’ouvrir et sa tenue m’indique qu’elle est sur le point de sortir. Ces seuls mots sont pour m’inviter à entrer.

— Autumn est dans sa chambre ?

Elle acquiesce et ramasse son sac pour sortir. Je la saisis au vol.

— Sauve-toi si ça te chante, mais C.J, il faut qu’on mette cartes sur table tous les deux.

— Franchement, j’ai autre chose à faire…

Elle se libère et sort en claquant la porte.

Déçu, je prends le parti de me concentrer sur Autumn et de reporter à un moment plus propice mon explication avec Peachy. Elle n’est absolument pas réceptive et je sais par expérience que je n’obtiendrai rien d’elle tant qu’elle sera dans cet état d’esprit.

Mais elle ne va pas y couper pour autant.

En quelques secondes, j’ai traversé l’appartement jusqu’à la chambre d’Autumn. J’y pénètre sans frapper, ce qui la fait sursauter.

— Mais qu’est-ce que tu fais là ? Comment es-tu entré ?

— C.J m’a ouvert.

— Nan, mais je rêve !

Furieuse, elle m’indique la porte.

— J’aimerais que tu sortes maintenant !

— Quand tu m’auras donné l’occasion de m’expliquer.

Les bras croisés sur sa magnifique poitrine, elle m’observe d’un regard qui en dit long sur son intention d’en découdre avec moi.

— Où étais-tu vendredi ?

— Chez moi. J’ai passé la soirée de la veille avec Thomas. On est sortis, on a bu et on a…

Je me prends la tête entre les mains avant de me laisser retomber sur son lit.

— Il voulait aller boire un coup et se trouver une nana. J’ai pensé que ça me permettrait d’en savoir plus sur lui, sur son comportement avec les filles. On a picolé, j’étais torché et...

— Et qu’est-ce que tu as fait ? Tu as couché avec une autre fille ?

Je redresse la tête brusquement. Sa remarque me fait l’effet d’une gifle.

— Je suis vraiment un enfoiré à tes yeux, ma parole !

— Sauf que tu ne joues pas franc-jeu avec moi !

Je saute sur mes pieds et me dirige vers elle. Je la surplombe de toute ma hauteur. Troublée, elle me jauge de ses grands yeux brillants.

— Je ne couche qu’avec toi. Je ne désire que toi.

— Que faisais-tu avec Thomas ?

— Ce type me donne des envies de meurtre, mais je pense à toi. Mon seul but est de te protéger.

— En me mentant ?

— Je n’étais pas fier d’avoir passé cette soirée avec lui. Je reconnais que je ne voulais pas t’en parler. Peux-tu vraiment me le reprocher ? Je sais ce qu’il t’a fait et comment tu te bats tous les jours pour retrouver le cours de ta vie.

— La confiance est la notion la plus difficile avec laquelle je dois me réconcilier. J’essaie, je prends sur moi et je te donne beaucoup de moi-même, mais si toi, en échange, tu me caches des choses importantes, alors ça ne peut pas fonctionner !

— Je pensais bien faire.

— Tu es aussi borné que Doven. Je me sens libre lorsque je suis en cours, que je vis ici avec mes amies, que je sors avec toute la bande, que je fais l’amour avec toi. Et c’est quand vous me ramenez à cette histoire que vous m’emprisonnez. J’aspire simplement à aller de l’avant.

Mes mains retombent le long de ses bras.

— Tout comme moi. Nos vécus sont très différents, mais notre besoin de renouveau est identique. Je veux être ton renouveau, comme je souhaite que tu sois le mien.

— Pourquoi, Parker ? dit-elle émue.

— Parce que tu es lumineuse. Avec Callista, c’était si sombre, si difficile. Mais toi…

Je câline sa joue.

— Toi, tu m’amuses, tu réchauffes mon cœur, tu me redonnes confiance en l’avenir. J’aime être avec toi. Te faire l’amour rassérène mes pires craintes…

Autumn, plus docile, se blottit contre moi. Doucement, ses mains remontent sur mes pectoraux.

— Je ne voulais pas te décevoir, je te le jure. En essayant de te protéger, je t’ai blessée.

— Il faut que tu comprennes : si tu n’es pas honnête, je vais obligatoirement me mettre sur la défensive. J’aurais besoin de m’éloigner de toi pour me préserver.

— Ce qui est plutôt logique…

— Comme je te l’ai déjà dit, j’ai bien conscience que Thomas est ton coéquipier. Tu ne peux pas le tenir loin de toi en permanence. Je n’aime pas l’idée d’exiger quelque chose de toi, mais je te le demande comme un service, ne le vois plus en dehors du football, s’il te plaît. Je sais que je suis…

— OK ! dis-je sans perdre une seconde à réfléchir cette possibilité. Tout ce que tu désires.

Lovée contre moi, elle parcourt mon corps jusqu’à redessiner les contours de mes fesses.

— Ça m’a terrifiée, me confie-t-elle. J’ai compris que tu m’as raconté des histoires et rien ne comptait plus que de partir loin de toi.

— Ne va pas t’imaginer que je ne me mets pas à ta place. Tu mènes un combat de tous les jours pour vivre ici en ayant cet enfoiré si près de toi. J’ai davantage pensé à mon besoin de le piéger qu’aux conséquences que mes décisions auraient sur toi. Excuse-moi.

— C’est un peu ce que tu as fait…

— On oublie cet incident, mais ne me fais plus de cachotteries, je t’en prie.

— Tu as ma parole.

— Pardon, marmonne-t-elle en me fixant de ses grands yeux coupables.

— Pourquoi ?

— Je n’avais pas à t’accuser aussi facilement.

— Tu as vraiment douté de ma fidélité envers toi ?

Elle secoue la tête.

— J’ai été ridicule et j’en suis navrée.

— Je n’ai pas été hyper malin non plus.

Son rire sublime remplit sa chambre.

— On est deux gros crétins !

— On s’en tape tant qu’on se supporte l’un l’autre, me marré-je avec elle.

— Moi, ça me convient très bien.

Plus sérieusement, je prends son visage en coupe.

— Tout est très différent entre nous, Autumn. Ma manière d’aborder notre relation l’est aussi. Même ma façon de te faire l’amour l’est. Tout est si particulier avec toi. J’adore expérimenter toutes ces choses auprès de toi.

— Tu sais, c’est un peu étrange de faire un tel aveu, mais mon quotidien est plus riche qu’avant mon agression. Je me suis fait des amies formidables, je vis avec elles. Je gravite autour de gens incroyablement adorables. Je prends plus de plaisir à étudier.

Son menton s’enfonce dans mon pull.

— Et je t’ai toi !

Je lui souris.

— Je ne devrais sûrement pas te faire cette confidence, mais j’ai eu plusieurs fois l’occasion de te voir avant cette fameuse soirée chez toi et je te trouvais vraiment séduisant.

— Sérieux ?

Elle hoche la tête. Ses joues ont légèrement rougi.

— Ensuite, j’ai cru que tu m’avais fait du mal. Je repensais à tous ces jours où je t’ai regardé en me disant que tu étais de loin le plus beau mec que je n’ai jamais rencontré et c’était encore plus douloureux. Je me sentais si humiliée, si stupide.

— Et ça me bouleverse de savoir que tu as traversé tout ça…

— Mais, aujourd’hui, je suis dans tes bras. Au-delà des apparences, il y a un homme profondément gentil et bienveillant qui se cache sous ce tas de muscles.

— Quand je t’ai rencontrée, que j’ai compris combien tu es fascinante, j’ai été piqué de curiosité. Je veux voir où ça peut nous mener nous deux. J’ai envie de toi, de me connecter à toi. Je n’ai aucune promesse à te faire si ce n’est de te faire vibrer comme tu le fais pour moi.

— Écrivons cette page jour après jour et nous verrons bien ce qu’il en ressort.

De nouveau, elle se laisse aller à redessiner les formes de mon corps. Son regard espiègle me provoque un rire franc.

— Mais en attendant, on pourrait se connecter.

Riant de bon cœur, je la soulève contre moi et la dépose sur son lit soulagé d’en avoir fini avec cette histoire merdique et de m’en être sorti sans lui révéler où j’étais vraiment vendredi soir.

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