Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 15
Autumn
Les jours qui suivent cet anniversaire un peu particulier passent paisiblement. Je jongle entre mes études et mes brèves rencontres avec Parker.
Nos emplois du temps respectifs, ses entraînements et le fait que nous devions nous cacher de la bande ne nous aident pas à les rendre plus fréquentes. Mais qu’importe ! Ces moments douloureusement courts sont incroyablement intenses. Parker est un homme fabuleux. Sa gentillesse, la tendresse dont il fait preuve avec moi, et sa bonne humeur me comblent de bonheur.
Notre relation commence à me faire craindre le pire. Après tout, quelle chance a mon pauvre petit cœur en guimauve face à un être aussi attentionné que lui ?!
Dans mes naïfs souvenirs, lorsque je pensais à l’amour, j’avais une vision très romantique de celui-ci. C’est sûrement très cliché, mais j’aspirais à vivre une belle histoire avec un homme qui saurait faire de moi sa priorité qui me traiterait avec respect et amour. Je voulais occuper chacune de ses pensées comme il occuperait les miennes, qu’il ne songe qu’à mon bonheur comme je me soucierais de son bien-être.
Après mon viol, j’ai cessé de rêver au prince charmant. L’homme est devenu une crainte pour moi, un ennemi redoutablement fort et capable du pire. J’étais si blessée et apeurée que j’ai machinalement mis tous les mecs dans le même panier. Je devais me méfier de chacun des membres de cette espèce ! Mais chaque minute auprès de Parker me contraint à revoir ma position. Il est l’exception à la règle. Et je me trouve si bête !
Mon ventre papillonne à la pensée d’être bientôt en sa présence. Et lorsque je suis avec lui, je me sens stupide et nerveuse au moindre de mes gestes, à chaque mot que j’ose formuler à voix haute. Je minaude au son de sa voix, je frémis dès qu’il pose ses yeux immenses sur moi. Et que dire de mon corps ?
Lui que je croyais mort…
Il n’y a pas plus réaliste pour exprimer cette impression de néant que mon viol a fait naître en moi : celle d’un corps inerte. Alors, oui, il se meut, il s’articule, il réagit à des choses simples, mais les émotions, les sensations en sont absentes. Comme si en plus de ma virginité et de ma dignité, ils m’avaient volé ma faculté à ressentir, à vibrer. Tous ces instants précieux dérobés en compagnie de Parker ont cette capacité à sortir mon corps de cet état léthargique dans lequel il est prisonnier depuis des mois.
Même si une petite voix me murmure de rester prudente, de ne pas encore céder, de prendre mon temps, j’ai l’impression que ma raison perd chaque jour un peu plus de terrain sur mon cœur. Lui, il ne veut que chanter pour Parker. Pourtant, j’ai si peur. Peur qu’il puisse le briser et le rendre muet à jamais.
— Salut.
C’est de très bonne humeur que je pénètre dans la cuisine en cette nouvelle journée de cours. Callie est la seule présente. Je l’embrasse.
— Tu as bien dormi ?
— Au top !
— Tu as l’air en grande forme, c’est clair.
Mon entente avec Callie s’est nettement améliorée depuis cette soirée au restaurant avec le reste de la bande. J’ai décidé de me concentrer sur mon histoire avec Parker en occultant leur passé commun, et ce pour deux raisons.
Premièrement, avant que Callie soit l’ex de mon « petit ami » elle est la copine de mon frère, ma colocataire et mon amie. Il serait regrettable d’entacher notre amitié pour quelque chose qui n’existe plus.
Et deuxièmement, je ne veux pas dépenser mon énergie à nourrir rancune et jalousie et risquer de détériorer mon entente vraiment parfaite avec Parker. C’est un homme doté d’une certaine maturité et le genre de filles à piquer des crises pour un oui ou un non ne doit pas être sa tasse de thé.
D’ailleurs, même si je ne me suis pas rencardée sur le sujet, j’ai cru comprendre qu’ils ne se parlent plus. Parker s’est montré très évasif sur ce qui s’est passé lorsque Callie lui a tenu compagnie pendant qu’il attendait son taxi, mais de toute évidence, il y a une brouille entre eux. Je ne dirais pas que ça arrange bien mes affaires, mais j’avoue que les choses sont plus simples maintenant.
Je me sers mon café et rejoins ma coloc autour de la table de bar.
— Je suis heureuse que le week-end arrive enfin. Cette semaine m’a paru interminable. Vous avez des projets Doven et toi ?
— Rien de précis. Tu voulais que nous fassions quelque chose ensemble ?
— Non, non…
À vrai dire, j’aime me tenir informée de leur agissement pour planifier des moments avec Parker.
Je ne suis pas hyper fière d’en être réduite à ça, mais, d’un côté, je dois me cacher de mon frère qui deviendrait fou à l’idée de savoir que nous fricotons ensemble, Parker et moi. En ce qui concerne Callie, ce sujet est devenu tabou entre nous. Elle a décidé de faire comme si elle n’avait jamais rien vu ni entendu à propos de ça. J’ai fait le choix d’adopter la même attitude.
Un bruit de porte attire nos regards vers le couloir où se trouvent nos chambres à coucher. Callie et moi échangeons une œillade complice en découvrant qui s’y balade.
— Bonjour, Ben.
Pris en flagrant délit de filer en douce, Ben stoppe sa remontée rapide lorsque nous le saluons.
— Euh… salut les filles… bredouille-t-il mal à l’aise. Il faut que j’y aille. J’ai cours…
Amusées, nous lui faisons un geste de la main.
— Au revoir, Ben…
Il sort en nous laissant hilares devant nos tasses de café.
— Au moins, il y en a deux qui s’en donnent à cœur joie, constate Callie. Je n’aurais jamais cru en arriver là, mais j’envie la vie sexuelle d’Emma.
— Pourquoi ? Toi et Doven, vous ne faites pas…
Je me mordille la lèvre.
— Enfin…
— Tu peux le dire, Autumn, glousse Callie. Je ne vais pas te faire les gros yeux comme le ferait ton frère.
Je lui souris.
— Vous ne couchez pas ensemble ?
— Pas pour le moment.
— Je peux te demander pourquoi ?
—On réapprend doucement à être un couple, à se faire confiance avant d’en arriver à franchir ce pas. Je ne lui ai pas encore parlé de la maladie de ma mère.
— Callie, dis-lui ! Je t’assure que tu te mets la pression pour rien. Doven t’aime, qu’importe que tu puisses éventuellement devenir un jour bipolaire. D’ailleurs, je suis certaine que tu fais erreur à ce sujet également.
— Au fond de moi, je sais que tu as raison. Doven n’est pas du genre à fuir devant les problèmes. Mais lui dire, c’est accepter que tout ça soit bien réel. D’un côté, j’aurais pu me réjouir d’apprendre que ma mère est malade. Ça explique en grande partie son attitude envers moi. D’un autre côté, ça me met moi aussi en danger. Et j’ai peur de l’avenir et de devenir comme elle. Comment savoir avec certitude que je ne serai pas un calvaire pour lui ? Doven veut des enfants. Moi, je désire ton frère.
— Tu réfléchis trop, Callie ! Vis l’instant ! Jette-toi à l’eau et confie tes craintes à Doven, il…
La sonnerie du téléphone de Callista nous interrompt. Elle l’examine.
— Mince, c’est mon père. J’espère que tout va bien.
Elle décroche.
— Papa ?
Son regard s’assombrit.
— Quoi ?! Mais quand ça ?
Descendant de son tabouret, je devine que cet appel n’a rien de joyeux.
— Tu n’as rien touché ?
Ma pauvre Callie semble chamboulée par cet échange avec son père.
— OK ! Alors, laisse les choses ainsi. Je prends la route tout de suite.
— Ça ne va pas ? m’enquiers-je dès qu’elle a coupé sa conversation téléphonique.
— Il faut que je rentre chez moi.
— Il y a quelque chose de grave ?
Elle file en direction de sa chambre.
— Non, non, ne te tracasse pas. Je me prépare et je me sauve.
Sentant qu’un truc louche se trame, je prends mon téléphone et compose le numéro de mon frère. Mon instinct m’intime de l’avertir. Malgré l’heure matinale, Doven décroche rapidement.
— Salut, toi. Il est tôt. Est-ce que tout va bien ?
— Eh bien, je pense qu’il y a un problème avec Callie.
— Comment ça ?
— Elle a reçu un appel de son père et, je ne sais pas ce qu’ils se sont dit, mais Callie est partie se préparer pour rentrer chez elle.
— J’arrive ! Ne la laisse pas quitter l’appart tant que je ne suis pas là. Je m’habille et je viens immédiatement.
Il raccroche. De mon côté, j’espère ne pas avoir fait une bourde en prévenant Doven.
Quelque chose me dit que Callie n’avait pas l’intention de lui parler de son soudain départ…
***
Pianotant sur le volant de la voiture de Callie, j’attends ! Quoi, me demanderez-vous ? Impossible d’être d’un avis tranchant à ce sujet. J’imagine que j’espère réunir assez de courage pour sortir de ma cachette et remonter l’allée et sonner à la porte de cette immense maison.
Mais rien n’est moins simple. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine. Il tambourine en rythme avec mon angoisse de me trouver là au pied de cette maison qui cache un secret qui me hantera toute ma vie…
Comme Callie et Doven sont partis pour le Kentucky et qu’Emma et Ben assument enfin leur nouvelle idylle, je me retrouve seule. Si je cherchais du temps à consacrer à Parker, c’est l’occasion rêvée. Immédiatement, j’ai tenté de le joindre pour l’avertir, en vain.
Inquiète, j’ai décidé de rouler jusqu’à chez lui pour le voir, mais, comme une sale trouillarde, je reste figée sur le trottoir face à sa maison. Il n’y a pas que les mauvais souvenirs qu’elle m’inspire que je redoute, mais aussi de croiser Thomas derrière ces murs. Même s’il n’y vit pas, il est souvent présent.
— Tu es ridicule, soupiré-je exaspérée par mon attitude de poule mouillée.
S’il ne répond pas, j’y vais ! m’encouragé-je intérieurement en passant un dernier appel à Parker. Je ne vais pas louper l’opportunité de le voir pour cet enfoiré. Et puis, je suis en sécurité avec Parker, non ?
Mon appel termine, comme les autres, sur sa messagerie. J’inspire un grand coup comme pour me remplir de témérité.
Les membres tremblants, j’ouvre la portière et m’engage finalement dans l’allée donnant sur le perron. Face à cette porte en bois, j’hésite en serrant les poings sur mon jean. Il me faut encore une bonne dose de courage avant de m’annoncer.
Je ne dois pas patienter longtemps pour qu’on vienne m’ouvrir. C’est un type que je ne connais pas qui apparaît face à moi. Me voilà paralysée devant cet individu alors qu’il y a un vacarme impressionnant derrière lui. La pensée qu’il puisse y avoir l’équipe de Parker et donc Thomas dans cette maison me fait perdre tous mes moyens.
— C’est pour quoi ?
Je sursaute en entendant cette voix rocailleuse et puissante émanant de ce mec haut comme une montagne.
— Je… je… pardon…
Terrifiée, je rebrousse chemin.
— Désolée, dis-je en dégringolant les marches du perron.
Mon retour jusqu’à la voiture est carrément chaotique.
Toute personne ne sachant pas ce qu’implique ma présence en ces lieux penserait que je suis ivre en me voyant déambuler. Plus j’avance vers la Chevrolet de Callie, mieux je respire. Mes poumons semblent de nouveau s’alimenter en oxygène. Ma main serre la poignée, heureuse de m’en aller loin d’ici quand on me saisit par le bras avec un tel élan que je fais un trois cent soixante degrés sur moi-même.
— Hé ! Mais pourquoi tu te sauves ?
La présence de Parker, naturellement rassurante, m’aide à me détendre. Peut-être un peu trop, car mes larmes sont rapidement de la partie.
— Je voulais… je voulais…
Un sanglot m’échappe.
— Je suis désolée…
Dans un besoin de me réconforter, Parker m’enlace. Je m’accroche à ses larges épaules.
— J’ai essayé de t’appeler…
— Eh merde… J’ai joué au basket avec des potes et j’ai fait tomber mon portable : il est HS. J’allais me pointer chez toi justement.
— Je voulais te prévenir que Callie est partie pour le Kentucky, ce matin. Doven l’accompagne.
Mes pieds retrouvent le bitume.
— C’était prévu qu’ils y aillent ?
— Pas du tout. Son père l’a appelée très tôt. Elle ne m’a rien raconté, mais, de toute évidence, il y a un problème chez elle.
Je me mords l’intérieur de la joue.
— Et comme Emma est chez Ben…
Triturant mes doigts, je poursuis :
— L’appartement est vide.
Parker rehausse un sourcil.
— Si tu me racontes tout ça sans avoir l’intention de m’inviter chez toi, c’est vraiment la pire des tortures !
Je glousse.
— Je m’y prends comme un pied, mais c’est ce que j’essaie de te dire.
Parker me saisit le menton pour me forcer à affronter son regard. Un magnifique sourire s’étend d’une oreille à l’autre de son visage.
— Pourtant, tu t’en allais…
— Il y avait tellement de bruit chez toi que j’ai pris peur.
— Je reconnais qu’ils font un vacarme de tous les diables, mais je t’assure qu’il n’y a que mes colocs. Thomas n’est pas là, si c’est ce qui t’inquiète…
J’acquiesce.
— Est-ce que tu viens avec moi ?
— Ton invitation est valable pour les deux jours à venir ?
— Si tu n’as pas d’autres projets...
— J’ai mon match demain. Je dois être au stade de bonne heure pour l’échauffement, mais à part ça, je suis libre comme l’air.
Il m’attrape par la main et commence à m’attirer en direction de chez lui.
— Je vais prendre deux ou trois trucs et me doucher en vitesse. Je reviens de la musculation.
— Je préfère t’attendre là.
— Je n’en ai pas pour longtemps.
Il me fait avancer. Je tente de le stopper comme je peux.
— Parker, je t’en prie.
Sa main vient cajoler ma joue.
— Autumn, tu es avec moi et rien ne peut t’arriver. Fais-moi confiance, s’il te plaît. D’ailleurs, il y a quelque chose que j’aimerais te montrer.
Les lèvres pincées, je l’observe longuement en me demandant si j’ai la force de faire ce qu’il attend de moi. Pourtant, en sa présence, j’ai la sensation de pouvoir tout surmonter.
Si je ne franchis pas cette étape maintenant, comment franchir celles qui vont suivre ?
— Allons-y…
Parker me conduit à l’intérieur sans jamais lâcher ma main.
Et dès mes premiers pas chez lui, je vois qu’il ne m’a pas menti : seuls ses colocs sont présents. Je reconnais Dwayne jouant à la console avec Lewis dont la cheville est toujours bandée. Je ne me focalise pas longtemps sur eux, car la vision de l’escalier qui se profile devant moi me fait craindre le pire.
Je vais me retrouver dans la chambre de Parker, celle où j’ai été violée.
Mais ma surprise est totale lorsqu’il me traîne dans le couloir donnant sur la cuisine pour me faire pénétrer dans la pièce où nous nous étions réfugiés le soir où Callie et Emma avaient trop bu. C’était la chambre de Dwayne. Pourtant, elle n’a rien de comparable à mon souvenir.
— Qu’est-ce que… balbutié-je en examinant les alentours.
Plus rien n’est à sa place. D’ailleurs, ce ne sont pas les mêmes meubles.
— Est-ce que c’est ta chambre ?
— Affirmatif ! J’ai demandé à Dwayne de procéder à un échange.
Il m’enlace de ses bras immenses et robustes.
— Et pour tout te dire, j’ai même acheté un nouveau plumard.
Je suis sur le cul à cette annonce de Parker.
— Tu as vraiment fait ça ?
— J’ai repensé à ce que tu m’as dit l’autre soir dans la voiture. Chez toi, je ne peux pas venir avec cause de ton frère. Ici, tu as de très mauvais souvenirs. Cependant, j’ai pensé que je pouvais tenter le truc histoire de voir si cet endroit peut t’être agréable après quelques modifications.
— Parker, murmuré-je charmée. C’est tellement gentil…
— N’en sois pas si certaine, badine-t-il.
Ses yeux brillent de malice quand il les pose sur moi.
— J’ai un intérêt personnel là-dedans. J’envisage sérieusement de t’y faire l’amour un jour ou l’autre.
Je m’empourpre lorsqu’il fait allusion au sexe et son rictus ne m’échappe pas. Mais en gentleman, il ne soulève pas mon malaise et sort quelques vêtements de sa commode.
— Fais comme chez toi. Je me douche rapidos.
Il quitte la chambre. Je profite d’être seule pour explorer les lieux et, apparemment, le rangement n’est pas son fort.
Il y a pas mal de choses qui traînent ici et là. Sur ses étagères, il y a de nombreux trophées, des photos de lui et ses coéquipiers, mais aucune de Callie. Il y a des vêtements dans tous les coins. Ses classeurs sont éparpillés sur son bureau. Sur sa table de chevet, il y a son portable dont l’écran est cassé. Mon inspection achevée, je m’assieds sur le lit et patiente jusqu’au retour de Parker. Lorsqu’il revient, je suis surprise de le voir déambuler en serviette de toilette.
Il n’était pas parti avec ses habits ?
Avec aisance et désinvolture, il se rend jusqu’à sa commode et se remet à fouiller dedans. Puis, il fait tomber le bout de tissu qui cache cette partie de son anatomie que je ne m’attendais pas à rencontrer aussi vite. Je me retrouve face à ses fesses dénudées.
Merde, c’est quoi ce cul de malade ?!?
Il est parfaitement musclé, bombé et renversant. Je n’ai jamais vu une paire de miches en chair et en os, mais je n’en ai pas besoin pour savoir que Parker a le plus beau fessier que la génétique ait pu réaliser. C’est une pure merveille. Je déglutis en le contemplant sans me lasser de cette vision quand Parker fait un demi-tour sur lui-même.
— Oh ! Mon Dieu !
Je ferme les yeux en ignorant si j’ai seulement pensé ces mots ou si je les ai prononcés à haute voix.
— Tout va bien ?
Il joue avec moi le fourbe !
Sa manière de s’adresser à moi ne fait aucun doute sur ses intentions. Il me taquine, me provoque. Tout ce qu’il fait est prémédité et calculé.
— Je t’ai vu sortir avec tes vêtements…
— Non, c’est vrai ? feint-il l’étonnement. Le temps d’une douche et j’ai oublié…
Je suis alors tirée par les chevilles pour finir étendue sur le matelas.
— Seigneur !
— Tu n’es pas loin de la vérité, chaton, rigole-t-il. Je suis fait sur le modèle d’un dieu grec…
Mes mains recouvrent mes yeux. Je pleure. Je ris en même temps. Toutes mes émotions se mélangent en moi. Impossible de déterminer si je désire rester ou courir loin d’ici, si j’aimerais qu’il me laisse ou, au contraire, qu’il me touche.
— Je vais t’embrasser, Autumn, OK ?
Je lui signifie mon assentiment sans savoir quelle partie de moi a véritablement répondu.
Sa bouche effleure mon oreille, son souffle glisse sur ma joue, puis il m’embrasse. Il continue son exploration le long de mon cou et encore plus au sud en direction de ma poitrine. Son nez oscille entre mes seins, juste à leur naissance.
— Je voudrais que tu ouvres les yeux, que tu me regardes…
— Pourquoi ?
Ma voix est transformée par l’émotion que ses caresses me font découvrir.
— Parce que tu dois apprendre à te familiariser avec mon corps…
Je laisse retomber mes mains tremblantes et écarte doucement les paupières. Je cligne des yeux un instant avant de relever la tête suffisamment pour qu’il entre dans mon champ de vision. Parker, agenouillé sur le lit, se redresse avec toute la magnificence qui émane de lui et s’offre à mon regard effarouché, mais non moins curieux.
Il est sublime ! Tout bonnement sublime !
Tous les muscles de son corps sculptés et tendus sont mis en avant. Ses abdos sont réguliers et ressortent avec insolence. Et ses bras. Rien d’étonnant à ce que je m’y sente si bien en leur sein. Ils sont si vigoureux et imposants.
— Tu sais que tu as le droit de me toucher avec autre chose que tes yeux…
Mon instinct primaire m’ordonne de ne pas me tenter à cette expérience, me sommant de me montrer prudente. Mais il y a cette autre petite voix dans ma tête qui me susurre de prendre des risques, de laisser Parker me guider afin que je puisse me retrouver.
— Je peux… bafouillé-je. J’aimerais essayer…
Parker sourit.
— Je pilote ou tu y vas en solo ?
— Toi…
Ma gorge asséchée ne facilite pas mon élocution déjà troublée. Parker me présente sa main.
— Donne-moi ta main, s’il te plaît.
La peur me ronge, mais la curiosité m’apporte l’audace nécessaire de faire ce qu’il me demande.
Dans un mouvement prudent et doux, il la pose sur lui, entre ses pectoraux. C’est eux que je découvre en premier. Chamboulée par ce que je vis, j’observe mes doigts, conduits par Parker, aller et venir sur son torse. Je sens ses formes sublimes dans ma paume et tout mon être frissonne. Les yeux fermés, je respire profondément, sans parvenir à le regarder.
— Est-ce que tu m’autorises à descendre plus bas pour te montrer l’effet que tu as sur moi ?
J’ouvre la bouche.
— Ne te sens pas obligée de quoi que ce soit, Autumn. Suis seulement ton instinct.
— Tu peux y aller…
Étonnée par mes propres propos, par mon côté intrépide, je fronce les yeux.
— Sûre ?
Je hoche la tête.
Ce que je perçois en premier est un tapis de poils. Mes pieds se recroquevillent sous moi. Mes poumons se bloquent, plus un brin d’air n’y entre. Tout mon corps se tend. Membre après membre, muscle après muscle.
Lorsque mes doigts frôlent son sexe, je suis traversé d’un éclair foudroyant, d’une décharge de sensation qui me fait tressauter. Je retire ma main et ouvre grand mes yeux. Parker me relâche immédiatement.
— Ce n’est pas grave, dit-il d’une voix rassurante et compréhensive. J’ai voulu aller trop vite.
— J’ai été surprise, c’est tout.
Nos regards sont rivés l’un à l’autre.
— Recommence, s’il te plaît. J’aimerais te sentir.
Parker accepte et, de nouveau, ma main finit à la base de son sexe. Je suis encore parcourue par cette même sensation électrisante. Une sensation qui semble s’installer plus bas, juste entre mes cuisses.
Mes doigts s’enfoncent dans les draps et les serrent aussi fort que mon désir s’empare de mon bas-ventre.
— Parker…
— Remonte…
Sa manière de s’exprimer est très surprenante. Inquiète, j’ouvre les yeux et le trouve la tête jetée en arrière, les traits crispés. Prend-il du plaisir ? Aime-t-il ce que je lui fais ?
— Je t’en prie…
Visiblement, il adore.
C’est bouleversant et intimidant de le sentir torturé par ma simple présence autour de son sexe. Enhardie par ce désir perceptible dans sa voix, je prends plus fermement son membre en main et le fais glisser en son creux.
— Oh, oui… Continue…
Il tremble ?
Oui, je crois qu’il tremble tandis que je descends sur sa longueur.
— Je ne vais pas… mâchouille-t-il le souffle court. Merde, je ne vais pas tenir longtemps. Je n’ai pas… je n’ai plus…
Des larmes me montent aux yeux en entendant si violemment son hésitation et sa confusion. Il est tellement beau, j’en pleure.
— Que tu n’as plus quoi ?
Mon visage est peut-être trempé de mes larmes, mais je me sens forte et conquérante devant cet homme qui me supplie de le toucher, de le faire vibrer. J’ai la formidable impression d’avoir gravi une montagne et de contempler fièrement la vue qu’elle m’offre en récompense. Parker est mon cadeau pour avoir trouvé le courage de surmonter ma pire angoisse.
— Je vais jouir. Arrête si tu n’as pas envie que ça aille aussi loin, articule-t-il non sans mal.
Une main posée sur sa joue, j’aimerais le capturer au fond de mes yeux, m’y perdre quand lui se perdra à son tour.
— Parker, regarde-moi.
Pour la première fois depuis que je le connais, je vois sa vulnérabilité. Il a l’œil brillant lorsque ses yeux s’accrochent aux miens.
— Autumn ?
— Je veux te voir.
Lui aussi semble éprouver le besoin d’établir un contact physique avec moi, sa main recouvre la partie droite de mon visage, son pouce court sur mes lèvres.
— J’y suis presque…
Je bouge plus intensément autour de son sexe.
— Tu es magnifique !
Un gémissement presque plaintif fait suite à mon compliment. Ses traits se tordent lorsqu’il jouit enfin. Il inspire longuement pendant que son membre palpite entre mes doigts.
Le souffle court, il me saisit par la nuque et me plaque contre sa bouche. Il m’embrasse et son baiser est à la hauteur de cette tension dans son corps.
— Autumn…
Son front se presse contre le mien.
— Tu as été parfaite !
Je m’empourpre.
— Merci.
— C’est à moi de te remercier. Au-delà du plaisir que tu m’as donné, tu m’as fait confiance et ça me touche sincèrement.
— C’était si vrai, si intense… si beau…
Parker me dévisage avec émerveillement.
— Je suis revenu à poil pour te taquiner un peu et tu m’as mis à terre.
Je pouffe de rire.
— Désolée.
— Ne t’excuse jamais d’être aussi entreprenante.
Parker se lève et m’entraîne avec lui. Nu comme un ver, il défait ses draps.
— De quoi parlais-tu tout à l’heure ? le questionné-je curieuse. Il y a longtemps que tu n’as plus quoi ?
Si j’aborde le sujet avec pudeur, lui ne s’en encombre pas pour me répondre.
— Ça fait un bail que je n’ai pas été avec une fille.
Mon envie d’en apprendre plus m’exhorte à poursuivre mon interrogatoire.
— Tu entends quoi par un bail ?
Parker me lance un regard par-dessus son épaule. Je regrette immédiatement ma curiosité.
— Pardon…
— Non, c’est moi. Je ne suis pas encore habitué à ton côté petite fouine.
— Hé !
J’attrape l’un de ses oreillers et le jette sur lui. Il l’esquive en se marrant.
— Tu te souviens le soir où je suis venu pour voir Callie peu de temps après la rentrée.
J’acquiesce.
— Eh bien, le week-end d’avant, j’ai sauté une nana après mon match et je ne sais pas…
Il balance les draps roulés en boule sur le sol et se laisse retomber sur le matelas.
— Je me suis senti bizarre après. Je n’étais pas bien à cause de ce truc avec C.J.
— J’ai bien vu que tu n’étais pas dans ton assiette quand on a discuté.
— Callista m’a planté pour ton frère et je n’ai rien trouvé de mieux pour me changer les idées que de rejoindre Dwayne en Floride.
— Une réaction on ne peut plus normale.
— Mais ce n’est pas moi, Autumn ! Baiser une nana différente tous les soirs, la sauter sans rien éprouver, simplement pour le cul, ça me fait me sentir merdique. Sur le moment, je me sens bien, je le reconnais. Mais après j’ai cette putain de culpabilité qui m’assaille et tout devient pourri.
— Par rapport à Callie ?
De nouveau, il fouille dans sa commode et commence à s’habiller.
— Je me sens mal par rapport à moi. Je n’ai jamais été ce genre de mec. J’ai vu mes potes agir comme des connards et ça ne me faisait pas rêver.
— Au risque de soulever un souvenir que tu dois trouver pénible, je peux te poser une question délicate ?
Il se tourne vers moi et je crois qu’il redoute de me donner son accord.
— Vas-y…
— Si tout ça, ce n’est pas ton truc, pourquoi as-tu trompé Callie avec ces deux nanas ?
Parker se pince l’arête du nez.
— Laisse tomber, ce n’est pas grave, embrayé-je. Je me mêle de choses qui ne me regardent pas.
— Non, ça va. Comme tu l’as dit, c’est un moment pénible et peu glorieux de ma vie. Je n’en suis absolument pas fier.
Parker me tend la main et m’installe sur ses genoux lorsque je l’accepte.
— Le sexe avec C.J, c’était un peu particulier. J’ai souvent pensé que je n’étais pas à la hauteur. Je doutais de moi, de ma capacité à lui donner du plaisir. Dès le début, dès nos premières relations, ça a été difficile de savoir si elle aimait ce que je lui faisais.
— Et vous n’en discutiez pas ?
— Callista ne parle de rien. Après son séjour en psy, c’était déjà plus cool. Elle montrait plus d’intérêt pour le sexe. Mais j’ai toujours eu tellement de doutes sur ma faculté à la rendre heureuse sur tous les aspects de notre relation que je me demandais si…
— Si tu étais un bon amant ?
Honteux, il hoche la tête.
— Et tu as cherché une réponse à cette question avec ces filles ?
— Oui et non. J’étais torché, je n’avais pas les idées claires, mais je pense que mes angoisses m’ont plus ou moins poussé sur ce chemin.
— Et tu as plus confiance maintenant que tu as couché avec d’autres femmes ?
— Ce n’est nullement de la prétention, mais comme toujours : le problème c’est Callista.
Parker dépose un baiser sur mes lèvres avant de me déposer sur le lit.
— Je rassemble deux ou trois trucs et on se tire, ça marche ?
Je lui réponds d’un sourire.
— On se commande une pizza, ça te tente ?
— Carrément !
Impossible de détourner les yeux de lui tandis qu’il s’active dans sa chambre. Finalement, il faut chercher à connaître Parker pour entrevoir toutes les failles qu’il dissimule savamment, pour se rendre compte de combien il est attendrissant de douceur derrière cette force qui recouvre son corps. À croire que ses muscles, sa carrure sont seulement là pour brouiller les pistes.
Il est redoutablement tendre le cœur de cette montagne…
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