Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 34

Parker

 

- Emma -

T’es où Belle Gueule ? Faut qu’on cause !

Je jure en faisant la lecture de ce message.

Sur le campus, je viens de sortir de l’amphi où j’ai passé mon examen en science et grâce à l’insistance et l’aide d’Autumn, je pense avoir sauvé les meubles. Ayant tout déchiré lors de ma notation en sport, je devrais rattraper mon semestre. J’en saurai davantage dans quelques jours, mais je ressors du bâtiment confiant.

Je le suis bien moins en ce qui concerne cette conversation que semble vouloir m’imposer Emma. J’imagine que ça a rapport avec C.J et je préfère cesser de penser à elle pour le moment. J’ai déconné et Autumn m’en a mis plein la tête lorsqu’elle a débarqué chez moi l’autre soir. Elle n’est repartie que le lendemain matin et j’ai adoré l’avoir auprès de moi. Cette nana est vraiment chouette.

Pour l’instant, tout ce que je désire est de me tirer d’Hedard quelques jours et de rejoindre mon père pour les fêtes de fin d’année. Quelques jours entre mecs pourront me faire le plus grand bien. Je peux me confier à mon vieux.

Il est un des rares à comprendre ce que Callista représente pour moi. Rien n’est plus réconfortant de savoir qu’il sait ce que j’éprouve au fond de moi. Après tout, ma mère s’est tirée, il y a belle lurette, et mon père n’a jamais rêvé d’une autre femme qu’elle. C’est notre truc visiblement.

On aime à la vie à la mort !

S’il y a une chose que je sais, c’est qu’on ne se débarrasse pas de cette folle furieuse d’Emma aussi facilement. Autant que je lui donne ce qu’elle réclame en abrégeant au plus vite histoire d’avoir vite la paix. Je prends mon portable et compose le numéro de cette plaie.

— Hé ! Salut, Belle Gueule ! décroche-t-elle joyeusement. Alors, tu as de nouveaux biceps ?

— Tu voulais me parler d’un truc sérieux ou…

Elle soupire dans le téléphone.

— Tu es encore en pétard après moi ? Tu n’es pas face à moi pour le voir, mais j’agite un joli drapeau blanc en ce moment. Chez les pirates, on appelle ça des pourparlers !

— Je ne suis pas en pétard…

— Mais tu n’es pas hyper heureux de m’avoir en ligne. Je chauffe ou pas ?

— Je me demande ce que tu me veux…

— Tu sais quel jour on est ?

— Jeudi…

— Donc, tu sais quel jour nous serons demain.

— Si je me rappelle bien des jours de la semaine, je dirais vendredi !

— Parker, je suis sérieuse ! C’est demain que…

— C’est bon, Emma, je sais ce qu’il y a demain !

— Et tu viens bien sûr !?

— Je vais passer mon tour.

— Tu déconnes ?! Peachy va dire au revoir à son frère, je te rappelle !

— J’en ai parfaitement conscience, Em’ ! Je me rappelle qu’elle s’est tranché les veines à cause de Jeremiah, qu’elle m’a quitté aussi pour lui et que sa mère l’a maltraitée toute son adolescente parce qu’elle la tient pour responsable de sa disparition. Je vis dans cet enfer depuis plus longtemps que toi, alors ne viens pas me faire la morale à ce propos.

— Mais tu vas la laisser tomber…

— Callista est entourée des personnes qu’elle veut dans sa nouvelle vie. Moi, je n’y ai plus ma place…

— Tu es son ami !

— Non, ça, c’est ton rôle. Moi j’ai celui de l’ex ! Ça me fout en l’air, mais c’est ce que je suis.

— Donc tout est fini ?

— C’est le désir de Callista.

— Peachy ! s’agace Emma. C’est ta Peachy !

— Mais putain ! m’écrié-je attirant sur moi le regard des personnes autour de moi. C’est quoi ton foutu problème ?! À tes yeux, je suis le connard qui l’a trompée. Je suis ce pauvre type égoïste qui ne pense qu’à sa carrière et qui néglige sa copine. J’ai eu le sort que je méritais, non ? Je peux en chier en paix, s’il te plaît ?

— Elle aimerait parler avec toi…

— Je n’ai rien à lui dire pour le moment. J’ai envie d’être seul.

— Mais Autumn a carte blanche, elle !

— Tu es hallucinante. Tu voulais qu’elle me quitte, dis-je en haussant le ton. Ton rêve est exaucé ! Putain, fous-moi la paix ! Et si Callista ne va pas bien, elle n’a pas un mec qui vit avec elle ? Il est où Super-Doven ? Qu’est-ce qu’il branle lui ?

— Je te parle de toi ! De ce qu’elle représente à tes yeux.

— Mon enfer ! hurlé-je. Voilà ce qu’elle représente : mon enfer ! Tant qu’elle était amoureuse de moi, je pouvais survivre, mais sans elle, il ne me reste plus que le feu de l’enfer ! Laisse-moi m’y consumer. Je ne demande rien, je ne fais chier personne. Foutez-moi la paix, bordel !

Et je raccroche excédé par cet échange. Ne leur ai-je pas donné tout ce qu’ils désiraient de moi ? Callista voulait Doven et elle l’a. Je me suis éclipsé, non ? Emma voulait que sa meilleure amie ne vive plus pour moi et c’est le cas, apparemment. Je suis tranquille dans mon coin, je n’emmerde personne.

Qu’ils me laissent souffrir en paix maintenant que j’ai débarrassé le plancher !

***

La nuit est tombée sur le campus lorsque je stationne ma voiture devant chez moi.

Il me tardait de rentrer et de pouvoir me la couler douce dans ma chambre. Mais surtout, j’avais hâte de me couper du monde. Malheureusement, entre mes examens et le sport, j’ai eu des obligations à respecter qui expliquent mon retour tardif. Honnêtement, si on revient quelques heures en arrière, j’avais bien l’intention de ne plus sortir de chez moi avant la fin du semestre. En fait, je pensais de plus en plus sérieusement à me tirer pour rentrer à Lexington. Le seul hic c’était la présence de mon père qui n’aurait pas du tout apprécié que je plante mon semestre. Du coup, je suis resté et cette petite fouine est venue me secouer les puces.

Je n’avais pas les idées claires quand elle s’est pointée et je pense que c’est cet état second qui m’a poussé à lui faire la promesse de ne pas déconner.

Ensuite, on a bossé mes cours, on a mangé un morceau et je me suis endormi dans ses bras. Putain, ce que ça m’a fait du bien de me sentir choyé.

La vie est vraiment mal foutue quand on y pense !

Merde, j’ai cette nana qui ne demande qu’à m’aimer. Elle attend de moi que je lâche prise avec Callista. Si j’y parvenais, je pourrais sûrement lui offrir ce qu’elle mérite. Mais voilà, je n’ai ni la capacité ni l’envie de renoncer à mon amour pour Peachy. Qu’importe qu’il soit à sens unique. Là, tout de suite, je le gère vraiment de la manière la plus merdique qui soit. J’ai juste l’impression d’avoir été enterré vivant.

Si j’aspirais à avoir la paix en rentrant, je me rends bien compte du côté utopique de ce désir en voyant ce connard de Doven poireautant contre la carrosserie de sa bagnole.

Ma vie est une putain de blague de très mauvais goût…

Les mains serrées contre mon jean, j’essaie de garder mon sang-froid qui semble déjà vouloir se faire la malle rien que de sentir que je me rapproche de lui. Franchement, je n’arrive même pas à le regarder.

— Salut…

Le comble est qu’il paraît s’excuser d’être là dans sa façon de s’adresser à moi.

— Qu’est-ce que tu veux ? le questionné-je de but en blanc. Je suis occupé !

— Je me doutais que tu avais la haine après moi…

— Dégage ! Sérieux, ça vaut mieux !

Je passe devant lui, direction le perron, mais il me retient. Perdant tout contrôle de moi-même, je fais un trois cent soixante degrés et je le serre à la gorge avant de l’allonger contre le capot de sa caisse.

— Je n’ai plus de patience pour le mec qui m’a pris tout ce que j’avais de plus cher dans ma putain d’existence. Si tu en doutes, sache que je pourrais continuer à serrer jusqu’à ce que tu en crèves!

Il tente de se débattre. Je sens dans son regard que ma réaction le surprend et le fait flipper.

— Ne crois pas que je n’en ai pas envie.

Je le relâche et Doven reprend sa respiration sans vraiment oser se redresser.

— Casse-toi, Doven !

— Elle a besoin que tu sois là demain, dit-il lorsque je lui tourne le dos.

Je monte les marches au pas de course. Il faut que je me tire avant de finir ce que j’ai commencé.

— C’est votre histoire, Parker ! Jeremiah, tout ce qui s’est passé lorsqu’elle a débarqué à Lexington, ça ne regarde que vous ! Elle doit tourner cette page !

Je me fige et balance la tête sur le côté.

— Je fais partie de toutes ces choses sur lesquelles elle doit tirer un trait, c’est ça ? dis-je sans desserrer les dents.

— C’est elle qui le désire.

— C’est toi qui me l’as volée ! hurlé-je en balançant mon sac de cours sur sa gueule.

Il l’évite.

— Elle ne t’appartient pas ! Tu ne sais rien d’elle, de qui elle est, de ce dont elle est capable. Tu ignores tout de nous, de ce qui nous lie.

Je descends pour le rejoindre, ce qui le fait reculer.

— Tu n’es qu’un parasite, Swanson ! Un putain de virus ! Tu es entré dans son cerveau et tu as foutu le bordel là-haut, mais ça ne change rien à ce qu’elle est pour autant.

— Et qui est-elle ? dit-il sur un ton provocant.

— Ne fais pas l’erreur de croire qu’elle peut être ton âme sœur, Callie n’en a pas !

À sa tronche, je comprends qu’il pense que mes propos sont incongrus.

— Qu’est-ce que…

— Elle l’a perdue, il y a dix ans de ça ! Jeremiah n’était pas seul lorsqu’il est monté dans la voiture de son ravisseur. Une part d’elle est partie avec lui. L’âme de Callie était dans cette voiture. Voilà pourquoi vivre auprès d’elle est si difficile. Callie est là sans être là. La fascination qu’elle génère vient de là : un être comme elle n’a pas vraiment sa place ici. Callie est perdue entre la vie et la mort. Elle survole ces deux mondes sans parvenir à choisir.

— C’est n’importe quoi !

— Tu crois que ta petite cérémonie de demain va l’aider à accepter que son frère soit mort, mais tu fais une grosse connerie. La vérité est qu’elle ne sait pas dans lequel de ces deux mondes est Jeremiah. Si un jour on découvrait enfin où il se trouve, elle le suivrait. Dans la vie, s’il y vit. Dans la mort, s’il est mort. L’existence de Callie ne nous appartient pas, elle appartient à Jeremiah. Voilà pourquoi elle ne veut pas d’enfant. Elle refuse que ce monde accueille un être qu’elle aimera plus fort que lui. Elle rejette toute raison de vivre !

— C’est ton analyse et elle est totalement tordue.

— C’est ce qu’elle m’a dit après l’une de ses tentatives de suicide. Eh oui, Callie est tordue. C’est aussi pour ça que je l’aime autant.

— Tu es à côté de la plaque ! Et je m’en tape de ce que tu penses. Je suis ici parce que je sais qu’elle souhaiterait que tu sois là demain, mais elle croit que tu lui en veux d’avoir accepté de vivre avec moi…

Là, j’éclate de rire.

— C’est ce qu’elle t’a dit ?

Plus confiant, je le détaille en adoptant une posture victorieuse.

— Elle ne changera jamais…

— De quoi est-ce que tu parles ?

— Si j’ai pris mes distances, si elle flippe tant à l’idée que je ne sois pas là demain, parce qu’elle sait parfaitement que j’ai toutes les raisons de ne pas venir, c’est que je lui ai dit que je l’aimais toujours lorsqu’elle était à l’hôpital.

Je suis un connard si je me régale de voir sa gueule fondre comme neige au soleil ?

— Elle ne t’a rien raconté de notre conversation, bien entendu ! Tu seras soulagé de savoir qu’elle ne partage pas mes sentiments. Du coup, assez logiquement, j’ai préféré me tenir en retrait. Je suis venu l’autre soir parce qu’Emma m’a pris la tête pour que je sois présent, mais là, c’est mort, je ne céderai pas ! Non que je veuille la punir, mais je ne cautionne pas le jeu auquel tu joues. Tu vas bousiller tout le boulot que j’ai fait depuis qu’elle est entrée dans ma vie. Hors de question que j’assiste à ça ! Callie me terrifie quand elle se laisse emporter par sa noirceur. Tu n’as pas idée de combien elle peut être sombre…

Je récupère mon sac et marche en direction de la maison.

— Bonne chance pour gérer le bordel que tu vas créer tout seul. Tu vas vite comprendre que vouloir la changer n’apporte que des emmerdes !

Et je rentre me réfugier chez moi en claquant la porte derrière moi.

Ce n’est pas comme si je ne l’avais jamais prévenu que Callie peut être imprévisible lorsqu’elle commence à dérailler. J’ai tout fait pour l’aider à s’en sortir. Lui, il la replonge dans ce foutoir et je refuse d’assister à ça !

***

Il y a longtemps que je suis là… trop longtemps à me demander si je dois partir ou rester…

J’ai vu la bande arriver. Ils sont tous présents : Ben, Emma, Will et Pete. Tous sont apprêtés pour l’occasion. Je suis stupide à côté d’eux.

Stupide, parce qu’elle m’a rejeté.

Je lui ai révélé combien je la désire et elle a choisi de rester avec Doven. Je me sens con, car sa meilleure amie lui a suggéré de me quitter, que Doven lui a répété que je ne la rendais pas heureuse et elle les a écoutés.

Ma Peachy, mon amour, ma confidente a préféré se fier à eux plutôt que de croire en moi. Comment accepter un truc aussi dur à encaisser ? Pourquoi ça me rattrape soudainement ?

J’ai appelé mon père hier soir. J’avais besoin de déballer ce que j’ai sur le cœur, de lui raconter l’accident, ma déclaration d’amour, le refus de Callie, son emménagement avec Doven et cette impression glaçante de chuter dans le vide depuis cette succession d’évènements. D’après lui, j’ai un « contrecoup ».

Ce n’est pas con comme logique.

J’ai eu du mal à réaliser qu’elle était vraiment tombée amoureuse d’un autre mec et ça m’est revenu comme un boomerang au moment de son accident de voiture, lors de son nouveau refus.

Mais si j’ai appelé mon vieux, c’était davantage pour avoir son opinion sur ma présence à la cérémonie en l’honneur de Jeremiah.

Et j’étais décidé à ne pas y aller !

C’était acté dans ma tête et ce n’est pas l’intervention d’Emma, encore moins celle de Doven qui m’a donné envie de revoir ma position sur la question. Non, c’est le message enregistré par Callie qui m’a fait douter. Je suis allé prendre une douche après mon altercation avec Doven et, à mon retour, j’avais un appel en absence de C.J. Sur mon répondeur, de sa petite voix fluette, elle a laissé ces quelques mots :

« Euh… salut, Parker… (Long soupir) je ne sais pas vraiment pourquoi je te téléphone. Je ne crois pas en avoir vraiment le droit. (Silence) Demain, on va planter cet arbre pour Jeremiah, près de Chicago. J’en tremble rien que d’y penser. Tu te souviens de cette nuit où on a fait le mur pour nous rendre là-bas ? Il y avait eu cet article dans la presse et j’ai voulu aller vérifier que cet ado qu’on avait retrouvé n’était pas Jeremiah. (Rires nerveux). Ce dont tu dois davantage te souvenir, c’est de la colère de Dayton quand il a réalisé que tu lui avais piqué sa voiture. Je t’ai vraiment fait faire n’importe quoi. Tu ne seras pas là demain, n’est-ce pas ? Ce n’est pas grave, tu sais. Je comprends. Fais ce qui te semble bon pour toi, c’est le plus important. Je vais m’en sortir. Je te promets que je vais gérer. Tu seras fier de moi. Ne t’inquiète pas. Pense à toi. Fonce, Parker ! Tu as le ballon dans les mains ! Cours, fonce dans le tas et marque un putain de touchdown ! Ne lâche rien ! C’est le match de ta vie que tu joues. Il ne se déroule pas que sur le terrain ! Transforme cet essai. (Sanglots) Je suis désolée d’être ton adversaire dans cette partie. Ça n’empêche qu’il faut que tu la gagnes ! »

Et me voilà en bas de chez elle à attendre de la voir sortir de l’immeuble.

Ben est le premier à s’apercevoir de ma présence. Très naturellement, il marche en direction de ma voiture et toque doucement au carreau. Je l’abaisse.

— Salut, bro.

— Salut, Ben.

Même s’il a une attitude désinvolte, sa manière de me jauger tente de prouver qu’il est au courant de la situation.

— Tu as une sale gueule, mon pote…

Il pose une main amicale sur mon épaule.

— Faut pas te laisser aller comme ça, Parker. On est là pour toi.

— Je…

Je me racle la gorge.

— J’ai un peu de mal à pioncer, en ce moment.

— Tu te tires quand chez ton père ?

— Après. Mes affaires sont dans le coffre.

— Ça va te faire du bien, c’est certain.

— J’ai hâte de retrouver mon vieux.

— C’est cool que tu puisses compter sur lui.

Puis il ouvre la portière.

— Allez, man. Elle va se pointer d’une seconde à l’autre et elle a besoin qu’on fasse bloc autour d’elle.

Je sors avant de remettre un peu d’ordre dans ma tenue. Je suis un peu en vrac sur ce point-là aussi. Ben n’a pas menti. À peine avons-nous remonté l’avenue que la porte d’immeuble s’ouvre sur Niels suivi d’un couple que je n’ai jamais vu. Cela dit, la ressemblance entre l’homme âgé d’une petite cinquantaine et Doven ne laisse pas le mystère planer longtemps sur leurs identités. D’ailleurs, ma belle Autumn est juste derrière eux. C’est son regard que je croise en premier et son étonnement de me trouver ici est visible. Je n’ai pas voulu la prévenir que je me pointerais. Déjà parce que je n’en étais pas certain. Et puis, elle allait se prendre la tête avec ça en flippant de savoir si ça n’allait pas me bousiller de la voir.

Et la réponse à cette question est un grand OUI !!!

Ça me flingue sur place lorsqu’elle passe la porte à son tour au bras de Doven. Ses longs cheveux bruns parfaitement lissés cachent son visage, ce qui fait que je ne peux pas vraiment voir ses traits. Vêtue de son manteau gris qui tombe sur une jupe noire, elle me paraît saisie par le froid extérieur. Elle resserre son écharpe en laine. C’est en voulant saluer Emma qu’elle se redresse enfin.

Bon Dieu ! Ce qu’elle est belle ! Ma Peachy est la plus renversante des femmes sur cette planète, c’est sûr.

Au naturel, légèrement blafarde, elle peut compter sur le bleu surréaliste de ses yeux de biche pour captiver toutes les personnes posant un regard sur elle.

Un peu ici, un peu ailleurs, à bonne distance de ce rassemblement, je l’observe étreindre Emma.

Je me dis que je devrais me tenir à l’écart. Ce qui compte est que je sois là, pas que je me mette en avant. Préférant m’effacer davantage, je recule d’un pas décidé à rejoindre ma voiture. Je voudrais bouger, faire volte-face et foncer dans cette direction, mais son regard azur m’a emprisonné en son sein. Ses lèvres remuent. Je crois y lire mon prénom. Ce qui se passe alors est comme tourné au ralenti dans ma tête.

Abandonnant tout le monde, elle se met en mouvement. Son pas, d’abord lent, gagne rapidement en vitesse. Moi, je suis cloué au sol. Mes pieds semblent coulés dans le béton. Pourquoi ? Parce que j’ai peur ? Que je ne suis pas sûr qu’elle vienne vers moi ? Difficile à dire. J’en ai la certitude lorsqu’il n’y a plus que moi dans son champ de vision. Elle court maintenant. Elle court pour se jeter dans mes bras. Je mets quelques secondes avant de réaliser qu’elle est suspendue à mon cou. Quelques secondes pour la serrer contre moi en retour.

— Merci, pleure-t-elle, ses lèvres contre mon oreille.

— Ma puce…

— Cette journée n’aurait pas été la même sans toi.

— Mon amour, je t’aime si fort, lui dis-je en la serrant tellement que je crains de lui faire mal.

Un sanglot m’échappe.

— Ça va aller, ma Peachy. On s’en sort toujours toi et moi.

— Pardonne-moi. Je t’en prie, pardonne-moi.

— Je ne t’en ai jamais voulu. Tout ce qui compte c’est que tu sois heureuse. Le reste n’a pas d’importance.

— Mon Parker, mon roc, mon ancre, mon refuge, qu’est-ce que je ferais sans toi ?

— Je ressens les choses comme toi, Peachy, mais le temps est venu de trouver une réponse à cette question.

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