Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 17
C.J
— C’est toi ! braillé-je en traversant le salon au pas de charge. C’est toi qui as fait ça !
Debout près de la cheminée, plantée sur ses jambes maigres, son visage marqué par ses excès, ma mère est prête à en découdre. Son sourire en coin est très révélateur de sa satisfaction de me voir la confronter enfin. Elle a passé les dernières années à en rêver, c’est évident.
Et aujourd’hui, je lui offre cette victoire.
J’ai souvent eu envie de m’emporter après elle, de lui hurler d’arrêter de me torturer, mais la crainte qu’elle m’inspirait m’a toujours retenue de franchir ce pas. Ce matin, ce n’est plus de la peur que j’éprouve en la voyant, mais de la rage.
Elle m’a trop longtemps fait endosser une responsabilité qui n’est pas la mienne. Elle m’a maintenue dans ma culpabilité, elle m’a torturée et je ne peux plus l’accepter. Je ne dois plus l’accepter. Mon futur en dépend !
Comment avancer dans ma vie et construire demain si je reste enlisée dans le passé ?
Oui, j’ai mal d’avoir perdu mon frère et cette douleur ne me quittera jamais. J’ai joué un rôle dans ce qui s’est produit, mais il est temps que je me pardonne. J’étais une enfant. À cet âge, je ne pouvais me rendre compte qu’un tel drame pouvait se passer. J’étais, comme mon frère, celle qu’on devait protéger et pas l’inverse. J’ai dû surmonter ça. J’ai souffert en silence et totalement seule. Avant Parker, avant de lui apprendre ce qui était arrivé à ma famille, je portais ma peine comme ma croix.
Mais maintenant, il y a Doven. Là où Parker est toujours resté en retrait, Doven fonce, met les pieds dans le plat et me contraint à affronter mes fantômes. Je n’ai aucun reproche à faire à Parker à ce propos. Ce n’est pas qu’il s’en moquait, bien au contraire. Non, c’est moi qui le bridais, le terrifiais. Finalement, il se taisait de peur de me voir le quitter. Doven n’agit pas comme ça, parce que je suis différente avec lui. Pour quelle raison ? J’ai encore bien du mal à me l’expliquer.
Sans desserrer les dents, furieuse après cette femme qui aurait dû me soutenir, me permettre de me pardonner et tout simplement, m’aimer, je lève le bras et lui assène une gifle. Le bruit de ma main fouettant sa joue résonne dans toute la pièce. Ma mère se met à hurler en protégeant son visage.
— Je te hais ! m’époumoné-je en la frappant de toutes mes forces encore et encore.
Tout en moi explose enfin. Ces années de silence, de frustrations, de rancœurs et d’amertumes me remplissent d’une force et d’une détermination redoutable.
— Tout est de ta faute !!! C’est toi qui es la seule responsable de tout ce qui s’est passé !!!
Je voudrais la frapper encore, car chaque coup que je lui porte me libère. Je crois que je ne pourrais plus m’arrêter de la battre. Mais deux bras enroulés sur ma taille m’attirent en arrière et me font reculer de deux bons mètres.
— Arrête, Callie ! Ça suffit !
— C’est de ta faute ! hurlé-je. Que faisais-tu, maman, pendant qu’on enlevait ton fils ?
— Callie ! Calme-toi !
J’ignore l’ordre de Doven qui tente de me contenir. Pire, je me débats, je le griffe, le frappe pour qu’il me lâche, mais il tient bon.
— Tu te faisais BAISER !!! Voilà la vérité !!!
Un cri dément, inhumain, glaçant fait suite à ce secret dont j’ai pu enfin me libérer.
Il me ronge depuis douze ans. Douze ans de silence, et pourquoi ? Pour elle ? Pour mon père ? Pour ne pas ajouter à la peine qui hante ma famille ? Et moi, dans tout ça ? Quand vais-je cesser de m’oublier pour protéger quelque chose qui n’existe plus ?
Ma mère dont la folie atteint son paroxysme se rue sur moi. Je n’ai jamais vu autant de haine, de démence chez un être humain. L’espace d’une seconde, j’ai peur. Peur de ce qui va se produire quand son poing levé va s’abattre sur moi. Mais mon père contrecarre le coup de ma mère de peu. Seuls ses ongles effleurent ma joue. Ma peau me brûle.
— Auriel !!!
La maintenant par les bras, mon père la traîne de force loin de moi avant de l’asseoir sur le sofa.
— Qu’est-ce que ça veut dire ???
Doven profite du fait que ma mère soit à bonne distance de moi pour m’emprisonner dans ses bras. Il inspecte mon visage.
— Mon amour, murmure-t-il en se perdant dans mon regard. Calme-toi, je t’en prie. Ce n’est pas toi ça, Callie. Tu n’es pas comme ça…
Quelques mots qui provoquent un rire amer du côté de ma mère. Mon père se dresse entre elle et nous.
— Je t’ai posé une question, Auriel ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Où étais-tu cet après-midi-là ?
— Parce que tu crois cette petite menteuse ?!
— Je suis une menteuse ? m’indigné-je. Moi…
Mon père lève sa main vers moi. Je me tais.
— Auriel, avec qui étais-tu pendant que les enfants étaient au parc ? Que faisais-tu ?
— RIEN !!!
— C’est faux ! s’écrie mon père. Callie n’a pas dit ça par hasard !
— Ta fille est folle !!!
Ses poings s’abattent sur le torse de mon père.
— Je te le répète depuis des années !!!
Je devrais sûrement souffrir d’entendre de tels propos dans la bouche de ma mère, mais je n’ai pas le temps d’aller aussi loin dans ma réflexion. Non, tout ce qui me préoccupe est la présence de Doven. Je dois le faire sortir d’ici !!!
— Doven…
Mais c’est trop tard…
— Comment osez-vous ? s’emporte-t-il. Comment pouvez-vous parler d’elle ainsi ? C’est votre fille !
— Elle est malade ! insiste ma mère. Tout comme je l’étais à son âge.
Elle se met à rire. De mon côté, ce sont mes larmes qui marquent mon visage.
— Maman, chuchoté-je. Je t’en prie…
— Je te répugne, crache-t-elle à l’intention de Doven en ignorant ma supplique. Mais c’est ce qui t’attend ! Reste avec elle et c’est ça la vie que tu auras !
— Doven, viens, l’imploré-je en le tirant par le bras. Allons-nous-en, je t’en prie.
— C’est n’importe quoi ! hurle Doven en accablant ma mère d’un regard méprisant. Callie ne sera jamais comme vous !
— Elle est bipolaire tout comme je le suis ! crie-t-elle.
Ses yeux rougis, injectés de sang, abandonnent Doven pour se poser sur moi.
— C’est inévitable ! me dit-elle d’une manière glaçante. Tu le détruiras comme tu l’as toujours fait ! Il t’aime, mais même son amour, tu l’anéantiras. Il n’aura plus que de la haine pour toi. Nous sommes vouées à être seules. Je n’ai jamais trouvé le courage dont tu as fait preuve en le quittant. Je lis en toi. Je sais pourquoi tu as fait ce choix. La solitude est ton unique issue. Tu le comprendras un jour ou l’autre…
Je lâche la main de Doven avant de sentir son regard sur moi. J’ai trop honte. Honte de ce qu’elle vient de lui révéler. Tout ce que je désire est de fuir ! Fuir ce soulagement ressenti l’espace d’une brève seconde. Celui d’avoir été comprise pour la première fois…
Alors, je me mets à courir !
***
J’ignore depuis combien de temps je suis enfermée ici. J’imagine qu’il y a un moment de ça vu que la nuit est tombée dehors. Recroquevillée sur le canapé, je hausse les épaules et porte le goulot de la bouteille de whisky à mes lèvres. Quelle importance de rester cachée au sous-sol ? Il me faudra une bonne décennie avant de trouver le courage de remonter et de confronter Doven.
Ma mère lui a appris ce que je redoute tant de lui dire depuis des semaines et maintenant, il connaît la vérité à son sujet.
Il sait ce qui me guette… ce qui l’attend…
Voilà ce qu’on récolte en s’opposant à Auriel Johnson. Pendant une brève seconde, j’ai pensé que j’aurais le courage de l’affronter et de lui clouer le bec une bonne fois pour toutes, mais elle a su frapper là où elle me ferait le plus mal. Elle a toujours parfaitement su le faire. J’aurais dû m’en méfier, mais ma colère était si grande qu’elle m’en a fait perdre conscience de qui est véritablement ma mère. Je vais payer mon erreur très cher.
J’ai perdu mes moyens. Et qui ai-je blessé à la finalité ? C’est elle que je voulais atteindre et pourtant, ce sont eux que j’ai heurtés.
Mon père en lui révélant partiellement le lourd secret que je dissimule depuis le jour de la disparition de mon frère au sujet de ma mère et de son infidélité. Et Doven en ne lui ayant pas parlé avant de la bipolarité de ma mère, de mon angoisse d’être comme elle.
Comment puis-je aller trouver mon père et le regarder en face après cette humiliation ?
J’ai voulu le préserver de cette sombre vérité et ma grande faiblesse m’a fait faillir. Je vivais en sachant que ma mère le trompait, même ce jour pénible où Jeremiah nous a été enlevé et je ne l’ai jamais dit à personne avant aujourd’hui.
Cachée dans ce sous-sol aménagé en salle de jeux, je cherche à oublier mes angoisses, ma culpabilité et ma lâcheté. Je suis rarement descendue dans cette partie de la maison. Les seules fois où ç’a été le cas, c’était avec Parker.
Il aimait bien se faire un billard avec Dwayne quand mes parents étaient absents. Ce qui n’arrivait pas très souvent d’ailleurs. Parker venait très peu lorsqu’ils étaient là. La plupart du temps, il se glissait dans ma chambre par la fenêtre. Ce qui s’est produit bien plus régulièrement dès l’instant où nous avons commencé à avoir une vie sexuelle. Mais à part Parker, je n’ai jamais invité qui que ce soit sous mon toit en présence de mes parents.
Étrangement, cet endroit voit plus souvent ma mère que qui que ce soit dans cette maison. Mais elle ne descend pas pour se faire un flipper ou jouer à Pac-Man. Non, c’est ici qu’elle planque ses bouteilles de whisky. Cette même réserve dans laquelle je viens de taper. Mais j’ai horreur du whisky et de son odeur. Une aversion provoquée par ma mère, c’est évident. Pourtant, ce soir, il m’est bien utile pour endormir les sombres émotions qui me minent.
— Je t’ai vue rentrer, il y a deux heures maintenant…
Je manque de faire tomber la bouteille posée en équilibre sur mon genou lorsque Doven fait son apparition de derrière la cloison qui dissimule l’escalier. Je la rattrape de justesse.
— Et je serais venu plus tôt si j’avais su qu’il y avait de l’alcool ici.
— C’est un autre secret bien gardé de cette maison : la réserve d’Auriel.
J’ai un rire amer.
— Apparemment, je me coltine toutes ses tares.
J’avale une nouvelle gorgée en grimaçant. Doven me rejoint et me réclame la bouteille d’un simple geste de la main. Boudeuse, je la lui donne.
— Es-tu assez sobre pour qu’on discute ?
Je glousse.
— La formule exacte est : es-tu assez bourrée pour que nous parlions ?
Même si je ne suis pas ivre, l’alcool fait son effet, c’est indéniable.
— Je te propose un petit jeu…
Doven s’accroupit devant moi.
— Comme tu l’imagines, j’ai certaines questions à te poser et j’aimerais vraiment que tu y répondes, alors…
Il soupire.
— Si tu acceptes, je te laisse une gorgée à chaque fois.
Je suis plus amusée tout à coup.
— J’adore ce jeu !
Doven s’installe sur la table basse. Nos genoux se frôlent.
— Voici ma première question : penses-tu vraiment que tu vas devenir comme ta mère ? Que tu as hérité de sa bipolarité ?
— Bien sûr, tu ne pouvais pas commencer par un truc plus simple du style « Quelle est ta couleur préférée ? »
— Facile ! Le vert !
Je fronce les sourcils.
— Comment le sais-tu ?
— Parce que je suis amoureux de toi.
J’ai un sourire niais dû évidemment à mon état d’ébriété.
— Maintenant qu’on a déterminé que ma question est la plus intéressante, tu veux bien y répondre !?
Mes doigts jouent avec la couture du canapé.
— Oui, je pense sincèrement avoir hérité de sa bipolarité et que la maladie finira par se manifester plus sérieusement un jour ou l’autre.
— Et tu as cru que me le dire scellerait le destin de notre relation ? Que je te quitterais pour ça ?
— Comment avoir envie de vivre avec quelqu’un comme elle ?
— Ta mère n’est pas que bipolaire, elle est alcoolique aussi.
— Et je suis ici à me siffler l’une de ses bouteilles de whisky. D’ailleurs…
Dans un mouvement vif, je lui arrache la bouteille.
— Tu ne respectes pas ta propre règle.
J’avale ce liquide abject jusqu’à ce que Doven me dérobe mon bien.
— Arrête ça ! me gronde-t-il en la refermant. Je veux avoir une discussion sérieuse et mature avec toi et boire ne nous y aidera pas.
— Sauf que ce n’est plus drôle maintenant.
— Et je ne prends pas notre avenir à la légère, Callista Johnson ! Ça ne m’amuse pas de savoir que la femme dont je suis amoureux se torture l’esprit depuis des semaines en pensant un truc aussi absurde qu’improbable…
— Doven, dis-je en grimaçant. Ne fais pas ça, s’il te plaît…
— Quoi ?
— Arrête de minimiser la gravité de ce qui se passe.
— Ce n’est pas ce que je fais…
— Si ! dis-je plus fermement. J’ai fait une dépression, j’ai fait plus d’une dizaine de tentatives de suicide, j’ai été internée six mois dans un centre pour cette raison.
— Ça ne veut peut-être rien dire…
— Ou ce sont les premiers indicateurs de ce qui peut m’arriver !
— Pourtant, rien ne prouve que tu puisses devenir bipolaire. Tu n’as aucune saute d’humeur. Tu es quelqu’un de très linéaire.
— Aujourd’hui, mais rien ne nous garantit que ça reste ainsi…
Il abandonne sa place pour s’agenouiller devant moi. Ses mains remontent le long de mes cuisses.
— Même si c’était le cas, si la bipolarité venait un jour s’immiscer dans notre vie, je ne cesserai pas de t’aimer pour autant !
— Tu es plus fou qu’elle dans ce cas, marmonné-je en jouant avec les trous dans mon jean.
— Je suis fou de toi !
Mon menton finit entre ses doigts, il me ramène à son regard.
— Il y a un détail que tu refuses de voir parce que tu laisses ta peur dominer ta réflexion, mais la bipolarité n’est pas la seule explication à l’attitude de ta mère. À sa maladie s’ajoute le deuil de ton frère et ça change tout !
— Rien ne peut…
Mes mots s’écrasent sur ses lèvres.
— Je t’aime, chuchote-t-il contre ma bouche. Je n’ai pas peur, Callie. Ni d’aujourd’hui ni de demain. J’ai foi en toi, en nous. Nous avons surmonté des choses compliquées depuis qu’on se connaît et s’il y a une leçon que je veux retenir de ça, c’est qu’on est assez forts pour vivre d’autres épreuves. Quoi qu’il puisse nous arriver, je sais qu’on en sortira plus forts !
— C’est la première fois que ton optimisme me fait peur. Habituellement, j’aime te sentir positif et confiant, mais ce soir, ça me terrifie. Je doute que tu comprennes dans quoi tu t’embarques.
— Mais tu n’en sais pas plus.
— J’ai grandi avec elle, Doven ! Finalement, après des années à me questionner, je finis par y voir plus clair à son sujet.
— Mais tu manques de lucidité en ce qui te concerne.
— Je manque de lucidité sur tellement de choses…
Ma tête retombe contre le dossier du canapé. Les yeux fixés au plafond, je soupire.
— Je crois que mes parents ne surmonteront pas cette nouvelle épreuve. Et c’est moi qui ai provoqué ça…
—Tu n’es pas responsable des infidélités de ta mère.
Doven m’embrasse dans le cou.
— Raconte-moi. Dis-moi ce qui s’est réellement passé ce jour-là…
Je prends ses mains dans les miennes.
— Je savais depuis peu qu’elle avait un amant. Je l’ai découvert par hasard.
— Comment ?
— J’étais chez ma meilleure amie de l’époque. Nous jouions dans son jardin, mais après un moment, je me suis sentie mal. J’avais des maux de ventre et des nausées. Je suis donc rentrée à la maison. Ma mère ne m’attendait pas avant une bonne heure. Jeremiah était chez un copain. Je suis entrée, mais elle ne m’a pas entendue. En allant la chercher pour lui faire savoir que j’étais malade, j’ai compris qu’elle n’était pas seule.
Je plaque mes mains contre mes oreilles comme si je revivais la scène.
— Ils faisaient tellement de bruits.
— Callie…
Doven presse son front contre le mien.
— Elle gémissait. Il lui disait des choses obscènes et ça la faisait crier de plaisir.
— Mon Dieu ! Ma chérie…
— J’ai couru dehors. Je ne voulais plus écouter, c’était trop dur.
— Que s’est-il passé après ?
— Je me suis cachée dans le jardin, dans notre cabane. Là, j’ai vomi. J’ai fini par m’y endormir. Je crois que j’avais de la fièvre. Je suis rentrée plus tard à la maison et je n’ai jamais rien dit.
— Et le jour de la disparition de ton frère ?
Je me love dans les bras de Doven, me suspends à son cou. Il me cajole.
— Dès le petit-déjeuner, j’avais demandé à ma mère de pouvoir rejoindre mes amies au parc dans l’après-midi. Elle a accepté. C’est après le déjeuner qu’elle m’a dit que Jeremiah m’accompagnerait. Je n’ai pas rechigné. Mon frère n’a jamais été pénible. Nous étions très proches.
— J’ai cru comprendre…
— On s’adorait. Voilà pourquoi je vous observe toujours avec beaucoup de tendresse toi et Autumn ; je ne peux m’empêcher de me dire que nous aurions été comme vous si Jeremiah était encore là.
— C’est très probable.
Honteuse de poursuivre mon récit, je baisse la tête.
— Ma mère couchait avec le fils de nos voisins. Il avait dix-huit ans…
Je cache mon visage dans mes mains, lorsque mes larmes me submergent. Doven me serre plus fort.
— Il était là quand nous sommes allés au parc. Il patientait sous le porche de sa maison. Il nous a salués lorsque nous sommes passés devant lui. Moi, je savais qu’il nous surveillait pour la rejoindre. Nous avons fait quelques pas et j’ai jeté un dernier coup d’œil derrière moi. Comme je m’y attendais, il était à notre porte.
— Je regrette tellement que tu aies dû vivre tout ça, Callie.
Nichée dans son cou, je sanglote.
— J’étais en colère et je m’en suis prise à Jeremiah. Je lui en voulais à elle et c’est sur lui que je me suis défoulée quand il est venu me voir en pleurant. Il me demandait de rentrer, mais je savais qu’on ne pouvait pas retourner à la maison. J’étais tellement perdue et malheureuse. J’ignorais ce que je devais faire.
— Rien n’est de ta faute ! Comment peux-tu encore en douter ?
— Mais si j’avais été moins dure avec lui, il serait resté auprès de moi. J’aurais dû m’occuper de lui.
— Tu avais déjà trop de responsabilités sur tes petites épaules. C’est ta mère l’unique coupable.
Doven prend mon visage entre ses mains douces et fortes en même temps. Son regard tendre me couve comme la personne la plus précieuse en ce monde. Il réchauffe mon cœur rien qu’en me contemplant ainsi.
— Pourquoi l’as-tu laissé te traiter de cette façon pendant toutes ces années en sachant ça ? Tu aurais pu la remettre à sa place depuis très longtemps.
— Elle me faisait si peur, Doven. Et puis, il y a mon père. J’ai gardé tout ça pour moi en espérant le protéger.
— Et toi, qui te protège ?
Je fais la moue.
— Toi…
Il me fait un sourire convaincu.
— Ça, c’est bien dit, madame Johnson !
Tout en me serrant contre lui, il se met debout.
— Allons voir ton père. Je pense que tu as besoin de discuter avec lui.
— Non, attends, Doven.
Il se stoppe.
— Ma mère n’a pas volé cette peluche…
— On ne peut rien croire de ce qui sort de sa bouche, c’est évident.
— Mais qui aurait pris le lapin dans ce cas ?
Je foule la moquette qui recouvre le sol.
— Réfléchis une minute ! Qui est le seul lien entre mes journaux et le lapin ?
Comme je le supposais, il ne voit pas où je veux en venir.
— Tu l’as dit toi-même : la personne qui a pris mes carnets veut en apprendre davantage sur moi…
— Oui, mais…
— C’est Jeremiah, Doven !
— Quoi ???
Je devine à son expression que ma réponse ne lui inspire rien d’autre que de l’incrédulité. Forcément, il trouve ma remarque absurde et incongrue. Il se frotte les paupières.
— Callie…
— C’est lui, Doven, balbutié-je alors qu’une nouvelle vague d’émotions me saisit. Il faut que tu me croies ! C’est lui, je le sens !
— J’admets que cette histoire est très troublante, mais là c’est du délire.
— Je te dis que…
— Tu te fais du mal pour rien !
— Tout est pourtant tellement logique. Il veut seulement me connaître, apprendre qui je suis et ce qui s’est passé pendant son absence.
— Je ne vais pas te laisser aller sur ce terrain, Callie ! C’est trop dangereux. Tu as trop à y perdre et moi aussi.
— Dangereux ?
Je le repousse.
— Et je ne vois pas ce que tu as à perdre ! Ça ne te concerne pas ! C’est ma famille.
— Toi, Callista ! Voilà ce que j’ai à perdre. Pour ta gouverne, je fais partie de cette histoire depuis que je suis tombé amoureux de toi. Tu oublies vite que je ne suis pas Parker. Tu ne m’évinceras pas simplement parce que je ne suis pas d’accord avec toi.
M’attrapant par la nuque, il m’attire à lui et plonge ses yeux brillants de détermination dans les miens.
— Toi et moi, c’est à la vie à la mort ! Je ne te laisserai pas me rayer de ta vie quand ça te chante sous prétexte que tu ne veux pas entendre ce que j’ai à te dire. Si ça a marché avec lui, je préfère te prévenir : il n’en sera pas de même avec moi. Alors si tu as l’intention d’utiliser cette méthode avec moi, je t’assure que tu n’auras pas deux fois l’occasion de le faire. Penses-y bien avant de poursuivre.
Les lèvres closes, comme si son avertissement les avait cousues, je l’observe sans savoir quoi répliquer à ça.
Doven a raison. J’ai toujours agi ainsi avec Parker. Dès qu’il me poussait dans mes retranchements, je le quittais. Ce n’était pas pour le faire souffrir. Jamais. Je faisais en sorte qu’il s’en aille quand il trouvait les bonnes clefs et qu’il déverrouillait peu à peu mon armure.
Le plus souvent, je voulais qu’il me laisse parce qu’il me ramenait à une réalité que je ne supportais plus : il avait le pouvoir. Celui d’abattre tous mes moyens de défense. Alors, je le fuyais pour pouvoir me replonger dans mes souvenirs et me convaincre de ne pas le laisser entrer.
Renfrognée, je récupère la bouteille de whisky et grimpe sur le billard. J’ai envie de le provoquer parce qu’il m’énerve à être aussi parfait, mais surtout je veux le détourner de cette conversation.
— Callie ! me prévient-il tandis que je porte le goulot à ma bouche.
Je jette la tête en arrière et bois pendant un trop court instant avant qu’il vienne me la retirer de force.
— Tu te fous de moi !
Il la referme et la balance sur le canapé. Lentement, avec sensualité, j’essuie la goutte de whisky au coin de mes lèvres.
— Peut-être un peu… Et alors ? Qu’est-ce que tu vas me faire de si terrible, Doven ? dis-je pour le provoquer en descendant vers mes seins.
Son regard est animal. Sa respiration profonde et lente. Il ne bouge pas. À croire que ses pieds sont cloués au sol.
Mes doigts entre mes lèvres, je les lèche sensuellement.
— Hum… il en reste un peu…
Un cri stupéfait m’échappe quand je me retrouve jetée en arrière. Doven a enfoncé ses mains dans mes cuisses. Il me fait basculer sur le tapis du billard. Je veux me relever pour protester, mais Doven avec la dextérité d’un félin vient de monter à son tour. Au-dessus de moi, il déboutonne mon jean et, avec une rapidité maladroite et hasardeuse, il le retire. Il réserve le même sort à son tee-shirt. S’ensuit un bruit de métal. Celui de sa ceinture. Je me tortille sous lui. Je me cambre, me meus tel un animal au soleil.
Mais dans ce sous-sol, Doven est mon soleil. Son jean suffisamment baissé, il présente ses doigts à mes lèvres.
— Tu aimes sucer, Callie ?!
Je crois que je pourrais jouir sur-le-champ en percevant l’érotisme dans sa voix. J’enrobe ses doigts et les lèche comme une gourmandise.
— Mouille-les bien. Je vais te faire mal si tu es trop sèche.
Je fais ce qu’il me demande. Il les retire lorsqu’il juge ma tâche accomplie. Ses doigts humidifiés viennent glisser le long de ma fente avant de me pénétrer comme pour vérifier que je suis prête à le recevoir.
Je gémis. Les yeux clos, je savoure la sensation de sentir son gland contre moi, de savoir qu’il me possédera bientôt. Sa main se ferme sur ma nuque après qu’elle lui ait servi à enfiler un préservatif. Il me retient pour que je ne puisse pas bouger juste avant de lancer l’assaut.
— Oh ! Callie, mâchouille-t-il en se logeant en moi. J’avais oublié comme c’est bon.
Les talons appuyés contre le rebord du billard, je me donne de l’élan pour remuer en rythme avec lui. Et la cadence que nous adoptons est infernale. Nos corps claquent l’un contre l’autre. Nos respirations n’ont plus rien d’humain. Nous sommes les serviteurs du plaisir le plus primaire.
Son pouce s’agite sur mon clito enflé de désir tandis qu’il me baise avec une sauvagerie que je ne lui connaissais pas.
Et j’adore !
— Je crois que je pourrais te prendre toute la nuit tellement tu m’as manqué !
Nos regards se trouvent.
— Tu crois seulement ?
La tête en arrière, il émet un gémissement guttural en réponse à ma provocation. Lorsqu’il revient vers moi, nos bouches entrent en collision. Ses dents emprisonnent ma lèvre. Je crie.
— Je vais te faire regretter ton insolence, Callie. Jusqu’à l’aube !
Et je n’espère rien d’autre à cet instant précis…
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