Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 4

C.J

 

Les jours suivants ma discussion avec Parker sont, heureusement, bien plus paisibles que mes premières heures à Hedard. Ils filent au rythme de mes études, de ma vie commune avec Autumn ainsi que de mes cours de soutien. Où j’ai l’immense bonheur de voir Doven.

Et là, aucune amélioration en vue !

J’ai eu la naïveté de croire que notre conversation, lors de l’arrivée d’Autumn, aiderait à adoucir notre relation, mais non. Je n’aspirais pas à une amélioration soudaine. Ni que nous soyons les meilleurs amis du monde et encore moins qu’il se mette à me draguer subitement. Cependant, un peu d’amabilité n’aurait pas été de refus.

Apparemment, c’est utopique !

Doven est en permanence furieux après moi et je ne comprends pas vraiment pour quelle raison.

Cet été, je lui ai brisé le cœur, je m’en rends compte et je ne minimise pas mes actes. Mais aujourd’hui, il refait sa vie avec Tina, alors pourquoi est-il incapable d’enterrer la hache de guerre pour nous faciliter un peu les choses lorsque nous sommes ensemble ? D’ailleurs, il aurait pu abandonner les cours de soutien. Mais non, pour le moment, je dois faire avec ses regards assassins et ses remarques cinglantes.

Heureusement, Autumn est là pour mettre un peu de bonne humeur dans mon quotidien.

Cette fille est un ange et je suis enchantée qu’elle vive avec moi. Je remarque qu’elle se sent bien, qu’elle s’épanouit, même si certaines choses doivent lui sembler pénibles. La peur doit la hanter au quotidien. C’est pour cela que je mets un point d’honneur à tout faire pour rendre son quotidien plus agréable. Il faut que cette nouvelle vie marche pour elle, qu’elle surmonte ses angoisses et qu’elle profite pleinement de ses années universitaires. Le début a été plus que chaotique, je veux faire en sorte que le reste soit paisible et joyeux.

Comme sa sécurité reste ma priorité, je veille à ce qu’elle ne se déplace pas trop seule, surtout le soir. Du fait, nous passons presque tout notre temps ensemble.

Et ce n’est pas pour me déplaire vu que croiser Emma relève du miracle. D’ailleurs, si les choses ne s’étaient pas arrangées entre Parker et moi, je ne suis pas certaine que je l’aurais revu depuis la rentrée.

C’est à l’occasion d’un déjeuner à la cafétéria en compagnie de Parker et Dwayne que nous avons pu nous retrouver. Et pour une fille qui passe tout son temps avec son mec au point d’en oublier ses copines, je ne la trouve pas très bien dans sa peau. Nous mettre en retrait quelques minutes pour en parler n’a pas été simple et lorsque j’ai pu la questionner, elle s’est montrée très évasive et peu convaincante. Une petite voix me murmure à l’oreille qu’elle me cache quelque chose et je dois trouver le temps de découvrir ce que c’est…

L’arrivée d’un SMS me sort de ma rêverie. Je sors mon portable de ma poche et le consulte.

— Parker —

Salut ! Tu es où ? Je vais déjeuner ! Vous me rejoignez ?

— Peachy —

À deux pas de la cafèt’ ! Tu loupes encore un entraînement ? Tu as de

la fièvre ? Vous ???

— Parker —

J’apprends de mes erreurs, ma Peachy ! Et puis, je suis déjà tellement

beau, mon corps est une pure merveille… Je peux m’accorder un peu de

repos. Vous = toi + le petit bouton-d’or qui se balade toujours avec toi !

Je glousse en lançant un petit coup d’œil à Autumn qui marche à côté.

— Peachy —

Tu sais que le bouton-d’or est de la mauvaise herbe ? Ne t’étonne pas

de recevoir une gifle si tu la nommes ainsi…

Je n’ai reçu aucune réponse lorsque nous pénétrons dans la cafétéria universitaire. Parker nous attend à l’entrée. Adossé au mur, il a le nez dans son portable, mais le fait disparaître en me voyant. Il nous rejoint et enroule son bras autour de mes épaules avant de m’embrasser.

— Salut, ma puce.

Puis il se tourne vers Autumn.

— M’dame ! la salue-t-il en faisant une révérence.

— Ça roule, le malabar ?

Ce gros nul se marre en lui faisant la démonstration de ses muscles.

— Je t’impressionne, hein ?!

Ma voisine roule des yeux avant de se diriger vers le buffet.

— Je t’en supplie, Parker, arrête ! Je sens que je vais défaillir...

Un coup d’œil autour de moi m’apprend qu’il n’y a pas la moindre trace de Dwayne, de Lewis et encore d’Emma.

— Mais où est-ce qu’ils sont ?

— Qui donc ?

— Dwayne, Lewis et Emma !

Une main sur mes reins, Parker me pousse derrière Autumn.

— En fait, Dwayne avait un plan cul…

Je lève les yeux au ciel.

— Et tu te doutes bien que je m’en fous. Par contre, j’aurais aimé voir Emma.

— Justement, c’est un peu elle la raison qui m’a poussé à venir déjeuner avec toi. Il faut qu’on parle.

Comme Parker n’a aucun secret pour moi, je devine sans mal qu’il n’est pas hyper à l’aise.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Prenons à manger et je t’explique tout.

Piquée de curiosité, je me sers à la hâte et file nous trouver une table. Autumn et Parker me rejoignent en bavardant.

— Alors, qu’est-ce qui se passe avec Emma ?

Mais Parker est si concentré à lui raconter l’une de ses prouesses footballistiques qu’il boude ma question. Moi, je bous d’impatience d’en apprendre plus sur ce qui se trame avec Emma.

— Parker !

— Mais tu es chiante, Peachy ! J’éblouis Autumn de mes exploits.

— Oh, oui ! Je suis carrément aveugle, tellement tu m’éblouis, se moque celle-ci.

Il lui fait un sourire exagéré.

— C.J a raison, tu n’es rien de plus que de la mauvaise herbe !

— Hein ?! Qu’est-ce que ça veut dire ?!

— Ne prête pas attention à ce qu’il raconte. Je n’ai jamais rien dit de tel.

Je m’intéresse à Parker.

— Dis-moi ce qui se trame avec Emma parce que mon instinct me dit que ça pue.

Il fait la moue.

— Ouais, un peu…

— J’ai senti qu’elle n’allait pas bien la semaine dernière, mais elle n’a rien voulu me dire.

— Disons que rien n’est simple entre eux depuis qu’ils crèchent ensemble. Ils ne font que de s’engueuler au point que les mecs sont allés trouver Lewis. Pour le coup, j’avoue être assez d’accord avec eux : c’est l’enfer à la baraque.

— Elle était si heureuse de vivre avec lui quand elle me l’a annoncé. Je n’ai pas osé lui dire que je trouvais leur décision trop précipitée.

— Visiblement, ça l’est !

— Elle veut venir vivre avec nous ?

J’échange un regard avec Autumn.

— Ce qui ne changera rien à notre cohabitation, t’inquiète. On va trouver une solution.

Nous échangeons un sourire entendu.

— Tu ne comprends pas, intervient Parker. Emma va bouger, c’est clair, mais pas parce qu’elle le souhaite. Lewis va la larguer.

— Quoi ?

— Il me buterait s’il apprenait que je te l’ai dit, mais il a déjà une autre nana.

— Attends, tu te fous de moi !?

Penaud, il secoue la tête.

— Emma va avoir besoin de toi.

— Qu’est-ce qu’il attend pour lui dire la vérité ?

— Je crois qu’il redoute un peu une crise d’hystérie d’Emma lorsqu’elle saura…

— Mais quelle pourriture ! Bien sûr qu’elle va être furieuse !

— J’ai préféré t’avertir pour que tu sois présente pour Em’.

J’apprécie sa démarche. Après tout, il n’était pas obligé de faire passer mon amitié avec Emma avant la sienne pour Lewis.

— Décidément, les ruptures, c’est vraiment merdique !

— Je ne peux que t’approuver, ajoute Parker avant que nous partagions un regard empreint de regrets liés à notre propre histoire.

— On aurait bien besoin qu’on nous remonte le moral…

Il donne un coup de coude à sa voisine.

— Tiens, raconte-nous un truc drôle, la mauvaise herbe !

— Je peux te parler du jour où j’ai mis un coup de genou dans les couilles d’un mec…

J’esquisse un sourire. Sceptique, Parker fronce le nez.

— Il s’appelait Parker et il faisait trop le malin.

Mais il ne se démonte pas et regarde Autumn droit dans les yeux.

— Laisse les couilles de Parker tranquille, il en a encore besoin.

Autumn fait semblant d’être prise d’un haut-le-cœur.

— Tes exploits sportifs ont déjà du mal à passer, mais alors tes prouesses sexuelles… Je vais gerber, c’est sûr !

Je me marre en voyant Parker se renfrogner sur sa chaise. Grincheux, il prend son hamburger et l’avale en silence. Autumn fière d’elle grignote sa salade, un sourire triomphant aux coins des lèvres.

Pour ma part, je suis bien plus songeuse. J’ignore comment gérer la situation avec Emma. Je vais devoir l’aider à surmonter sa rupture, mais aussi trouver un moyen pour que personne ne se sente lésé dans notre colocation.

Tu n’as pas le choix, Callista, tu dois trouver une solution, et fissa !!!

***

Le soir venu, je me rends à Elkhart où je dois animer mon cours de soutien en compagnie de Doven. Et ma motivation à me rendre au lycée est en berne depuis la rentrée. Forcément, je ne suis pas pressée de me confronter à sa colère et aujourd’hui plus encore.

Pourtant, j’aimerais lui confier combien je l’aime, qu’il me manque. Je voudrais tant pouvoir lui offrir tout ce qu’il mérite, mais je ne peux plus fermer les yeux sur le mal qui me guette. Ne serait-ce pas égoïste de m’engager auprès de Doven en sachant que je vais lui offrir une vie de souffrance ?

Pour le moment, mon angoisse principale est d’avoir à lui parler de ce petit problème de logement. Je m’attends à recevoir sa froideur en plein visage comme à chaque fois que je m’adresse à lui. Mais je mérite ce qui m’arrive. Je lui ai fait mal, j’en ai pleinement conscience.

Je suis seule lorsque je stationne ma Chevrolet neuve offerte par mon père, il y a peu. Je pénètre dans le lycée pour préparer la salle de cours avant que Doven et nos élèves arrivent. Mais à l’approche de celle-ci, des bruits de chaises qu’on manipule m’apprennent qu’il est déjà sur place. J’entre. Doven s’installe à la table qu’il utilise d’ordinaire.

— Salut. Je suis surprise, je n’ai pas vu ta voiture.

— Tina en avait besoin.

Tiens… encore elle…

— Si tu as besoin que je te dépose au retour.

— Merci, mais ça ira.

Ayant quelques minutes devant moi avant l’arrivée de nos étudiants, je décide de crever l’abcès sans tarder. Anxieuse, je m’approche et m’assieds sur une chaise face à la sienne.

— J’aimerais m’entretenir avec toi au sujet de ma colocation avec Autumn.

Il se laisse retomber contre le dossier de sa chaise, un poil agacé.

— Il y a un problème ?

— Non, non. C’est un bonheur de vivre avec elle.

— Quel est le souci dans ce cas ?

— C’est Emma qui a un problème…

Doven pianote sur le bureau.

— Laisse-moi deviner ! Elle veut revenir vivre avec toi ?

J’ai un sourire confus.

— Je ne suis pas supposée être au courant, mais Lewis va mettre un terme à leur relation. J’aimerais être là pour elle.

Il lève les yeux au ciel.

— C’est vrai que tu es une experte dans ce domaine !

— Ce n’est pas vraiment la question…

— Je viendrai chercher Autumn d’ici un jour ou deux.

— Mais ce n’est pas ce que je désire !

— Comment veux-tu faire alors ?

— Eh bien, j’ai appelé mon père et il est d’accord pour nous prendre un appartement. J’aimerais qu’Autumn emménage avec nous. J’ai pensé qu’il fallait que je t’en parle avant de lui en toucher un mot.

— Un appartement ?

— J’en ai déjà trouvé un. D’ailleurs, il est à deux pas de chez toi.

— Merci d’avoir pensé à elle, mais ça ne va pas être possible, Callista.

— Et pourquoi ça ?

— Mes parents n’ont pas les moyens de payer un loyer.

— L’argent n’est pas le problème, le coupé-je. Mon père s’occupe de ça !

— C’est très aimable, mais on va décliner ton offre.

Il se lève. Je l’imite et pose une main sur son torse lorsqu’il passe près de moi.

— Doven…

Je m’ancre à ses grands yeux noisette.

— Pense avant tout à elle s’il te plaît. Autumn va mieux ; elle s’amuse, elle rit, elle est heureuse. Ne la prive pas de ça. Pas à cause de nous.

Prise d’une vague de courage, ma main remonte vers sa joue, dérive dans ses cheveux dorés. Mon corps est frappé de plein fouet par ce soulèvement de désir créé par notre proximité, par la beauté de cet homme. Je ne suis pas la seule à être perturbée, sa respiration courte le trahit.

— Pourquoi j’accepterais ça ? articule-t-il d’une voix trouble.

— Est-ce que tu m’as écoutée ?

Mes larmes ne tardent pas à se manifester.

— J’ai rencontré un problème et j’ai appelé mon père pour lui demander de l’aide. Avant, je n’aurais jamais osé le contacter pour lui parler de quoi que ce soit. Aujourd’hui, on discute. De tout. Jeremiah, de ma vie sur le campus, de mes tentatives de suicide, de toi. Jamais je n’ai même rêvé pouvoir être aussi proche de lui. Si j’en suis là, c’est grâce à toi, Doven !

— C’est toi qui as…

Mes doigts se pressent sur sa bouche pour le faire taire.

— Je l’ai fait pour toi. Pour nous. J’imagine que ça n’a plus vraiment d’importance. Tu auras probablement du mal à me croire vu ce que j’ai fait, mais je voulais te donner le meilleur de moi-même. Tu espérais quelque chose de moi et je n’avais jamais trouvé la force d’affronter toutes ces choses douloureuses avant… Pour toi, j’y suis parvenue.

— Et tu me l’as prouvé en couchant avec lui !

— Une vie ne suffira pas à corriger toutes mes erreurs, j’en ai pleinement conscience. Je vous ai blessés tous les deux et je le regrette plus que je ne peux l’exprimer. D’un côté, il y a toi et cette colère que tu nourris à mon encontre. De l’autre, Parker et sa peine. Je fais de mon mieux pour me rattraper à vos yeux. En ce qui te concerne, j’ai l’impression que tout commence avec Autumn.

Je caresse sa joue.

— Sûrement qu’elle est tout ce qui me rattache encore à toi. Je vois en elle un moyen de rester plus ou moins dans ta vie…

— Callie, m’as-tu seulement laissé le choix d’agir comme je le fais en ce moment ?

— Il n’y a pas longtemps, tu m’as demandé de te pardonner…

— Ça n’a rien…

— Je n’insinue pas que nos erreurs sont comparables, le coupé-je. Je te bats à plate couture, c’est évident. Mon intention n’est pas que nous nous accordions une nouvelle chance, mais que tu me pardonnes afin que les tensions s’apaisent, que nous retrouvions tous une certaine quiétude.

— Et si j’accepte, quelle est la suite ?

— On apprend à être amis…

— Le même genre d’amitié que tu entretiens avec Parker ?

J’opine du bonnet.

— Je veux penser à vous avant toute autre chose et je n’ai rien de plus à vous offrir…

— Qu’est-ce que tu es en train de me dire ? Que tu renonces à tout ? Même à l’amour ?

— Je le fais pour toi, Doven. Je n’ai rien à t’apporter. Ni à toi ni à personne !

— Tu abandonnes, Callie ! Tu renonces ! Pourquoi ?

— Le savoir ne changera rien…

— J’ai besoin de comprendre ce qui te pousse à baisser les bras. Tu dis que tu as parlé à ton père que tu as fait ça pour moi. Tu as pensé que le fait de te réconcilier avec ton passé t’aiderait à bâtir ton avenir et tu reviens encore moins ambitieuse qu’avant ! Que s’est-il passé ?

Mon visage se mouille.

— Il y a des aspects de ma personnalité que je ne maîtrise pas et je ne peux pas lutter contre ça. Je suis soulagée d’avoir compris pourquoi je suis telle que je suis. Maintenant, c’est un problème que je dois affronter seule…

— Donc, tu me jettes tous ces sous-entendus au visage et je suis censé me débrouiller avec, c’est ça ?

Le corps tremblant, je dépose un baiser à la commissure de ses lèvres.

— Pardonne-moi…

Dans un même élan, je fais demi-tour et ramasse mon sac.

— Callista ?

— Je suis désolée de te faire faux bond, mais il faut que tu assures le cours sans moi…

— Callista !

Doven fait un pas vers moi, je sens qu’il veut me retenir. Je fonce en direction de la porte pour le contrer. Et je suis soulagée en tombant sur nos étudiants.

— Je suis navrée, m’adressé-je à eux. J’ai une urgence, mais Doven va s’occuper de vous.

C’est au pas de course que je quitte le bâtiment en me maudissant silencieusement de m’être montrée si faible face à lui.

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