Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 31

Doven

 

Il me tardait de pouvoir la serrer contre moi, de sentir son parfum, sa chaleur, sa douceur. Je me languissais de la retrouver, de la ramener à la maison.

Et mon désir d’emménager avec elle découle clairement de ces quelques jours où j’ai dû la quitter, la laisser à l’hôpital alors que j’avais un tel besoin de me sentir proche d’elle. Son accident m’a fait l’effet d’un électrochoc. C’est dans ces moments-là où la vie manque de basculer qu’on se rend compte de son aspect sacré, mais aussi, et surtout, du côté précieux du temps.

Tout peut aller tellement vite. La vie ne tient qu’à un fil. Et ces longues minutes où j’ai dû attendre des nouvelles de Callie ont suffi à me convaincre de vivre mon existence pleinement, sans perdre une seconde à ne pas l’aimer, à ne pas la chérir, à ne pas me délecter de la passion.

Dès que j’ai posé mes yeux sur elle, tandis qu’elle se reposait, j’ai pris la décision que la prochaine nuit où nous dormirions ensemble serait la première d’une vie à deux et que plus rien ne pourrait me séparer d’elle.

Ma Callie était là, étendue devant moi, les yeux clos. Son visage était abîmé par quelques bleus, elle avait la lèvre inférieure fendue, mais elle respirait. Elle allait bien et rien ne comptait plus que ça.

Et ce soir, alors que je la tiens dans mes bras, que je sens l’odeur de ses cheveux, je suis tranquille comme jamais je n’ai pu l’être depuis que je la connais. J’ai rencontré bien des difficultés, j’ai eu de nombreuses hésitations, mais le passé est derrière nous et l’avenir nous tend les bras.

Je n’oublie pas pour autant que nous avons du chemin à parcourir avant que Callie se sente parfaitement en paix.

Elle accepte avec courage de tourner la page sur la disparition de son frère. Elle se résigne au fait qu’il soit mort. Et même si elle mesure le poids de sa décision, je pense que des jours plus sombres que celui-ci sont à prévoir. À moi de la soutenir, mais surtout de l’aider à faire le deuil de Jeremiah. Ce qui me conduit à la première étape de mon plan…

— Tu te sens bien, ma chérie ?

Au soupir comblé qui filtre entre ses lèvres, je peux en déduire que oui. Dans le même temps, elle se tortille contre moi pour se rapprocher. Elle agite ses fesses contre mon sexe qui a la délicatesse de lui signifier le bonheur qu’il a de la revoir. Elle glousse.

— Bite d’acier, toujours prête à passer à l’action.

Je ris dans ses cheveux.

— Tu frottes ton popotin contre elle aussi. Il ne faut pas tenter le diable.

— Je t’ai manqué ?

Elle emprisonne mon bras, embrasse nos mains jointes.

— Tellement que je ne peux plus imaginer une nuit sans te tenir au creux de moi.

— À moi de te demander si tu es certain d’avoir bien réfléchi cette proposition, dit-elle d’un ton moqueur.

— J’ai passé des heures à t’admirer pendant que tu dormais et je n’ai pas douté un seul instant que cette idée est la meilleure que je n’ai jamais eue.

— Et on a réussi à se débarrasser d’Emma, s’amuse-t-elle.

— On est diaboliques !

— On sera bien tous les trois…

— J’espère, oui…

— Qu’est-ce qui t’embête ?

— Je ne sais pas, dis-je en l’embrassant. Je n’ai pas trouvé Autumn si enthousiaste que ça en apprenant la nouvelle. Elle aimait vivre avec ses amies et je viens de m’incruster. Je crois qu’elle m’en veut.

— Je pense que tu te trompes. Nous avons tous eu des jours compliqués. Elle est sûrement fatiguée, mais ça n’a rien à voir avec ton emménagement.

— Si tu le dis, murmuré-je en pressant mes lèvres contre son épaule dénudée.

Il y a eu un autre évènement durant cette soirée qui me chagrine et j’aimerais aborder le sujet avec elle, mais j’avoue que je crains de la bouleverser en lui parlant de Parker. Pourtant, je dois m’assurer qu’elle digère qu’il se soit barré au beau milieu de la fête sans même lui dire au revoir.

— Je t’ai vu échanger quelques mots avec Emma avant qu’elle ne s’en aille. Tu as réussi à en apprendre plus sur ce qui a poussé Parker à ne pas revenir après leur passage par l’épicerie.

— Elle ne m’a rien dit à ce propos.

— Et tu n’as eu aucune nouvelle de lui ?

— Non, absolument aucune.

— Tu lui as envoyé un SMS ?

— Et je n’ai reçu aucune réponse.

Après un moment de silence, je tente une nouvelle entame pour découvrir comment elle se sent vis-à-vis de lui.

— Callie, je n’ai pas envie qu’il y ait des sujets tabous entre nous. Encore moins que Parker soit l’un d’entre eux. On peut mettre ça sur la table directement, histoire de ne pas laisser le fruit pourrir ?

— Mais Parker n’est pas un sujet tabou, je t’assure !

— Dans ce cas, je peux te demander comment tu te sens par rapport à sa réaction de ce soir ?

Je roule des yeux.

— Ou plutôt du manque de réaction de sa part !

— Il faudrait que j’en discute avec lui pour savoir ce qu’il ressent.

— Tu as l’intention de le faire ?

— S’il m’y autorise…

Comment ça ? Elle doit lui demander l’autorisation pour parler avec lui maintenant ?

— Ce qui veut dire ?

— Je ne peux pas aller contre ses désirs. Son départ prouve qu’il n’a pas eu envie de célébrer ça avec nous et je ne peux l’y contraindre. Je ne peux pas l’obliger à se réjouir pour nous, Doven.

— Non, je sais, ma chérie, mais je m’inquiète pour toi. J’ai peur que tu souffres de cette situation entre vous. Je pourrais tenter de lui parler, m’excuser d’avoir balancé ça aussi brusquement.

Callie vire dans le lit pour finir face à moi. Découvrir son joli visage m’arrache un sourire comblé et fier.

— Ne m’en veux pas, mais je doute que cette idée arrange quoi que ce soit. Peut-être qu’on devrait simplement laisser couler. Si Parker a besoin d’en parler, il saura me trouver, non ?

— Si, c’est sûr. Mais sa présence te serait utile dans les prochains jours.

Elle fronce les yeux.

— Pourquoi ça ?

— J’ai bien conscience que tu te donnes du mal pour démontrer que tout va bien que tu surmontes…

— Doven…

— Laisse-moi poursuivre, la coupé-je avant de l’embrasser. S’il te plaît…

— Je t’écoute dans ce cas.

— Tu as fait un choix important et vraiment difficile, et je sais que tu l’as fait pour nous. Depuis que je te connais, tu as progressivement compris que ton passé te clouait au sol, que tu ne pouvais pas avancer comme tu le souhaitais. Et personne ne peut imaginer à quel point tu es courageuse de vouloir te battre malgré tes doutes. Moi, je te regarde faire et je tombe chaque jour un peu plus amoureux de toi. Alors, j’ai pensé à quelque chose pour t’aider dans cette démarche d’acceptation et de deuil. Si tu le désires, et je crois que c’est très important pour la suite, je voudrais qu’on organise une cérémonie à la mémoire de ton frère. On pourrait faire quelque chose de symbolique.

— Comme ?

— J’ai fait quelques recherches, j’ai aussi discuté avec mon père et…

— Tu en as parlé à Ezra ?

Je câline sa joue.

— Et il était très touché par ta démarche, il te trouve incroyablement forte. Il a pensé que cette idée de cérémonie pourrait être un premier pas important. De mon côté, j’ai imaginé qu’on se réunirait dans un endroit que tu aurais choisi. On pourrait y planter un arbre. Ça serait un peu un lieu de recueillement, tu vois…

Je sais qu’aborder ce sujet allait l’émouvoir alors quand ses larmes roulent sur ses joues, je ne suis pas surpris.

— Doven, c’est tellement…

— Si tu veux autre chose…

Elle presse ses lèvres humides contre les miennes.

— Non, c’est parfait.

— J’ai pensé à l’acacia. Il symbolise la renaissance, ce qui te ressemble beaucoup. Et l’immortalité, ce qui reflète bien ton amour pour ton frère.

— Mon Dieu, Doven, c’est…

Elle se cache dans mon cou.

— Je t’aime, y murmure-t-elle.

Je l’étreins contre moi.

— On va organiser ça au début des vacances. Je préfère que tu finisses le semestre tranquillement. Tu es convalescente et tu as déjà beaucoup de travail. Après, j’aurai deux semaines pour te redonner le sourire. Je te connais assez pour savoir que ça va te secouer, alors j’anticipe. J’ai même un plan.

— Un plan ?

— Oui, mais je garde ça pour moi pour l’instant. Je ne suis pas le seul décisionnaire. Mais si tout se déroule comme je le prévois, je peux t’assurer que tu vas adorer et ça te fera le plus grand bien.

— Je m’en remets à toi alors.

— Pour le moment, je te demande de dormir. Tu as déjà trop veillé.

Je l’embrasse une dernière fois avant qu’elle se blottisse contre moi. Je la sens se détendre dans mes bras et, rapidement, je devine qu’elle s’est endormie. De mon côté, il me faut quelques minutes de plus avant de sombrer. Les prochains jours vont être difficiles pour Callie si nous allons au bout des choses et j’espère ne pas regretter de la pousser dans cette voie.

Secrètement, je prie pour que cette étape dans sa vie soit la seule chose qui la perturbera à l’avenir, que Parker ne va pas devenir un problème totalement différent pour nous. Je ne suis pas tranquille lorsque je m’endors enfin.

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