Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 26

Doven

 

Elle s’est réveillée…

Me rendre jusqu’à cette salle d’attente après avoir échangé quelques mots avec son père n’a pas été chose facile. Mes jambes tremblaient, ma tête tournait, mon cœur n’était pas encore remis de ses émotions ; je le sentais battre si fort dans ma poitrine.

Je suis vidé ! Cette soirée m’a lessivé !

Le stress de ne pas savoir, l’attente, l’angoisse et tous ces scénarios que je me faisais dans ma tête ont contribué à me mettre dans cet état.

J’ai vu ma vie défiler, exploser en morceaux.

Callie était à l’hôpital et j’ignorais tout de son état de santé. Je ne savais pas si elle allait bien, si cet accident était réel. Je n’avais aucune réponse, seulement mon imagination.

J’ai cru l’avoir perdue, qu’elle se soit donné la mort ; peur de ne pas l’avoir aidée. Et quel soulagement d’apprendre de sa bouche que tout ceci n’est qu’un accident.

Elle n’a pas cherché à me quitter !

Non, tout ce qu’elle souhaitait était de tourner la page sur cette histoire, comprendre ce qui s’est passé chez elle cette nuit-là et vérifier qui s’est introduit dans sa chambre. Comment lui en vouloir de lever le voile sur la vérité ? Les faits sont troublants. Je ne me les explique pas moi-même. Une chose est sûre, ce n’est pas Jeremiah !

Mon sang n’a fait qu’un tour quand elle m’a dit avoir entendu son frère lui parler. Il y a des jours que je la vois s’enfoncer dans cette espèce d’obsession malsaine et l’espace d’une seconde, j’ai cru qu’elle allait continuer. Mais Callista est courageuse, c’est une battante. Elle cherche à aller de l’avant, même si son passé revient la hanter. Elle a ses faiblesses comme tout un chacun, mais elle finit par se relever, par reprendre sa vie en main et elle avance.

C’est mon phénix, mon sublime phénix !

Elle m’éblouit de par sa force et sa témérité. Je sais, sans l’ombre d’un doute, quel bonheur ça sera de vivre à ses côtés, de fonder une famille avec elle.

Je la veux, je la désire, je me battrai pour elle, jusqu’à la fin de mes jours.

À peine ai-je posé mes fesses sur l’un des fauteuils de la salle d’attente que Parker entre en trombe dans la pièce. Je l’ignore et plonge ma tête dans mes mains. J’y évacue ce débordement d’émotions dans un souffle profond.

— Tu as des nouvelles ?

Je m’étire sur ma chaise, appuie ma tête contre le mur en fixant le plafond. Je respire. Je savoure l’instant.

Ma Callie est saine et sauve ! Mon amour s’est battu pour moi ! Elle m’a choisi, moi ! Elle le laisse s’envoler pour moi !

— Putain, Doven, je t’ai posé une question !

Je lance une œillade sévère à Parker.

— Elle va bien ? Où est-elle ? Qui est avec elle ?

— Son père lui tient compagnie. Elle est réveillée. Elle est un peu désorientée, mais rien de méchant.

— Je veux la voir !

—Accorde-leur un moment ensemble.

Je regarde autour de nous.

— Où est Autumn ?

— À la cafétéria avec Emma et Ben. Ils sont arrivés quand tu étais avec Callie.

Une nouvelle qui me fait penser qu’il faudrait que je mange un morceau moi aussi.

— Elle t’a dit pourquoi elle a fait ça ? Vous en avez parlé ?

— C’était un accident, rien d’autre.

— C’est ce qu’elle t’a raconté ?

— Elle est sortie pour se rendre chez Thomas. Vu l’endroit où a eu lieu l’accident, j’ai tendance à la croire.

— Mais pourquoi voulait-elle aller voir Thomas ? À cause d’Autumn ?

Je secoue la tête.

Les bras croisés sur mes genoux, je commence mes explications :

— On est partis dans le Kentucky parce que son père l’a avertie qu’il y a eu un cambriolage chez eux. Sur place, on a constaté que seule la chambre de Callie a été fouillée. Seuls ses journaux intimes ont été volés.

Parker, qui se liquéfie devant moi, passe lentement les mains sur le bas de son visage.

— Ce n’est pas vrai…

— J’ai tout de suite pensé que ça venait de Thomas.

— Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

— Il n’y a que ses carnets qui ont disparu. Tout ce qui avait de la valeur était encore là. Je ne vois pas d’autres explications. Mais Callie a remarqué qu’il manquait une peluche. Un lapin. Apparemment, c’était en lien avec Jeremiah. Callista s’est mise en tête que c’était son frère qui est entré chez eux.

— Quoi ???

— Elle a commencé à disjoncter. C’est pour ça qu’elle était si mal ces derniers jours. Elle cherchait par tous les moyens à prouver qu’elle avait raison. Elle visionnait toutes les vidéos des caméras dans ce but.

— Merde…

Parker s’assied sur la chaise en face de la mienne. Le visage mussé dans ses mains, il laisse échapper un couinement.

— Mais quel con ! se lamente-t-il. Comment j’ai pu être aussi con ?!

— De quoi tu parles ?

— Je ne voulais pas ça, Doven, me dit-il en me présentant ses yeux humides. Je te jure que je ne pensais pas qu’on en arriverait là…

Pour la première fois depuis le début de cette histoire de cambriolage, je décèle une certaine logique dans ce qui ressemble à un aveu de culpabilité.

— C’était toi ?! dis-je entre hésitation et affirmation.

Il n’y a que Parker pour connaître si bien la maison, savoir où se trouvaient les carnets intimes de Callie et la signification de cette peluche à ses yeux. Si je vois la logique, je ne comprends rien à ses motivations.

Si ce n’est de la faire souffrir !

Mes mains se crispent sur mon jean. Pourtant, je me tempère afin de lui laisser une chance de s’expliquer.

— Comment j’ai pu merder à ce point ?

— Donne-moi rapidement une bonne raison de ne pas te virer d’ici, Reeves ! Je te jure que trouver la force de ne pas te dégager en vitesse n’est pas chose aisée, alors explique-toi !

— Je ne voulais pas, chouine-t-il en se relevant, un air misérable sur le visage. C’était une idée merdique.

— Raconte !

— J’ai passé une soirée avec Thomas, il y a quelques jours. Il m’a appelé pour qu’on sorte boire un verre et draguer des nanas. J’ai accepté en pensant que j’en apprendrais plus sur lui. C’est la première fois qu’il voulait qu’on se fasse des plans juste entre nous. J’ai vu ça comme une super opportunité de trouver quelque chose de compromettant sur lui.

Jusque-là ça a du sens, mais que vient faire Callie là-dedans…

— On a passé une bonne partie de la nuit à boire. On a parlé. Il a flirté avec deux ou trois filles, mais il n’y avait rien de bizarre. Ce mec est tellement lisse.

— Il y a des mois que je le suis, que j’épie ses moindres faits et gestes sans rien remarquer d’étrange. Il est plus que lisse !

— Moi, ça m’a rendu dingue ! Entre ce qu’il a fait à Autumn et ce qu’il a tenté de faire à Peachy, j’ai perdu patience. J’en pouvais plus de rester là sans rien faire, alors je me suis dit qu’on pouvait tricher un peu.

— Tu as été chez elle pour cambrioler dans le but de l’accuser ?

— J’ai pensé que tu en arriverais à cette conclusion. Les journaux de C.J sont chez moi. Je voulais les placer chez Thomas pour lui faire porter le chapeau. Une fois sobre, je me suis rendu compte de l’absurdité de la chose. Du coup, j’ai laissé tomber cette idée foireuse.

— Et le coup du lapin en peluche ? Tu ne t’es pas dit que ça allait la bousiller ?

— Je n’ai jamais touché à ce lapin. D’ailleurs, je ne suis même pas au courant de cette histoire. Peachy ne m’a jamais raconté qu’il appartenait à Jeremiah. Je vois à quoi il ressemble. Je l’ai déjà vu traîner dans sa chambre, mais pas une seule fois elle m’a dit ce qu’il représente pour elle.

Là aussi, c’est plausible. Il y a un certain nombre de choses que Callie ne lui a jamais révélé.

— Tu vas aller la voir et lui dire la vérité, Parker !

Piteux, il hoche la tête.

— Bien sûr.

— Je ne sais pas comment elle va le prendre.

De sa part, elle ne va même pas lui en vouloir…

Ce mec peut faire n’importe quoi, elle ferme les yeux avec une facilité déconcertante.

— J’assumerai quoi qu’elle dise ! J’ai gravement merdé.

— En ce qui me concerne, je vais passer l’éponge sur ta connerie parce que je t’ai demandé de m’aider à le coincer. Tu as agi bêtement, mais tu n’as jamais eu l’intention de la blesser.

Il ne semble pas faire grand cas du fait que je ne lui tienne pas rigueur de sa bévue.

— Toute cette histoire me conforte dans l’idée qu’il est peut-être temps que nous mettions cette affaire de côté et que nous passions à autre chose.

— Attends, tu abandonnes ?!

Je comprends qu’il s’en étonne après la manière dont j’ai insisté auprès de lui pour qu’il m’aide à venir à bout de Thomas.

— Je prends cette décision pour Autumn également. Il y a un moment qu’elle me demande d’arrêter, qu’elle veut seulement oublier. Je ne peux plus être celui qui l’attire vers le fond alors qu’elle tente de se reconstruire.

— Mais il va s’en sortir !

— Callie va avoir besoin de moi. Elle souhaite faire le deuil de son frère et tourner la page. Son père en fait de même. Autumn est une guerrière. Tous les jours, elle se lève et mène sa vie pour se prouver à elle-même qu’il ne l’a pas brisée. Elle refuse de lui donner ce pouvoir. Je crois qu’il est temps que je prenne exemple sur eux, que j’avance moi aussi. La vengeance est une force dévorante, elle te consume, te broie. Je ne peux pas lui accorder une minute de plus de mon existence. Je veux juste protéger et soutenir les deux personnes qui comptent le plus pour moi en ce monde.

Je me lève et pose ma main sur épaule.

— Je pense que tu devrais en faire de même.

Me retrouver face à son regard immensément triste me fait ressentir une certaine pitié pour ce type.

Et pour la première fois, je me sens coupable vis-à-vis de lui. Jamais je n’avais éprouvé ça à son égard. Normal, je le vois toujours comme un rival, un ennemi, mais, aujourd’hui, je me sens mal face à lui.

— Je suis désolé, Parker. Sincèrement. Je l’ai voulue à l’instant où j’ai compris combien elle était merveilleuse et rien ne m’aurait empêché de l’avoir. Personne hormis elle. J’étais prêt à tout pour qu’elle m’aime, que tu sortes de sa vie.

Pendant un instant, il hésite. Un peu comme si ce que je venais de lui dire était un mirage auditif. Il me dévisage, perplexe, mais reprend vite de l’aplomb.

— La vérité, c’est qu’elle a besoin de toi et je crois que c’est réciproque. Je peux me faire à l’idée que vous restiez amis. Je tiens à faire ça pour elle.

— Quel revirement de situation !

— Il faut savoir réévaluer son point de vue, demander pardon et pardonner aussi.

— Il y a un truc dont je devrais me sentir coupable selon toi ?

— Tu as quand même couché avec elle, cet été. Au cas où tu en douterais, je n’ai pas sauté de joie en l’apprenant.

— Tout comme je n’ai pas sauté de joie en la trouvant dans ton plumard ou en perdant ce pour quoi je me bats depuis mon adolescence.

— C’est à toi de voir, Parker ! À toi de réfléchir à ce que tu veux pour la suite.

— Son bonheur ! Comme depuis le premier jour…

— On est raccord sur ce point au moins.

— Je veux la voir, maintenant !

— Va attendre près de sa chambre qu’elle termine avec son père.

Il détale en vitesse et je me garde bien de lui dire que Callie l’a réclamé. Je peux faire des efforts pour la contenter, mais je ne donnerai pas à Parker le moindre indice qui tenterait de prouver que Callie a besoin de lui…

OceanofPDF.com