Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 12
Autumn
J’aime tellement ma vie !
C’est ma pensée du matin alors que j’examine mon reflet dans le miroir. Franchement, je peux dire que je suis vraiment heureuse. Si je regarde quelques mois en arrière, jamais je n’aurais rêvé me sentir autant en paix. Pas après ce que j’ai subi l’année dernière.
Et pourtant…
Il y a ce nouvel appartement que je partage avec les filles. Notre vie en colocation est vraiment géniale. Même si Emma a des moments difficiles. Je l’ai vue plus joyeuse, rigolote et débordante d’énergie que ces derniers jours. Je ne me suis pas trop mêlée de cette histoire avec Ben, mais il me semble évident qu’il joue un rôle important dans son mal-être.
À l’instar d’Emma, Callie est sur un petit nuage !
Les tensions entre elle et Doven se sont envolées et leur amour reprend doucement ses droits. Ils se laissent de l’espace et s’accordent du temps pour se reconquérir et je trouve ça tellement adorable.
Je suis très confiante pour l’avenir.
Et j’ai beaucoup d’espoir pour moi. Un espoir qui a un nom : Parker.
Mon capitaine, mon grand bain…
C’est lui qui vient de m’envoyer un SMS alors que je venais de mettre le pied par terre au réveil. Si j’en crois son texto, je dirais qu’il sait qu’aujourd’hui est un jour particulier pour moi.
— Parker —
Alors, la morveuse ! Tu sais te moucher comme une grande, ça y
est ?!
Ce mec est vraiment mon pire dilemme. Il m’attire autant qu’il me fait peur.
Tout ce que je ressens lorsque je suis à ses côtés m’effraie. Sûrement parce que je suis étrangère à toutes ces émotions. Le simple fait de sentir ses yeux cendrés sur moi enflamme mon cœur. Je me sens parfaitement invincible auprès de lui.
Mais passer du temps avec lui me fait redouter cet aspect de moi dont il m’a réclamé l’exclusivité : ma féminité. Parker est un homme impressionnant de par sa stature et son magnétisme que je ne vois pas comment je pourrais être à la hauteur. Encore moins comment je pourrais m’oublier dans ses bras.
Et puis, il a besoin de temps lui aussi, ce qui arrange bien mes affaires d’ailleurs…
Mais une petite voix au fond de moi me conseille d’être méfiante en ce qui concerne ses motivations à ne pas vouloir avancer trop vite. Ce sont ses sentiments pour Callista qui lui somment de s’accorder du temps avant de se lancer en amour. Il est amoureux d’elle depuis le collège.
Mon amie, la copine de mon frère…
Comment être certaine que cette histoire entre eux ne viendra pas interférer dans notre relation ? Qu’importe la tournure qu’elle prendra, je ne veux pas que Callie soit un obstacle entre nous.
Si j’accepte le risque de me lancer dans cette relation, si je l’autorise à s’immiscer dans mon cœur. Comment avoir la certitude qu’il m’offrira la même chose de son côté ?
— Autumn —
Je ne vois pas de quoi tu parles ! J’ai loupé un truc ?
— Parker —
J’ai laissé un indice devant ta porte…
Un indice ?
Curieuse, je quitte ma chambre et traverse l’appartement où tout est encore endormi. Il est tôt et Callie et Emma doivent être sur le point de se réveiller. Face à la porte d’entrée, je regarde par le judas histoire d’en apprendre plus sur cet indice. Un coup d’œil qui me fait rougir instantanément.
Eh merde…
Parker est sur le seuil de mon appart. Je m’intéresse au miroir présent dans l’entrée et me recoiffe grossièrement histoire de ne pas ressembler à un épouvantail. Forcément, je suis sortie de mon lit, il y a moins de dix minutes. J’ai doublement des papillons dans le ventre lorsque je tourne le verrou.
Une vision divine s’ouvre devant moi lorsque je le découvre sur le pas de ma porte. Parker est à tomber avec ses cheveux humides et encore en bataille. Je remarque qu’il tient une boîte en carton rose remplie de pancakes avec une bougie allumée au-dessus.
— Bon anniversaire !
— Capitaine Reeves, gloussé-je. Mais qu’est-ce que tu fais là ?
— Mon petit doigt m’a dit que tu as vingt ans, aujourd’hui. Une occasion qui mérite d’être célébrée…
— En me faisant des pancakes ?
Il rit franchement.
— Moi dans une cuisine, c’est le drame assuré. Je me suis contenté de les acheter.
Il me met la bougie sous le nez.
— Fais un vœu et souffle !
Amusée et touchée par son attention, je joue le jeu et, les yeux clos, j’éteins la flamme.
— Est-ce que ton frangin est là ?
— Non. Pourquoi ?
— Je peux entrer pour qu’on prenne le petit-déj tous les deux ?
— Oh…
Je lui ouvre la porte en grand.
— Avec plaisir !
Visiblement ravi et de très bonne humeur, il avance jusqu’à la cuisine. Ce bougre est particulièrement fier de sa surprise. C’est le constat que je fais pendant que je dévore des yeux son cul magnifiquement mis en valeur par son jean. Le haut de son corps est caché par son blouson des Scorpions. Cela dit, sa musculature est si impressionnante qu’il semble presque trop étroit pour lui.
— Tu vas me reluquer longtemps avant de venir becqueter ? Je te rappelle que tu as cours dans une heure.
Un sourire étendu jusqu’aux oreilles, je sautille jusqu’à lui et tombe dans les bras qu’il me tend. Il me serre contre son corps magistral.
— Joyeux anniversaire !
Cette fois, il laisse sa bouche progresser lentement contre la mienne.
Et il m’emporte…
Il m’amène dans un coin de moi-même encore en miettes. Dès qu’il pose les mains sur moi, ses lèvres sur les miennes, tout part en tourbillon. Des morceaux de moi tournoient, se mélangent, se réparent et j’en ressors à chaque fois un peu plus entière.
Rien que pour ressentir cette impression si incroyable d’être davantage moi-même, je pourrais l’embrasser pendant des jours. Je ne me lasserai jamais de me redécouvrir à travers ses mains, ses gestes de tendresse, ses baisers.
— J’adore cette idée de petit-déjeuner d’anniversaire. Merci, Parker, chuchoté-je alors que nous sommes bouche contre bouche.
— C’est probablement le seul moment de la journée où je peux t’avoir rien qu’à moi pour célébrer l’évènement comme il se doit.
Parker, avec toute la tendresse qui le caractérise, caresse ma joue.
— Tu veux bien nous faire couler un café ? Je m’occupe des pancakes.
— Oui, Capitaine !
Je sais que je vais flatter son ego déjà débordant, mais ça l’amuse tellement. Il arque un sourcil.
— Ravi de voir que le message commence à rentrer.
Il réfléchit.
— C’est ton vingtième anniversaire qui te rend plus sage ?
— J’ai surtout compris comment tu aimes qu’on te parle.
— Maligne la petite Swanson…
Et les minutes qui suivent sont magiques. Parker et moi dans ma cuisine à partager des pancakes, une salade de fruits et un café, c’est simple, mais merveilleux.
Malheureusement, ce moment privilégié est vite interrompu par l’arrivée de Callie. Pas la peine d’être devin pour comprendre qu’elle désapprouve la présence de Parker. Elle lance les hostilités sans attendre.
— Tu as passé la nuit ici ?
Et les six mots qu’elle vient de formuler sont encore plus déroutants que son attitude en entrant dans la cuisine. Elle semble déçue, voire triste que ça puisse être possible.
Parker balaie sa question d’un geste de la main.
— Relax, Peachy ! J’ai seulement fait une halte par chez vous pour souhaiter un bon anniversaire à Autumn. Il n’y a pas de quoi en faire une maladie.
— Si Doven avait été présent…
— Sauf que ce n’est pas le cas !
— Ça ne peut pas continuer comme ça ! Il faut que vous arrêtiez ça !
— Excuse-moi ?
Je n’ai pas eu l’occasion de voir Parker perdre patience avant ce matin, mais c’est bien ce qui est en train de se passer.
— Doven n’acceptera jamais qu’il se passe quelque chose entre vous…
— Et tu penses sérieusement que je m’en préoccupe ? Je ne lui dois rien à ce type !!!
— Tu me mets dans l’embarras !
— Pourquoi ? Je ne t’ai rien dit. Autumn non plus. On aspire à ce que personne ne soit au courant, alors fais celle qui ne sait rien et lâche-nous !
— Je ne peux pas ignorer ce que je vois.
— Je ne suis pas ici pour toi, mais pour elle. Fais comme si tu ne m’avais pas vu.
— Tu es chez moi, je te rappelle !
— Je suis chez Autumn et ce que je fais lorsque je viens pour elle ne te regarde pas !
— Parker, murmuré-je pour calmer le jeu entre eux.
— Non, mais c’est bon, ça me gonfle ! s’écrie-t-il en sautant de son tabouret.
Il pointe son index en direction de Callie.
— Tu as une facilité plus que déconcertante à minimiser, voire oublier ce que ton mec m’a fait. Ce que toi aussi, tu m’as fait endurer. Je ne suis pas là seulement lorsque ça arrange vos petites affaires, Callista Johnson !
— Je ne te parle pas de mon copain, mais de son frère !
C’est à mon tour d’être pointée du doigt.
— Tu mélanges tout, Parker. Attention à ne pas aller trop loin.
— Ce qui veut dire ?
— Je ne me mouillerai pas pour toi ou pour vous. Hors de question que cette connerie me retombe dessus !
— Une connerie ? m’indigné-je. Être avec moi ça ne peut être qu’une connerie ?
— Je n’ai jamais dit ça ! Mais je ne vois pas comment votre relation a la moindre chance de surmonter ce qui se produira lorsque ton frère apprendra que vous êtes ensemble.
— Mais ça ne regarde que nous, bon sang !
Debout, il me tend la main.
— Viens ! Il est temps que tu ailles te préparer.
— Mais…
Devant son air déterminé, je n’insiste pas et saisis sa main. Parker m’entraîne au milieu du salon avant de se tourner vers Callie.
— Vas-y, C.J, parle-en à Doven si ça te chante ! Je saurai l’accueillir. Je n’ai aucune leçon à recevoir du mec qui s’est immiscé dans mon couple pour me piquer ma nana.
Les nerfs à vif, Parker me conduit à ma chambre où il s’assied sur mon lit en vociférant après Callie. Après s’être excusé du désastre qu’est ce petit-déjeuner d’anniversaire, il m’exhorte à filer prendre ma douche avant de me proposer de me déposer à mon premier cours. Heureuse de pouvoir prolonger ce moment avec lui, qu’importe que Callista vienne de tout gâcher, j’accepte. Mais ma réjouissance est de courte durée. Une fois seule dans la salle de bains, mon esprit se laisse aller au doute.
Qu’est-ce qui gêne tellement Callie dans l’idée que nous soyons ensemble ? Elle prétexte que Doven le prendra mal. Mais si c’était elle qui vivait mal de voir Parker s’intéresser à moi ? Et que penser de la réaction de Parker ? Pourquoi est-il si piqué au vif ? Parce que mon frère lui a « volé » Callie comme il le prétend ? Ou est-il seulement revanchard ? La rupture n’est visiblement pas digérée pour lui.
Lorsque je le rejoins pour qu’il me dépose en cours, je suis désolée de constater que cette journée promise à être joyeuse vient de virer à la catastrophe…
***
— Nan, mais je rêve !
— Bon anniversaire, ma chérie.
Stupéfaite, mais ravie, je me suspends au cou de Doven.
— Je t’aime fort.
— Tu es complètement fou !
Je ne m’attendais absolument pas à cette surprise en montant dans la voiture de Doven, ce vendredi soir. Nous devions nous rendre chez mes parents pour le week-end afin de célébrer mon anniversaire. Un voyage auquel s’est jointe Callie.
La tête ailleurs, aux prises de mes interrogations, je n’ai pas été attentive au chemin que nous empruntions. Voilà pourquoi je ne me suis pas aperçue que nous ne prenions pas la route de Milwaukee.
À l’intérieur du restaurant choisi par Doven, j’ai eu le bonheur de découvrir la présence d’Emma, Ben, Pete et Will qui attendaient mon arrivée. Ils m’ont accueillie en chantant un « Joyeux anniversaire » un peu bordélique, mais tellement adorable.
Et l’établissement où nous nous trouvons est ravissant. De taille importante, il offre une ambiance conviviale et familiale. La décoration est vintage avec son juke-box, ses banquettes en cuir rouge capitonné et son bar central de forme arrondie.
Après moult embrassades et vœux d’anniversaire, la serveuse nous invite à la suivre jusqu’à notre table. Autour de celle-ci, je suis, bien malgré moi, assise près de Callie. Une situation qui ne me met pas très à l’aise. La scène avec Parker a du mal à quitter mon esprit. Je reconnais avoir quelques difficultés à être souriante avec elle depuis les propos qu’elle a tenus au sujet de notre relation.
Parker m’a accompagnée en cours et, depuis, j’ai évité Callie. J’imagine qu’elle va me parler et je n’ai pas envie d’entendre ce qu’elle pourrait me dire. À propos de Parker, lui non plus, je ne l’ai pas revu. Il ne m’a pas vraiment couru après aujourd’hui.
Si, au réveil, je me voulais optimiste quant à la tournure que prend ma vie, je finis par me demander si je n’ai pas été trop vite en besogne. Parker a trop d’amertume envers mon frère. Si je peux le comprendre, je m’interroge : est-ce vraiment une bonne idée de me lancer avec Parker ? Après tout, qui suis-je en comparaison de ma voisine ? Ce n’est pas une promesse de lui offrir ma première nuit d’amour qui peut rivaliser avec leur histoire. Son discours indique clairement qu’il a encore leur séparation en travers de la gorge. Je sais qu’il m’a demandé de lui accorder du temps, mais je trouve que notre « relation », quelle que soit sa nature est de plus en plus prématurée.
Quelques minutes après notre installation, les menus circulent entre nos mains et les premières discussions fusent. Ben s’est chargé de nous ravitailler en boissons. Bien sûr, c’est bière pour les garçons et soda pour moi et Callie. Emma n’aime décidément rien faire comme les autres, car elle a commandé du vin. Je remarque également qu’elle se tient à bonne distance de Ben.
— Autumn…
Mon prénom n’est qu’un chuchotis dans la bouche de ma voisine dissimulée derrière son menu. Je l’imite.
— Tu n’as répondu à aucun de mes textos.
— J’ai eu une journée bien remplie, me justifié-je par un mensonge.
J’ai ignoré ses messages volontairement. Que pouvais-je bien lui répondre de toute manière ?
— Je sens que tu m’en veux au sujet de ce matin. J’aimerais m’excuser de…
— C’est bon, Callie ! C’est toi qui as raison, cette histoire ne peut apporter que des problèmes.
— Ce n’est pas ça, mais tu comprends qu’avec Doven, c’est délicat…
— Ce n’est pas vraiment la question…
— Quelle est-elle dans ce cas ?
J’affronte ma voisine dans les yeux.
— Callie, il t’aime. Il ne digère pas votre rupture, c’est évident. Il n’y a qu’à voir la façon dont il remet le sujet sur la table à la moindre occasion. Je ne fais pas le poids comparé à toi, alors ne te soucie pas de ce qui peut arriver, il ne se passera rien.
J’abaisse mon menu afin de lui signifier de manière tacite et indiscutable que notre conversation est terminée.
— Est-ce que ça va ?
Doven semble s’inquiéter de ce qui se trame de l’autre côté de la table. Je fais la moue.
— À vrai dire, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais commander, tout me fait envie !
— Tu n’as qu’à tout prendre. C’est ton anniversaire après tout.
— Toi, tu en serais probablement capable, mais pas moi.
— Merde, mais pourquoi vous faites encore la tronche ?
La question de Will attire l’attention de toute l’attablée sur ceux qu’il visait avec cette interrogation, c’est-à-dire Ben et Emma.
Entre eux, les choses sont électriques et ça n’échappe à personne.
Ben fait mine que tout va bien, il donne le change, mais toutes les œillades qu’il balance en direction d’Emma ne sont pas très discrètes. Elle, de son côté, se contente de picoler en boudant. Une attitude qui semble irriter Ben.
— Sinon, j’ai de la bonne beuh dans la bagnole. Je vous roule un joint pour que vous vous détendiez ou… ?
— On va se passer de tes services, le roi de la fumette !
— Bah vous êtes chiants alors…
— Tu sais qu’il y a des gens autour de cette table qui sont à Hedard pour étudier genre vraiment. Ils ne passent pas leur semestre à déambuler en caleçon avec une manette de jeu dans une main et un bang dans l’autre…
— Excuse-moi de te le dire, ma Pépite, mais vous avez une vie de merde !
— Désolé, je suis en retard !
Cette voix… un frémissement me parcourt l’échine…
Si je suis secrètement heureuse de l’arrivée de Parker, l’expression de mon frère m’arrache une légère grimace. Aucun doute, il espérait ne pas le voir débarquer.
— J’ai eu un problème à régler avec le coach !
C’est alors qu’il me décoiffe.
— Bon anniversaire, morveuse !
— Euh… merci…
Avec une aisance redoutable, même provocante, il fait le tour de la table pour en saluer les occupants. Sauf Doven bien sûr. N’ayant plus de places assises, il récupère une chaise libre et se crée un petit espace en bout de table avec un flegme déconcertant.
— Tu sais soigner tes entrées, Belle Gueule !
— Et toi, tes sorties, Em’ !
Il lui fait un clin d’œil.
— À ce qu’on m’a raconté…
Mais la cinglante Emma a perdu de son mordant. Je dirais même que cette pique de Parker l’a heurtée.
— Qu’est-ce qui se passe avec l’équipe ?
L’intervention de Callie est clairement une diversion pour voler au secours d’une Emma au fond du gouffre.
— Un joueur blessé. J’ai retouché la compo pour le match de demain.
— Qui ?
— Lewis, répond-il un regard embarrassé pour Emma. Ce n’est pas très bon.
J’ai la même réaction que lui, Callie également. Évoquer son ex n’est peut-être pas la meilleure chose à faire vu son état. Pourtant, cette nouvelle semble glisser sur elle.
— Il doit repasser des examens dans quelques jours pour confirmer le diagnostic, mais sa saison risque fort d’être compromise.
— Lewis est un joueur important. Perdre un tel élément n’est pas terrible. Surtout en début de saison…
Parker fait un clin d’œil à Callie et j’ai envie de l’étriper quand elle reçoit ce genre d’attention de sa part.
— La victoire est toujours plus savoureuse lorsqu’elle est difficile.
Les minutes qui suivent, l’ambiance se détend au gré des verres de bière qui se vident. Les bavardages vont bon train et tout est plus facile. Il n’y a que ma pauvre Emma qui garde le silence en se contentant de descendre verre après verre. Un manège qui agace de plus en plus Ben. Il se tend davantage à chaque gorgée qu’elle ingurgite.
Lorsqu’elle commande à nouveau du vin blanc, celui-ci perd patience et s’adresse directement au serveur :
— Veuillez ne pas tenir compte de cette commande, s’il vous plaît. Elle prendra de l’eau, merci.
Le serveur regarde Ben puis Emma qui se liquéfie sur place. Il viendrait de la gifler que sa réaction n’en serait pas plus violente.
— Je vous remercie ! insiste Ben.
Le serveur s’éloigne. Emma reste prostrée sur sa chaise et un silence de mort s’instaure à table. Si tout le monde est mal à l’aise, ce n’est pas le cas de Will. Ce mec aime vraiment fourrer son nez partout, c’est surréaliste !
— Pourquoi tu la fais chier, Benji ? Elle a le droit de s’amuser, non !?
— Lâche-moi, Will ! Ça ne te regarde pas ! D’ailleurs, je ne fais pas ça pour l’emmerder et elle le sait parfaitement. Maintenant, mêle-toi de tes affaires.
— J’ai compris le message ! Ce sont vos histoires de couple…
La table tremble lorsqu’Emma se lève brusquement.
— Je ne suis pas en couple avec cet abruti !
Elle ramasse son sac et son manteau avant de se tourner vers Ben, les yeux brillants.
— Si je te dégoûte autant, arrête de me coller aux basques !
En un instant, nous devenons invisibles. Plus rien ne compte, seulement leur engueulade.
— Mais c’est toi qui me cours après, bordel ! Je t’ai déjà dit que je ne crois pas à cette image que tu donnes de toi, qu’elle cache ce que tu ne veux pas qu’on voie. Tu n’obtiendras rien de moi tant que tu ne me montreras pas qui tu es !
— Par contre, me sauter, ça ne te pose aucun problème !
Ben ricane. Un rire nerveux.
— Tu te pointes chez moi soir après soir, putain ! Je n’ai jamais vu une nana aussi désespérée que toi, sérieux !
Emma est violemment saisie par les mots employés par Ben. J’en ai mal pour elle. D’ailleurs, Ben les regrette aussitôt qu’ils ont franchi la barrière de ses lèvres. Emma, qui ne retient plus ses larmes, se rue à l’extérieur du restaurant. Ben, un peu minable, se lève en s’excusant et fonce la rejoindre.
Tous interloqués par la scène dont nous avons été les spectateurs non consentants, nous nous observons tour à tour. Will est le premier à se mettre à rire.
— Vingt billets qu’ils s’envoient en l’air !
— N’importe quoi ! Ils sont dehors.
— Moi, je tiens le pari, intervient Pete. Pénis de titan va entrer en action.
— Pénis de titan, rigole Parker. C’est quoi ça ?!
— T’es pas au courant ? dit Pete. Will, c’est Bel étalon. Ben, Pénis de titan et Pépite, nibards ouffissimes.
— Ce sont nos noms de codes ! ajoute Will.
— Arrêtez de raconter toutes ces conneries, se lamente Doven.
— Il est jaloux parce qu’il n’a pas son nom de code, chuchote Will à Callie. Tu pourrais lui en trouver un, hein, Pépite !?
— Et pourquoi « Pépite » ? demande Parker apparemment très curieux ce soir.
— Parce que c’est une pépite ! répond Will comme si sa question était absurde. Dès qu’elle a passé la porte de l’appart, on a compris qu’elle était parfaite pour Doven. Avec son caractère de merde, il lui fallait une nana qui ait de la répartie. Et dans ce domaine, Pépite assure grave ! Mais tu dois déjà être au courant…
Un léger malaise circule entre Doven, Callie et Parker. C’est bref, presque invisible.
— Non, je ne suis pas au courant, finit-il par répondre. Je ne connais pas Peachy comme tu la décris. Avec moi, elle était plutôt docile et discrète.
— On peut peut-être arrêter de parler de ça ? s’interpose Callie rouge de honte.
— Et d’ailleurs pourquoi « Peachy » ?
Will ne l’entend pas de cette oreille, visiblement.
— Parce qu’elle a une peau de pêche…
Parker se lève et ramasse le pichet de bière.
— Mais Doven est déjà au courant… lance-t-il avant de filer vers le bar.
— Tu es vraiment un abruti, dit Pete en mettant une tape à l’arrière du crâne de Will.
— Je suis défoncé, mon pote, j’ai plus les idées claires.
— Contente-toi de bouffer dans ce cas, ajoute Doven.
Puis, il a un regard pour Callie.
— Ça va ?
— Oui, oui…
C’est alors que Will explose de rire devant l’écran de son téléphone. Callie est prise d’un fou rire, elle aussi.
— Ta meuf vient de te baptiser, bro ! se marre Will en chahutant mon frère. Alors petit cachottier, comme ça, on a une bite d’acier !
Je ferme les yeux, dépitée.
— Vous avez tous un sérieux problème !
Même Doven rigole à la plaisanterie de Callie. Moi, je regarde en direction du bar où Parker échange quelques mots avec le barman. Le pichet est plein devant lui, mais il ne regagne pas sa place pour autant.
Pourquoi aurait-il envie de revenir avec nous ? Je suppose qu’il doit regretter d’être venu. D’ailleurs, pourquoi est-il là ? Pour moi ? Franchement, j’en doute !
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